Publié le 29 Janvier 2017

Le capitaine Marillier au Fort des Rousses.

Le capitaine Marillier au Fort des Rousses.

Décidément, ce début d’année 2017 est bien triste. Après avoir perdu Madame Glavany et son époux, le général Roland Glavany, le Souvenir Français d’Issy-Vanves voit disparaître deux de ses amis : Raymond Pétrus, Délégué général adjoint de notre association pour la Nièvre, et le colonel Richard Marillier.

 

Richard Marillier, c’était à la fois un compagnon de route d’une équipe digne des « Tontons Flingueurs » avec Jean Carmet, René Fallet, Jean Amadou, Antoine Blondin et bien d’autres encore. C’était l’aventure de la guerre d’Algérie puis l’engagement dans l’armée de terre, le Fort des Rousses en tant qu’officier chargé de la création d’un centre d’entraînement commando. C’était l’aventure du cyclisme avec Simplex puis les équipes militaires, le poste de Directeur Technique National, le Tour de France et l’Union Cycliste Internationale. Enfin, Richard Marillier était aussi un écrivain avec une œuvre de plus d’une dizaine d’ouvrages.

 

Segoule et le Vercors.

 

Richard Marillier nait le 22 avril 1924 à Garnay, non loin de Dreux. Jeune, il perd sa mère. Son père l’emmène en Bourgogne, dans un hameau du nom de Segoule, non loin de Saint-Benin d’Azy, au cœur du Nivernais. Là, Richard est élevé par sa grand-mère Clémentine. De cette époque, il tirera un ouvrage très beau : Grandir à Segoule.

 

Adolescent, il est envoyé pour faire des études à Grenoble. Avec des camarades, il rejoint la Résistance. Il combat au sein de la Section Chabal du maquis du Vercors. Richard Marillier : « L’histoire du Vercors est, à la fois, simple dans sa conception et très compliquée dans sa réalisation. De quoi s’agissait-il ? Tout simplement de faire du massif – véritable forteresse naturelle – une terre d’accueil et de recueil pour des unités parachutistes en liaison avec un débarquement dans le midi. En fait, il existait un décalage entre ce que le BCRA d’Alger prescrivait et les moyens nécessaires dont il ne disposait pas. Le maquis du Vercors ne disposait, le 6 juin, ni des effectifs ni de l’armement nécessaires. La suite, on la connaît : 15.000 soldats allemands (chasseurs de montagnes, bataillons de Volontaires de l’Est (« Mongols »), artillerie divisionnaire, 240 aviateurs, des panzers divisions, des parachutistes) sont déployés et attaquent. La bataille dure 56 heures ; le bilan est éloquent : l’Histoire retiendra que 629 maquisards auxquels il convient d’ajouter 210 civils y perdront la vie, ce qui signifie, si l’on s’en réfère aux chiffres officiels de l’Association des Pionniers du Vercors, que plus de 3.000 combattants ont pu, soit survivre dans le maquis au milieu des Allemands, soit quitter ce même plateau par des issues de secours. »

 

Le général de Gaulle ne manquera pas de décorer les soldats de cette section le 5 novembre 1944 à Grenoble.

 

Officier au sein de l’armée de terre.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, Richard Marillier rentre sur la Nièvre. Il part en direction de Dijon, capitale de la Bourgogne afin d’y décrocher un emploi. Là, il rencontre sa future femme, Jeanine, fille de Lucien Juy, créateur du dérailleur Simplex et de l’usine du même nom. Pendant près de dix ans, Richard Marillier va œuvrer pour cette entreprise, notamment en y montant une équipe cycliste afin de faire connaître les produits de l’usine et le dérailleur fameux.

 

En 1956, rappelé par les autorités, Richard Marillier doit effectuer une période militaire en Algérie. D’abord lieutenant de réserve au sein du 494e RI, il signe un engagement et ne quittera le sol algérien qu’en 1963, après commandé plusieurs commandos et œuvré pour les services secrets français. A ce titre, il fait partie de ceux qui découvrent en 1963 l’attaque envisagée de l’Algérie sur le Maroc. Mais les Marocains, prévenus par les autorités françaises, éviteront l’effet de surprise et, renversement de situation, renverront « manu militari » les envahisseurs chez eux (la « Guerre des Sables »). Il rentre en France avec le grade de capitaine.

 

L’armée de terre lui confie des missions liées au sport : moniteur de l’Ecole d’Antibes, prévôt de boxe, entraîneur national d’athlétisme au Bataillon de Joinville, initiateur de football et créateur du centre d’entraînement commando du Fort des Rousses.

 

Rappelé par d’anciennes connaissances du cyclisme, Richard Marillier quitte l’armée de terre : « Un jour je demandais à être reçu par la DPMAT, boulevard Saint-Germain à Paris. Un colonel de la Légion étrangère me dit : « Vous avez des notes de maréchal de France, vous êtes décoré jusqu’au nombril mais vous n’avez pas d’origine. Vous sortez du rang. Alors, vous finirez vieux commandant occupé à compter les chaussettes dans un régiment. Si on vous propose un poste au niveau national où vous pouvez continuer à servir le pays, allez-y. Mais attention, ne lâchez rien. Ne quittez pas l’armée. Elle ne vous le pardonnerait pas. Faites vous détacher. Bonne chance, mon vieux ».

 

L’aventure du cyclisme.

 

Ainsi, Richard Marillier va devenir Directeur Technique National du cyclisme français pendant onze ans, de 1970 à 1981. Sous sa direction, Cyrille Guimard est 2e au championnat du monde ; Régis Ovion est champion du monde amateur en 1971 ; en 1974, Raymond Poulidor et Mariano Martinez finissent 2e et 3e. En 1977, Josiane Bost est championne du monde. Lors de ces mêmes championnats, au Venezuela, Richard Marillier est contacté par les services secrets pour servir de couverture à une opération commandée par le futur général Rondot. Il s’agit d’intercepter le terroriste Carlos. L’opération échouera.

 

Consécration à Sallanches en 1980 avec le titre de champion du monde pour Bernard Hinault. Par la suite, Richard Marillier est nommé directeur adjoint délégué du Tour de France. Président de la Ligue du Cyclisme professionnel, membre du Comité Directeur de l’Union Cycliste Internationale de 1989 à 1992, Richard Marillier fait valoir ses droits à la retraite l’année suivante. Il continue à œuvrer dans le vélo avec le Tour Nivernais-Morvan et la Route Nivernaise. Puis, il se met à l’écriture et jusqu’en 2003, il va sortir pas moins d’une dizaine d’ouvrages le Vercors, ses aventures en Algérie, sur le monde du cyclisme, et quelques romans, bien souvent édités aux Editions de l’Armançon, maison bourguignonne dirigée par Gérard Gauthier.

 

Richard Marillier était, entre autres, commandeur dans l’Ordre national de la Légion d’honneur. Il vivait aux Assarts, sur le commune de Vitry-Lâché, dont il avait été le maire de pendant douze ans.

 

Ses obsèques se dérouleront le mercredi 1er février 2017 à 15h en l’église de Saint-Benin-des-Bois dans la Nièvre.

Richard Marillier et Bernard Hinault.

Richard Marillier et Bernard Hinault.

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Publié le 24 Janvier 2017

Général Glavany (Copyright Air et Cosmos).

Général Glavany (Copyright Air et Cosmos).

Le général Glavany a toujours inspiré le plus grand respect à ceux qui l'ont connu ou côtoyé au cours de leur carrière militaire au sein de l'armée de l'air.

 

Respect d'abord pour son attitude en 1942 quand, jeune officier chassé de l'École de l'Air comme toute sa promotion par l'occupant, il décidait de franchir les Pyrénées pour rejoindre l'AFN où il tournait pour un moment le dos à sa carrière d'aviateur en s'engageant dans le 1er bataillon de choc, donc dans l'armée de terre et ce pour être certain de participer à la lutte contre l'occupant. Ainsi allait-il combattre en Corse, en Italie, puis en Provence avant de remonter jusqu'à Dijon à la poursuite de l'adversaire, là où, blessé pour la quatrième fois, se terminait pour lui la guerre.

 

Respect pour sa carrière de pilote, reprise après 1945 dans la reconnaissance d'abord puis au service, à titre civil, de la firme Marcel Dassault en tant que pilote d'essais. Il devait s'illustrer alors en effectuant les premiers vol de deux prototypes célèbres, à savoir le 17 novembre 1956, celui du Mirage 3, avion mythique avec lequel il devait atteindre pour la première fois dans l'histoire de notre aviation deux fois la vitesse du son (mach 2) et le17 juin 1959, celui du Mirage IV, avion mythique lui aussi, appelé à constituer la première composante de nos Forces Nucléaires Stratégiques. Deux dates qui comptent dans l'histoire de nos forces aériennes.

 

Respect pour sa décision prise en 1959 de renoncer à son métier de pilote d'essais et de reprendre l'uniforme pour servir de nouveau l'armée de l'air en participant d'abord à la guerre d'Algérie. Affecté au Poste de Commandement Air Mobile (PCAM) de la 11e Division de Parachutistes, unité d'élite engagée dans le Constantinois, il y retrouvait l'ambiance du 1er bataillon de choc ... et la vie rude du djebel. Au retour d'Algérie, il devait assumer des responsabilités importantes tant en État-major (chef du bureau des programmes de matériels) qu'à la tête des bases aériennes d'Istres puis de Mont-de-Marsan avant de prendre le commandement des Écoles de l'Armée de l'Air en tant que général de corps aérien, commandement qu'il assuma jusqu'à la fin de son service actif en 1978.

 

Respect enfin pour le dévouement dont il n'a pas cessé de faire preuve à son retour dans la vie civile envers plusieurs organisations caritatives en assurant notamment la présidence de l'association des Ailes Brisées, de celle de Rhin et Danube et enfin à Issy même, en acceptant la présidence d'honneur de notre comité du Souvenir Français dont il suivait avec intérêt l'activité.

 

Homme de cœur, chrétien convaincu, pilote d'exception et chef militaire doué d'une autorité naturelle indiscutable de par l'étendue de son expérience à la fois technique et opérationnelle, le général Glavany restera une grande figure de l'Armée de l'Air... et de notre cité.

 

 

Général Michel Forget

Ancien de l'Armée de l'Air et membre du comité du Souvenir Français d'Issy

 

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Publié le 18 Janvier 2017

Roland Glavany, mon général.

Voilà une année qui commence bien mal. A quelques jours d’intervalle, Madame Glavany a rendu son âme à Dieu suivie de son époux le général de corps aérien, Grand’ Croix de la Légion d’honneur, Roland Glavany.

Roland Glavany était président d’honneur du Comité d’Issy-Vanves du Souvenir Français. Il faudrait des pages et des pages pour raconter ce que fut sa vie. Cela a d’ailleurs fait l’objet d’un livre en juin 2013 : « Du Bataillon de choc au Mirage », en collaboration avec Bernard Bombeau, aux Editions Pierre de Taillac. Mais deux mots me viennent à l’instant pour définir le général Glavany : fidélité et amour.

Fidélité à la France quand alors élève de l’Ecole de l’Air, il décide de s’engager dans les Forces Françaises Libres, en passant par l’Espagne : « En 1943, comme des dizaines de milliers d’autres, j’ai traversé les Pyrénées puis l’Espagne. Il n’y avait que deux conditions ; d’abord, savoir marcher en montant ; cause : les Pyrénées ; la seconde : ne pas se faire piquer par les Allemands ; cause : l’Occupation ».

Roland Glavany débarque en Afrique du Nord. On lui explique que s’il veut continuer sa formation de pilote de chasse aux Etats-Unis, il lui faut attendre plus d’une année : « Pas question. J’ai demandé une unité para. Et c’est ainsi que j’ai atterri à Staouéli, à l’ouest d’Alger, au Bataillon de Choc du cher commandant Fernand Gambiez. Mais, manque de chance, ledit Bataillon venait de terminer son stage de transformation parachutiste. Et voilà pourquoi de fil en aiguille, à la tête de la 3ème section de la 3ème compagnie (les meilleurs…), j’ai « fait » trois débarquements en petits bateaux (LCI ou LCA) : la Corse en 1943 ; l’Ile d’Elbe et la Provence en 1944. »

Il sera blessé à trois reprises. D’abord en Corse où il débarque avec le bataillon en septembre 1943. Son métier : celui de commando, avec des actions de renseignement, des coups de mains contre les Allemands, et des missions de destruction avec son arme favorite : la grenade ! Blessé sérieusement, avec de nombreuses fractures, il est remis sur pied pour être à nouveau blessé – justement au pied – lors du débarquement de Provence sur les pentes du Mont Faron. Plus tard, le 10 septembre, avec le Choc, à l’entrée de Dijon, il tombe sur une mitrailleuse allemande : il est à nouveau touché, cette fois à la jambe.

Fidélité au chef, le général Giraud qui avait réunit les forces et moyens navals pour libérer la Corse : « Un des chefs militaires de la Résistance, le commandant Colonna d’Istria, put faire appel au général Giraud pour demander son appui. Celui-ci se tourna forcément vers le commandement allié en Méditerranée, lequel, en pleine organisation de la libération de l’Italie, lui fit comprendre qu’il fallait qu’il se débrouillât seul. Ce qu’il fit ». Soixante-dix ans plus tard, il disait encore : « De Gaulle, de Gaulle, oui bien sûr ! Mais n’oublions pas les actions extraordinaires du général Giraud, qui était unanimement apprécié chez nous ! ». Fidélité à ses camarades morts pour la France en Corse, comme l’adjudant-chef Richard de Préaudet : « Je n’oublie pas que sur ces routes de Corse, 300 d’entre-nous sont morts. Pour la France ».

Une fois la guerre terminée, Roland Glavany renoue avec l’armée de l’Air. Il termine enfin sa formation de pilote sur un P-51 de reconnaissance. Mais, comme l’écrit si bien Jean-Dominique Merchet, dans L’Opinion, « quelque chose est cassé ». Il décide d’intégrer l’école d’ingénieurs SupAéro et devient pilote d’essais au Centre d’essais en vol puis chez Dassault, où il se lie d’amitié avec Serge. Roland Glavany sera alors pilote d’essais de la famille des Mirages (Mirage III et Mirage IV). En 1958, il est le premier pilote à franchir Mach 2 en Europe. Pourtant, il verra encore des drames, comme ceux de ses camarades qui se tuent lors de ces fameux vols d’essais, tel Claude Dellys en 1952 ; Claude qui avait été son instructeur.

Fidélité de nouveau à ses compagnons d’armes. En 1959, il réintègre l’armée de l’Air et est nommé au sein de la 10e Division parachutiste du général Gracieux, chef du Poste de Commandement Aérien Mobile. « C’était un grand honneur. Nous devions obtenir des renseignements et diriger les appuis-feu aériens nécessaires aux régiments engagés. Le patron était le général Gracieux. Petit, râblé, d’un calme imperturbable, précis et concis dans ses ordres, d’une bonhomie apparente que démentait très vite un regard sans équivoque, le général Gracieux vivait pour sa division qu’il avait parfaitement en mains », dira-t-il.

Il voit au cœur des unités paras l’état d’esprit qui dérive. Tentation de suivre les généraux ? Certainement pas : « Totalement intégré à cette division parachutiste dont j’étais solidaire, je restais néanmoins un aviateur et gardais ma liberté d’esprit et de jugement. Si je n’étais pas lassé des combats – car l’allégresse des combats, cela existe – je voyais avec consternation ce beau pays peu à peu crucifié tandis que l’amertume des officiers montait tout autour de moi devant une politique qu’ils ne comprenaient point ».

Par la suite, Roland Glavany poursuivra sa carrière au sein de l’armée de l’Air, jusqu’en 1978 – avec les galons de général de corps aérien- après avoir commandé le CEAM (Centre d’Expériences Aériennes Militaires), la base de Mont-de-Marsan et les Ecoles de l’armée de l’Air.

Un regret ? Avoir tant et tant côtoyé les parachutistes sans en avoir le brevet : « Voilà pourquoi, ayant acquis avec mes étoiles de brigadier une plus grande liberté d’action, j’ai demandé à sauter vers 1975. Compte-tenu de mes blessures aux jambes, les toubibs dirent « au fou », jusqu’à ce que, lassé, un chef-toubib finit par déclarer : « Il veut sauter ? Qu’il saute ! ». Ce que je fis. Je le fis naturellement avec mes camarades des Commandos de l’Air, à Nîmes (salut au capitaine Ciappa). Nous sautions à partir d’un « Broussard » et j’aimais beaucoup cela, être assis par terre, les jambes à l’air avant de se balancer. Aussi, un jour de 1977, je participai à Avignon à un rassemblement para, devant le Chef d’état-major de l’Armée de l’Air de l’époque, le général Maurice Saint-Cricq, mon ami. Seulement voilà, à l’arrivée au sol, je sentis et entendis un « crac », à droite. Disons-le tout de suite, c’était la « bi-malléolaire » (sous-entendu la fracture) et deux mois de plâtre. Et mon chef vénéré vint alors vers moi : « Je te l’avais bien dit que tu jouais au c.. ». Et comme l’a dit un autre général, jaloux : « Ces trucs-là, faut les réussir ou s’abstenir ». Quel dommage. C’était le 4ème saut, pas le 5ème, qui lui m’aurait permis d’avoir droit à la plaque souvenir. C’est alors que je me suis rappelé m’être éjecté d’un Mystère IV en vrille que je ne parvenais pas à arrêter. J’étais pilote d’essais chez Monsieur Marcel Dassault, avant les « Mirages » et toute la série. C’était vingt ans avant, en 1955. J’ai dit cela à mes camarades de l’Armée de Terre : « 4 + 1 : ça fait 5 ! ». Ils ont condescendu à l’admettre. Et c’est ainsi que l’insigne de parachutiste est aujourd’hui en bonne place dans ma bibliothèque ».

Alors qu’il est à la retraite depuis quelques semaines (« J’avais entrepris des travaux dans la maison de campagne, mais je n’ai jamais été un grand bricoleur »), il est rappelé pour prendre la direction de l’Office Français d’Exportation des Matériels Aéronautiques.

Fidélité enfin en œuvrant pour les associations du Souvenir Français, des Ailes Brisées, dont il devient président, ou du Tomato Club. Fidélité aux camarades du débarquement de Provence en prenant la présidence de l’association Rhin et Danube. A un Résistant qui voulait lui apprendre d’où venait le général de Lattre de Tassigny, il avait répondu : « Tu sais – il tutoyait tout le monde et c’était bien souvent une marque d’affection – quand tu auras fait autant de cérémonies que moi à Mouilleron-en-Pareds, on en reparlera ! ».

Amour est le second mot qui me vient à l’esprit quand je pense au général Glavany. D’abord l’amour de la famille. Dans ses interviews, dans son ouvrage, il n’est pas un chapitre où le général n’évoque pas sa famille et le bonheur familial. Lors d’une réunion de notre Comité, il m’avait un jour indiqué : « Dans tout ce que tu fais, n’oublie jamais ta famille. Elle doit être la priorité. C’est important ».

Amour de son prochain. Esaïe 58 :7,8 41 : « N’est-ce pas que tu partages ton pain avec celui qui a faim, et que tu fasses entrer dans la maison les affligés qui errent sans asile ? Quand tu vois un homme nu, que tu le couvres, et que tu ne caches pas à ta propre chair ? ». L’amour de son prochain, le général Glavany l’a montré et démontré à maintes reprises. Ainsi, il fut l’un des piliers du Café 115, comme notre adhérente Louise Zazzera, géré par l’Association pour le Logement des Personnes Isolées Résidant à Issy-les-Moulineaux (Alpirim), sous la houlette de notre ami Marie-Auguste Gouzel, et cofinancé par la ville et la DRIHL 92. Ce Café permettant aux personnes sans abri de bénéficier d’un accueil, d’une orientation et/ou d’un accompagnement.

Amour de la littérature et des belles lettres. Pour son quatre-vingt-dixième anniversaire, nous lui avions offert une ancienne et très belle édition des Confessions d’un enfant du siècle, d’Alfred de Musset. Et voilà notre général nous remerciant en nous citant, par cœur, le premier chapitre dudit livre !

Amour de son épouse enfin. Quelle plus belle preuve d’amour que ne pas pouvoir survivre à la disparition de son épouse… Ce jeudi 19 janvier, l’on procède aux enterrements de Madame Glavany et de son mari dans le cimetière municipal d’Issy-les-Moulineaux. Bien triste journée.

 

CDT (RC) Frédéric Rignault

Président du Souvenir Français d’Issy-Vanves

Délégué général adjoint pour les Hauts-de-Seine.

 

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Publié le 13 Janvier 2017

Paroles de capitaine.

« Notre infanterie vient de fournir à Verdun, pendant huit semaines, le plus magnifique effort en vingt mois de guerre. Elle en sort, diminuée numériquement – beaucoup moins que l’infanterie ennemie – mais fortifiée moralement par la conscience indiscutée de sa supériorité.

 

La bataille avait mal commencée. Mon unité n’y était pas encore engagée. Je n’en puis donc parler que par ouï-dire, avec prudence par conséquent. Il y avait certainement trop peu de troupes, trop peu de canons, trop peu de tranchées. Depuis fort longtemps, on ne se battait plus dans cette région. Or, si l’habitude est une seconde nature, c’est surtout vrai de l’habitude du feu, et les corps qui ont subi le premier choc avaient une accoutumance moindre que ceux qui sont venus en renfort. Leur artillerie, très diluée, manquait peut-être de souplesse. Enfin, l’organisation défensive des villages attirait le feu de l’ennemi, sans que la solidité des intervalles permît une résistance frontale. Tous nos camarades qui ont vécu les premières journées sont, à cet égard, unanimes. Les journaux ont d’ailleurs signalé déjà cette situation. Je la rappelle pour qu’on comprenne ce qui suit.

 

Il en est résulté, en effet, que, au moment où, par l’engagement de nos réserves, la bataille est devenue de notre côté une grande bataille, nos troupes se sont battues en rase campagne. C’est en rase campagne, pour ne citer qu’un exemple, que la 39e division du 20e corps à brisé l’élan de l’ennemi. C’est en rase campagne que, depuis et pendant des semaines, les corps successifs ont dû mener de front l’organisation du terrain et le combat. Tout cela sous des concentrations de feu de guerre de siège d’une intensité et d’une continuité sans précédent, sous une averse de projectiles dont ni les luttes de mai ni celles de septembre n’avaient pu donner une idée.

 

Ce feu infernal a été supporté par l’infanterie française sans un instant de faiblesse. Il y avait là des troupes qui venaient de la Champagne et de l’Artois. A leur arrivée, elles avaient dit : « Nous connaissons cela ». Vingt-quatre heures après, elles avaient changé d’idée. Peut-être avions-nous eu, à Souain ou à Neuville, des bombardements égaux ; mais jamais nous n’avions connu ce feu ininterrompu, appliqué à tout un secteur, depuis la ligne de tir jusqu’à l’extrême arrière. Grâce à la qualité de leur artillerie lourde, notamment de leur 150, les Allemands ont une mobilité de feux extraordinaire. Ils battent la première ligne, puis les communications, puis les batteries, avec une foudroyante rapidité. Notre artillerie, qui s’est surpassée et qui a arraché des bravos à l’infanterie, fait aussi bien, partout où elle a un matériel égal. Mais il lui sera difficile de faire jamais mieux, et cette constatation, sur laquelle tout le monde est d’accord, mesure l’endurance surhumaine dont nos troupes ont fait la preuve dans les deux secteurs qui ont vu le choc principal : secteur de Vaux-Douaumont et secteur du Mort-Homme.

 

Avant d’être en ligne, biffins et chasseurs étaient fixés, d’ailleurs, sur ce qui les attendait. Verdun est au fond d’un cirque, qui se prolonge et s’élargit vers le Nord par des vallonnements successifs. Il suffisait d’avoir franchi le gradin supérieur, la ligne des Côtes de Belleville, sur la rive droite, pour savoir vers quoi l’on marchait. Aucun de ceux qui ont fait ces relèves nocturnes n’oubliera la lourde chute des « arrivées » coupant l’ombre de lignes de feu, qui semblaient dire : « On ne passe pas ». On est passé, cependant. On n’a jamais cessé de passer. On est passé autant qu’il a fallu pour nourrir d’unités fraîches la ligne de combat. Ici se juge la force morale d’une troupe. Une fois en secteur, quand on a vu clair, tout se supporte. Mais la file indienne dans le noir, les pieds heurtant les morts, les trous de marmite où l’on bascule et le mot qui se passe de bouche en bouche : « Serrez ! ». C’est le moment atroce et interminable, où les meilleurs sentent peser sur leur nuque la main lourde de la destinée. Pas une hésitation, pas une défaillance, tout le monde à son rang, voilà ce que nous avons vu huit semaines durant, chaque fois que montait en secteur une unité nouvelle. Il n’est pas de spectacle plus beau.

 

Ces mêmes troupes, une fois en ligne, n’ont pas seulement fait face à l’effort de résistance inouï que leur imposait le feu de l’ennemi. Elles ont toutes, sans exception, subi des attaques et fourni des contre-attaques. Des compagnies, terriblement éprouvées par le bombardement, n’en ont pas moins tenu jusqu’au corps à corps et se sont fait tuer sur place plutôt que de reculer. Le sang-froid des mitrailleurs ne s’est jamais démenti. Toutes les pièces intactes ont tiré comme à la cible, jusqu’à la dernière minute, avec quel « tableau », on en a pu juger sur les parties du terrain que nous avons reconquises. Nos tireurs ont fait constamment le « maximum », attendant l’arrivée de la vague à 30 mètres et la jetant par terre d’une seule salve. Toutes les vertus techniques d’une armée de métier et le grand souffle national de la levée en masse, voilà nos soldats au terme de la seconde année de guerre. Discipline, intelligence, sang-froid, coup d’œil, ils ont tout ce qui fait les vainqueurs, dès que la lutte se joue à armes égales.

 

Leur supériorité sur l’ennemi éclate aux yeux, quand on peut se comparer, comme ce fut le cas tant de fois, l’attaque boche et l’attaque française. Le Boche travaille un front de 500 mètres avec son artillerie jusqu’à ce qu’il soit sûr de l’avoir retourné de fond en comble. Il sort ensuite et marche à l’assaut.

 

S’est-il trompé ? Y a-t-il encore sur ce front de 500 mètres deux mitrailleuses qui tirent ? Alors c’est fini. On aperçoit la ligne qui flotte, tourne sur elle-même et s’abat dans le trou le plus prochain. J’ai vu beaucoup par moi-même et j’ai beaucoup interrogé : il n’y a pas d’exemple d’une attaque allemande progressant sous notre feu. Il s’en est trouvé à Ypres en 1914, aux Eparges en 1915. Cette fois-ci, le ressort était détendu et le progrès de l’artillerie ennemie n’avait pas eu pour corollaire le progrès de l’infanterie.

 

Chez nous, au contraire, on marche sous le feu et malgré le feu. Cela ne décide pas de la bataille, parce que c’est l’héroïsme sublime de quelques minutes et que la bataille dure des semaines. Mais cela classe les hommes. Je sais un bataillon qui, parti d’un ravin, sans tranchée, a fait 250 mètres sous les mitrailleuses et est arrivé à l’objectif avec plus de la moitié de ses officiers par terre, dont le commandant tué. Je ne crois pas, en toute sincérité, que l’infanterie allemande d’aujourd’hui soit capable de tels efforts. Elle est solide, courageuse, certes. Elle n’a plus l’élan et, malgré le concours formidable de son artillerie, il y a des bonds qu’elle ne fait plus. Tous, chefs et soldats, nous pensons là-dessus la même chose. Nous connaissons trop la guerre et ses pièges pour croire que cela suffise. Mais nous disons sans forfanterie : « Le jour prochain où nous serons munis d’autant d’artillerie qu’eux, nous les aurons ».

 

Cette conscience de sa force est chez notre soldat un sentiment grave, simple et silencieux. J’entends dire en permission : « Quand ils reviendront, ils se battront pour un oui ou pour un non ». C’est mal apprécier nos hommes, doux et patients autant que solides et si profondément accessibles aux appels du devoir. Je ne connais pas de régiment qui ne soit fier d’être allé à Verdun.

 

« On a eu besoin de vous ». Ils disent cela, parce que c’est ainsi, pas pour se vanter, mais parce que, dès lors qu’il y avait un coup de chien, il était juste qu’ils en fussent, eux qui la « connaissent ». Notre vie ne nous forme pas à noter des nuances de psychologie et c’est grand dommage, parce que c’est tout de même nous seuls, leurs chefs et leurs compagnons de tout instant, qui connaissons bien nos hommes et que, de loin, de grands écrivains donnent au pays une image très noble, mais très factice, de ceux qui meurent pour lui. On vous a écrit – combien de fois ! – le soldat qui sort en criant de sa tranchée, qui brûle d’en découdre. Mais non ! On fait cela parce qu’il faut le faire, parce que c’est le métier, mais sans cris, sans gestes, la grenade d’une main, la baïonnette de l’autre. On tue sans parler. On « progresse », comme dit le communiqué, parce qu’on est là pour cela et que c’est la loi commune des travaux et des jours. Et c’est beaucoup plus beau qu’une charge à la Détaille !

 

Notez que cet effort, cette lutte d’homme à homme, avec tout ce qu’elle exige d’énergie physique et morale, on la demande, par suite des nécessités de la bataille, à des troupes qui souvent sont au feu, et quel feu !, depuis quatre ou cinq jours et autant de nuits. Représentez-vous le croisement continu des projectiles sur les têtes, le grondement inlassable des pièces, le fracas des « arrivées » et le déchirement des « départs ». Peu ou même pas d’abris ; la crainte, si l’on y descend, d’y être muré et de mourir étouffé ; la nécessité de rester là en se livrant à la chance et d’attendre que ça change, sans croire que cela doive changer. Tension des oreilles, tension des muscles, tension des nerfs, saut brusque à droite pour éviter le coup qui à vient de la gauche, camarades de vingt mois décapités près de vous, sensation d’être l’otage aux mains de la Mort : voilà la vie, telle qu’elle fut à Verdun du 21 février au 20 avril. Et toujours, quand il a fallu, ces hommes ont été prêts au combat, prêts à la défense, prêts à l’attaque, maîtres de leurs corps et de leurs âmes. Dites-vous que nous avons vu cela et concevez ce que nous avons envie de répondre aux stratèges de cabinet qui nous demandent avec condescendance si le moral n’est pas trop mauvais.

 

Dans cet enfer, la solidarité, sous sa forme la plus haute, se manifeste à tout instant. Pour transporter un blessé, chacun est prêt à risquer la mort. Pour aller chercher un tué qu’on aime, il y a des volontaires qui, chaque nuit, rampent en avant des lignes. Pour nourrir les combattants, il y a les cuistots qui, une fois par vingt-quatre heures, font, sous l’averse d’acier, un trajet qui en dure douze et plus. Ils vont, agiles et sonores, retentissant du bruit des bouteillons et des gamelles, débouchant dans le noir du village écrasé, dont les détours leur sont familiers. D’une allure de course, bondissant presque, l’œil ouvert et l’oreille tendue, trouvant le trou favorable contre la « marmite » qui siffle, se relevant, se recouchant, poussant vers l’avant, où les autres ont faim, ils vont, laissant chaque fois en route quelqu’un des leurs, qu’on découvre après, décapité ou éventré. Ils vont, avec toutes leurs forces, avec tout leur cœur, fiers de leur obscure et vitale mission, sachant qu’il dépend d’eux qu’on veille mieux au créneau, qu’on tire plus juste et qu’on attaque plus fort. Gars héroïques, qui vous bousculent de leur ferraille au croisement des boyaux ; qui revendiquent gaiement pour la « bidoche » et le « pinard » la priorité de passage ; sublimes serviteurs de la France qui se bat et qui, par eux, mange, boit et vit.

 

Quand la corvée est passée et que la soupe – bien froide – a donné du cœur au ventre, on se met au travail d’un bras plus robuste. Et quel travail !

 

Comme une charrue inlassable, le feu allemand creuse, ouvre, arrache, bouleverse, nivelle et retourne. Il y avait là une tranchée, finie la veille : il faut la refaire. Dans cet abri écroulé, des hommes, vivants peut-être, sont enfermés : il faut les dégager. Pour aller au poste du colonel, on avait creusé hier un boyau : aujourd’hui, c’est la pleine campagne où les gens d’en face vous tirent au passage ; il faut creuser de nouveau et, de nouveau, ouvrir la voie.

 

A ces hommes qui se sont battus, qui se battront, on doit à tout instant demander le dur effort de remuer la terre, de remplir les sacs, de les placer, de refaire le parapet, la banquette, les pare-éclats. Jamais un refus, tant est fort le sentiment professionnel de la nécessité, tant est instinctif le geste de se protéger derrière la terre remuée. Il y a des gens qui disent doctoralement : « Le soldat français n’aime pas remuer la terre ». Qu’ils aillent y voir ! Ils connaîtront mieux, en revenant, nos splendides terrassiers.

 

On redescend la nuit prochaine, car le commandement ménage les unités et les relève aussi souvent que possible. A une heure indéterminée, quand les remplaçants auront pu franchir les barrages et gagner le secteur, on se mettra en route, bien las, bien lourds, contents tout de même et déjà reposés d’avoir prononcé ce mot : le repos. Les guides sont partis pour montrer la route aux nouveaux venus. On les guette. Ils arrivent. On passe les consignes et, par sections, en avant ! Comme pour venir, c’est le coup de veine : on passera ou on ne passera pas. Peut-être un quart d’heure, peut-être une demi-heure, peut-être plus, il faudra « se planquer », se coucher, se tapir, et puis on repartira.

 

Voilà la côte redoutable, où l’ennemi, sans arrêt, cherche nos batteries. Il est rare qu’on échappe à son feu : question de plus ou de moins. Si, la zone dangereuse passée, tout le monde est là, quelques-uns blessés, mais pas de morts, on est content et, d’un pas plus relevé, on descend vers Verdun – Verdun cité d’horreur pour les imaginations de l’arrière – Verdun, ville de rêve pour les combattants de l’avant. Les « gros » y tombent, c’est entendu. Mais il y a des répits. Il y a des caves. Il y a des abris. Il y a l’idée d’être hors d’affaire, pour cinq jours, six jours peut-être et d’avoir, cette fois encore, « tiré sa peau ». Les cuisines sont là où on les a laissées. Le jus du matin a été soigné de main de maître. A peine au cantonnement, on s’effondre et on dort – on dort jusqu’à épuisement de fatigue, on dort comme dorment les enfants qui ne savent pas ce que c’est que la guerre.

 

Parfois le réveil est dur. Un avion passe et laisse tomber une bombe sur le pavé. Nous avons vu cela l’autre jour. Une compagnie était rassemblée sous les arbres pour le rapport. Elle a été décimée. Une popote d’officiers était réunie dans une salle basse : trois morts atteints par les éclats. Mais ces accidents sont rares et l’on a tôt fait de n’y plus songer. Le repos est court. Dans quelques jours, dans quelques heures peut-être, il faudra remonter « là-haut ».

 

Alors pourquoi « s’en faire » ? Les hommes se lavent. Les capotes sèchent. Des torses nus sa savonnent au soleil. Des manilles se prolongent dans l’ombre. Rien n’existe hors du moment présent, divine philosophie du soldat qui, à la mort près, imprime à la vie de guerre une si parfaite sérénité. Les officiers, pareils aux hommes, sont moins libres qu’eux : car le papier ne chôme pas. Ils s’occupent des renforts, des propositions, des revues d’armes. Mais tout cela est devenu si habituel, si naturel, si instinctif, qu’on n’en souffre pas, qu’on ne s’en inquiète pas. La fonction a créé l’organe et l’organe fonctionne sans heurt, presque sans pensée, avec la régularité d’un corps sain et bien équilibré.

 

Cette adaptation parfaite au milieu, au devoir, au danger, voilà le caractère dominant de l’infanterie française. Le temps passé y est pour beaucoup. Mais quel corps et quelles âmes lui ont servi de matière ! ».

 

 

 

Sources :

 

  • Extraits du Journal L’illustration.
  • Photographie ECPAD.

 

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Publié le 7 Janvier 2017

Janvier 1917 dans les tranchées.

 

Faire des recherches historiques s’apparente à un jeu de pistes où des hypothèses sont souvent émises, le doute est permis, mais la vérité est toujours poursuivie. L’une des fautes généralement commise consistant à juger, d’une part, et d’autre part à jauger à l’aune du présent ce qui est passé.

 

Il est donc important de raconter et de placer en perspective. Voyons quelques-uns des éléments de la Première Guerre mondiale, avec un siècle de décalage…

 

 

Janvier 1917 sur le Front de l’Ouest.

 

1917 débute sous un mauvais signe pour l’armée française. Certes les Allemands n’ont pas pris Verdun. Mais la bataille, qui a duré près de 10 mois entre février et décembre 1916, a été une véritable boucherie, engloutissant près de 300.000 tués de part et d’autre. Et la bataille – la défaite – de la Somme a été plus terrible encore avec plus de 206.000 morts ou disparus du côté britannique et près de 70.000 du côté français. Le tout en l’espace de quelques semaines seulement. Partout des soldats se lèvent et commencent d’haranguer les camarades en expliquant les folies de cette guerre. Dans quelques semaines interviendront les premières mutineries… Au total, il y aura 3.500 condamnations dont plus de 500 condamnations à mort mais « seulement » 49 effectives (il y en avait eut plus en 1914 et surtout en 1915). Le général Pétain, le bon général Pétain, étant entre temps parvenu au sommet de la hiérarchie militaire. Les anciens s’en souviendront vingt-trois ans plus tard…

 

 

Janvier 1917 sur le Front de l’Est.

 

La Russie tsariste de Nicolas n’arrive plus à soutenir une guerre contre des ennemis allemand et autrichien mieux équipés et mieux organisés. Comme pour toutes les nations en guerre, les efforts demandés au détournement et à l’augmentation de la production industrielle, de même qu’à la production agricole, désorganisent la société russe. Des émeutes de la faim éclatent un peu partout dès janvier 1917. Elles sont les prémisses à une révolution qui dans les mois suivants va prendre le nom de bolchévique.

 

Ainsi au mois de mars, une première révolution éclate. Elle porte au pouvoir la bourgeoisie libérale qui entend continuer la guerre alors que les soviets, de plus en plus influents, exigent la paix. Ces soviets qui l’emportent au cours d’une seconde révolution, en octobre de la même année, et débutent les pourparlers de paix avec les Empires Centraux.

 

 

Dans les Balkans.

 

Les situations dans les Balkans ne sont jamais simples. En 1914, la Serbie, alliée de la Triple Entente (Grande-Bretagne, France et Russie) est rejointe par l’Albanie dès septembre 1914, le Monténégro et la Roumanie en 1916 et la Grèce en 1917. Cette dernière ayant longuement hésité entre les deux camps. Du côté des Empires centraux, l’Empire ottoman en octobre 1914 puis la Bulgarie une année plus tard, deviennent des alliés.

 

La Première Guerre mondiale commence par la défaite de l’armée serbe qui doit son salut dans sa fuite à travers les montagnes albanaises. S’ensuit la décision par la Triple Entente d’ouvrir un second front avec l’intervention dans la région des Dardanelles, partie du détroit du Bosphore. Mais l’expédition s’avère catastrophique et les gouvernements anglais et français se voient dans l’obligation de replier leurs troupes sur l’Egypte et la Grèce, dans la région de Salonique.

 

En novembre 1916, les Français et les Anglais réussissent à reprendre la ville de Monastir, dans l’actuelle Macédoine, aux troupes bulgares. Le général français Sarrail veut profiter de cette victoire pour forcer son destin. Il planifie pour le printemps 1917 une vaste offensive pour attaquer la Bulgarie et les Empires centraux par le sud. Le temps de la reculade est fini. Bientôt l’espoir va changer de camp et les soldats français de Salonique vont pouvoir abandonner les jardins qu’ils cultivent afin d’éviter le scorbut et la malaria pour reprendre leurs armes.

 

 

Au Moyen-Orient.

 

Au Moyen-Orient, les combats commencent dès le début de la Première Guerre mondiale. En janvier 1915, les Ottomans tentent de prendre le canal de Suez aux Anglais, alors puissance colonisatrice de l’Egypte. Les Turcs sont sévèrement battus.

 

En 1917, les Britanniques étendent leur zone d’opération contre le Palestine ottomane. Les premières batailles sont lancées mais les Ottomans résistent. En octobre 1917, après six mois de préparation, les Britanniques lancent une nouvelle offensive, fructueuse celle-là car elle leur permet en quelques semaines d’être aux portes de Jérusalem. En Arabie, le colonel Lawrence, envoyé par le général Archibald Murray, commandant du corps expéditionnaire égyptien, pour opérer en tant que conseiller militaire auprès de l’émir Fayçal, organise la prise du port d’Aqaba dans l’actuelle Jordanie. Mais plutôt que de le prendre par la mer, il fait traverser le désert à des milliers de bédouins. Au passage il réunit plusieurs tribus arabes. La défaite ottomane est consommée.

 

Au même moment, du côté diplomatique, Anglais et Français se mettent d’accord pour se partager une grande partie du Moyen-Orient en deux zones d’influence. Ce sont les Accords Sykes-Picot qui vont engendrer à la fois la paix mais aussi des zones de tensions qui perdurent encore aujourd’hui…

 

 

En Afrique.

 

Il est logique pendant la Première Guerre mondiale de se faire la guerre entre ennemis, même à des milliers de kilomètres de l’Europe. Les puissances colonisatrices vont allègrement franchir le pas en 1914. En Afrique de l’Est, au Tanganyika (Tanzanie), colonie allemande, les troupes doivent affronter celles de l’Empire britannique installées au Kenya. Les Allemands subissent une sévère défaite et reculent au Mozambique. Là, elles vont combattre contre les Portugais qui sont la puissance colonisatrice du pays et qui sont alliés des Anglais et des Français.

 

Mais autant les Anglais se sont préparés autant les Portugais ne le sont pas. Ils se font littéralement étrillés.

 

 

Les Etats-Unis.

 

Le président Woodrow Wilson, ancien gouverneur de l’Etat du New Jersey, non loin de celui de New-York, a été élu pour un premier mandat le 5 novembre 1912. Il est réélu – de justesse – quatre années plus tard en 1916 sur le slogan suivant : « Nous ne sommes pas en guerre, grâce à moi ». En dépit de relations particulièrement détériorées avec le Reich allemand, les Etats-Unis cherchent à être fidèles à une politique qu’ils suivent depuis près d’un siècle : l’isolationnisme. En effet, en 1823, le président américain Monroe a présenté sa conception de la politique étrangère : que les Etats-Unis n’interviennent pas dans les affaires de l’Europe comme les puissances européennes ne doivent pas intervenir dans celles des Amériques.

 

Tout au long du siècle écoulé les Etats-Unis ont eu pour but premier de se constituer un vaste territoire géographique et économique. Ils ont dû par la suite affronter une guerre civile – la Guerre de Sécession – particulièrement meurtrière et destructrice.

 

Aussi, n’est-il pas question d’interférer dans ce conflit mondial, mais principalement européen. En janvier 1917, le président Wilson propose qu’il soit mis fin à la guerre en plaidant pour une paix sans vainqueurs. Wilson sait ce que les Etats-Unis doivent à la France pendant la Guerre d’Indépendance ; il sait aussi que les Allemands cherchent par tous les moyens à les entraîner dans la guerre (torpillage du Lusitania, ce paquebot anglais où vont périr plus d’un millier de personnes dont 114 Américains).

 

Mais 1917 marque également la fin de cette posture. Dès le mois de février, devant le non respect par l’Allemagne des pays neutres, les relations diplomatiques sont rompues (les Allemands ont décidé de couler tous les navires qui s’approchent de l’Europe – y compris ceux relevant de pays neutres). En avril, Wilson fait un discours au congrès pour demander une déclaration de guerre à l’Allemagne ; demande acceptée le 6 de ce mois. En octobre 1917, les premiers campements de soldats américains sur le sol français sont installés non loin de Nantes. Le président vient d’ouvrir le chapitre de « l’interventionnisme américain », doctrine toujours en vigueur un siècle plus tard…

 

 

 

Sources :

 

  • Maurice Genevoix, Ceux de 14, Ed. Flammarion.
  • Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.
  •  André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.
  • Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.
  • - Pierre Miquel : Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002.

 

 

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