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Publié le 6 Septembre 2020

Les coloniaux : le commandant Marchand.

La mission Congo-Nil.

La politique française d’expansion impérialiste en Afrique noire, engagée dès le second Empire, s’amplifie sous la IIIe République : Congo (1880), Djibouti et côte somalienne (1888), Guinée et Soudan (1891), Côte d’Ivoire et Dahomey (1893) sont conquis.

Ayant le projet de relier ses possessions de Dakar à Djibouti, la France décide, en 1896, d’envoyer une mission d’exploration militaire en Afrique, dont le commandement est confié à Jean-Baptiste Marchand, officier des tirailleurs sénégalais depuis 1887.

La « mission Congo-Nil » parvient jusqu’à Fachoda, mais les Britanniques, qui souhaitent aussi contrôler ces territoires situés au sud de l’Égypte, exigent le départ des Français. C’est la « crise de Fachoda » (juillet à novembre 1898), durant laquelle les troupes du général Kitchener sont prêtes à attaquer celles que commande Marchand. Dans une atmosphère de grande tension, alimentée par le nationalisme des populations qui suivent l’affaire avec passion, une solution diplomatique est finalement trouvée : le gouvernement français ordonne à Marchand de se retirer.

Pour avoir mené cette expédition, résisté aux Britanniques et n’être parti que par obéissance, le commandant reprend du service en 1914 en tant que colonel de réserve et est promu général de brigade en février. Il est par la sutie blessé au cours de la seconde bataille de Champagne le 25 septembre 1915, mais il survit et participe à la guerre jusqu’à l’armistice.

Avec le grade de général de division, Jean-Baptiste Marchand quitte l’armée définitivement le 4 avril 1919.

 

Une carrière politique.

Sa carrière civile a nettement moins d’éclat que sa carrière colonaile. Il entre en journalisme et s’essaye à la politique, mais sans grand succès : en 1906, il se présente à Paris aux élections législatives sous l’étiquette Républicain démocrate. En tête au 1er tour, il est battu au 2e avec 49 % des voix par le socialiste Arthur Groussier. En 1910, il épouse Raymonde de Serre de Saint-Roman, qui possède des biens à Saint-Roman-de-Codières et à Sumène dans le Gard. Marchand y vient désormais souvent et y est élu en 1913 conseiller général du canton de Sumène. Il le reste jusqu’en 1925.

 

Le général de division Jean-Baptiste Marchand meurt à Paris le 13 janvier 1934, à l’âge de 71 ans.

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipedia.
  • Ce texte – dans sa partie coloniale – a été écrit par Alban Sumpf.
  • Site www.histoire-image.org

 

Les coloniaux : le commandant Marchand.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 7 Août 2020

Les coloniaux : Pierre Savorgnan de Brazza.

L’explorateur.

Né le 26 janvier 1852 et élevé à Rome, sous le nom de Pietro Savorgnan di Brazza, le futur explorateur est le fils du comte Ascanio Savorgnan di Brazza, un noble d’Udine, issu d’une famille patricienne de la République de Venise. Le jeune Pietro a douze frères et sœurs.

Avec l’aide d’amis de son père, Pietro vient à Paris et suit les cours du collège Sainte-Geneviève. Puis il réussit le concours d’entrée à l’Ecole navale de Brest. Il en sort enseigne de vaisseau et embarque sur la Jeanne d’Arc pour l’Algérie. Là-bas, il est horrifié par la violence de la répression de la révolte kabyle par les troupes françaises. Alors que la Guerre franco-prussienne vient d’être déclarée, il demande son affectation dans une unité de combat. Tout en ayant obtenu sa naturalisation française, il est envoyé sur le cuirassé La Revanche, en mer du Nord.

Avec l’avénement de la IIIe République, il est nommé sur un navire qui fait régulièrement escale au large du Gabon. En 1874, il rentre en métropole, passe son diplôme de capitaine au long cours afin de demeurer dans la Marine nationale et demande des subsides au Gouvernement (Jules Ferry et Léon Gambetta) afin de pouvoir explorer le fleuve Ogooué. A deux reprises, Brazza remonte le fleuve et prouve qu’il est différent du fleuve Congo.

 

Fondation de la future Brazzaville.

 

Jules Ferry est conquis par ce jeune capitaine plein d’allant, et qui se trouve au cœur des préoccupations du ministre de l’Instruction publique : la course à l’Empire colonial ; l’expansion économique ; la restauration du prestige national. Aussi, autorise-t-il Brazza à mener une nouvelle expédition. Il s’agit aussi de contrer les visées coloniales belges sur le continent africain (le roi des Belges veut avoir tout le centre de l’Afrique pour son pays).

Parti le 27 décembre 1879, Brazza atteint le fleuve Congo en 1880. Il propose à Illoy 1er, chef des Téké de Mbé, de placer « son pays » sous la protection de la France. Ce chef, poussé par des intérêts commerciaux et par la possibilité d’affaiblir ses rivaux, signe le traité, permettant aussi un établissement français à Nkuna sur le Congo, endroit appelé plus tard Brazzaville. En tentant de rallier l’océan depuis Franceville, Brazza tombe par hasard sur le but premier de ses recherches : les sources de l’Oggoué.

De retour en France, Brazza popularise ses découvertes grâce à de nombreuses réunions publiques et aux compte-rendus qui en sont faits par les journaux. En 1883, de nouveaux crédits sont votés pour une troisième expédition. Un livre, qui va alors connaître un large succès, illustre cette expédition.

En novembre 1885, Brazza est nommé commissaire général du Congo français. Des journalistes font état de salaires décents et de conditions humaines qui contrastent avec le régime personnel du roi des Belges Léopold II, sur l’autre rive du Congo. Mais son succès lui procure aussi des inimitiés et il est soumis à une intense campagne de dénigrement.

 

Naissance d’une légende.

Le 12 août 1895, Pierre de Brazza épouse Thérèse Pineton de Chambrun, descendante de La Fayette. Le couple aura quatre enfants : Jacques (1899-1903), Antoine (1900-1947), Charles (1901-1962) et Marthe (1903-1949).

Deux années plus tard, il s’oppose à la decision du ministre des Colonies, André Lebon, de soumettre les territoires qu’il a gagnés à la France au régime des concessions, déjà en vigueur au Congo belge, et qui livrerait les populations à la cupidité de certaines sociétés, chargées de mettre en « valeur » le territoire. En avril 1898, Brazza est écarté de la Marine nationale, pour des raisons de « dégagement des cadres ». Il est alors placé en retraite. Le commandant Marchand, héros d’expéditions sur le territoire africain, devenu français, décrit la colonie du Congo français géré par Brazza comme un « marécage puant ». Brazza s’oppose publiquement à l’expédition Marchand, qui se déroulera quand même et se terminera par l’épisode connu de Fachoda. Les aurorités françaises suggèrent fortement à Pierre de Brazza de se retirer à Alger.

Quelques années plus tard, en 1905, le Gouvernement de la République fait néanmoins appel de nouveau à lui pour inspecter les conditions de vie dans les colonies, conditions qui se sont détériorées depuis son départ. Brazza dénonce ce qu’il voit. A peine a-t-il terminé ses tournées d’inspection, qu’il est atteint de fortes fièvres. On suppose un empoisonnement. Le bateau qui devait le ramener à Alger doit faire escale à Dakar. Le 14 septembre 1905, veillé par sa femme et le capitaine Mangin, il décède à six heures du soir. La photo de Jacques, son enfant de cinq ans, disparu deux années auparavant, a été placée à sa demande sur sa table de nuit.

Le Gouvernement français est à la recherche de héros. Il réclame son corps pour organiser une entrée au Panthéon. Mais la famille s’y oppose. Pierre de Brazza est inhumé au Père-Lachaise à Paris avant d’être déplacé, trois ans plus tard, à Alger, là ou vit toujours sa famille. Mais voyant la fin de l’Algérie française, Charles Savorgnan de Brazza alerte la métropole sur la conservation des effets, meubles, papiers, souvenirs de son père. En vain… Charles est d’ailleurs assassiné par les fellaghas en novembre 1962.

Depuis, le corps de Pierre de Brazza a de nouveau été déplacé pour se retrouver aujourd’hui sous un mausolée à Brazzaville. La cérémonie s’est déroulée en 2006, en présence des autorités congolaises et françaises.

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipedia.
  • Marthe de Brazza, P. Savorgnan de Brazza, Paris, Editions « Je sers », 1943
  • Maria de Crisenoy, "Le Héros du Congo" Pierre Savorgnan de Brazza, Paris, Editions SPES, 1944. Préface de Thérèse Savorgnan de Brazza.
  • Général de Chambrun, Brazza, 1930.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 25 Avril 2020

Les coloniaux : le commandant Lamy.

Amédée Lamy nait à Mougins le 7 février 1858, dans l’actuel département des Alpes-Maritimes. A l’époque, le comté de Nice, voisin, est encore et pour deux ans propriété de la Maison de Savoie. Victor Emmanuel, duc de Savoie, sera bientôt roi d’Italie, entre autres grâce à l’action de l’empereur Napoléon III. Et Nice redeviendra française.

 

Le père d’Amédée est Joseph (1818-1891), lieutenant de vaisseau et sa mère, Elisabeth Giraud, est issue d’une vieille famille notable provençale. A l’âge de 10 ans, Amédée entre au Prytanée militaire de La Flèche, dans la Sarthe. Elève brillant, il intègre, en 1878, l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, 63e promotion nommée des « Zoulous ». Cela tombe bien le jeune officier veut partir pour l’aventure coloniale.

 

Il est nommé sous-lieutenant au 1er régiment de tirailleurs algériens en 1880, et dès son arrivée participe à la colonisation française de la Tunisie. Quatre années plus, il est envoyé au Tonkin où il reste jusqu’en 1886. Il s’y trouve au moment même où la République française est en guerre contre la dynastie chinoise Qing pour la mainmise sur le fleuve rouge et toute la province du Yunnan. Cet épisode étant à inscrire dans un contexte plus large de la lente mise sous tutelle de la Chine par les puissances européennes. Et la victoire française permet la reconnaissance de son protectorat sur l’Annam et le Tonkin. Avec la Cochinchine et le Cambodge déjà acquis, le jeune officier assiste ainsi à la naissance de l’Indochine.

 

Revenu en Algérie en 1887, il est nommé officier d’ordonnance du général commandant la division d’Alger. En 1893, il participe à la mission Le Chatelier, qui est chargée de l’étude d’un projet de voie ferroviaire entre la côte et Brazzaville, ainsi que des études botaniques, géologiques et géographiques. L’explorateur Alfred Le Chatelier présente à Lamy le géographe Fernand Foureau. Ensemble ils montent une expédition qui va prendre le nom de Mission Foureau-Lamy. Son but : rallier Alger au lac Tchad.

 

Au cours de cette mission, le commandant Lamy et son adjoint Foureau rejoignent la mission du capitaine Joalland et du lieutenant Meynier et la mission de l’officier de marine Emile Gentil. Le 22 avril 1900, à Kousséri, dans le nord de l’actuel Cameroun, à quelques kilomètres de la frontière avec le Tchad, les colonnes doivent affronter un Soudanais, seigneur de la guerre : Rabaj al-Zubeir ibn Fadl Allah. A la tête de 10.000 soldats, Rabah, qui est aussi trafiquant d’esclaves, fait régner un ordre qui ne plait guère aux colons français. Lamy, fort de l’appui des hommes de Joalland et de Gentil, peut compter sur 700 hommes. Rabah est attaqué de trois côtés. Il doit reculer mais se trouve acculé au fleuve Chari qui fait l’actuelle frontière entre les deux pays. Rabah organise alors une contre-attaque désespérée mais qui fait des dégâts dans les rangs français : 28 morts et 75 blessés quand on comptabilise plus de 1.500 tués du côté soudanais. Rapidement dépassé par les Français, les hommes de Rabah tentent de s’échapper par le fleuve : ils font des cibles immanquables pour les tirailleurs algériens et sénégalais !

 

Malheureusement, à la tête de ses hommes, le commandant Lamy est mortellement atteint d’une balle. Ses soldats poursuivent Rabah qui tente de s’échapper. Le seigneur est rattrapé, reconnu par un tirailleur qui autrefois a été dans le même régiment français que lui et le tue d’une balle. Apprenant qu’il y a une récompense pour qui ramènera la tête de Rabah, le tirailleur retourne sur le champ de bataille, décapite son ennemi et rapporte le trophée…

 

Un mois plus tard, Emile Gentil transforme en partie la ville la plus importante sur le lac Tchad en une forteresse française. Il lui donne le nom de Fort-Lamy en souvenir de son camarade. Fort-Lamy sera le nom de la capitale du Tchad jusqu’en novembre 1973.

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Site sur l’Histoire : www.herodote.net
  • Marcel Souzy, Les coloniaux français illustres, B. Arnaud, 1941.
  • Robert Maestri, Commandant Lamy, un officier français aux colonies, Maisonneuve et Larose, 2000.

 

Trajet de la mission Foureau-Lamy de 1899-1900.

Trajet de la mission Foureau-Lamy de 1899-1900.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 5 Janvier 2020

Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.

Reconnaissance à El Barka.

 

« Le 3 octobre 1957, une opération est montée pour reconnaître le terrain jusqu'à la frontière face à El Barka. Le groupement chargé de cette mission sous les ordres du Lieutenant Leproust est composé de trois pelotons de la 1ère l CSPL et du 4éme peloton de la CMA (compagnie méhariste des Ajjer) sous mon commandement.

 

Le Lieutenant Post à la tête de son peloton d'AM M8 ouvre la marche de la colonne. Arrivé dans la zone frontalière, tandis que les AM se déploient en ligne face au mouvement de terrain qui lui fait face, un avion d'observation MD 315 venu de Djanet nous épauler est vivement pris à partie par un grand nombre de rebelles installés sur les crêtes à droite du dispositif. Les salves des tirs de fusil crépitent, une balle perce un réservoir de l'avion qui retourne hâtivement à Djanet.

 

Les autres pelotons simultanément se sont déployés en ligne. Le peloton Post tire au canon de 37 des obus perforants sur la mechta du Caïd d'El Barka qui se détache sur la crête. Les obus traversent les parois sans dégâts apparents. Le Caïd qui se trouve à l'intérieur surpris par les événements prend la fuite dans sa voiture en direction de Ghat. Mon peloton s'est déployé à gauche du peloton Post et nous marchons maintenant dans la palmeraie d'El-Barka. Les rebelles très nombreux sur les crêtes au début de l'accrochage ont reflué en désordre puis se sont repliés en totalité vers El-Barka et Ghat.

 

Devant mon peloton, après quelques coups de feu, c'est le vide total. Nous trouvons abandonné dans la palmeraie le « guèche » (les affaires) d'une dizaine de rebelles touareg qui n'ont pas eu le temps de les emporter. Dans l'un des sacs, mêlé aux vêtements, un Coran gainé de cuir contient un reçu au nom de Corsera Ben Mohamed daté du 17/05/1942, établi par les autorités italiennes locales de l'époque.

 

Dans le secteur couvert par le Lieutenant Post, on dénombre 1 rebelle tué, 1 fusil récupéré et des documents relatifs à la destruction des camions Devicq. Nous sommes maintenant bien engagés en Territoire libyen et ne pouvons aller plus loin. Le Lieutenant Leproust donne le signal du retour, il est environ 13h00.

 

L'avion de reconnaissance qui avait été atteint par une balle est rentré sans encombre à Djanet. En fait, le réservoir percé n'était autre qu'une réserve d'eau. Si le bilan n'est pas spectaculaire, cette opération chez l'adversaire aura une portée psychologique très importante.

 

Dix jours plus tard quelques rebelles sont venus sur les crêtes du Tassili à 7 km nous harceler au mortier de 81 m/m. Au début nous avons été surpris d'entendre des explosions dans l'oued à environ 2 km devant nous. Il ne nous a pas été difficile de situer l'emplacement de tir sur la crête à 4 km au-delà des premiers impacts. Immédiatement notre fameux canon de 75 m/m est mis en batterie. Le premier coup fait mouche dans la zone prévue à 7 km, suivi de trois autres coups étalés en distance. Simultanément un groupe de combat s'élance en doge 6x6 pour aller au résultat.

 

Dans la zone d'impact de nos obus le sergent Pinel trouve abandonnés sur le terrain un goupillon, des relais de poudre et autres accessoires témoins de la fuite éperdue des servants du mortier. La situation s'est rapidement dégradée ces derniers jours. Les deux pelotons méharistes de la compagnie et un peloton à pied de la 1ère CSPL ont pris position sur le plateau du Tamrirt en vue d'intercepter une bande rebelle venue tenter un gros coup sur Djanet contre les français. Une quarantaine de rebelles ont rebroussé chemin sous la poussée de nos trois pelotons qui ont finalement rejoint Tin-Alkoum le 19 octobre.

 

Le Capitaine Marchand à l'issue de son temps de commandement est remplacé par le Capitaine Martin qui sera lui-même remplacé par le Capitaine Reffas un mois plus tard le 30 novembre 1957. A la suite de la tension sur la frontière libyenne, il a été créé un secteur opérationnel de Hadamard en Tunisie à Mezzanine, dont le PC est à Fort Polignac sous le commandement du Lt-colonel Devisse.

 

Des mesures sont prises pour activer la mise en place de la SAS de Tin-Alkoum. Le 27 octobre une équipe de forage arrive à Tin-Alkoum et perce en une semaine un puits dans la roche pour atteindre 30 mètres plus bas la nappe phréatique. Et quelle joie de voir à l'aide d'une motopompe couler cette eau millénaire, abondante fraîche et pure. Le Lieutenant Bert a bon espoir pour l'installation d'une baraque Fillod ces jours prochains. En attendant, ses touaregs ont construit quelques zéribas. Le calme est revenu dans les Ajjer et les quelques touareg dissidents sont allés déposer les armes à Djanet. Les reconnaissances tous azimuts sont associées aux trois lettres RAS du compte-rendu quotidien. »

 

Retour à Djanet.

 

« Avec mon peloton nous rentrons à Djanet le 11 décembre après 3 mois 1/2 d'absence. A Djanet je retrouve la civilisation, une palmeraie magnifique, le bordj « Fort-Charlet » qui abrite le PC de la compagnie. A côté du mess, j'ai une chambre avec quelques affaires personnelles, y dormir ? J'y étouffe. Le grand air, la belle étoile, quand même, c'est merveilleux !

 

Le 22 décembre 1957 je vais en reconnaissance dans la région de Fort Gardel et du djebel Tazat en liaison avec le 1er peloton méhariste. Le Lieutenant Brossollet qui vient d'arriver à la compagnie prend le commandement de ce peloton. Dans les Etats-Majors, à la lumière des événements, on projette le remodelage des compagnies méharistes sur un nouveau type :

 

  • 2 pelotons méharistes de 70 hommes chacun,
  • 2 pelotons portés de 45 hommes chacun,
  • 1 peloton de commandement et des services, l'ensemble comprenant 45% de français.

 

De tous temps, on a soigneusement équilibré les effectifs touaregs et chaamba dans les pelotons. Ces 2 communautés rivales sont la garantie de la stabilité. En effet, lorsqu'il se trame quelque chose d'anormal chez les touaregs, le renseignement vous parvient par l'intermédiaire d'un chaambi et vice-versa. Aujourd'hui le moral des troupes est tombé très bas. Les chaamba sont maintenant beaucoup plus travaillés par le FLN qu'il y a quelques mois. Propagande anti-française, mot d'ordre, appel à la guerre sainte, rébellion, sont à l'ordre du jour. Est-ce pour cette raison que les pelotons portés seront renforcés à 45% de français ? Oui, car les pelotons portés sont composés en presque totalité de chaamba et les laisser ainsi serait extrêmement dangereux.

 

La dernière semaine de janvier le Général Malagutti, Inspecteur général de l'infanterie est venu à Djanet visiter la compagnie. Avec le Capitaine Reffas nous l'avons accompagné jusqu'à Fort Gardel où sont rassemblés les 2 pelotons méharistes. Depuis 1937, les méharistes n'avaient pas vu un général. Le lendemain le Général se rend aux postes de Tin-Alkoura et Arrikine, puis rejoint Fort-Polignac. Le Général fait bonne impression, par son allant et sa bonne humeur, un peu aussi par son paternalisme.

 

Deux jours plus tard, nous recevons à Djanet, venant de Tamanrasset, Monsieur Raymond Cartier et sa femme ainsi qu'un journaliste prétentieux et snob, Monsieur Chargeleygue et le célèbre photographe parachutiste Camus. Toute cette équipe effectue un long périple saharien dans le but de se forger une opinion sur l'avenir de la France dans ce pays. A la popote la discussion s'anime entre nous (les officiers) et eux (les journalistes). Un conseil, méfiez-vous des journalistes. Votre interprétation des faits n'est pas là leur. Ils vous posent beaucoup de questions et vous poussent dans vos derniers retranchements. Le médecin Lieutenant Morvan « ce breton aux yeux bleus » laisse parler son cœur patriotique et s'insurge contre toute arrière pensée qu'il serait possible qu'un jour... la France ne puisse plus continuer à soutenir à bout de bras une Algérie sans ressources, à moins que la mise en valeur du Sahara ... puisse faire changer les choses. Pour Raymond Cartier, il déclare sans ambages que son analyse est économique. C'est une question d'argent. Le Sahara peut-il subvenir aux besoins de l'Algérie et de son développement ? Sous-entendu les richesses du sous-sol. Evidemment je n'avais jamais envisagé le problème de l'Algérie sous cet angle. Mais quoiqu'il en soit pour nous (les officiers) l'Algérie doit rester française.

 

A compter du 15 février, nous nous sommes rendus, le Capitaine Rossi et mon peloton à Fort-Polignac via Tarat (1200 km aller et retour). A la suite des pluies sur la cuvette de Tarat, les pâturages sont arrivés à maturité. Toute la population des Ajjer est là avec les troupeaux pour le grand repas. Monsieur Max Lejeune, ministre du Sahara, est attendu à Djanet à la fin du mois. Le Capitaine Rossi prépare cette visite avec soin, car le ministre doit donner l'aman aux touaregs qui se sont ralliés récemment en déposant les armes.

 

A nouveau, le 27 février 1958, je rejoins Arrikine. Ici c'est le grand calme. Aucun passage ne vient troubler la quiétude des lieux. Seuls quelques chameaux errants dont on relève les traces sont la manifestation de la vie autour de nous. En reconnaissance dans l'oued Djerane le 27 mars à 75 km au sud, oued sauvage et grandiose, encaissé entre des falaises abruptes et très étroites, nous avons rencontré un pauvre campement de touareg libyens, deux femmes, un bébé, les hommes à notre arrivée se sont enfuis, des traces dans le sable indiquent la direction qu'ils ont prise. Où étions-nous nous-mêmes ? En Libye ? Allez savoir !

 

Cette fois-ci nous avons fait une nouvelle incursion dans l'oued Arrikine le 7 avril, jour de Pâques, toujours en direction de la Libye. Après avoir parcouru 40 km nous sommes arrivés devant un obstacle de pierres en travers de l'oued à un endroit très resserré. Cette barrière symbolique vient d'être placée par quelques rebelles, pour matérialiser la frontière. L'oued est grandiose avec ses chandeliers rongés aux formes bizarres, ses grottes imprévues, ses escarpements et ses couleurs. Ah! ces couleurs ! Du marron foncé au marron clair avec tous les intermédiaires du rose mélangés qui offrent des tons cuivrés. Oui, cette barrière symbolique dérisoire au fond d'un oued perdu où personne jamais ne passe nous rappelle la présence des rebelles au-delà de cette limite et qui n'ont pas désarmé. En effet les renseignements qui nous parviennent témoignent à nouveau de la présence à Ghat d'une forte bande rebelle et la menace d'une attaque en force sur nos installations resurgit. Aussi multiplions-nous les reconnaissances.

 

Le 11 avril, je suis avisé par radio de la visite d'un officier supérieur de l'EM des Territoires des Oasis à Ouargla. A l'heure convenue, je suis au terrain de Tazaït à une demi-heure d'Arrikine pour l'accueillir à sa descente d'avion et le mener au poste que nous occupons. Ce poste est situé sur un mouvement de terrain qui s'étend en demi-lune au confluent des oueds Arrikine et Essayene. Il domine toute la région d'une trentaine de mètres.

 

Aucun convoi ne peut passer sans être vu. L'officier supérieur me demande s'il serait opportun de construire ici des blockhaus équipés de canons de 105 pour interdire totalement le passage. Je demande simplement à cet officier de regarder avec moi le terrain, le confluent des oueds ici compte plus de 15 km de large. Il suffit de passer au-delà de la limite de portée des canons pour ne pas être inquiété. Par ailleurs, baser la défense du Sahara à partir de blockhaus, me semble une ineptie totale. Au contraire c'est par la mobilité et la surprise que l'on pourra le mieux intercepter l'adversaire avec un armement plus performant que celui dont nous disposons. L'Officier supérieur a repris son avion à Tazaït dans l'après-midi en direction d'Edjelé, Flatters et Ouargla, emportant avec lui mes convictions.

 

En ce 19 avril, c'est la fin du Ramadan mais l'ambiance n'y est pas. Les mots d'ordre du FLN ont infiltré la compagnie. Les relations ne sont plus les mêmes, les regards fuyants sont les signes d'un malaise profond. Le 21 avril, je suis de retour à Djanet, le Capitaine Reffas étant en permission, je commande la compagnie. Le Capitaine Rossi, chef d'annexe me confie une mission particulière ».

 

Missions particulières.

 

« En effet, le dimanche 27 avril 1958, je quitte Djanet à 5h00 du matin avec deux véhicules Dodge 6x6 et une douzaine d'hommes dont cinq français, cinq chaamba et deux touaregs. Ces deux derniers connaissant bien la région où nous allons nous rendre.

 

Dans un premier temps nous allons à la rencontre des deux pelotons méharistes dans l'oued Ounane. La mission confiée par le Capitaine Rossi consiste à me rendre au nord-ouest d'Ounane où se trouve actuellement un nommé x.... touareg originaire de l'Aïr (à 1.000 km) venu de Kidal au Niger, une sorte de marabout, qui passe de campement en campement, prêchant la dissidence, la rébellion contre la France, semant le désordre. Il s'agit donc de retrouver ce personnage pour ensuite le conduire à Serouenout en direction de Tamanrasset où il sera pris en charge par un peloton porté de la compagnie méhariste du Hoggar qui le conduira par relais successifs dans ses foyers au Niger.

 

Mais comment retrouver un homme sur un territoire aussi vaste qu'un département où rien ne dit qu'il soit là plutôt qu'ailleurs. Cette marche d'approche s'est pourtant faite en douceur après de multiples contacts pris auprès de nomades aux environs d'un puits, dans un campement qui nous avait été signalé et où l'homme était passé ! Enfin au bout d'une matinée à remonter la piste, nous sommes arrivés dans une cuvette avec en face de nous deux lignes de thalwegs qui se rejoignent et forment un Y. A gauche, derrière ce mouvement de terrain aux formes molles, 1 km environ, c'est là. Il est là-bas dans un campement que l'on ne voit pas.

 

J'envoie pour le chercher et lui dire que je veux lui parler, le caporal-chef Ahmed, un chaamba, accompagné d'un targui- Ils disparaissent tous deux derrière la ligne de crête, puis l'attente commence. Je dispose les hommes restés avec moi en surveillance. Au bout d'un certain temps, ressenti comme relativement court, je vois revenir à moi mes deux émissaires accompagnés de l'homme recherché, qui vient me saluer militairement. Je lui signifie sans ménagement ni aucune explication que je dois le conduire à Sérouenout. A-t-il des affaires à prendre au campement ? Rien me dit-il. Aussitôt embarqués nous avons pris la piste et avons roulé jusqu'au soir. A Sérouenout nous attendait le peloton venu de Tamanrasset. Le prisonnier une fois transféré, nous avons formé le carré pour la nuit à quelques kilomètres de là avant de rejoindre Djanet le lendemain dans le courant de l'après-midi.

 

Seuls, les marabouts peuvent se déplacer sans autres aides que celle de l'hospitalité, c'est pourquoi cet homme respecté en tant que personnalité religieuse avait beaucoup d'influence sur les nomades.

 

Les intentions du FLN dans notre secteur en ce mois de mai 1958 ne semblent plus axées sur des actions d'envergure, mais plutôt sur des actions de harcèlement partout où cela est possible. Les permissions sont suspendues. Si de Gaulle reprend le pouvoir, l'unité peut se faire autour de lui. Quoiqu'il arrive, l'Algérie veut rester française, l'enthousiasme de ces derniers jours à Alger et partout ailleurs le prouve. A la mi-mai, avec le médecin Lieutenant Morvan, le breton aux yeux bleus, nous nous rendons à Issalane à 200 km nord du puits d'In-Azzaoua au devant du peloton Brossolet qui s'est rendu dans l'Air (1.000 km) recruter quelques touareg, acheter des naïls, des rahlas et qui maintenant rentre au bercail après plus de 3 mois d'absence.

 

Comme prévu nous faisons notre jonction à Issalane. A l'ombre d'un tahla, par une chaleur torride au milieu des mouches qui sans arrêt tournent autour de nous, nous échangeons nos impressions sur les événements survenus au cours de la période écoulée et la grande aventure d'une randonnée dans l'Aïr avec la traversée du Ténéré. Brossolet a vécu là des heures extraordinaires. Nous avons chargé sur nos véhicules tout le « guèche » (toutes les affàires) acheté dans l'Aïr pour soulager au maximum les chameaux très fatigués après ce périple de plus de 2000 km. A l'aube du quatrième jour après notre liaison à Issalane, le peloton Brossolet fait son entrée à Djanet.

 

Un message radio expédié d'Arrikine par le Sergent-chef qui commande actuellement le peloton porté en ce lieu m'informe de la désertion d'un jeune chaambi, le plus jeune du peloton. Pour rejoindre Ghat en Libye, il faut parcourir une centaine de kilomètres ce qui n'est pas facile à faire compte tenu des fortes chaleurs en cette période de l'année qui précède l'été. Dès le moment où son absence a été signalée, le Sergent-chef x... Commandant le peloton est parti sur les traces du fugitif retrouvées dans l'oued et remontées sur plus de 40 km. Là, les traces se perdent dans le djebel rocailleux inaccessible aux véhicules.

 

Compte tenu du temps écoulé depuis son départ, il était impossible que le déserteur ait pu atteindre El Barka, l'endroit le plus près pour être à l'abri des recherches. Sur les lieux où l'on perd ses traces, il n'y a aucun point d'eau dans un environnement suffisamment proche pour se ravitailler. Après de multiples recherches l'espoir de le retrouver s'est complètement estompé. Une chose est sûre, il n'a jamais rejoint Ghat. Tout se sait au Sahara, la seule hypothèse sérieuse est celle de sa mort par épuisement, mort de soif, ayant sous estimé la distance à parcourir.

 

Etant arrivé sur les lieux vers 13h00, j'ai aussitôt fait venir à moi le plus ancien des chaamba du peloton, le Caporal Ahmed qui interrogé a dit ne rien savoir sur cette affaire. Bien sûr je suis persuadé que c'est lui l'instigateur de cette entreprise. Je lui fais connaître aussitôt ma décision, lui retirer son arme et son retour immédiat à Djanet avec moi. Ceci afin de créer au sein du peloton un effet surprise, laissant à penser que le coupable était arrêté. Il n'y eut par la suite aucun autre incident de cette nature à déplorer.

 

A la recherche d’un PC fellagha.

 

Le 13 septembre 1958, en permission à Cagnes-sur-Mer chez mes parents, je suis rappelé pour rejoindre Djanet au plus tôt. Le 16 septembre, c'est chose faite après une journée d'avion. Alger 8h00, Ouargla 10h00, à Fort-Flatters 13h15, Polignac 14h30 et enfin Djanet à 16h00. Une quarantaine de fellaghas sont signalés sur le plateau du Tamrirt. Le 23 septembre, à 8h00 un avion JU 52 m'emporte d'un coup d'ailes à Tazaït où il me dépose à 10h00. Je rejoins aussitôt mon peloton à Tin-Alkourn et reprends le commandement du sous-quartier.

 

Sur place, je fais la connaissance du Capitaine Gatti (un ancien officier de Légion) envoyé pour renseigner l'EM 3ème bureau d'Alger sur la situation aux Ajjer.

 

Une nouvelle mission m'a été confiée lors de mon passage à Djanet. En effet, un targui venant de Ghat est venu informer le Capitaine Rossi de l'existence d'un PC fellagha dans les dunes de la palmeraie de Fehouet près de Ghat. La mission consiste tout simplement à anéantir ce PC. Aussitôt avec mon encadrement nous avons constitué le commando chargé de cette mission. Outre le Capitaine Gatti qui nous accompagnera, nous serons six à participer à cette opération : sous mes ordres le Sergent Pinel et quatre appelés du contingent triés sur le volet. Avec nous le guide targui, à l'origine du renseignement, qui nous mènera au but.

Nous sommes partis de Tin-Alkoum en véhicules jusqu'à la frontière devant El Barka une heure environ avant la tombée de la nuit. Les véhicules sont ensuite rentrés avec mission de revenir nous chercher le lendemain matin à 6h00 au même endroit. Dès l'obscurité accomplie, nous nous sommes mis en marche vers notre objectif distant de plus de 20 km. Nous étions équipés très léger, short, chemisette, pataugas, bretelles de suspension supportant les chargeurs de PM et deux bidons d'eau. Pour armement, chacun un PM et deux grenades offensives. Le tout à l'épreuve des cliquetis, aucun bruit métallique ne devait être entendu. Aussi chacun avait-il pris les dispositions adéquates.

 

En septembre, il fait encore très chaud, 40' le jour, 30' et plus la nuit, si bien que notre réserve d'eau était à peine suffisante, mais légèreté et rapidité d'action avaient pris le pas sur le confort. Cette marche d'approche quasiment dans le sable devient très rapidement fatigante, et je ne vous dis pas l'envie de boire ! Le ciel est clair et l'on peut se repérer à l'horizon pour prendre le cap.

 

Avant d'entrer dans la palmeraie d'ailleurs clairsemée et à l'approche du mouvement de terrain où est censé se trouver le PC fellagha, nous avons fait le point sur la façon d'agir de chacun. Nous buvons les dernières gouttes d'eau de notre 1ère réserve. PM armé, prêts à tout, nous sommes repartis avec le guide qui donne la direction. Après avoir passé la dernière ligne de crête, le guide nous fait signe négativement. Il n'y a personne et je constate qu'il n'y a aucune trace d'occupation des lieux. Donc pas de PC en ce lieu auparavant. Le guide nous a-t-il mené en bateau ? C'est un coup d'épée dans l'eau, aussi une grosse déception.

 

Il est maintenant environ minuit et déjà l'on entend le ronron de l'avion d'Air France qui se rend à Fort-Lamy. Ah! Ces voyageurs du ciel savent-ils !... Sans plus attendre nous faisons demi-tour. Durant la première heure nous avons accéléré notre marche de plus en plus difficile à supporter. Dans le sable le pied n'entraîne pas le corps vers l'avant. Il faut marcher plus verticalement que la normale pour que la semelle se pose à plat pour ne pas s'enfoncer dans le sable et riper. A mi-parcours vers les 3 à 4 heures du matin, nous avons tous plus ou moins terminé notre 2ème réserve d'eau et déjà la température nous semblait avoir repris quelques degrés.

 

Au lever du jour, vers 5h00, nous étions arrivés à notre point de départ. Un nuage de poussière au loin du côté d'Essayene nous indique que les véhicules sont en route vers notre point de ralliement, avec un solide casse-croûte, car nous en avons bien besoin. Relevant nos traces, les libyens sont restés longtemps perplexes. En tout cas, ils ont compris qu'ils n'étaient pas à l'abri d'une intervention sur leur propre terrain.

 

Le FLN en infiltrant quelques groupes rebelles pratiquement inoffensifs sur le plateau du Tamrirt tente à nouveau de nous intimider. Une nouvelle opération de nettoyage est entreprise, le 7 octobre, sur le plateau et jusqu'à Essayene. Les fellaghas refluent en Libye où ils sont désarmés par les autorités libyennes (source AI). Le Tassili a retrouvé sa quiétude.

 

Le 25 novembre, de retour à Djanet, j'apprends la mutation du Lieutenant Seznec du 46ème BI, à Berlin, à la CMA, pour me remplacer à compter du 1er décembre 1958. Pour ma part, je dois rejoindre le 5éme REI (Régiment étranger d'infanterie) à Arzew et quitte Djanet le 5 décembre 1958.

 

Photographies et sources :

 

Les photographies des parties 1 et 2 liées au Sahara présentent le bordj Irehir ; la carte d’opérations des méharistes ; présentation des armes au colonel d’Arcimolles ; le fanion ; les méharistes des Ajjer ; le Fort Gardel ; le lieutenant Petit ; le puits d’Idriss ; la région du Tamrirt avec Henri Lhote.

 

Les textes sont issus des mémoires du Capitaine Petit, sous la forme de recueils envoyés au Comité du Souvenir Français d’Issy-Vanves. Nous remercions le capitaine Petit pour sa confiance.

Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.
Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.
Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.
Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.
Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.
Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.
Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.
Capitaine Petit – Opérations au Sahara - 2.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 4 Janvier 2020

Capitaine Petit - Au Sahara - 1.

Mr. Dominique Petit a été militaire de carrière. Engagé dans les troupes coloniales, puis dans la Légion étrangère et enfin retour au sein de l’armée de terre, il a vécut le déclin de notre empire colonial. Officier d’active – comme on dit aujourd’hui – il a été envoyé en Indochine alors que celle-ci se détachait de l’Union française. Ensuite, il a été nommé au Sahara français puis a fait la guerre d’Algérie.

En 1962, direction Berlin au sein de l’état-major des Force Françaises en Allemagne puis, plus tard, ce sera une nouvelle mutation au Fort de Vincennes et le départ de l’institution. Alors une nouvelle vie commence, dans le monde de la grande distribution au sein des Docks de France (hypermarchés Mammouth, repris depuis par Auchan). Enfin, vint l’heure de la retraite et le déménagement vers Nice.

 

Retour en Afrique du Nord.

 

NDLR : 1955. Après avoir vécu la fin de l’Indochine française, le lieutenant Petit rentre en métropole pour une permission avant de regagner le Maroc, où est stationné son régiment.

 

« Ma permission se déroule dans le calme. La joie de ma mère de retrouver son fils. Je passe des diapositives sur l’Indochine. Je raconte ce que j’ai vu, ce que j’ai vécu. Je raconte aussi ce que la France a fait de bien : les hôpitaux, les soins, les infrastructures… Mais bientôt les gendarmes viennent à la maison me signifier que je dois rejoindre au plus vite mon unité au Maroc. C’est une habitude : les autorités responsables ont besoin d’avoir tout leur monde autour d’eux lorsqu’ils ont eux-mêmes déjà pris leur permission.

 

Nous arrivons à Casablanca le 22 décembre 1955. Je fais route jusqu’à Rabat. Le commandant Bertin me reçoit et me fait part des intentions du commandement : nous devons partir en Algérie nous installer dans la région de Batna, sous la coupe du général Vanuxem (un ancien de l’équipe de chez de Lattre en Indochine).

 

Mon bataillon est maintenant le 2e bataillon du 9e RTM (régiment de tirailleurs marocains). Nous faisons route pour Mostaganem. L’Algérie n’a pas le caractère spécifique du Maroc, ni dans sa géographie, ni dans sa modernité urbaine. On a reproduit en Algérie des bâtiments et des casernes sur le même type qu’en métropole, sans cachet, sans goût. Il est vrai que la conquête de l’Algérie remonte à plus d’un siècle, comparé au Maroc de Lyautey, grand bâtisseur.

 

Nous poussons jusqu’à Tébessa. Là, nous voyons le défilé du 2e BEP du lieutenant-colonel Jeanpierre. Impressionnant. Nous prenons nos équipements puis direction Aïn-Ras-el-Euch à 100 km au sud de Tébessa. Nous nous installons dans un bordj. Dans le même secteur, il y a aussi le 6e RSM (spahis) et un régiment de tirailleurs algériens. Un officier des Affaires algériennes nous signale que parmi les rebelles il y a un ancien officier français. Il s’agit de l’ex-capitaine Tarago. Pour bien comprendre les choses, il faut signaler que Tarago a fait la campagne pour la libération de la France à la 1e Armée (celle de de Lattre). Ancien résistant communiste, il suit un stage en 1947 de mise à niveau à l’Ecole d’Achern, commandée par le colonel Petit (mon père). Il effectue un séjour en Indochine (1950-1952) comme capitaine où il commande une compagnie d’un bataillon de marche du 5e régiment de tirailleurs marocains. Durant son séjour, ayant pris des accords secrets avec le Vietminh local, il simule une attaque contre les Viets au cours de laquelle il incite sa compagnie à passer à l’ennemi. Mais en de compte, il se retrouve seul chez les Viets !

 

Régulièrement, notre bordj est l’objet de tirs en provenance des hauteurs. Désormais, chaque nuit, nous occupons les points élevés aux alentours. Au cours du mois de février 1956, à plusieurs reprises nous sommes harcelés par les tirs ennemis. Le 15, trois de nos tirailleurs désertent avec armes et bagages. Ceux du poste de garde qui n’ont pas déserté restent bouche cousue. En dépit de mesures prises par le commandant, de nouvelles désertions sont signalées.

 

Départ vers Alger. Notre position n’était plus tenable. Me revoilà en France à Marseille, le 10 mars 1956, jour de mes 28 ans ! Après quelques de permissions passés en Italie, j’apprends que je dois rejoindre d’urgence mon unité. Cela devient une habitude ! Mais en effet, mon comandant de compagnie, le capitaine Serghini, officier marocain, est rappelé au Maroc par le sultan Mohamed V. Je repars prendre la tête de la 7 Cie du 2e bataillon du 9e RTM. Ne voulant entretenir une troupe de balayeurs, je dépose, non les armes, mais une demande de mutation pour servir de nouveau en Algérie, là où se fait l’Histoire. Après un premier refus, mon dossier est finalement accepté par la DPMAT (Direction du Personnel de l’Armée de Terre) au sein de la Compagnie méhariste des Ajjer dont le PC est à Djanet aux confins de la Libye et du Niger. J’exulte ! »

 

Au sein de la Compagnie méhariste des Ajjer.

 

« Rien ne serait comme avant depuis que les troupes françaises installées en Libye et composées pour la plupart des compagnies sahariennes portées de la Légion étrangère avaient quitté le Fezzan par décision de l'ONU le 20 novembre 1956, pour s'installer au Sahara.

 

Le territoire ainsi évacué va permettre aux rebelles algériens d'envisager de développer des activités beaucoup plus importantes que par le passé, pour le soutien de la rébellion en territoire algérien : passage d'armes au sud de la Tunisie, infiltration de troupes et pourrissement de la population, implantations de bases stratégiques et de soutien aux points clés de la frontière, dont Ghat qui ne fut évacuée que le 5 décembre 1956. Tout le matériel et les biens que nous possédions dans cette garnison avaient été transportés en camions jusqu'à Djanet par la piste, via Tin-Alkoum et Arrikine, dont deux vieux canons de 75 datant de 1939 et les munitions correspondantes. Seul était resté à Ghat, en accord avec les autorités libyennes, le médecin français au titre de l'assistance médicale auprès de la population civile.

 

En cette fin d'année 1956, j'étais avec mon peloton méhariste dans la région de Fort Gardel et m'apprêtais à faire mouvement vers lherir. J'écrivais le 28 novembre à ma tante Simone ce qui suit : « Je t'adresse ces quelques lignes car je sais qu'elles te feront plaisir sachant que tu aurais peut-être aimé venir dans ce beau pays. Je suis actuellement avec mon peloton à Fort-Gardel à 150 km nord-ouest de Djanet. Voilà 1 mois que nous y sommes arrivés et déjà je songe à quitter ce lieu pour remonter plus au nord. Fort-Gardel est un endroit favorisé en ce sens qu'il y existe sept puits, une trentaine d'habitants qui cultivent de maigres jardins et aussi quelques zones de pâturages pour les chameaux. La région est très pauvre, comme toute l'Annexe du Tassili des Ajjer qui compte 5.000 habitants pour 382.000 km2. Sur ces 5.000 habitants, 2.000 sont fixés à Djanet et 1000 à Fort-Polignac. Il reste donc 2.000 nomades à se partager le reste du territoire. Ils sont d'ailleurs localisés dans les régions montagneuses plus riches au point de vue, de l'eau et des pâturages pour chameaux et chèvres.

 

La région Dider-lherir où je vais bientôt me rendre est un centre nomade assez important. J'ai sous mes ordres 47 méharistes dont 3 sous-officiers, 2 français, 1 targui et des chameaux, nos véhicules. J’en ai 63 plus ou moins en bonne forme mais, dans l'ensemble, assez forts pour remplir le travail demandé. En cette période de l'année où la chaleur est tombée à 25° de l0h30 à 17h30 et 4° la nuit, les bêtes ne vont à l'abreuvoir que tous les 8 jours au lieu de 3 à 4 jours l'été, ce qui nous permet de parcourir des distances importantes sans s'inquiéter du ravitaillement en eau pour les chameaux. Ainsi en 8 jours on pourrait facilement parcourir 400 km et dans la région qui m'occupe, les points d'eau sont beaucoup plus rapprochés entre eux que cette distance. La montagne recèle un nombre incalculable de « guelta », cuvettes de 3 à 15 mètres remplies d'eau de pluie et cette eau se conserve presque indéfiniment.

 

Je mène donc une vie nomade, mes affaires sont réduites au minimum, une cantine avec quelques effets de rechange, une petite caisse servant de bureau, un tapis, deux couvertures, une djellaba, un burnous, deux mezoued (grand sac de cuir en peau de chèvre) de fabrication locale dans lesquels se mettent diverses affaires et qui s'accrochent aux flancs du chameau, et la rahla (selle). C'est tout et la vie est belle. J'oubliais le calme reposant et l'horizon où la vue se perd, les masses noires des rochers immenses et les dunes roses, le ciel bleu. La nuit, les étoiles qui sont également nourriture de l'esprit.

 

Voilà ma chère tante, crois bien que je ne t'oublie pas ».

 

« C'est le 8 décembre 1956 que nous avons fait mouvement vers lherir, petite vallée perdue du Tassili où s'étale sur un kilomètre une jolie palmeraie au pied de laquelle circule une eau claire et transparente arrivée là par je ne sais quel repli du sous-sol ! Un bordj en torchis a été construit ici par nos anciens. Le coin est fort agréable et l'on comprend pourquoi il a été choisi comme résidence d'été par l'Amrar, le chef, des touareg Ajjer ».

 

Mission sur les hauteurs de Ghat.

 

« Le 11 décembre, vers 16h00, lors de la vacation radio avec le PC à Djanet, je reçois la mission suivante :

1 / Me rendre dans les meilleurs délais à hauteur de Ghat.

2/ Etudier tout en respectant les limites frontalières, l'implantation d'une batterie de canons de 105 permettant d'atteindre Ghat et la palmeraie.

3/ A partir d'Essayene relever l'itinéraire permettant l'accès à l'emplacement de batterie.

 

L'idée du commandement était de faire peser la menace de nos canons sur Ghat afin de dissuader le FLN d'intervenir chez nous. A vol d'oiseau Ghat n'est qu'à 80 km de Djanet. Aussitôt avec le sergent-chef Cabrol, mon adjoint, nous préparons cette expédition. Le sergent Ag-Khan m'accompagnera avec 13 méharistes, 6 chaamba et 7 touaregs et le 1ére classe français Magnin, radio. Le reste du peloton sous les ordres de Cabrol rejoindra Fort-Gardel.

 

Après avoir réparti les vivres et rassemblé les chameaux, nous avons pris la piste qui emprunte le plateau du Tassili en direction d'Essayene. Nous parcourons ainsi plus de 400 Km en 9 jours dans des conditions climatiques assez pénibles en cette saison. Nous sommes en moyenne entre 1.200 et 1.400 mètres d'altitude. Il fait froid 10 à 11 ° le jour aggravé par le vent qui souffle et la nuit la température tombe rapidement pour atteindre -2 à -3° vers 7h00 du matin. Nous progressons du lever au coucher du soleil sans arrêt ou presque et le plus souvent à pied pour soulager les montures.

 

Chaque jour le sergent Ag-Khan qui connaît parfaitement toute cette région, m'indique l'endroit le plus favorable pour baraquer la nuit. Le cinquième jour, la nuit étant arrivée, nous marchons toujours et je demande à Ag-Khan ce qu'il en est. Il me répond que la région n'est pas favorable pour les chameaux, il y a beaucoup trop de lauriers roses qui sont autant de poison. Nous continuons encore un bon moment puis à nouveau j'interroge Ag-Khan qui me fait la même réponse. Nous arrivons alors sur un glacis après avoir franchi un oued escarpé et là je décide l'arrêt pour le reste de la nuit, au grand mécontentement d'Ag-Khan. De toute façon, il fait nuit noire, il serait dangereux de continuer. Peut-être Ag-Khan prévoyait-il les étapes en fonction des campements nomades que nous serions susceptibles de rencontrer, cela je voulais l’éviter.

 

Le lendemain en fin d'après-midi, le radio butte sur une pierre, tombe lourdement sur un rocher la tête en avant et se coupe le nez en profondeur. Nous sommes arrivés à hauteur de l'akba d'Assakao qui mène à Djanet. Une akba est un passage rétréci et très pentu qui permet de relier le plateau du Tassili à 1.200 mètres à la plaine 400 mètres.

 

Après avoir donné notre position par radio au PC comme chaque jour, j'annonce l'évacuation de Magnin accompagné d'un méhariste sur Djanet afin qu'il puisse recevoir les soins appropriés à sa blessure. Ils rejoindront Djanet en deux jours tandis que nous continuons notre approche vers Ghat que nous apercevons dans le lointain le 18 décembre vers 11h00 du matin.

 

Un temps magnifique s'est installé depuis la veille, le ciel est bleu, l'horizon visible dessine une frange de verdure qui n'est autre que la palmeraie de Ghat à quelques 20 km de notre point d’observation.

 

Je fais baraquer les chameaux en deçà de la ligne de crête et nous nous installons pour une pause. De mon côté j'accède au sommet d'une dune et déploie ma carte sur laquelle est tracée le frontière qui sépare le Sahara français du Territoire libyen. Ce tracé résulte de discussions entre la France et la Turquie qui se sont tenus en 1911, mais des désaccords profonds subsistent toujours dans cette région, les Italiens puis les Libyens voulant s'approprier le passage de l'oued Essayene qui commande l'accès vers le sud, c'est à dire vers le Tchad et le Niger. Du côté français nous avons toujours su faire comprendre que ce passage était nôtre, d'où l'importance du poste de Tin-Alkourn qui en est le verrou.

 

Pour ma part, je m'en tiens aux indications portées sur ma carte et quoique je fasse la distance qui me sépare de Ghat et de sa palmeraie ne peut être inférieure à 20 km. Dans ces conditions je ne peux trouver un emplacement compatible avec la distance de tir des canons de 105 de 15 km pour atteindre l'objectif. Toutefois je fais le relevé d'une aire pouvant accueillir une batterie en précisant l'inconvénient de la distance.

 

Dans l'après-midi, nous nous dirigeons vers Essayene. Je fais le relevé d'itinéraire possible en indiquant chaque fois que cela est nécessaire les aménagements à pratiquer, tels que les élargissements, les trous à combler, les rochers à faire sauter, etc…

 

Avant la tombée du jour nous sommes à hauteur du village d'Essayene. Le village constitué de quelques zéribas, (sorte de paillotes) est abandonné et formons le carré pour la nuit afin de faire face dans toutes les directions. Toujours méfiant dans cette zone proche d'El-Barka en Libye à portée de tir de fusil, nous sommes prêts à toutes éventualités.

 

Rappelons nous que « c'est le 6 avril 1913 que le Lieutenant Gardel en mission dans les environs de Tin-Alkoum, décide d'aller aux renseignements vers Ghat, car apprend-t-il qu'une harka (compagnie) est en formation sous l'influence de la Senoussia qui prône la guerre sainte et s'apprête à marcher sur Djanet.

 

Le 10 avril le groupe commandé par Gardel est à Essayene, (à l'endroit même où nous sommes aujourd'hui). A 15h00 il est encerclé par la harka du Sultan Ahmoud. Tous les chameaux sont tués ou blessés. Gardel et ses hommes sont submergés. Durant la nuit un courrier est parti pour Djanet. A l'aube le combat reprend. Il faut en finir ou mourir. Gardel et ses méharistes s'élancent baïonnette au canon. C'est la fuite de la harka et pour Gardel la victoire. 47 hommes de la harka sont tués ou blessés et pour Gardel 2 tués et 10 blessés dont 6 gravement. Boukeghba doit être amputé d'une jambe, ce qui est fait sans anesthésie. Le 15 avril Gardel et ses hommes rentrent à Djanet » (cf Méharistes au combat de Raymond Lacroze, Ed. France Empire).

 

Mais nous sommes en 1956, je saurai plus tard que notre arrivée depuis la veille avait été signalée à Ghat ainsi que notre étape à Essayene.

 

Le 19 décembre nous reprenons la piste vers Tin-Alkoum, 25 km plus au sud.

 

De retour à Djanet le 26 décembre, je fais mon rapport sur la mission qui m'a été confiée, puis je rejoins Fort-Gardel le 10 janvier.

 

Le peloton est à nouveau regroupé après le retour de toutes les patrouilles ».

 

Aux pâturages.

 

« Le 17 janvier 1957, je pars au pâturage des 2ème montures dans l'oued Timedioune à 80 km ouest. Nous sommes au puits d'Aheledjem dans la nuit du 19 au 20 janvier où les 100 chameaux de réserve sont rassemblés pour être abreuvés.

 

Les 4 méharistes chargés du troupeau sont heureux de nous voir leur apporter des vivres. Les nouvelles s'échangent autour des rituels verres de thé à la menthe. Les chameaux sont en très bon état. Dans l'ordre des choses, chaque méhariste est doté de deux montures, l'une en service au peloton, l'autre au pâturage. Ainsi par alternance tous les douze mois, la monture en service va se refaire une « bosse » en échange de la 2ème monture qui prend du service.

Le 23 janvier à notre retour à Fort-Gardel, l'oued Afara est en crue. De très loin l'on entend le bruit sourd du bouillonnement de l'eau qui dévale sur plus de 200 mètres de large et qui durera 12h00. Il y a plus de 5 ans que l'oued n'a pas coulé et déjà l'on prévoit l'abondance des pâturages dans quelques mois.

 

La venue du Capitaine Marchand commandant la compagnie est annoncée pour le 1er février, avec lui le Capitaine Batimes, médecin-chef à Djanet. Il est de coutume en de telles circonstances que le peloton se présente en tenue de parade, les méharistes montés sur les chameaux. La revue précède le défilé au petit trot. C'est tout simplement magnifique. C'est ensuite le paiement de la solde, puis la perception des vivres pour les 3 mois à venir. Les vivres sont constitués principalement de farine, pâtes, huile, sucre, sardines, sauce tomate concentrée, thé, menthe, oignons et aussi les fameuses boites de singe de Madagascar. La viande n'est pas au menu de tous les jours. De temps à autre, un méhariste est dépêché pour aller tuer soit une gazelle soit un mouflon, généralement dans un délai de 3 à 4 jours.

 

Du 6 au 8 février, j'effectue une reconnaissance en amont de l'oued Afara au contact des nomades installés dans ce secteur.

 

Le 26 février le caïd El Hassan, chef des tribus des Kel lherir, vient nous rendre visite. Pendant que le thé à la menthe se prépare nous échangeons toutes les formules de politesse en usage et cela prend du temps. Puis le thé est servi. Enfin nous parlons de la pluie et du beau temps. En effet la pluie est tombée avec une rare intensité dans la cuvette de Tarat. Dans 3 ou 4 mois l'acheb (herbe) sera si abondante que la quasi totalité des nomades Ajjer seront au rendez-vous avec tous leurs troupeaux.

 

Ce sera pour le chef d'annexe, le Capitaine Rossi, l'occasion d'aller au milieu d'eux faire le point et recueillir par personne interposée tous renseignements utiles sur ce qui se passe à Ghat. L'antenne médicale devra s'attacher à soulager les douleurs aux yeux, oreilles et dents d'un grand nombre venus spontanément se faire soigner.

 

Le caïd El Hassan a l'œil vif et la rumeur circule qu'il possède une moustache si longue qu'il peut la nouer derrière le cou. Il ne m'est pas permis de lui demander de me la montrer, car il serait indécent pour lui de baisser son litham (voile qui cache son visage). Je ne peux qu'imaginer ! Le 22 avril de retour à Djanet après avoir été opéré de l'appendicite à Alger, le capitaine Marchand me confie le commandement du 4ème peloton porté composé d'une quarantaine d'hommes dont 1/3 de jeunes français du contingent et 2/3 de chaambas originaires de la région de Ouargla. Le peloton est transporté sur 5 dodges 6x6 et dispose comme armement outre des fusils MAS 36, de 2 FM et d'un mortier de 60m/m. Les missions des 2 pelotons portés de la compagnie sont principalement des missions de reconnaissance et d'intervention rapide en cas de besoin. »

 

Avec Henri Lhote.

 

« L'accès du plateau du Tassili, véritable forteresse, à trois jours de marche de Djanet après l'ascension de l'akba d'Assakao, s'étend une véritable forêt de pierres au sein de laquelle ont été découvertes de très nombreuses peintures rupestres par l'explorateur saharien Henri Lhote il y a déjà quelques années.

 

Il avait obtenu, ces derniers temps, d'envoyer une mission sur les lieux pour y effectuer le relevé systématique de toutes les peintures. Depuis déjà 2 mois, une équipe de 3 jeunes gens sortis des Beaux-arts est au travail. La technique pour effectuer le relevé des peintures consiste à humidifier les parois avec une éponge, les couleurs et les traits apparaissent alors très visiblement. Il faut aussitôt appliquer un calque et relever les contours. Cette méthode, pour aller vite, n'en a pas moins été une catastrophe pour les peintures qui, humidifiées, perdaient une grande partie de leurs pigments encore en place. Si bien qu'aujourd'hui la lecture de ces peintures est moins aisée.

 

Toujours est-il que le 4 mai 1957, Monsieur Henri Lhote en personne est arrivé à Djanet par avion spécial Nord 2501 venant d'Alger avec comme objectif d'aller larguer matériels et vivres au camp de base de nos 3 artistes sur le plateau afin qu'ils puissent terminer leur mission sans perte de temps. J'ai l'avantage de pouvoir accompagner Henri Lhote dans cette tâche. Après avoir largué comme convenu vivres et matériels nous avons survolé à plusieurs reprises cette fameuse région du Tamrirt, véritable chaos de pierres, qui recèle encore probablement beaucoup de trésors cachés. D'un coup d'aile nous sommes allés survoler lherir pour revenir nous poser à Djanet après un magnifique rase-mottes au-dessus du bordj.

 

Dans cette région, témoin des forêts anciennes, vivent encore quelques cyprès rabougris. Il y a ici et là d'autres vestiges laissés par les Garamantes (hommes du néolithique, 5000 ans) et notamment dans l'erg d'Admer à hauteur du djebel Tiska au pied des dunes sur des espaces balayés par le vent et mis au jour par le déplacement du sable, des ateliers où se pratiquait la taille du silex. Partout des éclats, des pointes de flèches, aussi des œufs d'autruches et les déchets sur le sol racontent l'histoire de la fabrication des perles dans l'épaisseur de la coquille. En d'autres endroits, ce sont des plats creux en pierre servant au concassage des graines, le pilon est là à côté !

 

Le 8 juin 1957, le colonel d'Arcimolles, nouveau commandant militaire du territoire des oasis rencontre l'aménocal des Ajjers, le caïd Brahim, entouré des anciens méharistes dont certains ont connu Laperrine ! »

 

Mission sur Tin-Alkoum.

 

« Cependant, du côté de Ghat, quelques touareg qui en reviennent informent le chef d'annexe, le Capitaine Rossi, sur les effectifs rebelles et leurs intentions. A Ouargla, la capitale saharienne, le haut commandement ne veut pas laisser la porte ouverte aux fellaghas qui voudraient pénétrer sur notre territoire par Tin-Alkourn.

 

L'idée d'implanter une batterie d'artillerie face à Ghat a été abandonnée. Par contre, l'implantation d'un poste fixe à Tin-Alkoum se précise. Le 20 mai 1957, j'effectue une reconnaissance avec le 2ème peloton méhariste en amont de l'oued Essandilène jusqu'à une magnifique guelta. Nous visitons un campement, nous ne relevons aucune trace suspecte.

 

Le Capitaine Marchand part en permission le 12 juin. Je commande la compagnie en son absence.

 

Le secteur Ghat-Essayene-Tin-Alkoum préoccupe le commandement qui ordonne maintenant la mise sur pied d'une SAS (section administrative spécialisée) qui sera implantée à Tin-Alkoum, chargée d'administrer le secteur, d'être un lieu de rencontre pour les nomades en transit, de recueillir des renseignements sur les voisins libyens et de récréer une activité dans cette ancienne palmeraie dont les 7 puits sont comblés. Enfin, attirer ici les touaregs plutôt que de les voir se rendre à Ghat. Outre ces activités, démontrer que nous ne sommes pas disposés à laisser le passage aux troupes du FLN installées à Ghat.

 

Nous accentuons nos reconnaissances dans le secteur du 13 au 15 juin vers Arrikine et In-Ezzane afin de vérifier s'il existe des passages, mais nous ne relevons aucun indice. Le Lieutenant Bert qui vient de terminer les cours des Affaires sahariennes à Alger est affecté pour prendre le commandement de la SAS de Tin-Alkoum. Le 22 juillet, nous effectuons une nouvelle reconnaissance sur la frontière entre In -Ezzane- Arrikine et Tin-Alkoum qui n'apporte aucun élément nouveau. Par ailleurs, des renseignements récents font état de la volonté d'agression des rebelles sur notre territoire.

 

Le Capitaine Marchand écourte sa permission et rentre le 18 août. Pour ma part avec mon peloton renforcé d'un canon de 75 m/m évacué de Ghat en décembre dernier, nous rejoignons Tin-Alkoum le 31 août. La situation est très sérieuse, il faut s'attendre à une attaque imminente de la part des rebelles installés à El-Barka, tout proche de la frontière.

 

A Alger le commandement ne reste pas indifférent et devant la faiblesse de mes effectifs (40+15) face à ceux estimés de nos adversaires (600) envoie le 5 septembre quatre avions Nord 2501 au-dessus de ma position parachuter des munitions, des quantités de rouleaux de fil de fer barbelés et des sacs à sable. Au total 20 tonnes en 2 passages. Avec ces moyens supplémentaires, je dois assurer la défense « sans esprit de recul » ! L'action d'envergure du FLN est attendue pour le 16 septembre date à laquelle la question algérienne sera à l'ordre du jour de l'ONU.

 

Chaque jour je reçois le même télégramme m'invitant à prendre toutes dispositions nécessaires en vue d'une attaque rebelle imminente. Les jours et les nuits s'écoulent dans l'attente des signes précurseurs. J'ai été informé également que le convoi de ravitaillement trimestriel venant de Ouargla composé de quatre camions dont deux de carburant, de la société Devicq est en route depuis quelques jours et doit arriver très bientôt.

 

A Tin-Alkourn notre système défensif est constitué de trois petits points d'appui, deux face au nord vers Ghat avec le peloton porté, un face au sud avec les éléments de la SAS du Lieutenant Bert. Nous avons utilisé les sacs à sable autour des emplacements de tir au milieu des touffes de drinn qui nous entourent (drinn : plante appréciée des chameaux). Les munitions sont réparties. Un observateur aérien aurait du mal à nous localiser dans cette immensité. La largeur de l'oued Essayene est d'environ 3 km, les premiers contreforts du Tassili à 2 km, là où se trouve cette ancienne palmeraie. Alors, une cinquantaine de « guss », ce n'est vraiment pas grand chose ! Une nuit les chameaux de la SAS ont été capturés et emmenés en Libye, ce qui n'est pas fait pour remonter le moral des touaregs du Lieutenant Bert.

 

Pourtant à regarder autour de soi on a l'impression d'être enfermé au milieu d'un décor qui vous domine, les mouvements de terrain semblent proches, les distances s'estompent complètement, on a l'impression de toucher le relief, de butter contre. Il y a ambiguïté sur les distances. Je n'ai pas voulu utiliser le fil de fer barbelé, à quoi bon s'enfermer au milieu de l'espace! J'ai voulu garder la possibilité de manœuvrer en cas de besoin.

 

La nuit est tombée et nous nous installons comme chaque jour pour une longue veille nocturne. Sur chaque PA (Point d’Appui), il y a 2 sentinelles mixtes, 1 français et 1 targui ou chaamba. Au poste de commandement avec le sergent Pinel nous nous partageons la nuit en surveillance afin de prendre toutes mesures sans délai en cas de nécessité.

 

Il faut scruter l'obscurité, écouter les bruits, en faire le tri, pour ne retenir que ceux qui nous semblent suspects. Y-a-t-il un bruit de fond qui dure et perdure ? Est-ce une colonne en marche à 20 Km de là ? Car ici, en l'absence d'humidité dans l'atmosphère, les sons se propagent très vite et très loin. Ce bruit, voilà déjà 10 minutes qu'il se propage. Je reste à l'écoute..., le silence est revenu ! A nouveau un ronron se fait entendre, heurte les montagnes, arrive de plusieurs directions à la fois, s'amplifie... je sais maintenant qu'il s'agit de l'avion régulier d'Air France qui relie chaque jour Marseille à Fort-Lamy via Tunis. L'avion se dirige sur la balise radio de Ghat avant de poursuivre sa route vers le sud. Longtemps encore après son passage j'entends le bruit de ses moteurs. On se prend alors à rêver, et de comparer la vie de ces pilotes, de ces voyageurs du ciel et la nôtre. Nous les voyons passer, eux ne savent pas que nous sommes là tout petit à veiller prêt au combat ! ... Le jour se lève, RAS (« rien à signaler »).

 

Nous attendons toujours le convoi de ravitaillement de la société Devicq. Ce convoi trimestriel apporte dans les garnisons reculées du Sahara le ravitaillement lourd indispensable, tels que: eaux, pommes de terre, oignons (anti-scorbut), farine, carburant, boissons diverses, conserves etc...

 

La piste pour atteindre Djanet passe obligatoirement par la Libye. A partir de FortPolignac, il n'y a pas d'autre possibilité que d'entrer en Libye pour atteindre Ghat puis Tin-Alkoum. et Djanet. La barrière du Tassili empêche toute liaison directe. Comme chaque soir, nous nous installons pour une nouvelle nuit de veille. Demain nous serons le 17 septembre. Avec le sergent Pinel nous restons très attentifs à toutes manifestations lorsque vers 21h00 une immense lueur apparaît à l'horizon, plein nord dans l'axe de l'oued en direction de Ghat. Compte tenu de la configuration du terrain et de la connaissance que j'ai des lieux, je localise cet embrasement dans le secteur du village d'Essayene à environ 20, 25 km de notre position.

 

Peut-être les rebelles ont-ils mis le feu aux zénibas (huttes) du village d'Essayene pour faire table rase et forcer les quelques derniers occupants à rentrer en Libye. Enfin nous montrer qu'ils sont là. Aussitôt je passe un message à Djanet aussi complet et précis que possible. Dès le lever du jour un avion de reconnaissance vient survoler la zone et constate non loin d'Essayene sur un promontoire à proximité de la piste les quatre camions du convoi attendu, rangés côte à côte, entièrement détruits par le feu. C'est l'embrasement des deux camions citernes remplis de carburant que j'ai pris hier pour un simple feu de paillotes. Eh bien oui, la veille au soir après que le convoi Devicq ait été liquidé, il semblerait que les fellaghas, de retour à Ghat, avec les 4 chauffeurs originaires de Touggourt, les aient passés par les armes.

 

Dès la première heure nous sommes allés sur les lieux du drame pour faire l'inventaire des dégâts et recueillir le maximum de renseignements possibles. Toutes les marchandises ont été brûlées. Seules deux cents boîtes de bière qui ont chauffé n'ont pas éclaté. C'est la seule récupération qui nous permet sur-le-champ de nous désaltérer à bon compte ! Dans le même temps, le médecin militaire français qui avait été maintenu à Ghat après l'évacuation aurait été conduit à l'extérieur de ses locaux et placé sous la surveillance de quelques rebelles dans l'attente de savoir s'il allait être passé par les armes... Heureusement il n'en fut rien. Cet incident a été relaté dans la presse française les jours suivants.

 

A Alger le Commandement a pris des mesures pour renforcer le secteur de Tin-Alkoum en envoyant une quinzaine de jours après ces événements trois pelotons portés de la 1ère CSPL (compagnie saharienne portée de la Légion étrangère) sous les ordres du Lieutenant Leproust dont 1 peloton d'AM M8 (auto mitrailleuse) commandé par le Lieutenant Post. En soutien à Arrikine ont été dépêchés deux pelotons, l'un de parachutistes équipé de jeeps, l'autre de la CSPO (compagnie saharienne portée des oasis) venant de Ouargla.

 

Ces renforts presque trop importants nous ont soulagé en grande partie des tâches que nous assumions seuls depuis un mois. Surtout la nuit, les veilles incessantes. Et puis malgré tout, l'incertitude du comportement de nos chaamba et touareg en cas d'accrochage avec les rebelles ».

Capitaine Petit - Au Sahara - 1.
Capitaine Petit - Au Sahara - 1.
Capitaine Petit - Au Sahara - 1.
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Capitaine Petit - Au Sahara - 1.
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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 14 Septembre 2019

Les coloniaux : Emile Gentil.

Missions en Afrique.

 

Emile Gentil nait le 4 avril 1866 à Volmunster, dans le département de la Moselle. Diplômé de l’Ecole navale, elle sert pendant plusieurs années dans son arme. Il est chargé en tant qu’enseigne de vaisseau d’une mission hydrographique au Gabon, entre 1890 et 1892. Il choisit ensuite d’intégrer l’administration coloniale.

 

Sa première grande mission se déroule en Afrique entre 1895 et 1897. Son but est de trouver la voie la plus praticable entre le Gabon et le Tchad, pour constituer un bloc unique. Le 27 juillet 1895, il entreprend la remontée du fleuve Congo à bord du bateau le Léon Blot, un vapeur monté sur place.

 

Le Léon Blot est démonté, transporté à travers la forêt tropicale pour naviguer sur l’Oubangui, le Kemo, son affluent, puis, après un nouveau démontage, le Chari. En octobre 1897, il signe avec le sultan Gaourang, un traité d’alliance qui confie à la France le protectorat sur le Baghirmi pour le protéger du Rabah. Le 20 octobre, il pénètre dans le pays de Rabah et atteint le lac Tchad, le 28. Il rentre ensuite en France.

 

Deux années plus tard, Emile Gentil repart pour une seconde mission. Son but est de refouler Rabah, qui a défait Gaourang, qui demande secours en vertu du traité de protectorat. Le 16 août 1899, il atteint Gaoura, où il apprend la mort de Bretonnet, qui dirigeait une mission dans le Chari, tué lors du combat de Togbao, le 17 juillet.

 

Le 28 octobre 1899, il attaque à Kouno la plus importante garnison de Rabah où il est mis en échec. Le 11 avril 1900, à Mandjafa, il fait sa jonction avec la mission Foureau-Lamy et la mission Joalland-Meynier pour l’affrontement final avec Rabah à Kousséri qui a lieu le 22 avril 1900, et au cours duquel le commandant Lamy est tué. Gentil prend le commandement et fonde, le 29 mai 1900, Fort Lamy – actuelle capitale du Tchad, sous le nom de Ndjamena.

 

Commissaire général.

 

Le 5 février 1902, Emile Gentil est nommé commissaire général du gouvernement au Congo français. Hostile à la mission Brazza, venue enquêter en 1905, sur les exactions des Français à l’égard des populations indigènes, malmené par la presse dans l’affaire des massacres du Congo, mais innocenté par la commission Lanessan, Gentil reste en poste et organise les quatre circonscriptions du Gabon, du Moyen-Congo, de l’Oubangui-Chari et du Tchad, qui forment l’AEF. Il quitte l’Afrique en 1910.

 

L’ensemble de ces missions a été consigné dans des Comptes rendus de la Société de Géographie. Le Gouvernement français a conféré le nom de l’explorateur à un port établi à l’embouchure de l’Ogooué : Port-Gentil, au Gabon.

 

Emile Gentil meurt à Bordeaux le 30 mars 1914. Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise, à Paris.

 

Il aura publié plusieurs ouvrages :

 

  • La chute de l’empire de Rabah (1895-1898), Paris, Hachette, 1902
  • Itinéraire de la Mission E. Gentil entre l’Oubangui et le Tchad, 1895-1989, Société de Géographie, Paris, 1898.

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Site sur l’Histoire : www.herodote.net
  • Site de l’ambassade de France au Gabon : https://ga.ambafrance.org/
  • Marcel Souzy, Les coloniaux français illustres, B. Arnaud, 1941.

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 3 Mars 2019

Partie nord du poste de Ouagadougou en 1897 (© Catherine Abbat).

Partie nord du poste de Ouagadougou en 1897 (© Catherine Abbat).

En 1896, la France est déjà engagée depuis plusieurs années dans la conquête militaire du continent africain. Cette année-là, deux jeunes lieutenants, Voulet et Chanoine, sont chargés de conquérir le pays mossi (actuel Burkina Faso). Tout se passe dans la précipitation. Le 1er septembre, les officiers s’emparent de Ouagadougou, la capitale de l’un des plus importants royaumes mossi. A leur grand étonnement, ils rencontrent des habitants qui, plutôt que les combattre, les ignorent superbement et vaquent, paisiblement à leurs occupations. Mais le roi a accompli une retraite stratégique et la colonne, « forte » de 257 hommes dont une majorité d’Africains, doit partir à sa poursuite. La colonne sitôt partie de Ouagadougou, la ville est militairement réinvestie par les Mossi. Elle sera prise une nouvelle et dernière fois en décembre. Toujours dans l’empressement, Voulet et Chanoine et leurs hommes, épuisés et incapables de mettre la main sur le souverain en cavale, décident d’en introniser un nouveau afin de signer un traité de protectorat. Le premier prince venu faire soumission devient alors roi. Le traité est signé en 1897. L’année marque le début de l’administration militaire française dans la région.

 

Maigres moyens et immense tâche.

 

Ce que l’on appelle alors le « Mossi » (la région de Ouagadougou, au cœur de l’actuelle bande sahélo-saharienne), couvre une superficie de 60.000 km² rassemblant au moins un million d’âmes. Il est traversé par de mauvaises routes, impraticables lors de la saison des pluies (de juin à septembre). Or, l’autorité militaire supérieure, appelée « résident », ne dispose que de maigres moyens pour asseoir son autorité et son influence dans un pays conquis mais non soumis.

 

Les foyers de résistance sont encore multiples en 1897 et 1898. Ils contraignent les troupes du résident, composées d’une poignée de Français et d’une majorité d’auxiliaires africains, à multiplier les opérations en province depuis Ouagadougou. Tout manque dans ces premiers mois suivant la conquête. Les chevaux n’ont pas assez de fourrage. Il faut édifier le poste de Ouagadougou, mais le premier résident, le capitaine Scal, en est réduit à supplier ses supérieurs afin qu’ils lui fassent parvenir rabots, pelles et autres pioches. Nanti d’un budget de 500 francs au total, il ne peut salarier la main d’œuvre locale. Reste encore à compter les populations, lever l’impôt, obtenir des renseignements sur les zones d’insoumission, régler les affaires judiciaires, exécuter les tâches administratives courantes, gérer l’approvisionnement de la garnison, et même repousser une incursion britannique en 1898… en somme, les autorités militaires qui se succéderont jusqu’en 1904 doivent faire le maximum avec le minimum.

 

L’art de la débrouille.

 

Comme ce fut le cas lors de la conquête de l’Algérie par la France, les officiers-administrateurs doivent parfaitement connaître les populations sujettes, leur organisation sociale et politique, et surtout s’appuyer sur les élites locales. A ce titre, les résidents qu’ont été les capitaines Scal, ou encore Dubreuil et Amman, se sont montrés dans l’ensemble très pragmatiques et se sont largement appuyés sur les chefs coutumiers et souverains mossi. Ceci n’est pas sans rappeler « la politique des égards » vis-à-vis des élités « indigènes » telle qu’elle sera popularisée et appliquée par le maréchal Lyautey au Maroc entre 1912 et 1925.

 

Les prédécesseurs de nos soldats actuellement déployés au Sahel devaient donc porter de nombreuses casquettes. Certains se sont même fait ethnologues. Le savoir est bien synonyme de pouvoir, particulièrement dans un contexte où l’encadrement français en était réduit à un ratio d’environ un administrateur pour 100.000 Africains. Dans ces conditions, les impératifs du commandement nécessitant de l’improvisation, du bon sens et de l’imagination. Sans pouvoir tenir les populations en tout lieu et en tout temps, il devenait nécessaire de donner l’illusion que ce pouvoir était omniprésent, notamment en multipliant les « tournées » au contact de populations qui se soulèveront pour la dernière fois en 1908, en pleine administration civile.

 

Emile-Louis Abbat.

 

Emile-Louis ABBAT a été lieutenant au Soudan Français de 1894 à 1898. Il a laissé de cette période  450 photographies légendées (Sénégal, Mali et Burkina Faso actuels) et 89 lettres à sa famille, ainsi que plusieurs rapports militaires et une planche de dessins de scarifications. L’ensemble a été numérisé. Son arrière-petite-fille, Catherine Abbat a créé un site internet (voir dans les sources) afin de pérenniser ce témoignage exceptionnel sur cette page de l'histoire coloniale : sur les actions militaires bien sûr, mais aussi les modes de vie, les relations entre  populations, les métiers, l’agriculture, la géographie, et bien d’autres thèmes encore y sont abordés.

 

Voici ci-dessous une lettre du lieutenant Abbat, illustrant les conditions de l’administration coloniale :

 

« Depuis le 25 mars, je continue donc à faire le chef maçon. Mais mes ouvriers ne sont pas très expérimentés, moi non plus du reste, et le travail n'avance pas vite. Ces monstres-là (je parle de mes ouvriers) n'ont aucun sentiment de la ligne droite. Il faut vraiment se battre pour obtenir qu'un mur soit approximativement droit. En regardant le mur d'enceinte de profil, on dirait qu'il s'est gondolé car le pied, tracé à la corde, est droit mais c'est le haut qui ne l'est plus. Enfin, tant bien que mal ça marche tout de même et le Fort Voulet (ce sera peut-être son nom) prend tournure. (…)

De temps en temps, tous les 3 ou 4 jours, j'ai la visite du Naba actuel, celui que nous avons mis sur le trône du Mossi. Le trône se compose d'un sécot posé à terre sur lequel on étend une couverture de voyage de fabrication européenne (noire d'un côté, rouge de l'autre, avec un grand boeuf au galop dessiné en brun sur le fond rouge). Cette couverture suit le Naba dans tous ses déplacements, elle est religieusement portée par un jeune eunuque. (…)

Depuis que nous sommes à Ouagadougou, la question du mil est l'une des plus importantes. Il nous faut à tout prix du mil pour nos hommes et nos animaux, et c'est le pays qui doit le fournir. Comme d'un autre côté ce pays vient de subir plusieurs mois de guerre, ma foi pas mal de mil a été gaspillé ou brûlé et maintenant la denrée se fait un peu rare, de sorte que les Nabas qui doivent nous la fournir s'exécutent cahin-caha en rechignant. Alors ma foi, la raison du plus fort étant ici la meilleure, on prend de force ce qu'on ne veut pas donner de bonne volonté et on prend plus, bien entendu. Il faut bien payer le dérangement. Ce sont encore quelques mois à passer, tous les ennuis prendront fin avec la récolte prochaine... Mais le mil n'est pas encore planté. (…)

Je souris en vous écrivant tout ça mais ce n'est pas si risible que cela, surtout pour les pauvres bougres qui sous peu claqueront peut-être du bec. Comme partout, c'est le bon populo qui souffre et pâtit, ici comme ailleurs. Mais comme c'est la lutte pour l'existence, entre eux et mes tirailleurs, je n'hésite pas. Je leur prends ce qu'il me faut. »

 

 

Sources :

 

  • Cet article a été écrit par Benoît Beucher – hormis la partie relative au lieutenant Abbat – et publié dans le n°293 de TIM (Terre Info Magazine) – Avril 2018.
  • La partie relative au lieutenant Abbat ainsi que les trois photographies sont issues du site ci-dessous, créé par Catherine Abbat, arrière-petite-fille du lieutenant :

http://catherine.abbat.free.fr/FondsAbbatSoudanFrancais/ACCUEIL.html

 

Sanchez, Scal et Abbat (© Catherine Abbat).

Sanchez, Scal et Abbat (© Catherine Abbat).

Ouagadougou – 1897 – Les lionceaux de Chanoine (voir article paru en octobre 2017 sur la « Colonne infernale »). © Catherine Abbat.

Ouagadougou – 1897 – Les lionceaux de Chanoine (voir article paru en octobre 2017 sur la « Colonne infernale »). © Catherine Abbat.

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Publié le 13 Janvier 2019

Le général de Gaulle à Brazzaville en octobre 1940.

Le général de Gaulle à Brazzaville en octobre 1940.

Au cours du mois d’octobre dernier, ayant surfé sur notre site Internet, Madame Catherine Belan nous a contacté afin de communiquer des archives en sa possession. Ces dernières montrent l’engagement de Jean Boilleau, résistant en Afrique Equatoriale Française et son action au service du général de Gaulle dès 1940.

 

Les communications en AEF.

 

L’Afrique Equatoriale Français, ou A.E.F., était un gouvernement général regroupant au sein d’une même fédération quatre colonies françaises d’Afrique centrale, entre 1910 et 1958 : le Gabon, le Congo, le Tchad et l’Oubangui-Chari (qui deviendra la République centrafricaine). La superficie de l’ensemble représentait environ 4 fois celle de la France. Son chef-lieu était Brazzaville, résidence du gouverneur général.

 

Au sein de cette unité territoriale, les déplacements se faisaient soit sur des pistes soit en bateau sur les fleuves immenses de cette partie de l’Afrique. Au début du 20e siècle, la République française décide d’innover et de relier, au sein du territoire du Congo, Brazzaville (la ville tire son nom de l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza), située au cœur du pays, à Pointe-Noire, sur la côte, et capitale économique. Les deux villes étant séparées de plus de 500 kilomètres.

 

Jean-Baptiste Emile Boilleau nait le 21 mars 1898 à Bordeaux. Il suit ses études dans la capitale girondine puis entre à l’Ecole des Télécommunications d’où il sort ingénieur dans les années 1920. Il commence sa carrière en métropole puis rejoint l’Afrique Equatoriale Française (AEF) en 1932 où il est nommé Chef du Service des Communications Electriques du Chemin de Fer Congo-Océan. Chemin de fer que la France, et la Société de Construction des Batignolles (qui deviendra SPIE-Batignolles), construisent de 1921 à 1934.

 

En 1952, dans un rapport à sa hiérarchie, Jean Boilleau revient sur des travaux réalisés à partir de 1933 : « Construction des lignes télécommunications du Chemin de Fer Congo-Océan et installation de toutes les stations téléphoniques y compris les dérivations vers Madigou – Loudima – Sibiti et les installations des centres de Brazzaville et de Pointe-Noire. Ces lignes comprenaient 4 circuits plus deux circuits fantômes – Longueur de 510 km. J’ai commencé les travaux le 4 septembre 1933 à partir de Brazzaville. La liaison avec Pointe-Noire était assurée dès le 28 juin 1936 ainsi qu’avec toutes les stations de la ligne. Cela malgré les importantes difficultés que j’ai rencontrées dans le Mayumbe. Nous avons travaillé 15 heures par jour pendant plus de quatre mois pour maintenir la cadence rapide de construction entre les Bandas et Fourastier (72 km).

 

A partir de l’année 1937 on téléphonait couramment et sans difficulté de Brazzaville à Pointe-Noire.

 

Après l’armistice du 18 juin 1940 ces lignes ont permis d’assurer des communications clandestines entre le commandant Delange de Brazzaville, elles se sont poursuivies jusqu’au 28 août 1940 malgré les difficultés que présentaient de telles liaisons pour les maintenir secrètes. Je les donnais depuis mon bureau à Brazzaville où les lignes passaient en coupure. A Pointe-Noire, M. Dupri, mon adjoint, court-circuitait le standard et passait la communication au commandant d’Ornano sur son appareil portatif de contrôle.

 

Actuellement, l’Administration des P.T.T. utilise les appuis et les armements de cette nappe de fils pour l’installation de la téléphonie par courant porteur H.F. entre Pointe-Noire et Brazzaville ».

 

L’AEF au service de la France Libre.

 

Dès le 18 juin 1940, Félix Eboué, gouverneur général du Tchad, se déclare partisan du général de Gaulle. Avec le colonel Pierre Marchand, il décide du ralliement officiel du pays, donnant ainsi « le signal de redressement de l’empire tout entier ». Dans la foulée, de Gaulle nomme Eboué gouverneur général de l’Afrique Equatoriale Française. En quelques mois, Eboué transforme l’A.E.F. en une véritable plaque tournante géostratégique d’où partent les premières forces armées de la France Libre, conduites par les généraux de Larminat, Koenig et Leclerc.

 

Jean Boilleau a lui aussi entendu l’appel du général. Il créé un poste radio à Brazzaville et se met au service de l’homme de la France Libre. D’ailleurs, le général de Gaulle, à l’occasion de son déplacement de Fort Lamy (Tchad) à Brazzaville, le 25 octobre 1940, s’adresse à Jean Boilleau et lui dit : « Vous avez bien mérité pour votre action dans la lutte pour la libération de la Patrie ».

 

Six mois plus tard, le 31 mars 1941, le Haut-Commissaire de l’Afrique Française Libre, le médecin-général Adolphe Sicé, ancien directeur de l’Institut Pasteur de Brazzaville, indique : « M. Boilleau s’est dépensé jusqu’au surmenage pour l’installation et le fonctionnement, l’extension des stations radio de Radio-Brazza et Radio M’Pila, qui ont permis à l’Afrique Française Libre de faire entendre sa voix et d’organiser sa propagande à partir du 28 août 1940. Il était difficile de témoigner plus d’esprit de sacrifice à la grande cause de la libération de la Patrie ».

 

Le 30 août 1941, le Chef du Service de l’Information de l’Afrique Française Libre, le capitaine Desjardins, indique : « M. Boilleau, qui dirige la station régionale de Radiodiffusion de Brazzaville, qu’il a lui-même créée et dont il assure seul le fonctionnement ne cesse de faire preuve du plus grand dévouement dans l’accomplissement de sa tâche et dans la poursuite inlassable des résultats cherchés. Technicien expérimenté, il pousse le scrupule professionnel jusqu’au surmenage ayant à cœur de consacrer toutes ses forces au service de la France Libre ».

 

Le 1er janvier 1942, le général de Gaulle nomme Jean Boilleau au grade d’Ingénieur de 4e classe pour « titres exceptionnels en rapports directs avec la lutte pour la libération Nationale ».

 

Tout au long de la guerre, Jean Boilleau assure l’exercice, seul, de Radio-Brazza, première radio de la France Libre. En 1944, Brazzaville, qui est devenue depuis 1940 capitale de la France Libre, reçoit une nouvelle fois le général de Gaulle. A l’occasion de son discours d’ouverture de la Conférence de Brazzaville, ce dernier définit ce que seront pour lui les relations entre la France et les colonies africaines après la Seconde Guerre mondiale. Et il évoque la question de l’émancipation. Bien entendu, le tout est retransmis sur Radio-Brazzaville.

 

Radio-Club.

 

Extrait du Journal de l’A.E.F. n°151 du 11 janvier 1945 :

 

« Le Radio-Club n’est plus.

 

C’est avec regret que nous voyons disparaître ce nom que nous entendions chaque jour et qui évoquait pour nous ces journées fiévreuses où s’est décidée la rentrée en guerre de l’A.E.F. Il convient au moment où l’Association du Radio-Club est dissoute que nous rappelions en quelques mots les débuts de cette station d’émission et le rôle qu’elle a joué un jour qui, si les historiens sont justes, lui fera donner une honorable place dans l’histoire de l’Afrique française.

 

Le Radio-Club fut créé en avril 1936 par Messieurs Cruveiller et Boilleau, celui-ci ne cessa d’être l’âme même de l’association et le remarquable technicien réalisateur pour lequel aucune difficulté n’est invincible. Une première station d’émission de 25 watts fut installée dans un local prêté par M. Amouroux et fonctionna deux fois par semaine à partir de novembre 1936. Elle répondait à un besoin car la plupart des postes européens étaient alors mal reçus à la Colonie. C’est en vain qu’au début, l’Association essaya d’intéresser les pouvoirs publics à ses efforts. M. Boilleau dut payer de ses deniers personnels la construction et l’installation d’un poste, sans compter une bonne partie des notes de secteur car les cotisations n’atteignaient que 350 francs par mois. Cependant, sans se lasser, M. Boilleau perfectionnait son poste et augmentait, toujours à ses frais, sa puissance. Un nouveau poste de 50 watts entrait en service en juin 1938.

 

Dès le début de la guerre, le Radio-Club, en des émissions quotidiennes, diffusaient les nouvelles. MM. Cherubin, Delpech faisaient des prodiges pour fournir chaque soir les renseignements intéressants. En janvier 1940, le docteur Bizien rentra dans l’équipe.

 

Cependant, sur les instances de Monsieur Soubirou-Pouey, alors Président du Club, en mars 1940, le Gouverneur général accordait 10.000 francs de subvention à Radio-Club.

 

Un nouveau poste était installé, mais la note s’élevait à 23.000 francs. M. Boilleau payait la différence et en juillet 1940 le Radio-Club possédait deux émetteurs, l’un sur 36m50, puissance 50 watts, l’autre sur 25 mètres puissance 150 watts.

 

Cette fois la portée de l’émission était intéressante, elle atteignait le Sénégal et parfois l’Afrique du Nord et même le midi de la France ainsi qu’en ont témoigné les auditeurs.

 

Cependant, dès l’armistice, s’affirmait le rôle patriotique de la station. Après entente avec le médecin-général Sicé, qui a Brazzaville était reconnu comme le chef du mouvement gaulliste, le docteur Bizien prenait seul la charge des émissions. Il fallait faire comprendre à tous, malgré la censure, que la capitale de l’Afrique Equatoriale voulait rester française et suivait le chef qui s’était révélé. Il fallait combattre la propagande défaitiste de Vichy et rendre unanime sur le territoire l’adhésion au mouvement de Libération.

 

Les Autorités Vychistes ne trouvaient pas cela de leur goût et M. Boilleau fut en but aux menaces et le 25 août, le docteur Bizien était mis aux arrêts de rigueur. Le lendemain, M. Boilleau, sans speaker, se contenta de jouer la Marseillaise pour toute émission ce qui mit le général Husson en fureur, et craignant lui-même d’être arrêté, le 27 août réduisit à 25 watts son poste de 50 et rendit inutilisable le poste de 150 watts dont il cacha les pièces essentielles dans le bureau de M. Soubirou-Pouey, pour les soustraire à une perquisition probable. Il était temps : les dernières passèrent sous le nez d’un garde militaire armée de fusils-mitrailleurs qui occupa les locaux pendant que M. Boilleau recevait l’ordre de quitter immédiatement les lieux. Mais le soir-même, le général Husson voulut parler au micron et M. Boilleau, rappelé, après avoir refusé de faire l’annonce, dut mettre en marche son petit poste réduit à 25 watts dont, par surcroît, il dérégla le pilote. Husson n’eut pas le temps de réagir et, le lendemain, dans la joie, M. Boilleau remontait fébrilement son 150 watts et, à nouveau le docteur Bizien pouvait pour la première fois annoncer : « Ici Radio-Brazzaville, poste d’émission de l’Afrique Française Libre ». Le rôle de Radio-Club n’était pas terminé : chaque soir des nouvelles et des commentaires étaient diffusés. Peu après, un service d’informations, encore bien modeste, était dirigé par M. Clavaldini.

 

Le 25 octobre 1940, le général de Gaulle, visitant le Radio-Club, exprima sa satisfaction de la tâche accomplie par M. Boilleau et au docteur Bizien. Il annonça l’arrivée prochaine des frères Desjardins. A la même époque commencèrent les essais du grand poste de Radio-Brazzaville où chaque soir, à 21 heures, jusqu’au début de décembre 1940, le Papier du Jour, était lu par le docteur Bizien, après l’émission de Radio-Club.

 

Le 8 décembre, le Service de l’Information de la France Libre prenait la charge de la diffusion des nouvelles et des commentaires. Par la suite, la puissance d’émission de Radio-Club ne cessa de s’accroître. En 1941, un troisième émetteur de 150 watts était construit et mis en service au mois d’avril, la puissance du poste de 50 watts était portée à 125 watts. En 1942, un poste de 150 watts était modifié et émettait avec 250 watts. En 1943, la puissance des trois émetteurs devenait respectivement 250, 500 et 650 watts. Au début de 1944, la puissance du poste de 250 watts était portée à 500 watts et celle de 650 watts à 1 kilowatt. Enfin, au cours de la même année était construit un quatrième émetteur de 2 kilowatts et un cinquième de 150 watts.

 

Actuellement, Radio-Club dispose de deux émetteurs modernes : 1 poste de 150 watts, 2 postes de 500 watts, 1 poste de 1 kilowatt, 1 poste de 2 kilowatts qui sont remis au Gouvernement général par la dissolution de l’Association.

 

Nous nous plaisons ici à rendre hommage qui lui est dû à celui qui fut à la fois le créateur, le constructeur inlassable, l’animateur constant du poste d’émission de Radio-Club, à M. Boilleau, qui sans un jour de repos, en assura le fonctionnement.

 

Les services rendus à la France Libre par ce poste ont été réels. Il a facilité l’union entre les Français de l’A.E.F. et il a convaincu les hésitants. Il a rendu le courage aux isolés, manifesté à ceux, qui dans d’autres colonies, étaient encore sous la férule allemande, que la Résistance demeurait.

 

Le Radio-Club a vécu. Il fut le premier poste d’émission français qui mena le combat pour la France et aussi le premier poste d’émission français libre, le premier poste français où parla le général de Gaulle.

 

A ces titres, nous devons en garder le souvenir ».

 

Après la guerre.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, Jean Boilleau regagna la métropole et fut nommé ingénieur à la Radiodiffusion Française à Paris, en charge des stations de la France Outre-Mer et de la construction des antennes des Centres mondiaux d’Allouis et d’Issoudun.

 

Par la suite, il rentra en A.E.F : en 1949, il prit le poste de Chef du Service des Postes et Télécommunications du territoire du Gabon à Libreville puis, de 1950 à 1952, fut Chef-adjoint du Service Radioélectrique de l’A.E.F. à Brazzaville.

 

Jean Boilleau se retira en métropole, à Bidart dans les Pyrénées Atlantiques, pour y passer sa retraite et finir ses jours. Il avait eu deux enfants d’un premier mariage, Henriette et Jacqueline (nées en 1921 et 1923) puis avait épousé en secondes noces, Mademoiselle Marcelle Chavignier, alors Directrice des sages-femmes à l’hôpital de Brazzaville.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Archives familiales et personnelles de Madame Catherine Belan, filleule de Monsieur Jean Boilleau.
  • Dossier militaire de M. Jean Boilleau.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Archives de l’ORTF.
  • Site Internet www.france-libre.net
  • Site sur l’Histoire : www.herodote.net
  • Site de l’ambassade de France au Congo : https://cg.ambafrance.org/
  • Site www.cvce.eu

 

 

Discours du général de Gaulle à Brazzaville le 30 janvier 1944.

Discours du général de Gaulle à Brazzaville le 30 janvier 1944.

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Publié le 25 Juillet 2018

"C'est nous les Africains, qui revenons de loin...".

Lieutenant Yezid.

 

Mohamed Ben Ali Yezid nait à Maatka en Algérie, vers 1878. Engagé volontaire pour quatre ans à Tizi-Ouzou le 12 novembre 1901, il est d’abord soldat puis caporal dix ans plus tard et enfin sergent en 1913. S’ensuivront les grades de sergent-chef puis d’adjudant. Il est affecté au 1er régiment de tirailleurs algériens (RTA) d’Alger.

 

Les indigènes de l’Algérie – ainsi appelés à l’époque – sont admis à contracter des engagements de quatre ans. Les spahis doivent justifier de la possession d’un cheval. Avant la signature de l’acte, l’engagé volontaire doit prêter serment sur le Coran et promettre de servir avec fidélité la France.

 

De 1907 à 1908, le soldat Yezid participe aux opérations militaires dans la région de Casablanca au Maroc. Il est blessé par balle à la jambe lors du combat de l’oued Dalia le 16 mai 1908. Puis, jusqu’en 1911, il séjourne dans les régions sahariennes avant de rejoindre de nouveau le Maroc occidental en guerre. Le 15 août 1914, il passe au 5e régiment de tirailleurs algériens, un régiment de marche créé avec les bataillons de tirailleurs algériens déployés au Maroc. Le 13 novembre 1914, il est blessé pour la deuxième fois au combat d’El Harri au Maroc.

 

Fin 1915, il rejoint le front de France, au sein de la 48e division. Celle-ci étant composée à l’époque des unités suivantes : 170e et 174e régiments d’infanterie; 78e régiment d’infanterie territoriale ; le régiment de marche de tirailleurs marocains ; le 2e régiment mixte de zouaves et tirailleurs ; deux groupes de 75 du 5e régiment d’artillerie de campagne ; le 8e groupe de 155c du 118e régiment d’artillerie lourde. Engagé dans la Somme puis dans le secteur de Verdun, il est blessé au visage par un éclat d’obus devant Douaumont le 4 mai 1916. Le 21 juin de la même année, il est cité à l’ordre de la division : « Officier indigène admirable et d’un dévouement touchant. Déjà blessé deux fois au Maroc. Blessé au visage au cours de travaux particulièrement périlleux effectués par sa section en pleine bataille lors des offensives heureuses de mai sous Verdun ».

 

Rentré en Algérie au dépôt du 5e RTA, il est chargé de l’instruction des recrues. Puis, en mars 1918, il embarque à destination du front d’Orient où il demeure jusqu’en septembre 1920. Il est vrai qu’à l’époque la Russie est déchirée entre « Russes blancs » (favorables au tsar) et « Russes rouges » (bolchéviques) et que Clemenceau a un temps pensé pouvoir maintenir des troupes sur place en attendant le moment favorable d’une expédition dans le sud de la Russie contre ces mêmes bolchéviques. Cela ne se fera pas.

 

Comme un certain nombre de tirailleurs algériens, Mohamed Yezid est affecté ensuite au Levant, où le Liban est devenu protectorat français. Pendant cette campagne, il est promu lieutenant et cité à deux reprises : d’abord à l’ordre du corps d’armée le 23 mars 1921 : « Yezid Mohamed, sous-lieutenant, chef de section, plein de sang-froid. Exemple de courage, s’est brillamment porté à l’attaque de la cote 1043 à la tête de sa section » ; puis à l’ordre de la division le 12 avril 1921 : « Quoique déjà âgé, fait preuve pendant quatre mois de colonne, d’un entrain, d’une endurance extraordinaire, donnant à tous les hommes en maintes occasions, l’exemple du courage et du sang-froid… ».

 

Rentré en Algérie en novembre 1921, il est affecté sur sa demande aux troupes du Maroc en 1927 et sert au 13e puis au 5e régiment de tirailleurs algériens. Il s’illustre au combat, malgré son âge (49 ans). En 1930, il quitte le Maroc pour instruire de jeunes engagés et des insoumis en Algérie. Atteint par la limite d’âge de son grade le 31 décembre 1935, il se retire à Blida et est rayé des cadres en octobre 1940.

 

Le lieutenant Yezid est promu officier de la Légion d’honneur en 1935. Il était déjà titulaire des décorations suivantes : médaille militaire, médaille du Maroc, médaille coloniale (Maroc), croix de guerre 14-18, croix de guerre TOE. Il a alors trente-trois ans de services dont seize passés à faire la guerre. Il décède à Blida en Algérie en 1951.

 

L’Armée d’Afrique en 14-18.

 

En 1914, environ 30.000 Algériens, Marocains et Tunisiens servent dans l’armée française. Leur recrutement s’effectue grâce au volontariat et dans une moindre mesure par la conscription. Elle s’accompagne, progressivement, de l’octroi d’avantages offerts aux soldats et à leur famille (primes d’engagement, soldes identiques, pensions et indemnités). Au total, environ 173.000 Algériens musulmans sont incorporés dans l’armée française pendant la guerre et près de 125.000 d’entre eux servent en France. Ces hommes sont en majorité incorporés dans les unités du 19e corps d’armée (Alger et Tunis) qui forment, avec les troupes du corps expéditionnaire stationnées au Maroc la fameuse « Armée d’Afrique ». La dénomination, qui n’est plus officielle depuis 1870, a été conservée par tradition. Les soldats européens servent dans les régiments de zouaves (infanterie) et de chasseurs d’Afrique (cavalerie).

 

Le Chant de Africains.

 

Le Chant des Africains est un chant militaire composé dès 1941 par le capitaine de l'armée française Félix Boyer (1887-1980), à partir des paroles d'une marche de 1915 de la Division marocaine chantée sur l'air de l'hymne de l’Infanterie de marine et écrit, suivant les sources, par le commandant Reyjade, pseudonyme de Jeanne Decruck, ou par le sergent Bendifallah et le tirailleur Marizot. Il lui donne son titre, Chant de guerre des Africains, en changeant le C'est nous les Marocains… du texte original par le célèbre C'est nous les Africains du texte actuel.

 

Voici ci-dessous le texte de 1915.

 

« Nous étions au fond de l'Afrique

Embellissant nos trois couleurs,

Et sous un soleil magnifique,

Retentissait ce chant vainqueur :

En avant ! En avant ! En avant !

 

Refrain

 

C'est nous les Marocains,

Qui venons de bien loin.

Nous v'nons d'la colonie,

Pour défen'le pays.

Nous avons abandonné

Nos parents nos aimées,

Et nous avons au cœur,

Une invincible ardeur,

Car nous voulons porter haut et fier

Ce beau drapeau de notre France entière :

Et si quelqu'un venait à y toucher,

Nous serions là pour mourir à ses pieds.

Roulez tambour, à nos amours,

Pour la Patrie, pour la Patrie

Mourir bien loin, c'est nous les Marocains ! »

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Larousse en ligne : www.larousse.fr
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.
  • Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.
  • Georges Bensadou, Sidi-bel-Abbès naissance d’une ville, L’Algérianiste, septembre 1996.
  • Service d’Information et de Relations Publique de l’Armée de terre (SIRPA Terre).
  • Division communication et information de la Légion étrangère.
  • Capitaine Léon Lehuraux, Chants & Chansons de l’armée d’Afrique, Soubiron, 1933.
  • Site internet : www.piedsnoirs-aujourdhui.com
  • Terre Info Magazine (TIM) n°272 – Mars 2016 – Texte du commandant Michaël Bourlet.
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Publié le 21 Juillet 2018

Liu Yongfu.

Liu Yongfu.

La mort de l’officier de marine Francis Garnier.

 

Les Pavillons Noirs sont d’anciens rebelles Taiping, commandés par Liu Yongfu (1837-1917). Ils sont expulsés de Chine en 1864 vers le Tonkin, après l’écrasement de leur révolte. Les Annamites les utilisent contre les tribus des montagnes, entre le fleuve Rouge et la rivière Noire. A ce titre, Liu Yongfu obtient un rang officiel à la cour.

 

En 1873, le gouverneur militaire français de Cochinchine, l’amiral Dupré, envoie l’officier de marine Francis Garnier en délégation à Hanoi, capitale du Tonkin. Sur place, l'officier de marine se heurte au refus des mandarins d'ouvrir le port et le Fleuve Rouge aux commerçants étrangers. Ces mandarins locaux ont le soutien de l'empereur vietnamien Tu Duc.

 

Francis Garnier ne se laisse pas intimider et avec seulement 120 hommes, attaque la forteresse de Hanoi, défendue par 7.000 soldats annamites au service de l'empereur Tu Duc. Il réussit contre toute attente à s'en emparer. Il n'en reste pas là. Au terme d'une campagne de trois semaines et avec le concours des 140.000 chrétiens locaux, il s'empare également de toutes les forteresses du delta.

 

Le gouverneur Dupré finit par s'inquiéter de son activisme. Il ne lui envoie pas les renforts qu'il attend. Finalement, le jeune officier de marine trouve la mort, le 21 décembre 1873, aux portes de Hanoi, au cours d'une embuscade tendue par les Pavillons Noirs.

Sa mort est exaltée en France par les promoteurs républicains de la colonisation. Mais l'amiral Dupré, qui mesure les risques d'une conquête du Viêt-nam, choisit d'évacuer le Tonkin et d'abandonner les chrétiens locaux à leur sort, en échange de la promesse par l'empereur Tu Duc d'ouvrir les ports et le fleuve aux commerçants français.

 

La Guerre franco-chinoise.

Les Pavillons Noirs harcèlent ensuite les Français sur le fleuve Rouge. Un corps expéditionnaire commandé par Henri Rivière est envoyé en 1881 : c’est la guerre franco-chinoise.

Les Pavillons Noirs combattent alors avec les troupes impériales chinoises contre les Français (les impériaux toléraient ces anciens rebelles à la condition qu'ils restent en dehors de la Chine). Ils participent notamment au siège des troupes françaises (principalement la Légion étrangère) à Tuyen Quang en 1885 au Tonkin.

A la fin de la guerre, en juin 1885, Liu Yongfu rentre en Chine et les Pavillons Noirs sont formellement dissous. La plupart se transforment en bandits, continuant à harceler les Français pendant plusieurs années. Une de leurs troupes pille notamment Luang Prabang, au Laos, en 1887.

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Larousse en ligne : www.larousse.fr
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Universalis.
  • Site Herodote.net sur la mort de Francis Garnier.
  • Service d’Information et de Relations Publique de l’Armée de terre (SIRPA Terre).
  • Division communication et information de la Légion étrangère.
  • Site www.legion-etrangere.com  du Ministère de la Défense.
Emblème des Pavillons Noirs (musée de l’Armée à Paris).

Emblème des Pavillons Noirs (musée de l’Armée à Paris).

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