seconde guerre mondiale

Publié le 29 Septembre 2025

Roger Forget.

Roger Forget.

En janvier 1943, alors que la France est entièrement occupée par les troupes nazies, deux résistants – Roger Forget et Denis Lavogade – tentent de dérober un avion allemand à Issy-les-Moulineaux pour rejoindre la France libre.

Refusant de partir en Allemagne, Roger Forget (né en 1920 à Paris) s’est engagé dans la police comme gardien de la paix stagiaire. Il habite à Bry-sur-Marne et a épousé en 1941 une jeune Italienne, Iolanda Costa. Il partage avec son ami Denis Lavogade une passion commune pour l’aviation.

Denis Lavogade (né en 1904) a été formé à l’aviation militaire à Angers-Avrillé avant d’être affecté dans la chasse à La Rochelle. Il revient en région parisienne après l’armistice, nourrissant le désir ardent de reprendre le combat contre l’ennemi. Inspiré par les récits de Joseph Kessel, il rêve de s’envoler pour Londres et de s’engager dans les Forces Françaises Libres. 

Le 5 janvier 1943, Roger Forget et Denis Lavogade se rendent à Issy-les-Moulineaux, sur le site de l’usine Caudron-Renault réquisitionnée par les Allemands. Grâce à sa carte de police, Roger Forget parvient à pénétrer dans les hangars. Les deux jeunes hommes se faufilent jusqu’à un bimoteur Goéland stationné dans l’atelier de peinture, déplombent discrètement la porte du fuselage et se glissent tête-bêche dans le petit compartiment toilette. Leur objectif : attendre que l’appareil soit déplacé vers la piste puis endormir l’équipage et gagner l’Angleterre.

Malheureusement, leur plan échoue. Le lendemain matin, un contrôleur découvre l’effraction juste avant le décollage. Et, Roger Forget, bien qu’armé, ne tente pas d’ouvrir le feu. 

Les deux résistants sont arrêtés avec un flacon de chloroforme et des cartes aéronautiques sur lesquelles la route Paris-Londres est indiquée. Ils sont remis à la Feldgendarmerie de Montrouge, puis incarcérés à la prison du Cherche-Midi. Le 5 février 1943, ils comparaissent devant le tribunal militaire de la Luftwaffe, installé rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris, et sont condamnés à mort pour tentative de vol d’un avion allemand.

Le 7 juillet 1943 à 11 h 28, Roger Forget et Denis Lavogade sont fusillés au stand de tir du ministère de l’Air, place Balard, dans le 15e arrondissement de Paris.

Dans sa dernière lettre (publiée en 1948 dans Cap sans retour de Germaine L'Herbier Montagnon), Denis Lavogade indique : 

« Prison du Cherche-Midi. Notre exécution aura lieu à 11 heures ce matin. Je ne regrette absolument rien. Je vais mourir pour mon idéal. Pas besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. Je me suis préparé depuis longtemps à ce qui m'arrive, aussi je ne suis pas loin de considérer la chose comme toute naturelle. Aujourd'hui, le ciel est bleu, un vrai temps de pilote ! Je suis prêt. Comme Guynemer, je vais "faire face”. Adieu à tous. Adieu au Goéland ! »

La mémoire de Roger Forget et Denis Lavogade continue aujourd’hui d’être honorée. Leurs noms figurent sur des plaques commémoratives, notamment au ministère des Armées, à Paris. Et, depuis 1944, la rue où naquit Lavogade à Bry-sur-Marne porte son nom. 

 

Jean-David Boussemaer,

Membre du Souvenir Français, comité d’Issy-les-Moulineaux.

 

Sources : 

 

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Publié le 3 Septembre 2025

Disparition de Paul Leterrier.

Paul Leterrier, né le 21 décembre 1921 au Havre et mort le 28 août 2025 à Cherbourg, est un militaire française, engagé dans le 1er régiment de fusiliers marins et les Forces Françaises Libres.

Il est l'ultime survivant des fusiliers marins de la bataille de Bir Hakeim.

Jeunesse.

Dès l'âge de quinze ans, Paul Leterrier devient garçon de cabine de la Compagnie générale transatlantique, à bord du paquebot Normandie. Il est ensuite ouvrier à l'usine d'armements de Schneider et Cie au Havre, puis serveur au grand hôtel Frascati et à la brasserie Paillette, dans la même ville.

Après l’armistice du 22 juin 1940, il parvient à se rendre en zone libre et s'engage dans la marine du régime de Vichy avec le secret espoir de déserter pour rejoindre les Forces Navales Françaises Libres.

Enrôlement dans la France libre et batailles.

Lors d'une escale à Beyrouth en septembre 1941, avec la marine du régime de Vichy à bord du paquebot Colombie, Paul Leterrier échappe à la surveillance des « pétainistes » et déserte. Il est d'abord interrogé par les services de renseignements anglais, puis il s'engage dans la 1ère brigade française libre.

En mai 1942, il est l'un des 3 700 militaires engagés dans la bataille de Bir Hakeim. Paul Leterrier raconte y avoir été blessé deux fois, notamment une première fois en recevant des éclats au dos, aux jambes, à l'abdomen et aux poumons, envoyés par un Messerschmitt BF108.

La seconde fois, toujours à Bir Hakeim le 9 juin 1942, il est de nouveau blessé lorsque son unité est encerclée par les Allemands, recevant un tir d'artillerie et un éclat dans la cuisse, parvenant à le retirer avec ses doigts, selon ses dires.

La même année, en 1942, il est également engagé dans la seconde bataille d’El Alamein, en Egypte. Il participe ensuite à la campagne de Tunisie en mai 1943, au cours de laquelle il rencontre le Premier ministre du Royaume-Uni, Winston Churchill à Carthage. Il est envoyé en Italie en 1944 à la bataille de Monte Cassino.

Il prend part au débarquement de Provence, le15 août 1944, et à la libération de la France, depuis la vallée du Rhône et jusqu’en Alsace.

Après la guerre.

Après la Seconde Guerre mondiale, Paul Leterrier s'engage dans les services de renseignement français : il est recruté en 1958 au sein de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST), qui prendra par la suite le nom de DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure).

Il se rend dans la famille de Charles Régereau, son meilleur ami tué par un officier allemand, et il y rencontre sa future femme Marie-Anne, la sœur cadette de son frère d'armes et ils se marient en 1946.

En juin 2018, il publie un ouvrage en forme de témoignage retraçant son parcours lors de la bataille de Bir Hakeim et la Seconde Guerre mondiale. L'ouvrage est titré « J'étais fusilier marin à Bir Hakeim ; le récit inédit d'un des derniers témoins » et publié aux Éditions Pierre de Taillac.

Le 13 décembre 2021, à l'occasion de son centième anniversaire, il est fait commandeur de la Légion d’honneur. La cérémonie se déroule sur la place d’arme de la compagnie de fusiliers marins Le Goffic de Cherbourg. La distinction lui est remise par le vice-amiral Philippe Dutrieux, préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord, lequel revient sur le parcours du vétéran vivant désormais à Digosville (Manche).

Le 11 juin 2022, à l'occasion des 80 ans de la bataille de Bir Hakeim dont il est l'ultime fusilier marin survivant, il accorde un entretien au journal Le Figaro. Le 24 décembre 2023, sa femme Marie-Anne, avec qui il est marié pendant soixante-dix-sept ans, meurt dans la nuit de Noël. En 2024, il réside dans sa maison de retraite de la Bucaille à Cherbourg.

Le 28 août 2025, le préfet de la Manche annonce par un communiqué de presse, la mort de Paul Leterrier.

 

Sources : 

  • Site de l’Elysée : www.elysee.fr
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Crédits photographiques : Facebook.

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Publié le 15 Juin 2025

La réinhumation de Kléber Rousseau.

Jacqueline et Claude Vassal sont des piliers du comité du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux. Pour en savoir plus, il convient de se reporter à cette page : https://www.souvenirfrancais-issy.com/2024/04/claude-vassal-parachutiste-du-cpa-10-en-algerie-partie-1.html

Jacqueline nous a communiqué le récit de la réinhumation de son oncle, Kléber Rousseau, après la Seconde Guerre mondiale.

« Mort au champ d’Honneur en 1940, croix de guerre avec palme, Kléber Rousseau a été réinhumé près des siens.

A Fontaine-Simon, en Eure-et-Loir, dans la région du Perche, a eu lieu la réinhumation du corps du soldat Kléber Rousseau mort pour la France à Asfeld (Ardennes) en juin 1940. Après le service religieux que célébra M. l’abbé Bertrand, le corps fut conduit au cimetière en présence de différentes personnalités parmi lesquelles M. le commandant représentant le colonel Murgier, commandant la place de Nogent-le-Rotrou, M. Samuel Thébault, maire, et des conseillers municipaux, l’adjudant de gendarmerie Plassard, accompagnant une délégation de sa brigade, des délégations des anciens combattants et ACPG (Anciens Combattants Prisonniers de Guerre) de Fontaine-Simon et Manou, avec leurs présidents respectifs MM Gerfaux et Aubin, et les porte-drapeaux : MM Mereis, Hayes et Couturier. Les cordons du drap mortuaire étaient tenus par des camarades d’enfance de Kléber Rousseau : MM Marcel Noël, Ernest Boizard, Letertre et Deroc. Une gerbe avait été offerte par les anciens combattants de Fontaine-Simon.

Un détachement du CM 28 (centre mobilisateur 28) de Nogent-le-Rotrou rendait les honneurs.

Au cimetière, M. Beaudun, président d’honneur des anciens combattants de Fontaine-Simon, prononça une émouvante allocution dans laquelle il dit notamment : « Kléber Rousseau est bien un enfant de Fontaine-Simon puisqu’il naquit ici le 19 août 1916 dans une famille de 11 enfants. Il fréquenta l’école de Fontaine-Simon et nombre de camarades se souviennent de lui. Dès la sortie de l’école, il part travailler dans les fermes environnantes et le service militaire le prend à Montigny-le-Chartif. Il rejoint le 46e RI et c’est la période tendue où les bottes allemandes résonnent aux frontières de la France.

La Seconde Guerre mondiale éclate et le 46e RI couvre sa part de frontière. Après le dur hiver 1939-1940, c’est la « drôle de guerre » et le réveil de mai 1940 est brutal, il faut faire face aux infiltrations sans esprit de recul.

Calmement et courageusement, Kléber Rousseau a dit « présent » et avec son opiniâtreté de paysan, il se couche sur son fusil-mitrailleur. C’est ainsi que tombe celui que nous honorons ce jour, d’ailleurs voici la citation à l’ordre de l’armée qui témoigne de sa bravoure » :

« Au cours des attaques du 9 juin 1940 sur l’Aisne, a donné un bel exemple de courage et de calme. Car son tir a brisé une attaque sur un point très important de l’Aisne et n’a cessé de mitrailler l’ennemi jusqu’au moment où il fut tué sur son fusil-mitrailleur ».

« La croix de guerre avec palme lui fut attribuée. A la famille de Kléber Rousseau, nous présentons en cette circonstance, l’expression de notre vive sympathie ».

 

Sources : 

  • Archives familiales Vassal.
  • Crédits photographiques : famille Vassal.

 

La réinhumation de Kléber Rousseau.

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Publié le 13 Avril 2025

A la mémoire d’Eliane Jeannin-Garreau.

Dans l’ombre de l’histoire officielle, certaines figures méritent d’être mises en lumière. C’est le cas d’Éliane Jeannin-Garreau, résistante discrète mais déterminée, dont le parcours témoigne d’un courage rare.

Née Alice Gabrielle Jeannin en 1911, Éliane refuse très tôt la résignation face à l’Occupation allemande. Convaincue que chaque citoyen peut agir, elle rejoint très tôt la Résistance et intègre, en 1941, l’Organisation civile et militaire des Jeunes (OCMJ), fondée par Charles Verny. Ce réseau – qui recrute alors des jeunes gens issus de tous milieux sociaux – joue un rôle essentiel dans la coordination d’actions de renseignement, de sabotage et de diffusion de tracts. 

En 1942, Éliane transforme son appartement d’Issy-les-Moulineaux en plaque tournante de la lutte clandestine. « J’étais à la fois boîte-aux-lettres, agent de liaison, fabricant de faux papiers, rédactrice de presse clandestine. Mon logis servait d’asile pour les fugitifs ; de pied-à-terre pour les parachutés de Londres ; de poste central pour les membres du réseau et de réserve de tracts et journaux clandestins. » (Ombre parmi les ombres)

En 1943, la Gestapo finit par remonter sa trace. Elle est arrêtée le 31 août à Issy, interrogée pendant 25 heures au Palais d’Orsay, incarcérée à Fresnes, où elle est tenue au secret pendant un mois et demi, puis transférée au camp de triage de Royallieu (près de Compiègne), avant d’être déportée au camp de concentration pour femmes de Ravensbrück.

L’année suivante, Éliane est transférée au Kommando de Holleischen, un camp annexe du camp de concentration de Flossenbürg, situé à Holýšov (actuellement en République tchèque). Affectée aux usines d’armement Skoda, elle participe, malgré les risques encourus, au sabotage de composants électroniques destinés à l’effort de guerre nazi, poursuivant ainsi son combat pour la liberté.

Libérée en mai 1945 à la suite de l’évacuation du camp par la Croix-Rouge suédoise, Éliane retourne à Issy-les-Moulineaux. Épuisée physiquement, mais toujours debout, elle reprend une vie discrète.

Éliane participe à l’ADIR (Association des Déportés, Internés et Résistants d'Issy-les-Moulineaux), une association locale fondée après la Seconde Guerre mondiale, destinée à regrouper et honorer la mémoire des habitants de la commune ayant participé à la Résistance, ayant été internés ou déportés durant la guerre.

En 1992, l’Académie française lui décerne la médaille d’argent du Prix d’Histoire générale pour son ouvrage autobiographique Ombre parmi les ombres, dans lequel elle livre un témoignage fort et poignant sur son expérience et celle de ses compagnons d’infortune.

En 1994, Eliane publie Les Cris de la Mémoire, un recueil de 42 dessins au fusain, préfacé par Geneviève de Gaulle Anthonioz qui – comme elle – fit partie du convoi des 27000 : « Chacun de tes dessins, Éliane, nous enfonce un peu plus dans cette expérience de la vie concentrationnaire. Ce que la parole n’arrive pas à exprimer, quelques traits le suggèrent. »

Éliane Jeannin-Garreau s’est éteinte en 1999 dans sa ville d’Issy-les-Moulineaux. Officier de la Légion d’honneur, titulaire de la Croix de guerre avec palme et de la médaille de la Résistance, elle demeure aujourd’hui une figure exemplaire, celle d’une femme ordinaire devenue, par son courage et son abnégation, une résistante, fidèle jusqu’au bout à ses idéaux de liberté, de justice et d’humanité.

 

Jean-David Boussemaer,

Membre du Souvenir Français, comité d’Issy-les-Moulineaux.

 

Sources : 

 

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Publié le 22 Septembre 2024

A la mémoire de René Coche, de Vanves.

René Coche est né à Vanves le 3 mai 1926. Il est le fils de Thomas Coche et de Marguerite Nicklich et demeure rue de Paris à Vanves.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, René Coche s’engage dans la Résistance. Son frères est déjà actif dans la lutte contre l’ennemi en tant qu’élève pilote de l’aviation militaire et rallié à de Gaulle depuis juin 1940. René est d’abord membre, dès 1943 alors qu’il n’a que 17 ans, du corps franc Liberté des Forces Françaises Combattantes (FFC), d’obédience gaulliste, sous les ordres de Claude Soreph, et participe à des entrainements en vallée de Chevreuse.

Le corps franc devient composante du réseau des Vélite-Thermopyles. Ce réseau, dépendant du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) de la France Libre, a été créé en 1941 par trois enseignants de l’Ecole normale supérieure et trois anciens élèves, après la réquisition par les Allemands de l’Ecole normale supérieure de Saint-Cloud.

Le 6 juin 1944, avec plusieurs membres du groupe, René Coche se rend à la ferme du By dans le Loiret. Mais à Paris, les événements se précipitent avec l’arrestation de Philippe Wacrenier, chef du corps franc Liberté. Alors que des étudiants, en provenance de Jeanson-de-Sailly, Henri IV, Saint-Louis, continuent d’arriver à la ferme du By, l’alerte est donnée : il est risqué de rester en ces lieux. Et le samedi 10 juin, le groupe de résistants de la ferme du By, infiltré par des traitres français, est arrêté. Emmenés à l’écart, seize jeunes, dont René Coche, sont abattus à la mitrailleuse, puis d’une balle dans la tête.

Ce jour-là trois autres Vanvéens du lycée Michelet tombent sous les balles nazies : Claude Couson, Serge et Claude Soreph, têtes de Liberté.

Les trois traitres français seront arrêtés à la fin de la guerre, condamnés et fusillés entre février 1945 et juillet 1946.

 

Le nom de René Coche figure sur les monuments suivants : nécropole nationale de Bellefontaire à La Ferté-Saint-Aubin dans le Loiret, la plaque commémorative FFI du Loiret à Lorris et sur les monuments de Vanves dont la plaque de la cité scolaire Michelet.

 

Sources :

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Publié le 8 Juin 2024

Le PC de l’ORA en son état actuel, après l’incendie de 1944 et la récente restauration.

Le PC de l’ORA en son état actuel, après l’incendie de 1944 et la récente restauration.

Pierre Fraisse nait le 9 juillet 1923 à Issy-les-Moulineaux. Il est le fils de Charles Fraisse et de Suzanne Delavoye. Ils demeurent au 11, rue d’Alembert à Issy.

 

Pierre Fraisse s’engage dans la Résistance ; il est soldat FFI (Forces Françaises de l’Intérieur).

Dans l’ouest de la France, plusieurs groupes de résistants sont actifs. Entre autres l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA) qui a installé son PC dans une ferme au Potireau dans le département de la Sarthe, non loin de Saint-Germain-d’Arcé. Le but de l’ORA comme l’ensemble des FFI : stopper coûte que coûte la remontée de divisions allemandes vers la Normandie. Depuis le 1er juin 1944, à la suite du message entendu sur Radio-Londres « Les carottes sont cuites », les hommes de la Résistance se tiennent prêts.

Pierre Fraisse est donc de ceux-là. Prêts aux sabotages, aux coupures de lignes électriques, aux mines pour faite sauter les trains de troupes allemandes. Mais le jeune homme n’aura pas le temps de savourer l’arrivée des Américains sur le sol français : à l’âge de 20 ans, le 6 juin 1944, il meurt des suites de ses blessures à l’hôpital de Château-du-Loir, place Saint-Martin, distant de Saint-Germain-d’Arcé d’une quinzaine de kilomètres.

Les opérations de la Résistance réussissent quelques jours. Mais cela ne durera qu’un temps : la Gestapo et des miliciens français cernent la ferme puis attaquent. Trop nombreux pour les Résistants, ces derniers doivent se rendre, sur les ordres de leur chef, le capitaine Madelin. Les Résistants seront tous déportés.

D’autres groupes seront par la suite démantelés par la Wehrmacht et la Milice et de nombreux combattants FFI seront arrêtés et fusillés sur place, sans aucune forme de procès.

 

Sources :

  • Archives du Souvenir Français – Comité d’Issy-Vanves.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Site MemGenweb – Fiche de Pierre Fraisse – Contribution de Jérôme Charraud.
  • Journal Le Petit Courrier, l’écho de la vallée du Loir (sources et crédit photographique).
  • Archives du département de Loire-Atlantique.
  • Archives du département du Maine-et-Loire.

 

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Publié le 19 Mai 2024

A la mémoire de Moïse Finkelstein de Vanves.

Roumain, juif, au service de la France.

Maurice, dit Moïse, Finkelstein nait à Bucarest en Roumanie le 1er septembre 1882, dans une famille juive. Il est le fils de Thias Finkelstein et de Sophie Trochins. Il émigre en France avec ses parents. Le jeune Maurice fait de belles études qui le voient intégrer le lycée Michelet de Vanves. Il est naturalisé en 1912.

A l’occasion de la Première Guerre mondiale, il est mobilisé au 67e régiment d’infanterie dont le lieu de regroupement est à Soissons dans l’Aisne. Mais pour des raisons de santé, il est réformé le 6 août 1914. Insistant pour être incorporé, il est finalement admis au service armé le 21 mai 1915 et est affecté au 10e régiment d’infanterie (Auxonne, Dijon), unité de la 15e division d’infanterie et du 8e corps d’armée. Son chef de corps est le colonel Le Maistre.

Le 2 août 1916, à Verdun, Moïse Finkelstein se conduit en héros. Alors que son unité se bat avec ardeur laissant sur le champ de bataille 28 tués, 106 blessés et 12 disparus, le soldat Finkelstein reçoit la citation suivante « très bon soldat, qui s’est distingué à maintes reprises et par son courage au feu et son entrain au combat. A été grièvement blessé le 2 août 1916 en se portant à l’attaque ».

Le soldat termine la guerre couvert de gloire : légion d’Honneur, médaille militaire, croix de guerre.

 

Le convoi 59.

En septembre 1943, Moïse Finkelstein est arrêté à Saint-Maurice, où il réside. Il est déporté par le convoi 59. Les éléments communiqués par Yad Vashem sont le suivants : le 2 septembre à 10h00 un train transportant 1.000 juifs part de la gare de Bobigny. Plus de la moitié des déportés sont citoyens français. Le lieutenant Wannemacher est responsable de la supervision du train. Selon l’horaire pour un convoi qui a quitté Bobigny en novembre 1943, le train prend vraisemblablement le trajet suivant (en wagons à bestiaux) : Bobigny, Noisy-le-Sec, Épernay, Châlons-sur-Marne, Révigny, Bar-le-Duc, Novéant-sur-Moselle (Neuburg), Metz, Saarbrücken, Frankfurt/Main, Dresden, Görlitz, Liegnitz (Legnica), Neisse (Nysa), Cosel, Katowice (Kattowitz), Auschwitz.

Le site Yad Vashem a répertorié le témoignage d’un survivant, un certain Librati : « En cours de route, quatre détenus tentent de s’échapper. Les fugitifs, rapidement rattrapés, sont immédiatement abattus. Comble de l’ignominie, les SS font descendre du wagon tous les détenus, les somment de se déshabiller entièrement, d’abandonner leurs bagages sur le bas-côté et de remonter nus dans le train recouverts d’une simple couverture. »

À l’arrivée au camp le 4 septembre, 232 hommes et 106 femmes sont sélectionnés pour des travaux forcés. Les hommes sont tatoués des numéros 145796 à 145027 et les femmes reçoivent les numéros 58300 à 58405. Les autres 727 déportés sont gazés dès leur arrivée au camp. En 1945, on ne dénombrait que 17 hommes et 4 femmes rescapés de ce convoi.

 

Moïse Finkelstein est assassiné le 7 septembre 1943 dans la chambre à gaz d’Auschwitz. Il avait 61 ans. Son nom est inscrit sur la plaque commémorative de la cité scolaire Michelet de Vanves, sur une plaque de la synagogue du 3e arrondissement de Paris, sur le monument aux morts de Saint-Maurice (Val de Marne) et sur la tombe familiale du cimetière de Bagneux dans les Hauts-de-Seine.

 

Sources :

 

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Publié le 17 Février 2024

Jean Salis, soldat de la 2e DB, mort pour la France.

Sur ce site, en avril 2017 (https://www.souvenirfrancais-issy.com/2017/04/paul-casta-de-la-2e-db-mort-pour-la-france.html), nous avions évoqué la 2e division blindée du général Leclerc, son parcours et la disparition du soldat Paul Casta, mort des suites de ses blessures le 25 août 1944 à l’hôpital aujourd’hui connu sous le nom de Corentin Celton. Son corps est enterré au cimetière d’Issy-les-Moulineaux.

Ils sont trois soldats à reposer au cimetière communal : Paul Casta donc, Mohamed Ben Abdeslem et Jean Salis.

 

Histoire de La 2e DB dans les Hauts-de-Seine.

La 2e DB est en France depuis juin 1944. Pour le commandement américain des opérations pas question de perdre du temps à libérer Paris qui n’est qu’un objectif annexe. Il faut foncer vers l’Allemagne. Le général de Gaulle arrache la décision : il convainc le général Eisenhower de ne pas lâcher Paris qui est tout à la fois un symbole et un enjeu stratégique car les Allemands constituent une menace sur les flancs des armées alliées.

Eisenhower donne finalement l’ordre à Leclerc de marcher sur Paris le 22 août 1944. La division est formée des unités suivantes : 501e régiment de chars de combat, 12e régiment de chasseurs d’Afrique, 12e régiment de cuirassiers, 1er régiment de marche de spahis marocains, régiment blindé de fusiliers-marins, régiment de marche du Tchad, 3e régiment d’artillerie coloniale, 64e régiment d’artillerie, 40e régiment d’artillerie nord-africain, 13e bataillon du génie, un bataillon médical, et un détachement de circulation routière.

Au total, la 2e DB compte alors environ 165 chars moyens M4 Sherman, 36 chasseurs de chars M10 Wolverine, 64 automitrailleuses, 664 half-tracks et scout cars. Pratiquement tous les équipements sont américains ou d’origine américaine. Selon les historiens, la division compte environ 15.000 hommes répartis ainsi : 7.000 des unités de l’armée d’Afrique, dont 1.300 soldats maghrébins, 4.000 Forces Françaises Libres, vétérans du Tchad pour la plupart, et environ 2.500 évadés par l’Espagne.

Avant de monter dans sa jeep, Leclerc est interpelé par de Gaulle : « Vous avez de la chance ! »

Le 24 août, en deux colonnes, la division s'élance vers Paris. Par la vallée de Chevreuse, Jouy-en-Josas, Clamart, Massy, Wissous, Fresnes, le groupement Billotte fraye leur chemin à coups de canon. Les Allemands, solidement armés, se battent bien ; mais le soir, vers 20 heures, à la Croix-de-Berny, Leclerc sent qu'une occasion se présente : il saisit le capitaine Dronne au passage et il le lance, avec trois chars et trois sections sur half-tracks, vers le cœur de Paris. L'audace est payante : à 21 heures 22, Dronne arrive place de l'Hôtel de Ville, les cloches de la capitale sonnent à toute volée ; les Parisiens frémissent. Le lendemain 25, c'est le coup de grâce : la 2e DB entre dans la ville, s'empare du gouverneur allemand et réduit au silence l’ennemi. Les groupes de résistance, qui se battaient depuis près de huit jours à un contre dix, soupirent et fêtent ces soldats français providentiels que Paris attendait depuis quatre ans sans trop y croire.

Après dix jours consacrés à remettre en état les quatre mille véhicules, à recompléter les rangs, à prendre un repos et une détente bien mérités aussi, le 8 septembre la 2e DB reprend la route. Elle va participer à la libération de l’Alsace, Colmar et Strasbourg et terminera sa guerre au Berchtesgaden, demeure d’Adolf Hitler à la frontière entre l’Allemagne et l’Autriche.

 

Jean Salis.

Comme Paul Casta, Jean Salis est Corse. Cela a son importance ! Il nait à Ocana en Corse du Sud le 4 septembre 1921. Soldat du 2e bataillon et de la 5e compagnie du régiment de marche du Tchad, il est tué à l’ennemi sur la commune de Sèvres lors des combats de l’avenue Bellevue.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts d’Issy-les-Moulineaux et celui de la 2e division blindée, à la Porte d’Orléans dans le 14e arrondissement de Paris. Jean Salis avait 23 ans.

 

Sources :

  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Et Leclerc prit Strasbourg, Les Dernières Nouvelles, 1970.
  • Erwan Bergot, La 2e DB, Paris, Presses de la Cité, 1980.
  • Général Philippe Duplay, La 2e DB de Doula à Berchtesgaden, Revue L’Espoir, n°107, 1996.
  • Biographie de Paul Casta par l’Amicale d’Antibes-Vence-Cannes de la 2e DB avec le concours de la Fondation de la France Libre.
  • Site MemorialGenWeb, contributions de Claude Richard, Jérôme Charraud.
Cimetière d’Issy-les-Moulineaux. De gauche à droite, les sépultures des soldats Mohamed Ben Abdeslem, Jean Salis et Paul Casta.

Cimetière d’Issy-les-Moulineaux. De gauche à droite, les sépultures des soldats Mohamed Ben Abdeslem, Jean Salis et Paul Casta.

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Publié le 7 Juillet 2023

A Léon Gautier, dernier survivant du commando Kieffer.

Léon Gautier nait à Rennes le 27 octobre 1922. Apprenti carrossier au début de la guerre, il s’engage à 17 ans dans la Marine, seule arme à l’accepter alors qu’il est mineur.

Il est affecté à des missions de défense du port de Cherbourg. Puis, embarqué sur le Courbet, il débarque à Portsmouth. Peu après son arrivée sur le sol anglais, il apprend l’existence de la France libre, qu’il décide de rejoindre à Londres. Le 14 juillet 1940, Léon Gautier est du défilé des soldats français devant le général de Gaulle et le roi George VI. Par la suite, il effectue des missions dans l’océan Atlantique puis en Afrique et au Moyen-Orient.

En 1943, volontaire pour intégrer un des commandos du lieutenant de vaisseau Philippe Kieffer, il part s’entraîner à Achnacarry en Ecosse. Le 6 juin 1944, il débarque avec son unité sur la plage Sword, commune de Colleville (devenue Colleville-Montgomery). Les objectifs consistant à prendre le central téléphonique et le bunker de Ouistreham, pour ensuite atteindre le Pegasus Bridge. Léon Gautier est alors l’un des 177 membres des commandos Kieffer. Durant 78 jours, il va participer à la libération de la Normandie. Blessé à la cheville, il ne poursuit pas l’aventure aux Pays-Bas (terrible bataille de la Chaussée de Walcheren).

Démobilisé après la guerre, il épouse Dorothy Banks, une Britannique du corps des transmissions qu’il avait rencontrée à son arrivée en Angleterre. Ils auront deux enfants. Le couple rejoint la Grande-Bretagne et Léon Gautier reprend son travail de carrossier. Métier qu’il va exercer un temps en Afrique pour le compte de la Compagnie française de l’Afrique occidentale.

A la retraite, Léon Gautier s’installe à Ouistreham, non loin de là où il débarqua en 1944, et passe une grande partie de son temps entre le Devoir de Mémoire, notamment auprès des écoles, et la gestion du musée du N°4 Commando, en tant que président de l’Amicale des anciens du Commando Kieffer.

A compter du 17 avril 2021, date de la mort d’Hubert Faure, il est le dernier membre du Commando Kieffer encore en vie. En 2019, le président Macron le place à l’honneur à l’occasion du 75e anniversaire du Débarquement.

Le 3 juillet 2023, Léon Charles Alexandre Gautier meurt à l’âge de 100 ans. Ses obsèques sont célébrées ce jour, vendredi 7 juillet, avec un hommage national et en présence de nombreuses personnalités dont le Président de la République.

 

Le commando Kieffer.

L’expression « commandos Kieffer » désigne a posteriori les soldats du 1er bataillon de Fusiliers Marins Commandos (1er BFMC), créé au printemps 1942 en Angleterre par la France libre du général de Gaulle. Le commandant de l’unité est Philippe Kieffer. Intégré à la Special Service Brigade, dans le commando interallié n°10, l’unité est détachée dans le commando britannique n°4 au Jour J. Les 177 soldats français de l’unité sont nos seuls compatriotes à fouler le sol de la mère-patrie en ce 6 juin 1944.

Ce jour-là, l’unité perd 10 tués ; 10 autres le sont quelques jours plus tard dans le cadre de la bataille de Normandie. Seuls 24 hommes sur 177 sortiront de cette bataille sans blessures.

A l’issue de celle-ci, le commando est envoyé aux Pays-Bas. Considérée comme unité alliée, placée sous commandement britannique, les survivants ne recevront la Légion d’honneur que soixante ans plus tard. Les commandos marine de la Marine nationale et le commando Kieffer, nouvelle unité créée en 2008, sous les héritiers du 1er bataillon de fusiliers marins commandos.

A Léon Gautier, dernier survivant du commando Kieffer.

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Publié le 7 Juin 2023

Un GI français à Omaha Beach.

Dans le cadre de l’ouvrage Les Relais de la Mémoire (Atlante Editions), j’avais rencontré en 2013 Bernard Dargols. Il m’avait raconté son épopée incroyable.

 

Jeune étudiant parisien, Bernard Dargols effectuait un stage à New-York lorsque la guerre éclata en 1939. Sa famille, restée en France, était menacée par les lois antisémites de Vichy. Bernard Dargols décida de s’engager dans l’armée américaine, convaincu qu’il y serait plus utile pour combattre les forces d’occupation. Devenu GI de la Military Intelligence Service après un long entraînement militaire, il débarquait en juin 1944 sur la plage d’Omaha la sanglante, et servit au sein des renseignements militaires.

 

En mars 2012, il s’était confié à sa petite-fille, Caroline Jolivet, qui a sorti le livre Un GI français à Omaha Beach.

Voici un extrait : « J’appréhendais ma rencontre avec les Français, car les bombardements alliés, pour repousser l’ennemi et faciliter notre débarquement, avaient sévèrement touché la Normandie, détruit des villages et fait de nombreuses victimes. Malgré les dégâts causés considérables, ma rencontre avec les Français reste inoubliable. C’était un moment très fort. Quand nous approchions des civils, c’était d’abord l’étonnement, puis souvent des larmes de joie. Les gens ne savaient pas très bien si j’étais américain ou français : ma jeep s’appelait « La Bastille », je portais l’uniforme américain avec le brassard MII et l’emblème de l’Indian Head, mais je parlais parfaitement français, avec un accent parisien. C’est eux qui m’interrogeaient ! La plupart du temps, les Normands s’arrêtaient devant la jeep et nous entouraient jusqu’à ce que quelqu’un s’approche, nous entraîne dans une maison en nous disant : « Tenez, entrez boire un coup, messieurs ! ».

Bernard Dargols, dont le nom a été donné au chemin qui relie le cimetière américain de Colleville à la place d’Omaha Beach, est décédé en 2019, à l’âge de 99 ans.

 

 

Sources :

 

  • Archives du Comité d’Issy du Souvenir Français.
  • Un GI français à Omaha Beach, Editions Ouest France, 14 €.

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