Jacques Piette, l'Isséen devenu Compagnon de la Libération

Publié le 30 Mai 2026

Jacques Piette, l'Isséen devenu Compagnon de la Libération

Lorsque l’on évoque les grandes figures de la Résistance française, certains noms s’imposent immédiatement à la mémoire collective. D’autres, moins connues du grand public, ont pourtant joué un rôle déterminant dans la lutte contre l’occupation allemande. Né à Issy-les-Moulineaux le 13 mai 1916, Jacques Piette appartient à cette seconde catégorie. 

 

Jacques Piette grandit dans une famille modeste. Fils d’un ouvrier tourneur, il commence lui-même sa carrière comme ouvrier tout en poursuivant des études. Il obtient des diplômes en droit public ainsi qu'en économie politique et poursuit sa formation à l’École des hautes études sociales.

Très tôt, il s’engage dans la vie politique. Après un passage au Parti communiste français, il rejoint la SFIO en 1934. Son engagement est tel qu’il devient membre du comité directeur national du parti à partir de 1938.

À la même époque, l’Europe est secouée par la montée des régimes autoritaires. Profondément antifasciste, Jacques Piette rejoint les Républicains espagnols pendant la guerre civile qui déchire l’Espagne entre 1937 et 1938. 

En 1939, il effectue son service militaire comme élève officier de réserve à Saint-Cyr au sein de la promotion « Amitié franco-britannique ». Nommé sous-lieutenant au 24e régiment d’infanterie en mai 1940, il acquiert une expérience militaire qui lui sera précieuse dans les années à venir.

 

Un Isséen qui refuse la défaite

Lorsque la France s’effondre au printemps 1940, Jacques Piette refuse d’accepter l’armistice signé avec l’Allemagne nazie. Alors que beaucoup considèrent la guerre comme perdue, il estime que le combat doit continuer.

Dès septembre 1940, il rejoint un réseau clandestin animé par le commandant Daum à Pau. Cette organisation mène des missions de renseignement, facilite le franchissement de la ligne de démarcation et assure le transport d’armes destinées à la Résistance.

Pendant près de deux ans, Jacques Piette participe à ces activités particulièrement dangereuses avant que le réseau ne soit démantelé en 1942 après la découverte de caches d’armes par la Gestapo.

 

Le choix de la clandestinité

En 1942, Jacques Piette rejoint le réseau « Centurie » ainsi que l’Organisation civile et militaire, l’un des plus importants mouvements de Résistance de la zone occupée.

Sous le pseudonyme de « Personne », il s’impose progressivement comme l’un des cadres de la Résistance française. Dès décembre 1942, il dirige la section économique du réseau Centurie et participe à la rédaction des « Cahiers de l’OCM », destinés à préparer la reconstruction politique, économique et sociale de la France après la guerre.

Son action ne se limite pas à ces travaux de réflexion. Il assure des liaisons stratégiques entre plusieurs grandes figures de la Résistance, notamment Pierre Dunoyer de Segonzac et Pierre Brossolette. Il joue également un rôle important dans les relations entre l’OCM et le Bureau des opérations aériennes, chargé de coordonner les parachutages alliés.

En mars 1943, il contribue à l’entrée dans la Résistance des groupes issus de l’École des cadres d’Uriage. Quelques mois plus tard, il est nommé membre du comité directeur de l’OCM, signe de l’influence grandissante qu’il exerce au sein du mouvement.

 

L'un des principaux responsables militaires de la Résistance

L’année 1943 marque un tournant décisif dans son parcours. En octobre, il devient chef militaire de la Région A de l’OCM, couvrant le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme. En décembre, ses responsabilités sont étendues à l’Aisne et à la Seine-Inférieure.

À ce poste, il organise les groupes armés de Résistance, met en place les structures clandestines et participe à la création des maquis de l’Aisne et de la Seine-Inférieure. Il en définit les plans d’action et supervise leur organisation.

Le 21 février 1944, il est nommé inspecteur régional des Forces françaises de l’intérieur. Sa mission consiste à coordonner les différents groupes résistants, à superviser la répartition des armes parachutées par les Alliés et à préparer les opérations qui accompagneront le futur débarquement.

Le danger est alors permanent. Le 8 mars 1944, il échappe de peu à une arrestation de la Gestapo. Quelques semaines plus tard, après l’arrestation du colonel Alfred Touny, il est appelé à lui succéder comme chef militaire national de l’Organisation civile et militaire.

Sous son autorité sont mis en œuvre les plans Vert, Violet et Tortue, destinés à désorganiser les capacités de réaction allemandes avant le Débarquement. En avril 1944, il peut rendre compte de plus de deux cents opérations de sabotage réalisées par les groupes placés sous son commandement : destructions de voies ferrées, sabotage d’écluses, coupures de communications et embuscades contre les forces d’occupation.

Ces actions contribuent à ralentir les mouvements des troupes allemandes au moment crucial du Débarquement de Normandie.

 

Un acteur majeur du renseignement

À la tête de l’OCM et du réseau Centurie, Jacques Piette supervise également un important travail de renseignement destiné aux Alliés. Sous sa direction est notamment transmis à Londres un plan détaillé des défenses allemandes établies le long des côtes de la Manche.

Ces informations sont jugées suffisamment importantes pour être exploitées dans la préparation du Débarquement du 6 juin 1944. Cette responsabilité nationale distingue Jacques Piette de nombreux résistants : il n’est plus seulement un agent de terrain ou un organisateur régional, mais l’un des principaux coordonnateurs de la Résistance française dans sa phase finale.

Le 10 juin 1944, il est promu colonel, reconnaissance de l’importance des responsabilités qu’il assume alors au sein de la Résistance intérieure.

 

De la Résistance à la Libération

Lorsque l’insurrection parisienne éclate en août 1944, Jacques Piette participe directement aux combats. Les armes à la main, il rejoint l’Hôtel de Ville dès le 20 août et prend part à la Libération de Paris.

Quelques semaines plus tard, le général de Gaulle le nomme commissaire de la République à Lille. Cette fonction témoigne de la confiance accordée à celui qui s’est imposé comme l’un des responsables les plus efficaces de la Résistance intérieure.

 

Un engagement reconnu par la Nation

Après la guerre, les services rendus par Jacques Piette sont officiellement reconnus. Le général de Gaulle le fait Compagnon de la Libération.

Cette distinction est l’une des plus prestigieuses de l’histoire française. Créé en novembre 1940, l’Ordre de la Libération ne compte que 1 038 compagnons. Elle récompense celles et ceux qui ont joué un rôle exceptionnel dans la libération du pays.

À travers cette reconnaissance, la Nation salue un homme qui aura participé à presque tous les aspects de la lutte clandestine : renseignement, organisation des réseaux, création de maquis, préparation des sabotages, coordination militaire et participation directe aux combats de la Libération.

Jean-David Boussemaer 

 

Sources

 

  • François Marcot (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, 2006.
  • Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France, Robert Laffont, 1967-1981.
  • Olivier Wieviorka, Histoire de la Résistance 1940-1945, Perrin, 2013.
  • Guillaume Piketty, La Résistance française, Perrin, 2022.
  • Ordre de la Libération, notice biographique « Jacques Piette ».

 

[Visuel : Ordre de la Libération]

Rédigé par Jean-David Boussemaer

Publié dans #Seconde Guerre mondiale

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