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Publié le 9 Octobre 2016

Bône – La porte du Fort Cigogne et l’Hôpital militaire.
Bône – La porte du Fort Cigogne et l’Hôpital militaire.

Historique du 153e RI.

Comme un bon nombre de régiments, le 153e RI est issu des unités de l’Ancien régime. Repris sous le Premier empire, il s’illustre notamment pendant la bataille de Leipzig, lors de la campagne d’Allemagne de 1813, malheureusement perdue. Durant le Second empire, le régiment tient garnison au Fort de Nogent, en Région parisienne.

Un siècle plus tard, le régiment, alors installé à Toul, dans le département de la Meurthe-et-Moselle, est une composante de la 77e brigade d’infanterie, la 39e division et du 20e corps d’armée.

Entre 1914 et 1918, le 153e RI est de pratiquement toutes les batailles : bataille des Frontières puis la Grande Retraite en août 1914, bataille du Grand Couronné sous le commandement du général de Castelnau. Dans la foulée, s’engage ce que l’Histoire retiendra sous le nom de la Course à la Mer, avec les combats de Fouquescourt, d’Albert dans la Somme, d’Arvillers, de Souastre, d’Hébertune et enfin de Gommercourt.

L’année suivante, le régiment perd près de 2.000 hommes dans les combats des Flandres, à Boezinge, à Langemark puis à Bikschote. En 1916, c’est Verdun avec des engagements au bois Albin devant Douaumont puis à la Côte 304. Là encore, alors que le 153 avait dû être reconstitué quelques mois plus tôt, ce sont à nouveau près de 2.000 hommes qui disparaissent. Cela n’empêche pas le régiment d’être de l’offensive de la Somme dans le courant de l’été 1916 et de subir encore de nombreuses pertes à Maurepas.

En 1917, le 153e RI participe à la tragique offensive du Chemin des Dames. L’unité occupe quelques temps les secteurs de Chivy, de la Ferme des Grelines puis de Braye-en-Laonnois. Elle y reste 25 jours, mais doit finalement se replier.

En 1918, retour sur Verdun. Le 153e RI est en première ligne jusqu’au 15 mars dans les secteurs de la Côte-de-Poivre puis près de Vacherauville-sur-Meuse, au nord de Verdun. Les Allemands attaquent baïonnette au canon et au lance-flammes, mais sont sans cesse repoussés. En avril, le régiment quitte le secteur pour rejoindre via Reims, Saint-Quentin et Arras les Flandres afin de participer à la bataille des Monts de Flandres. Les Allemands y lancent une offensive en utilisant, entre autres, des obus à ypérite et 150 avions. L’attaque est contenue. Mais il faut décrocher, comme quatre années plus tôt. Le 153 cantonne dans le nord de la Région parisienne, à Gonesse, et participe à la Deuxième bataille de la Marne. La ville de Château-Thierry est reprise. L’ennemi est poursuivi jusqu’à la forêt de Fère en Tardenois. Les soldats français étant appuyés des « boys » américains.

En août, le 153e est déployé le long de la Meuse. En septembre il est de la bataille de Saint-Mihiel puis se replie sur Nancy. En novembre 1918, à l’annonce de l’armistice, le régiment se met en marche et fait une entrée triomphale dans la ville de Metz.

Le 153e régiment d’infanterie est dissous à Sarreguemines en 1922… pour être reconstitué dès l’année suivante en Sarre (le 15 mai 1923). En 1929, déménagement de quelques kilomètres pour prendre garnison à Bitche. Quatre années plus tard, le 153e forme, avec le 23e, l’infanterie de la région fortifiée de la Lauter, puis devient régiment d’infanterie de forteresse, unité spécialisée dans la défense des fortifications de la Ligne Maginot. Le 37e RIF est né.

A la mobilisation de 1939, le régiment se détriple pour former l’infanterie du secteur fortifié de Rohrbach. Il est alors composé de trois bataillons de mitrailleurs, une compagnie d’équipages d’ouvrages, une compagnie d’équipages de casemates.

Face à l’offensive éclair (la fameuse « Blitzkrieg ») de la Wehrmacht, les unités quittent leur forteresse le 13 juin 1940 pour se replier sur les Vosges. Après l’armistice proposé par le maréchal Pétain le 17 juin, le 153e RI dépose les armes quatre jours plus tard. Les équipages d’ouvrages, restés sur place, doivent se rendre sur ordre le 30 juin 1940.

En Algérie.

En Algérie, le 153e RI devient motorisé (donc le RI devient RIM) et est une unité de la 2e division d’infanterie mécanisée. L’état-major se trouve à Bône (aujourd’hui Annaba sur la côte nord-est de l’Algérie, proche de la frontière tunisienne) et comprend les régiments d’infanterie suivants :

  • 4e régiment étranger d’infanterie (installé à Dar-el-Baraka).
  • 12e, 14e et 25e bataillons de chasseurs alpins (Blanda, Combes et La Calle).
  • 62e régiment d’infanterie (La Verdure).
  • 63e régiment d’infanterie de marine (Bône).
  • 151e, 152e et 153e régiments d’infanterie mécanisée (Guelma, Lamy et Munier).

Les unités blindées sont :

  • 1er régiment de spahis (Lamy).
  • Le 4e hussards (Gambetta).
  • Le 8e spahis (Hamman-zaïd).
  • Le 29e dragons (Le Tarf).

Munier est alors une petite ville (elle a reçut ce nom français par décret du 11 juillet 1891), située non loin de la frontière tunisienne, dans la région des Aurès. Après l’indépendance, elle prendra le nom d’Aïn-Kerma.

Le 153e RIM est chargé d’assurer le contrôle de la frontière dans cette région. Il convient de rappeler que pendant la guerre d’Algérie, à de nombreuses reprises les guerriers algériens du FLN (Front de Libération National) se réfugièrent en Tunisie, où théoriquement l’armée française n’avait pas le droit de les poursuivre.

Le point commun.

Parmi les 14 isséens tués au cours de la guerre d’Algérie, deux ont un point commun. Il s’agit de Gérard Flament et de Jean Brulin : ils faisaient tous les deux parties du 153e RI.

Gérard Flament nait le 23 juin 1937 à Paris, dans le 15e arrondissement. Envoyé en Algérie, soldat au sein du 153e RIM, il décède des suites de ses blessures le 4 mai 1958 (5 jours avant le putsch d’Alger organisé, entre autres, par le général Massu), au cours « d’une opération de maintien de l’ordre en Algérie », selon l’expression idoine de l’époque. Il convient une nouvelle fois de rappeler que l’Algérie était alors un département français et qu’on ne peut considérer qu’il s’agisse d’une guerre puisqu’elle était « intérieure » et en aucun cas il ne s’agissait d’une guerre civile (du moins d’un point de vue des textes législatifs de l’époque). Gérard Flament est déclaré Mort pour la France deux mois plus tard.

Jean Brulin lui nait le 22 juillet 1938 à Etretat dans le département de la Seine Maritime. Sergent au 153e RIM, il décède le 17 décembre 1960 des suites d’un accident, alors qu’il est en service commandé. Vu l’ordonnance du 2 novembre 1945, l’article L-488 du Code des Pensions militaires d’invalidité et la loi n°55-1074, le sergent Brulin est déclaré Mort pour la France le 9 février 1961.

Au cessez-le-feu en mars 1962, le 153e RIM reste quelques mois en Algérie afin de constituer comme beaucoup d’autres régiments français des unités de la Force locale. Ces forces de l’ordre algériennes sont des unités militaires chargées de maintenir autant que possible la paix et de faire appliquer les termes du cessez-le-feu. Placées sous autorité algérienne, elles sont composées de 10% de militaires métropolitains et de 90% de militaires musulmans.

En janvier 1963, le 153e RIM est de retour en France, à Mutzig, au quartier Moussy. Le régiment sera définitivement dissous trente ans plus tard, le 31 juillet 1993, le drapeau étant remis au gouverneur militaire de la région de Lille.

Sources :

  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Archives de l’armée de terre – Caserne Bernadotte, Pau.
  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.
  • Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 29 Mai 2016

Sidi Bel Abbès - L'entrée de la caserne de la Légion étrangère.

Sidi Bel Abbès - L'entrée de la caserne de la Légion étrangère.

Installation.

En 1830 a lieur le débarquement des troupes du maréchal de Bourmont, et très vite, les opérations de conquête ne cessent de se développer. En 1835, le maréchal Bertrand Clauzel se lance dans une grande expédition ayant pour but de détruire Mascara, capitale établie par l'émir Abd el-Kader. Cette expédition débute le 10 novembre à Oran et se termine comme convenu à Mascara le 5 décembre. Tout au long de ce trajet, le général ne manque pas d'établir des relais fortifiés dans de multiples lieux stratégiques. Parmi ces endroits stratégiques, on retrouve le plateau de Sidi Bel Abbès qui permet de surveiller et ainsi de contrôler tous les déplacements des autochtones entre Mascara et Tlemcen mais également entre orna et les Hauts Plateaux. Ce poste de surveillance est érigé sur la rive droite de la Mekerra, face au mausolée de Sidi Bel Abbès.

Vers 1840, le gîte d'étape est transformé en campement provisoire puis en poste permanent deux ans plus tard afin de mieux surveiller les tribus. Puis en 1843, le général Bugeaud y installe un camp retranché derrière un fossé et des remparts construits par les chasseurs d'Afrique et la Légion étrangère. Cependant, les légionnaires vivent dans l'isolement et sont constamment confrontés à des difficultés de ravitaillement. Pour améliorer leurs conditions de vie dans cette région, ils s'investissent dans des travaux de drainage des marais, de débroussaillage du sol, le débarrassant ainsi des palmiers-mains (le doum), des genêts épineux, des jujubiers sauvages, etc.

Dès 1843, l'émir Abd el-Kader opposant à la colonisation française dirige plusieurs opérations contre les troupes du général Bedeau qui installe une redoute tenue par la Légion étrangère à proximité du modeste mausolée du marabout Sidi Bel Abbès, sur la rive droite de la rivière Mekerra. La ville de Sidi Bel Abbès embryonnaire en 1843 est véritablement créée après les années 1850 par les Français. Elle est une ville-garnison de la Légion étrangère dès 1843 et en sera la maison-mère jusqu'à l'indépendance de l'Algérie en 1962.

En 1847, le général Lamoricière, commandant de la division d'Oran, a l'idée de concevoir une ville fortifiée pour encore mieux surveiller les tribus indigènes, mais aussi faciliter la libre circulation entre mascara et Tlemcen et entre Oran et les Hauts Plateaux. La proposition du général est très bien accueillie par la commission, et le 10 novembre 1848, le gouverneur général propose la création de la ville en se basant sur les plans qu'avait dessinés le capitaine Prudon. Et c'est ainsi que par décret du 5 janvier 1849, le président de la République le prince Louis-Napoléon Bonaparte décide : « il est créé à Sidi Bel Abbès… un centre de population européenne de 2 000 à 3 000 habitants auquel on attribuera le nom de Sidi Bel Abbès ».

La redoute construite en 1843 près de la koubba ou chapelle de Sidi Bel Abbès est le centre de la ville prévue par le plan de colonisation républicain après 1848. Des confiscations de terres aux indigènes sont organisées sans ménagement. Mais les premiers colons déportés politiques français sont décimés par les maladies et affaiblis par les brutalités de leurs geôliers. L'absence de sources dans la plaine rend les premières installations agricoles complexes et pénibles. Le sol peu compact se laisse facilement défricher, mais la régulation de l'eau est impossible : il y a trop puis plus du tout. La colonisation reste à l'état de projet.

Napoléon III accueilli triomphalement par les militaires français et les chefs traditionnels algériens accentue la politique de mise en valeur des terres afin de fortifier le pays. L'appel à la colonisation est placardé dans les contrées rurales françaises, mais aussi dans les pays limitrophes de la France. Le voyage aller est suivant les différents contrats passés avec le colon, souvent offert gracieusement ou offert à prix réduit, une aide substantielle en nature ou équipement est promise à l'arrivée pour l'installation.

Les Français s’établissent.

Les premières installations telles que les remparts et les rues se réalisent lentement entre 1849 et1857. Les casernes militaires et l'hôpital datent de la même époque. Les édifices publics et les constructions privées sont construits plus tardivement. Au tournant de 1860, des milliers de colons européens, hommes, femmes et enfants arrivent en chariot dans la contrée. La première année d'adaptation est difficile car aucun aménagement viable n'est réalisé. Mais qu'une sécheresse récurrente survienne ou une nuée de sauterelles ou criquets du désert dévaste les premières bonnes récoltes. Les colons épuisés, parfois malades, à force de construire leurs abris, de défricher sans expérience les sols et de lancer les premières cultures expérimentales, sont obligés de s'endetter. Les familles même paysannes subissent les privations inconnues dans leurs anciens terroirs.

Les familles de colons s'appauvrissent et perdent les plus vieux ou les jeunes les plus faibles emportés par les fièvres, les famines. Les survivants qui ont compris qu’il ne leur sera pas délivré de billet retour observent les pauvres petits cultivateurs musulmans, suivent et adaptent leurs pratiques ancestrales. Les colons européens qui disposent d'eau abondante par pompage s'associent avec des familles autochtones démunies de terres et parviennent à force de labeur combinant leurs différents savoirs techniques et agraires à trouver des solutions simples et provisoires. Les autochtones leur apprennent à trouver l'eau à faible profondeur en excavant facilement la couche d'argile arénacée mal compactée qui compose le socle géologique de la plaine, à réguler la nappe phréatique des zones maraîchères avec des plantations de peupliers et de trembles. Mais il faut stocker les récoltes avec efficacité pour ne pas subir les terribles revers de fortune.

La ville est entourée de murs de protections avec quatre portes qui permettent l'accès à la ville : au nord la porte d'Oran, au sud la porte de Daya, à l'ouest la porte de Tlemcen et enfin celle de Mascara à l'est. Elle est appelée parfois « biscuit-ville » par les voyageurs en raison de sa fonction de ville étape pour le ravitaillement pour les troupes descendant vers le sud. Tous les postes-magasins militaires s'appellent ainsi. C'était un nom commun et non pas un nom propre comme Daya, Frendah, etc.

Napoléon III au cours d'un second voyage débarque à Sidi Bel Abbès le 16 mai 1865, décide que la ville s'abrègera de Bel-Abbes. On ne sait pourquoi le décret consacrant ce changement n'a jamais été rendu. En prenant le toponyme de la modeste kouba ou tombe près de la rive gauche de l'oued Mekerra proche de la redoute militaire protectrice, la ville reprend et porte à la postérité le nom d'un saint homme musulman "Sidi Bel Abbès Bouzidi".

Le premier maire de la ville est Monsieur Roubière en 1870.

En 1881, Sidi Bel Abbès, est une commune chef-lieu de subdivision militaire de 16.840 habitants, chef-lieu d'arrondissement du département d'Oran en pleine croissance ferroviaire. Une voie ferrée la relie à Sainte-Barbe-du-Tlélat, station de la grande ligne d'Alger à Oran. Ce carrefour ferroviaire à 52 km est le point de départ d'un embranchement vers Sidi Bel Abbès qui dessert successivement les stations de Saint-Lucien, Lauriers-Roses, Oued-Imbert, Trembles et Sidi-Brahim. La ligne de Sidi Bel Abbès à Ras El-Mâ est inaugurée en avril 1883.

La ville prospère émerge d'une verte oasis qui l'entoure à perte de vue avec au loin de vastes champs cultivés, de beaux villages et des domaines fermiers importants. Elle possède un tribunal de première instance, un comice agricole, un théâtre, un hôpital et des marchés fort importants. La ville croît avec 16.980 habitants en 1883.

Des montagnes environnantes, la ville s'aperçoit au milieu d'un fourré d'arbres. De magnifiques plantations de trembles et de peupliers se répartissent en dehors du mur d'enceinte. La ville au plan géométrique est divisée en deux quartiers à peu près égales : le quartier civil et le quartier militaire. Les rues se coupent toutes à angle droit. Celles qui aboutissent aux quatre portes sont plantées de beaux arbres qui égaient également le boulevard. De jolies places à l'ombre embellissent la ville. Le principal commerce concerne les grains, les bestiaux et l'alfa transformé dans quelques usines de la ville. Une minoterie importante ensachant de la farine blanche et des farines non panifiables est déjà active.

Le quartier civil possède une église, un théâtre, un marché couvert, un hôtel de ville et des écoles. Le quartier militaire est rempli de l'activité des casernes de cavalerie et d'infanterie, en particulier la légion, mais il compte des bâtiments du génie, des unités d'artillerie, le service aux subsistances, l'hôpital militaire et le cercle des officiers.

Au-delà des plantations d'arbres, se développe la zone des jardins. Les coins les plus fertiles sont la plaine de Tessala, la vallée de l'oued Sarno, les terres alluvionnaires de la Mekerra. Une longue suite d'habitations forme les faubourgs de la ville, caractérisés par des implantations de communautés ethniques à côté des exploitations de maraîchage. Se remarque ainsi un village espagnol, un village nègre, une communauté alsacienne et allemande…

Les fermes des colons souvent isolées prennent la forme de petites maisons blanchâtres et tristes. Elles occupent de vastes superficies de labour et de vigne, elles sont très nombreuses, et en conséquence fort dispersés dans la vaste plaine ondulée. Le concours agricole organisé en avril 1883 à Sidi Bel Abbès est une réussite indéniable qui fait connaître autant la quantité que la qualité des productions agro-pastorales de l'Oranais : les spécimens de races d'élevage bovines, chevalines et ovines, les instruments agraires à l'instar des modèles de charrues, les machines opérationnelles comme les moissonneuses et batteuses à vapeur, enfin les récentes prouesses de l'industrie agricole font merveille. L'image de la ville pionnière qui ne compte que deux décennies d'existence apparaît pour la première fois, sérieuse, appliquée à l'essor agricole et à ses aménagements urbains. La plaine de Sidi Bel Abbès représentée par des grandes fermes modèles et les constructions mécaniques de la ville rivalise pleinement avec la grande plaine aval du Sig, ou encore Mina et Habria.

Le départ.

L'indépendance de l'Algérie en 1962 est un traumatisme pour la France et ses unités militaires. Elles doivent, comme les civils, quitter Sidi Bel Abbès. Pour la légion, le coup est encore plus violent puisque la ville est l'un de ses centres de commandement, fondé en 1842. En partant, elle brûle le pavillon chinois qui, pris en 1884 à Tuyen Quang (pendant la conquête du Tonkin), ne devait pas quitter Sidi bel-Abbès, emporte la main de bois du capitaine Danjou, les reliques du musée du Souvenir et exhume les cercueils du général Rollet (Père de la Légion), du prince Aage de Danemark et, symboliquement, du légionnaire Heinz Zimmermann, dernier tué d'Algérie, qui seront transférés à Puyloubier, près de Marseille.

Sources :

  • Georges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003.
  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.
  • Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.
  • Georges Bensadou, Sidi-bel-Abbès naissance d’une ville, L’Algérianiste, septembre 1996.
  • Service d’Information et de Relations Publique de l’Armée de terre (SIRPA Terre).
  • Division communication et information de la Légion étrangère.
  • L’armée d’Afrique, Collectif, Ed. Lavauzelle, 1980.
  • Site www.legion-etrangere.com du Ministère de la Défense.
Rue Mascara.

Rue Mascara.

Le Grand café.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 30 Avril 2016

Charge du colonel Louis Morris du 4e régiment de chasseurs d’Afrique contre la smala d’Abd El-Kader, 1843.
Charge du colonel Louis Morris du 4e régiment de chasseurs d’Afrique contre la smala d’Abd El-Kader, 1843.

Les origines.

L’idée d’une intervention militaire française en Algérie ne s’est pas décidée rapidement et sans concertation. Les origines de cette conquête se sont bâties sur plusieurs éléments et circonstances, qu’il convient d’ailleurs, comme d’habitude de replacer dans le contexte politique, économique et intellectuel d’alors.

La régence d’Alger, dont le territoire correspond à la partie non saharienne de l’Algérie actuelle, est depuis le 16e siècle une dépendance de l’Empire ottoman. En réalité, elle est quasi indépendante. Le territoire est réparti entre le sultan et les beys qui sont théoriquement des vassaux. La régence est en déclin depuis le début des guerres napoléoniennes qui limitent le commerce en Méditerranée. De 1802 à 1821, le pays est en proie à la violente dissidence des tribus de l’arrière-pays et à la rébellion des populations qui affichent ouvertement leur désir de se débarrasser de la régence. Sur la plan militaire, la flotte d’Alger est dépassée et ne peut plus tenir tête aux marines des pays européens.

La crise sociale déclenche une crise politique, le dey d’Alger semble contesté par les beys. L’implosion intérieure est effective dans les années 1820. Le pays est fragilisé : la perte de sa flotte à la bataille de Navarin (20 octobre 1827) livre le pays au blocus maritime étranger. Celui-ci commence en juin 1827 et va durer trois ans. La disette pousse le reste des populations dans l’action armée qui prend la forme d’une guérilla larvée contre les représentants de la régence.

Du côté français, le gouvernement du prince de Polignac espère revivre les conquêtes militaires de Napoléon et consolider l’influence française dans le bassin occidental de la Méditerranée. D’autres raisons sont également évoquées de ce côté-là du bassin : Polignac veut renouer avec le prestige de la monarchie afin de juguler l’opposition intérieure ; il est question de richesses en Algérie. Celles-ci pourraient bien faire l’affaire des finances du royaume de France. Enfin, et ce n’est pas la moindre des raisons qui vont pousser la France à intervenir militairement, régulièrement les bateaux de marchandises européens sont pillés par les barbares. Quant aux chrétiens présents en Afrique du Nord, même si de nombreux travailleurs sont libres, une frange non négligeable est encore réduite en esclavage.

Les débats sont nombreux au sein du gouvernement de Polignac. Les hésitations également. Un prétexte serait le bienvenu : il arrive par un coup d’éventail porté par le régent Hussein Dey au consul de France, Pierre Deval, à Alger le 30 avril 1827 ! Ce coup n’a pas été porté par hasard : il est fait suite à un défaut de paiement de la France sur des affaires de commerce de blé avec le dey d’Alger. Qu’importe : le prétexte a été trouvé. L’action militaire peut commencer.

La reddition d’Alger.

Charles X, roi de France et Polignac, se décident en janvier 1830 à entreprendre une action militaire en Algérie. Les 36.000 hommes du général de Bourmont transportés par les vaisseaux de l’amiral Duperré débarquent à Sidi-Ferruch du 14 au 16 juin 1830. Ayant repoussé les Turcs, qui occupent la région au nom de l’Empire ottoman, et 40.000 cavaliers rassemblés par Ibrahim, gendre du dey, les Français s’emparent d’Alger où le dey capitule le 5 juillet.

Le gouvernement passe en France, mais les conquêtes demeurent… Issu de la révolution de 1830, le roi des Français, Louis-Philippe, se borne d’abord à une occupation restreinte. Les généraux Clauzel, Savary, Berthezène, Voirol et Drouet d’Erlon, qui se succèdent pendant cinq ans, sans grands moyens ni directives se contentent d’occuper Alger et ses environs : Bône, Oran et Bougie. Pour augmenter ses effectifs, le commandement met sur pied des formations nouvelles : zouaves, légion, spahis, tirailleurs, chasseurs, tandis que les bureaux arabes établissent le contact avec les populations.

Durant les quatre premières années de présence française, on voit arriver un nombre important de colons qui sont alors divisés en trois classes :

  • Ceux qui ont assez de ressources pour construire leur maison, à qui on donne dix hectares ;
  • Les anciens militaires, qui reçoivent six hectares ;
  • Les colons sans ressources à qui on attribue quatre hectares.

Cependant, devant l’afflux trop important de colons, le général Savary obligent les nouveaux venus à avoir de quoi subvenir à leurs besoins pendant un an. Mais en 1832, deux chefs arabes, Abd el-Kader, émir de Mascara, et le bey de Constantine, Hadjdj Ahmad, se dressent contre les Français ; ceux-ci tentent d’abord de négocier, et par le traité du 26 février 1834, le général Desmichels reconnait l’autorité d’Abd el-Kader sur l’ouest algérien. Mais le général Trézel prend sous sa protection des tribus que l’émir considère comme relevant de son autorité : Abd el-Kader reprend la lutte et écrase la colonne Trézel à la Macta (1835). A la suite de cet échec, la France envoie des renforts ; Clauzel et le duc d’Orléans enlèvent Mascara mais échouent devant Constantine. Chargé de neutraliser Abd el-Kader, le général Bugeaud négocie le traité de la Tafna (1837) qui reconnait au chef arabe l’autorité sur tout le pays, sauf les villes côtières. A ce moment-là, la France semble abandonner tout le territoire à Abd el-Kader. Les avantages territoriaux qui lui sont reconnus sont très supérieurs à ceux qu’il exerçait initialement.

Cependant, à l’est, les Français portent leur effort sur Constantine qui est enlevée par le général Valée le 13 octobre 1837. Mais Abd el-Kader, en deux ans, organise une véritable armée, forte de plus de 50.000 hommes, et, après s’être assuré de l’appui du sultan du Maroc, déclare la guerre à la France le 18 novembre 1839 et pousse une pointe sur Alger.

L’occupation totale.

Redevenu chef du gouvernement au début de 1840, Adolphe Thiers, pour se démarquer de ses prédécesseurs et conquérir de la gloire, dénonce la politique consistant à limiter l’occupation française aux enclaves côtières en abandonnant de fait l’intérieur des terres à l’émir. Il se livre à une critique sévère du traité de Tafna. Pour lui, la France n’aura la paix en Algérie qu’en soumettant entièrement le territoire. Elle peut ainsi réaliser une excellente affaire puisque le pays était riche et prospère au temps de l’Empire romain… Le roi Louis-Philippe est en accord avec cette conception car il a compris que l’Algérie forme un terrain idéal sur lequel ses fils peuvent cueillir les lauriers militaires qui consolideront le prestige de sa dynastie. Le roi et son gouvernement vont donc braver les oppositions de ceux qui, à droite comme à gauche, craignent de voir l’armée engagée sur un théâtre lointain et contestent la valeur économique de l’Algérie.

Le général Bugeaud, qui passe pour un spécialiste de ces questions, est nommé gouverneur général de l’Algérie par Thiers en 1840. Il embarque à Toulon et le jour même de son arrivée, il adresse une proclamation aux habitants ainsi qu’à l’armée. Aux habitants, il expose qu’il a été l’adversaire de la conquête absolue en raison des moyens humains et financiers qu’elle exige, mais qu’il s’y consacrera désormais tout entier. A l’armée, il dit que son but n’est pas de faire fuir les Arabes, mais de les soumettre.

Bugeaud obtient la permission d’attaquer le Maroc qui aidait l’émir Abd el-Kader dans sa résistance. Le 14 août 1844, les troupes marocaines sont surprises par Bugeaud sur l’oued d’Isly. S’ensuit la bataille du même nom, non loin de la frontière. Sa victoire met fin à l’aide marocaine, les spahis continuent de pourchasser Abd –el-Kader jusqu’au 21 décembre 1847, date de sa reddition. Sa soumission officielle à la France a lieu le 23 décembre 1847. Dans le même temps, la flotte française bombarde Tanger et Mogador (Essaouira).

Le second Empire (1848-1870) porte son effort militaire sur les pays berbères, dont il s’attache à obtenir la soumission ; après la prise de Zaatcha (1849), le général Saint-Arnaud s’attaque à la petite Kabylie ; sous le gouvernement du maréchal Randon, en 1857, la France affirme son autorité sur la Grande Kabylie en créant, après la prise d’Ichériden, Fort-l’Empereur (devenu Fort-National). La pénétration s’exerce au sud d’abord – après l’occupation des oasis de Laghouat et de Touggourt (1854), l’explorateur Duveyrier pénètre chez les Touareg – puis dans le Sud-Oranais où, après plusieurs expéditions contre les Beni Snassen, les confins algéro-marocains seront soumis, à la veille de la guerre de 1870, par le général de Wimpffen.

Mais la France hésite entre une politique d’assimilation et une politique de semi-autonomie. De 1852 à 1858, Napoléon III substitue au régime civil de la 1ère République un régime militaire qui supprime la représentation algérienne au Parlement, mais maintient les trois départements (Alger, Oran, Constantine), créés par la République et administrés par les préfets, à l’exception des territoires militaires du Sud. Pour faciliter la colonisation, la gouverneur général Randon cantonne les autochtones ; mais l’hostilité des colons au contrôle de l’armée, jugé trop favorable aux musulmans, provoque, en 1848, la suppression du gouvernement général et son remplacement par un ministère de l’Algérie et des Colonies, siégeant à Paris et confié au prince Napoléon qui, incompétent, est remplacé dès 1859 par le marquis de Chasseloup-Laubat.

Un voyage qu’il accomplit en Algérie en septembre 1860 incite Napoléon III, séduit par la noblesse des autochtones et mécontent des abus de la colonisation européenne, à renoncer à la colonisation et à promouvoir l’idée du « royaume arabe », qui doit être non pas exploité, mais élevé au niveau de la métropole. Il rétablit donc le gouvernement général et le régime militaire.

La grande majorité des Européens n’ayant pas la citoyenneté française étaient donc privés de députés. En décembre 1866, sont rétablies les dispositions sur la gestion démocratique des communes. A la fin de l’Empire, il ya 96 communes contre 47 en 1852.

Après le départ des Turcs, la rudimentaire organisation barbaresque est maintenue avec les provinces, les aghas, khalifas auxquels s’ajoutent les bachagas (niveau intermédiaire). L’unité administrative de base reste la tribu contrôlée par un caïd. Ce dernier dispose d’un goum de mokhaznis ou d’une smala de spahis. Le tout est supervisé par les Bureaux arabes.

Sources :

  • Encyclopédie Larousse en ligne : www.larousse.fr
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Georges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003.
  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.
  • Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.
  • Georges Bensadou, Sidi-bel-Abbès naissance d’une ville, L’Algérianiste, septembre 1996.
  • Service d’Information et de Relations Publique de l’Armée de terre (SIRPA Terre).
  • Division communication et information de la Légion étrangère.
  • L’armée d’Afrique, Collectif, Ed. Lavauzelle, 1980.
  • Site www.legion-etrangere.com du Ministère de la Défense.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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Publié le 4 Décembre 2015

Salut au harki inconnu.

L’histoire qui suit a été publiée dans Le Piège, qui est la revue des anciens élèves de l’Ecole de l’Air. Elle s’inspire très largement d’un article écrit par le général d’aviation Christian Gueguen. L’affaire qui suit se déroule en avril 1962, soit moins d’un mois après les Accords d’Evian, dans la région de Geryville à 370 km au sud d’Oran. A l’époque capitaine, Christian Guegen raconte l’honneur d’un soldat harki.

Cette histoire a été également publiée dans le bulletin de l’association Secours de France.

Dans la région de Geryville.

Quelques jours auparavant, un commando de marine avait été envoyé à la rencontre d’une katiba qui, contrairement aux ordres reçus en application des Accords d’Evian, sortait de la zone qui lui était assignée pour infiltrer les nombreux campements de nomades existants dans la région. Dès son arrivée et avant toute entrée en pourparlers, les hommes de la katiba ouvraient le feu, tuant deux fusiliers-marins. Au terme du combat, appuyé par un hélicoptère « canon », « on dénombrait 26 cadavres en uniforme de l’ALN sur le terrain ».

En représailles, le FLN s’en prend à une harka attachée au régiment de spahis implanté dans le secteur. Dès le 19 mars, sur ordres supérieurs, les harkis avaient été désarmés et renvoyés dans leur village. Le 26 avril, deux harkis, qui ont réussi à s’échapper reviennent au PC du régiment : selon eux « plus de la moitié des membres de la harka avaient été sauvagement assassinés ».

Rupture du cessez-le-feu ?

Le lieutenant-colonel commandant le régiment de spahis indique qu’il va lancer une opération pour retrouver et détruire l’unité de l’ALN responsable du massacre ; il demande à Christian Gueguen « si l’armée de l’air accepterait de fournir un appui feu à l’opération ». Gueguen interroge sa hiérarchie, s’attendant à un refus caractérisé : « Gueguen, en plein cessez-le-feu ! Vous avez perdu l’esprit ! »

Au lieu de cela, un silence, puis une phrase laconique : « Soyez au terrain de Geryville à 8h demain ; je viendrai en Broussard et vous m’expliquerez ce que vous voulez faire ».

Le lendemain, à l’heure dite, le capitaine Gueguen expose à son supérieur – le commandant L. – ce qui a été envisagé avec le colonel de spahis. Le commandant l’écoute et tranche : « OK. Vous aurez un DIH (Détachement d’intervention hélicoptères) et quatre T-28 à partir de 7h demain matin. Renouvelable jusqu’à 18h… A 18h, on arrête tout, sauf cas exceptionnel… ».

« J’éprouve le plus grand respect, précise le général Gueguen, pour cet homme. Rupture de cessez-le-feu. Il sait qu’il engage la suite de sa carrière si l’affaire tourne mal… ».

Une dizaine de corps.

Les spahis sont transportés sur zone par des hélicoptères H34 de la marine. La katiba responsable s’est évidemment évaporée. Les deux harkis qui se sont échappés s’offrent à guider les spahis vers le lieu où se tient le chef FLN local responsable de l’exécution de leurs camarades, et précisent que plusieurs harkis sont retenus captifs dans un village à quelque distance. Le responsable FLN est capturé. Il indique l’emplacement d’un charnier. Une dizaine de corps dénudés, démembrés et terriblement mutilés sont ainsi découverts.

Les harkis survivants sont libérés par une partie du détachement de spahis et l’officier chargé de cette opération, invite, par radio, son colonel sur le chemin du retour, à bord de l’hélicoptère, à le rejoindre sur place.

Au garde-à-vous.

Ecoutons le général Gueguen : « un harki est là, avec le capitaine de spahis. Celui-ci explique à son chef que le harki n’accepte d’embarquer en hélicoptère que si l’on évacue en même temps sa femme et ses enfants ; en tout, huit personnes.

Le colonel explique à l’homme qu’il n’y a pas assez de place dans les hélicoptères pour évacuer toute la famille. Et essaie de la convaincre de partir seul : on récupérera sa famille plus tard en camion. Refus du harki : s’il part, toute sa famille sera assassinée le soir même, à sa place, sauvagement, à titre d’exemple. Il doit rester. Malgré les efforts du colonel pour le faire changer d’avis, il reste intraitable. Notre armada redécolle, direction Geryville. Le harki nous regarde, impassible et digne. Il se met au garde-à-vous et agite la main pour nous dire au revoir. Dans l’Alouette, le silence est écrasant… ».

Sources :

  • Revue Le Piège.
  • Amicale des Anciens élèves de l’Ecole de l’Air.
  • Bulletin Secours de France, automne 2015.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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Publié le 7 Octobre 2015

Exode de Pieds-Noirs en 1962 (Copyright : site Histoire en Questions).
Exode de Pieds-Noirs en 1962 (Copyright : site Histoire en Questions).

Il n’est pas rare dans les carrés militaires de voir des tombes de soldats, ou des civils, morts en Algérie, mais après les Accords d’Evian du 19 mars 1962. Une date est d’ailleurs marquée à jamais du sceau noir de la mort. Il s’agit du 5 juillet 1962…Comment en est-on arrivé là ?

De la révolte de Sétif aux guerres civiles.

A la suite du 8 mai 1945, date de la capitulation de l’Allemagne nazie, plusieurs émeutes éclatent parmi la population algérienne musulmane. A Sétif et dans le Constantinois, près d’une centaine d’Européens sont assassinés. Les causes sont complexes et multiples : revendications cultuelles, culturelles, reconnaissance d’une égalité de traitement entre la population musulmane algérienne et la population d’origine européenne. Un formidable vent de liberté vient de souffler sur le monde entier : les peuples n’ont entendu que cela dans les mois qui précèdent le printemps 1945. « Retrouver la liberté ». Le contexte de l’époque tient également en deux termes : anti-impérialisme et anti-colonialisme. « Quand un peuple veut sa liberté, rien ne peut l’arrêter » a écrit le général Bigeard dans ses mémoires posthumes (« Ma vie pour la France », Ed. du Rocher).

Les émeutes algériennes sont très durement réprimées par l’Armée française. Le général Duval, qui commande les unités de notre pays indique: « Je vous ai donné la paix pour dix ans, si la France ne fait rien, tout recommencera en pire de façon irrémédiable ». Et c’est la période où notre nation perd l’Indochine, vaincue par une armée faite, au départ, de paysans équipés d’armes d’un autre âge : la puissance colonisatrice n’est pas invincible. C’est l’une des raisons qui poussent, en novembre 1954, des hommes du FLN (Front de libération nationale) à œuvrer au même moment un peu partout en Algérie des attaques contre des représentations françaises : postes de gendarmerie, bâtiments publics, entrepôts… De nombreux Français sont pris pour cibles. Dans les Aurès, un couple d’instituteurs, les Monnerot, est abattu.

En métropole, la réaction ne se fait pas attendre. A la tribune de l’Assemblée nationale, Pierre Mendès-France, président du Conseil déclare : « A la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse ». Des militaires supplémentaires arrivent de nombreuses casernes. Il s’agit de mater ce que l’on appelle les « événements ». On ne peut alors parler de guerre. D’abord, l’Algérie est alors un pays français, composé trois départements (l’Oranais, l’Algérois, le Constantinois) et de territoires du Sahara. Et on ne peut, selon les traités internationaux de l’époque ne faire une guerre que contre un pays souverain. De plus, en 1954, ce n’est qu’un début d’hostilités.

Quelques mois plus tard, le FLN, qui s’est renforcé, créé l’ALN (Armée de libération nationale) et organise toute une série de massacres dans le Constantinois… auxquels répondent les Français par autant de ripostes. Pour rassurer les habitants de souche européenne, le gouvernement fait appel aux militaires du contingent. Des supplétifs « indigènes » – selon la terminologie de l’époque – comme les harkis et les moghaznis viennent compléter les unités françaises. La situation s’envenime… Bientôt, le conflit se transforme en une guerre civile au sein des deux communautés : aux prix de nombreuses exécutions et éliminations, le FLN prend le dessus sur le Mouvement national algérien (MNA) ; en métropole comme en Algérie, des Français se tirent dessus : le Parti communiste français appelle à l’arrêt des combats et favorise l’action des pacifistes. Certains vont plus loin et deviennent des « porteurs de valises » (armes, argent) pour le FLN. De l’autre côté de l’échiquier politique, un groupuscule passe aux armes et créé l’OAS en 1961 (Organisation de l’armée secrète) dont les victimes sont tout aussi bien algériennes que des Français qui soutiennent la demande d’indépendance de l’Algérie.

« Une victoire française sur le terrain ».

Pourtant en 1959, grâce au plan du général Challe, la victoire est proche. L’idée maîtresse consistant à traiter de manière successive des surfaces importantes avec des moyens considérables, dans le but de réduire à néant les bandes de fellaghas. Le plan comporte de nombreuses opérations : les zones refuges d’Oranie, la couronne d’Alger, le passage du Hodna, le Grande et la Petite Kabylie, le nord Constantinois. Enfin, de septembre 1960 à avril 1961, se déroule l’importante tâche dans les Aurès. Et à toutes ces opérations s’ajoutent des missions dans l’Atlas saharien. En encerclant les zones, en bloquant toutes les issues possibles, l’Armée française provoque des dégâts majeurs – jusqu’à 50 % dans l’Oranie – au sein de l’ALN.

Comme l’indique le général Glavany dans une interview accordée au Souvenir Français : « Nous n’avions plus alors en face de nous de grande « katibas » organisées et pouvions, à juste titre, considérer que nous étions vainqueurs sur le terrain. Mais le terrorisme urbain persistait et, sur le terrain même, des petites bandes fluides nous condamnaient à attaquer, à attaquer sans cesse et à tuer. Totalement intégré à cette division parachutiste dont j’étais solidaire, je restais néanmoins un aviateur et gardais ma liberté d’esprit et de jugement. Si je n’étais pas lassé des combats – car l’allégresse des combats, cela existe – je voyais avec consternation ce beau pays peu à peu crucifié tandis que l’amertume des officiers montait tout autour de moi devant une politique qu’ils ne comprenaient point. »

De fait, en avril 1961, quatre généraux (Challe, Jouhaud, Salan et Zeller) fomentent un putsch et s’emparent du pouvoir à Alger dans le but de préserver l’Algérie à la France, donc d’aller contre la politique voulue par le général de Gaulle, alors président de la République. Plusieurs régiments de la Légion et de parachutistes suivent, mais l’aventure ne dure que quelques jours… Moins d’un an plus tard, le 19 mars 1962, les accords d’Evian sont conclus : ils donnent naissance à la République algérienne démocratique et populaire, dont l’avènement doit être proclamé le 5 juillet 1962.

Commencent alors l’exode massif des Pieds-Noirs (familles françaises installées, parfois depuis 1830, en Algérie), les massacres d’Européens et encore plus des musulmans qui ont aidé les Français, tels les Harkis.

Oran – 5 juillet 1962.

Le 1er juillet 1962, la population algérienne, par référendum, vote à une écrasante majorité l’indépendance de son pays. La France reconnait l’Algérie comme Etat indépendant deux jours plus tard. Et la déclaration d’investiture du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne) est officielle le 5 juillet.

En apprenant cette nouvelle, les populations descendent dans les rues. C’est une explosion de joie. A Oran, la population européenne est encore importante. Même sous la contrainte (« la valise ou le cercueil »), des dizaines de milliers de Français ne peuvent boucler leurs affaires en quelques semaines. Dans un article paru le 28 février 2002 dans le Nouvel Observateur, l’historien Benjamin Stora indique : « Vers 11h du matin, des milliers de manifestants venant des quartiers musulmans envahissent la ville européenne. Les premiers coups de feu éclatent et jettent une population prise de panique dans toutes les directions. (…) Dans les rues soudain vides commence une chasse aux Européens ».

Normalement, les accords d’Evain prévoient la protection des Européens et des Harkis. Mais à Oran, le responsable des troupes françaises, le général Katz, n’intervient pas. Bien sûr, les avis divergent : est-il au courant de ce qui se déroule à quelques mètres de lui ? Exécute-t-il strictement les ordres qui lui ont été donnés (le Journal des Opérations du secteur d’Oran indique que les troupes sont consignées dans les casernes) ? Et Alain Peyrefitte, dans « C’était de Gaulle » (Ed. Fayard), rappellent les mots du général : « La France ne doit plus avoir aucune responsabilité dans le maintien de l’ordre après l’autodétermination. Elle aura le devoir d’assister les autorités algériennes ; mais ce sera de l’assistance technique. Si les gens s’entre-massacrent, ce sera l’affaire des nouvelles autorités ».

Les troupes françaises finissent par sortir en début d’après-midi. Trop tardivement. Au cours de cette journée, à Oran, comme dans toute l’Algérie, des milliers d’Européens sont passés par les armes et ils sont encore plus nombreux ceux que les familles ne reverront jamais.

Sources :

  • Ville de Meudon : www.ville-meudon.fr
  • Entretiens avec le général Roland Glavany, 2008-2010.
  • Joseph Katz, L’honneur d’un général : Oran, 1962, L’Harmattan, 1993.
  • Georges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003.
  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.
  • Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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Publié le 13 Juin 2015

Les Compagnies méharistes sahariennes.

 

Le plus célèbre des Sahariens n’est pas un héros de l’Histoire de France ou un militaire ayant œuvré pour notre pays au plus profond du plus célèbre des déserts. Il s’agit d’un héros de roman : le capitaine Charles Saganne, interprété par l’acteur Gérard Depardieu dans le film d’Alain Corneau « Fort Saganne » (sur la base du roman de Louis Gardel), tourné en 1983 dans l’ouest de la Mauritanie, non de la passe d’Amogjar, au cœur de paysages d’une beauté incroyable.

 

A ce propos, il convient de rappeler que cette passe se trouve dans la région de l’Adrar (qui possède un cimetière militaire de soldats français) dont la capitale régionale est Chingetti, célèbre pour ses bibliothèques coraniques datant du 10e siècle, et loin d’être à l’abri de bandes terroristes fidèles à Al-Qaïda au Maghreb Islamique, actuellement combattues par l’armée française.

 

Mais la présence française au Sahara ne date pas de quelques mois. Elle a commencé à la fin du 19e siècle et a nécessité l’emploi d’unités bien spéciales…

 

Le commandant Laperrine.

 

A la fin du 19e siècle, Marie Joseph François Henry Laperrine d’Hautpoul, jeune saint-cyrien et vaillant capitaine de cavalerie au 2e dragons, s’ennuie ferme dans son cantonnement de métropole. Il lui faut de l’aventure. Ce sera l’Afrique ! Arrivé au Sahara, il est conscient, comme bon nombre de soldats connaisseurs de la région, que guerroyer dans cet espace difficile nécessite d’employer des moyens adaptés. « S’il faut lutter contre des nomades, alors utilisons les moyens des nomades et les nomades eux-mêmes ». En fait, depuis l’invasion de l’Algérie par la France, en 1830, l’armée ne sait pas vraiment comment agir : utiliser des soldats de métropole ? Ils connaissent mal le terrain et ne sont pas habitués aux conditions environnementales. Utiliser des dromadaires ? De nombreuses tentatives ont été faites au cours des cinquante dernières années, mais elles se sont souvent soldées par des échecs : difficultés à trouver des soldats acceptant de grimper sur ces animaux ; inadaptation des fantassins (comment faire des dizaines de kilomètres par jour sous un soleil incandescent ?) ; les expéditions nécessitent des convois toujours plus importants et à l’arrivée moins de 50 % des animaux, des hommes et des matériels arrivent dans un état correct…

 

Dans un article écrit en 1972 pour le magazine Historia, le colonel Jouin rappelle la genèse des compagnies méharistes par le commandant Laperrine : « En 1897, après un séjour en métropole, il retourna au Sahara qu’il ne devait plus quitter. Cette longue expérience lui permit de mettre au point l’organisation de compagnies méharistes en se basant sur le fait que, pour lutter contre des nomades, il faut employer des nomades. Mais pour avoir bien en main ces auxiliaires jugés incapables de se plier à une discipline militaire, il fallait respecter leur cadre traditionnel et leurs coutumes parfois anarchiques. Pour ces raisons, Laperrine voulait que les futures compagnies sahariennes devinssent de véritables tribus nomades, astreintes à un minimum de service et placées sous l’autorité paternelle mais ferme d’officiers des affaires indigènes et de gradés français volontaires, capables de mener la vie rude et sobre de leurs hommes. De plus, chaque formation devrait avoir une organisation intérieure correspondant à sa mission et à la région dans laquelle elle était destinée à opérer. Cette souplesse de conception administrative devait être difficilement admise par l’état-major de l’armée et les services financiers du ministère. Un fait d’armes, resté célèbre dans l’histoire du Sahara, allait, le 7 mai 1902, donner définitivement raison à ceux qui assuraient que la pacification du désert ne pouvait être poursuivie qu’avec des troupes spéciales. Il s’agit du combat de Tit au cours duquel le goum du lieutenant Cottenest, formé à l’aide de nomades du Tidikelt récemment soumis et d’une cinquantaine de Chaambas, mit en déroute un « rezzou » de 300 Touareg. Les compagnies nomades, étrange armée des dunes, encadrée par des officiers « inspirés ».

 

En 1902, Laperrine d’Hautpoul peut être fier de lui. Nommé commandant des oasis, il peut se targuer d’avoir commencé une épopée que la France allait poursuivre pendant plus de 60 ans. Et il fait découvrir le sud algérien à l’un de ses camarades de Saint-Cyr, dont l’ermitage dans le Hoggar allait demeurer célèbre : Charles de Foucauld.

 

Organisation des unités.

 

Préexistantes dès 1897, les unités sahariennes vont évoluer dans le temps : en nombre, en localisations, dans leur rattachement et bien entendu dans leur équipement.

 

Le 30 mars 1902, sont créées cinq compagnies sahariennes. Elles sont basées à Fort Polignac (Tassili – sud de l’Algérie, non loin du Hoggar), Tindouf El Oued (extrême ouest de l’Algérie au carrefour actuel des frontières du Maroc et de la Mauritanie), Adrar (Mauritanie) et Tamanrasset (capitale du Hoggar ; ville qui porta le nom de Fort Laperrine du temps de la colonisation française).

 

Ces compagnies sont commandées et encadrées par des officiers et sous-officiers français, mais comportent également de gradés (brigadiers, brigadiers-chefs et maréchaux des logis indigènes). Chacune est autonome et comporte environ 70 méharis.

 

D’autres compagnies sont plus tard créées à Ouargla (sud-est algérien), Colomb-Béchar (oasis à la frontière du Maroc), Ain Sefra (proche de Colomb-Béchar) et Sebha (région du Fezzan en Libye), pour devenir les Compagnies Sahariennes Portées de la Légion étrangère (CSPL).

 

Les CSPL.

 

 

  • Le 1er novembre 1940, la compagnie automobile du 1er REI devient autonome et se transforme en compagnie saharienne portée de la Légion étrangère. Elle prend garnison à Tabelbala puis à Aïn-Sefra à parti de 1944. Deux ans plus tard, elle se scinde en deux et donne deux nouvelles unités : les 1ère et 2e CSPL. En 1961, la 1ère CSPL devient le 1er escadron saharien porté de la Légion étrangère. Equipé de blindés, il est indépendant au même titre qu’un régiment. Stationnée au ksar El Hirane, situé à 400 kilomètres au sud d’Alger, il s’agit d’une oasis au carrefour des monts de l’Atlas et du désert saharien. Là, le 1er organise des tournées de police (sa mission première étant bien de surveiller le désert et de restaurer si besoin est l’autorité de la République française) et réalise des raids sur des positions de l’ennemi. En 1961, après le putsch des généraux, l’unité a pour mission la protection des personnalités civiles et militaires arrêtées avant leur rapatriement en métropole. Parmi les derniers tués de la Guerre d’Algérie, en août 1962, se trouvent trois soldats du 1er ESPLE.
  • La 2e compagnie (2e CSPLE) est créée en mars 1946 et s’installe à Ouargla en 1948 puis à Laghouat. En 1954 elle intervient en Tunisie afin de poursuivre les soldats de l’ALN (Armée de Libération Nationale, branchée armée du FLN algérien) qui se sont réfugiés dans ce pays. Dissoute le 31 mars 1963, elle devient la 1ère compagnie portée du 4e régiment d’infanterie étranger (REI).
  • La 3e CSPLE est créée en février 1949 à Sidi-bel-Abbès, au siège de la Légion étrangère. Rapidement elle est transférée au Fort Leclerc, proche de l’oasis de Sebha en Lybie où elle a pour mission la surveillance du désert du Fezzan jusqu’en 1956.
  • La 4e CSPLE est formée en janvier 1956 à Aïn Sefra puis est transférée l’année suivante à Colomb Béchar. Elle est également dissoute le 31 mars 1963 et devient la 2e compagnie portée du 2e REI.

 

Une pacification de 80 ans et l’imaginaire français.

 

Entre la fin du 19e siècle et 1962, les soldats français, appuyés des « indigènes » fidèles au pouvoir de la République, vont s’attacher à pacifier – c’est-à-dire soumettre à notre autorité – l’ensemble des tribus du Sahara et rendre cet immense territoire plus sécurisé qu’avant. Les combats seront nombreux. Ils représentent bien souvent des accrochages entre plusieurs dizaines de belligérants – rarement plus mais cela est à rapporter avec la densité de la population du désert. Il convient de rappeler que les compagnies sahariennes étaient pensées comme «  une tribu nomade militairement encadrée ».

 

Parmi les innombrables accrochages, on peut citer la prise d’In-Salah en 1897, relatée par le Petit Parisien : « La mission Flamant a pris possession, le 28 décembre dernier, de l’oasis d’In-Salah, après avoir livré un combat qui nous permis de capturer Ba-Hamou et Badjouda, les deux chefs indigènes hostiles à la France. Tout récemment, le Conseil des ministres a décidé que cette occupation serait maintenue et qu’on s’y établirait fortement afin de surveiller les régions non encore occupées. L’oasis d’In-Salah, qui se trouve dans le Tidikelt, est le principal entrepôt de la route allant du Maroc à la Tripolitaine, en passant par le Talifet, le Touat et Ghadamès. C’est un lieu d’échanges et d’approvisionnements pour les Touaregs qui sont les pires ennemis de l’influence européenne en Afrique. C’est à In-Salah que ces derniers fomentaient les complots qu’ils dirigeaient contre les voyageurs et les missions s’aventurant dans ces parages pour y porter la civilisation. On voit combien cette occupation était importante pour notre établissement dans le sud algérien.

 

Aujourd’hui, les habitants d’In-Salah se sont soumis à notre autorité et bientôt le télégraphe reliera l’Algérie à ce nouveau poste ; mais comme il faut toujours se méfier de surprises possibles le Gouvernement a envoyé d’El-Goléah une colonne volante chargée d’appuyer la mission Flamant et d’assurer à tout jamais un établissement qui consacre une œuvre de pénétration commencée depuis longtemps ».

 

Un autre incident est resté dans les annales comme « l’incident de Timiaouin » de 1904 : poursuivant une tribu récalcitrante, le lieutenant-colonel Laperrine se trouve arrêté à la frontière entre le Sahara et les territoires de l’Afrique Occidentale Française (AOF). Un commandant d’une unité de tirailleurs sénégalais interdit au lieutenant-colonel de poursuivre sa route. Il n’a pas à s’immiscer dans les affaires intérieures de l’AOF. Il s’en suivra des règlements de comptes dans les Etats-majors et une défiance, voir une rivalité, entre les hommes de « La Saharienne » et ceux de « La Coloniale ».

 

Il n’en demeure pas moins qu’à demander à chaque soldat ayant fait une partie de sa carrière – ou de son service militaire - en ces lieux les réponses sont toujours les mêmes avec des mots répétés inlassablement comme « plénitude », « rêve », « beauté des paysages », « aventure »… En guise d’illustration voici la lettre de Dominique Petit, lieutenant à la Compagnie méhariste Ajjer entre 1956 et 1958 (il écrit à sa tante Simone) : « Je t'adresse ces quelques lignes car je sais qu'elles te feront plaisir sachant que tu aurais peut-être aimé venir dans ce beau pays. Je suis actuellement avec mon peloton à Fort-Gardel à 150 km nord-ouest de Djanet. Voilà 1 mois que nous y sommes arrivés et déjà je songe à quitter ce lieu pour remonter plus au nord. Fort-Gardel est un endroit favorisé en ce sens qu'il y existe sept puits, une trentaine d'habitants qui cultivent de maigres jardins et aussi quelques zones de pâturages pour les chameaux. La région est très pauvre, comme toute l'Annexe du Tassili des Ajjer qui compte 5000 habitants pour 382.000 km2. Sur ces 5000 habitants, 2000 sont fixés à Djanet et 1000 à Fort-Polignac. Il reste donc 2000 nomades à se partager le reste du territoire. Ils sont d'ailleurs localisés dans les régions montagneuses plus riches au point de vue, de l'eau et des pâturages pour chameaux et chèvres.

 

La région Dider-lherir où je vais bientôt me rendre est un centre nomade assez important. J'ai sous mes ordres 47 méharistes dont 3 sous-officiers, 2 français, 1 targui et des chameaux, nos véhicules. J’en ai 63 plus ou moins en bonne forme mais, dans l'ensemble, assez forts pour remplir le travail demandé. En cette période de l'année où la chaleur est tombée à 25° de l0h30 à 17h30 et 4° la nuit, les bêtes ne vont à l'abreuvoir que tous les 8 jours au lieu de 3 à 4 jours l'été, ce qui nous permet de parcourir des distances importantes sans s'inquiéter du ravitaillement en eau pour les chameaux. Ainsi en 8 jours on pourrait facilement parcourir 400 km et dans la région qui m'occupe, les points d'eau sont beaucoup plus rapprochés entre eux que cette distance. La montagne recèle un nombre incalculable de « guelta », cuvettes de 3 à 15 mètres remplies d'eau de pluie et cette eau se conserve presque indéfiniment.

 

Je mène donc une vie nomade, mes affaires sont réduites au minimum, une cantine avec quelques effets de rechange, une petite caisse servant de bureau, un tapis, deux couvertures, une djellaba, un burnous, deux mezoued (grand sac de cuir en peau de chèvre) de fabrication locale dans lesquels se mettent diverses affaires et qui s'accrochent aux flancs du chameau, et la rahla (selle). C'est tout et la vie est belle. J'oubliais le calme reposant et l'horizon où la vue se perd, les masses noires des rochers immenses et les dunes roses, le ciel bleu. La nuit, les étoiles qui sont également nourriture de l'esprit.

 

Voilà ma chère tante, crois bien que je ne t’oublie pas ».

 

Sources :

 

  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998 et La Légion étrangère, Pygmalion, 2006.
  • Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.
  • Général Pierre Denis, Etude sur le comportement du dromadaire au Sahara, Ed. L’Harmattan, 2000.
  • Etienne de Montety, Des hommes irréguliers, Perrin, 2006.
  • Historia, 1972.
  • http://home.nordnet.fr/~joudart – Site de Jean-Jacques Oudart, ancien des Compagnies Sahariennes.

 

Les Compagnies méharistes sahariennes.

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Publié le 1 Juin 2013

 

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Le général de Gaulle à Alger – Juin 1958.

 

Les débuts de la guerre d’Algérie.

 

Dans notre histoire contemporaine, le mois de mai 1958 revêt une importance particulière. Cela fait près de trois ans et demi que la France doit faire face à ce que l’on appelle à l’époque les « événements d’Algérie » et qui se traduisent par des « opérations de maintien de l’ordre ». Depuis 1999, nous parlons de guerre.

 

En novembre 1954, il en est tout autre. A la tribune de l’Assemblée nationale, le président du Conseil, Pierre Mendès-France déclare : « À la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse. Qu'on n'attende de nous aucun ménagement à l'égard de la sédition, aucun compromis avec elle. On ne transige pas lorsqu'il s'agit de défendre la paix intérieure de la Nation et l'intégrité de la République. Les départements d'Algérie font partie de la République, ils sont français depuis longtemps. Jamais la France, jamais aucun parlement, jamais aucun gouvernement ne cédera sur ce principe fondamental. L'Algérie, c'est la France et non un pays étranger que nous protégeons. »

 

En 1955, l’état d’urgence est décrété et les premiers contingents de militaires appelés sont envoyés en Algérie. Les massacres, de part et d’autre, bien souvent dans des proportions sans aucune commune mesure, sont fréquents.

 

En 1956, les combats – les escarmouches, guérilla ou encore coups de force – se déroulent maintenant partout aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Il ne s’agit pas d’emplois de forces conséquentes à proprement parler mais d’accrochages allant de quelques individus à plusieurs centaines. Il s’agit également d’attentats. La guerre d’Algérie n’est pas la situation d’une armée en ligne contre une autre. Pour la Métropole, l’appel au contingent est systématique et les débarquements de soldats se multiplient. Le pouvoir confie le commandement militaire à un général chevronné, ayant fait ses preuves aussi bien à la fin de la Seconde Guerre mondiale qu’en Indochine : Raoul Salan.

 

1957 est marquée par la reprise en mains des villes. Se déroule, entre autres, la bataille d’Alger à partir du mois de janvier, sous les ordres du général Salan. Elle se solde par une victoire complète de l’Armée française, au prix, parfois, et comme dans tous les conflits, d’atrocités certaines. Mais, d’un point de vue diplomatique et politique, la France est montrée du doigt et perd peu à peu pied face à une population musulmane qui n’est pas acquise à sa cause. Il convient d’ajouter une opinion mondiale qui condamne cette guerre qui aux yeux de bon nombre d’observateurs n’est devenue qu’une « guerre de décolonisation » ou une émancipation du peuple algérien.

 

 

Edmond Vernay.

 

Edmond Vernay est appelé à faire son service militaire le premier jour de septembre 1956. Il intègre le CIT 156 de Toul, puis est muté à Metz au CCR 220. « J’obéissais aux ordres du capitaine Mien. Quelqu’un de formidable. Il ne se cachait pas pour nous dire que nous partirions bientôt pour l’Algérie. Mais j’étais d’accord. C’était pour moi l’occasion de servir mon pays. Et puis quelque part, je rendais hommage au papa de celle qui allait devenir mon épouse trois ans plus tard à Issy-les-Moulineaux. Oui, celui qui aurait dû être mon beau-père, n’avait pas survécu à l’offensive allemande de mai 1940. Et on avait dit que les soldats s’étaient enfuis… Tant d’hommes massacrés pour entendre cela quelques années plus tard !

 

En novembre 1957, notre unité débarquait à Alger et prenait ses positions à Baba Hassen, dans l’actuelle banlieue sud-ouest d’Alger. Notre compagnie était chargée du pilotage des convois, de la circulation et de la protection des personnes. Cela passait par des contrôles d’identité presque à chaque carrefour, en ville, mais aussi dans les villages qu’on appelait des douars. Les fouilles : il fallait en faire aussi, et nous n’étions pas très rassurés. Il ne se trouvait pas une chambrée où on ne racontait pas des aventures avec des femmes qui cachaient des bombes sous leurs vêtements !

 

Les fellaghas : notre hantise… Je ne peux oublier la mort de mon copain Louis Waechter, originaire de Wissembourg. C’était le 11 décembre 1957. Nous effectuions un ratissage dans un village. Les fouilles avaient commencé. Louis faisait face à un jeune garçon. Ce dernier n’hésita guère plus d’une seconde : il sortit de sa djellaba un fusil et abattit Louis d’une cartouche de chevrotine. Ce fut terrible. Pas facile de s’en remettre. De penser à la famille.

 

Une autre facette de notre activité consistait à partir souvent en opérations pour piloter, guider ou accompagner des unités combattantes comme le 1er REP (régiment étranger parachutiste) ou la 10ème DP (division parachutiste). Ainsi, je découvris les gorges fameuses (depuis 1956) de Palestro, les villes d’Aumale ou de Sidi-Aïssa.

 

Et puis, il y eut le général de Gaulle à Alger en juin 1958. Et là, ce fut du délire ! ».

 

 

Mai 1958.

 

Au début du mois de mai 1958, l’histoire s’accélère. Le gouvernement de Félix Gaillard vient de chuter. Pendant quelques semaines, c’est l’incertitude, alors que les combats ont repris. Le 10 mai 1958, Alain de Sérigny, directeur du journal l’Echo d’Alger, lance un appel au général de Gaulle. Le même jour, le ministre-résident Robert Lacoste quitte l’Algérie. Le plus haut représentant de la Métropole vient de disparaître.

 

Le lendemain, des soldats français sont attaqués et massacrés. Pierre Pflimlin est pressenti pour former le nouveau gouvernement, alors que chacun sait sa volonté de négocier une sortie de crise en Algérie. A Alger, les « Pieds-Noirs » – près d’un million de métropolitains installés souvent depuis plusieurs générations – manifestent. Le général Massu qui s’est vu remettre par Félix Gaillard les pleins pouvoirs, civils et militaires, demande aux députés de surseoir à l’élection de Pierre Pflimlin, et fait parvenir à Paris un télégramme : « Exigeons création à Paris d’un gouvernement de salut public, seul capable de conserver l’Algérie partie intégrante de la Métropole ».

 

Les députés refusent cette intrusion militaire dans le pouvoir législatif et exécutif et votent pour Pflimlin. Le lendemain, le même général Massu recommence et publie une conjuration au général de Gaulle : « Le comité de salut public supplie le général de Gaulle de bien vouloir rompre le silence en vue de la constitution d'un gouvernement de salut public qui seul peut sauver l'Algérie de l'abandon».

 

Le 15 mai 1958, le général Raoul Salan, toujours commandant de l'armée en Algérie, prononce, sur proposition du gaulliste Léon Delbecque, qui se trouve à ses côtés : «Vive la France, vive l'Algérie française, vive le général de Gaulle !». C’est un triomphe. Alors, depuis se retraite de Colombey-les-Deux-Eglises, Charles de Gaulle fait savoir qu’il est prêt à « assumer les pouvoirs de la République ». Le président de la République René Coty demande à l’Armée française en Algérie d’obéir à la République, de ne pas écouter Massu et Salan, et de rentrer dans le rang. Il n’est pas entendu.

 

Puis, le 27 mai, alors que la Corse a déjà décidé de former un Comité de Salut Public et de soutenir les insurgés d’Alger, le général de Gaulle fait indiquer : « J’ai entamé hier le processus régulier nécessaire à l’établissement d’un gouvernement républicain. » L’opposition – Pierre Mendès-France, François Mitterrand, Jacques Duclos, Edouard Daladier – crie au scandale et au coup d’Etat.

 

Le 1er juin, René Coty fait publier le communiqué suivant : il fait appel au «plus illustre des Français... Celui qui, aux heures les plus sombres de notre histoire, fut notre chef pour la reconquête de la liberté et qui, ayant réalisé autour de lui l'unanimité nationale, refusa la dictature pour établir la République».

 

Charles de Gaulle forme immédiatement un gouvernement d’union nationale, où figurent des représentants de partis politiques aussi bien de gauche que de droite, avec pour mission de régler les affaires en Algérie et de mettre au point une nouvelle constitution. Il fait à Alger le premier voyage de sa présidence du Conseil (le 4 juin 1958) et prononce le désormais fameux : « Je vous ai compris ! ».

 

Edmond Vernay : « Nous étions sur le tracé de la navette entre la Maison blanche (l’aéroport) et la place du Forum au cœur d’Alger. Nous l’avons vu passer. Lui, le grand chef. Le Chef de la France libre. Le libérateur du pays. Incroyable. Je peux vous dire que mon cœur a battu la chamade pendant un moment ! C’était du délire total. Une foule immense. Je n’avais jamais vu cela. Et partout étaient agités des drapeaux français. Les gens hurlaient. Les femmes criaient, comme hystériques. Le sauveur était là et il allait régler tous les problèmes. Contenir cette foule fut l’un des choses les plus difficiles de ma vie. Je crus qu’on n’y arriverait jamais. Notre chef, le capitaine Prestat, semblait tenir bon. Dans mon fort intérieur, je me disais qu’un fou furieux aurait pu faire ce jour-là des dégâts incommensurables.

 

Je les vois. Le général et son escorte descendent de voiture pour se rendre au Forum. Il apparaît au balcon du bâtiment du Gouvernement général. Il n’est pas seul. Des militaires l’encadrent. Il commence : « Je vous ai compris ! Je sais ce qui s’est passé ici. Je vois ce que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c’est celle de la rénovation et de la fraternité ».

 

Nous aussi nous avions tous compris ce jour-là. Pour certains, c’était la paix, pour d’autres la réaffirmation de l’Algérie française. Avec le temps, je me dis que les Algériens ont aussi compris ce jour fameux que leur espoir d’une Algérie indépendante avait peut-être commencé le 4 juin 1958 ! ».

 

La constitution de la Vème République est approuvée par référendum (79,2 % pour le « oui ») le 28 septembre 1958 et le 21 décembre de la même année, le général de Gaulle est élu, par un cortège électoral, premier président de la toute nouvelle république.

 

Trois ans et demi plus tard, l’Algérie est indépendante. Comme l’a écrit l’historien Benjamin Stora, « le général de Gaulle croit d’abord aux nations. C’était bien le destin de l’Algérie de devenir indépendante. De Gaulle a voulu négocier en position de force avec le FLN ; il a peut-être cherché à associer le destin de la France à celui de l’Algérie. Mais la fin de l’histoire était écrite dès le début du conflit ».

 

Edmond Vernay : « Pour moi la guerre était finie depuis longtemps. J’étais installé en région parisienne. Je travaillais au bureau d’études de Renault, à Rueil-Malmaison. Une petite fille vient bientôt faire la joie de notre famille. Mais voilà, un verre de rosé, une odeur de merguez ou une belle journée ensoleillée et je me retrouvais là-bas avec le souvenir des camarades. Ceux qui étaient rentrés, comme moi. Et ceux que nous avions laissé ».

 

 

 

Sources :

 

Georges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003.

Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.

Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.

Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.

Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.

Entretiens Edmond Vernay, novembre 2012.

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Publié le 24 Septembre 2011

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Sous la présidence de Jacques Chirac, le décret du 31 mars 2003 est promulgué ; il a pour titre : « Journée nationale d’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives ». Voici le texte de son article 1 : « Il est institué une Journée nationale d’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives en reconnaissance des sacrifices qu’ils ont consentis du fait de leur engagement au service de la France lors de la guerre d’Algérie. Cette journée est fixée au 25 septembre ».

 

Le 25 septembre 2011, la journée départementale d’hommage aux Harkis se déroulera une nouvelle fois à Issy-les-Moulineaux. Elle commencera par un dépôt de gerbes à la place Bachaga Boualam ; place inaugurée par M. André Santini en 1987.

 

Saïd Benaisse Boualam naît le 2 octobre 1906 à Souk Ahras, en Algérie, dans ce qui était alors le Constantinois. Enfant de troupe à Saint-Hippolyte-du-Fort puis à Montreuil-sur-Mer, entre 1919 et 1924, il gravit les grades de l’armée française et est nommé capitaine au 1er régiment de tirailleurs algériens. Il s’illustre pendant la Seconde Guerre mondiale, et est cité à deux reprises. Plus tard, il obtient les galons de colonel et reçoit le grade de commandeur de la Légion d’honneur, à titre militaire.

 

En 1956, alors bachaga (que l’on peut traduire par « haut dignitaire » ou chef de tribus), il devient chef de la harka de sa région. Une note de l’Etat-major de l’armée française définit une harka comme une formation militaire supplétive (le supplétif étant celui qui « complète » les effectifs d’une armée).

 

En 1958, lors de la Première législature de la Cinquième République, le Bachaga Boualam est élu député d’Orléansville (El-Asnam aujourd’hui), alors que l’Algérie est en guerre depuis 1954 (on parle d’événements à l’époque – selon les traités internationaux, la France ne pouvant se faire la guerre à elle-même). Le Bachaga Boualam est le symbole même de l’Algérie française, du moins de la bonne entente des musulmans avec les Pied Noirs et les Français de métropole. L’année suivante, il échappe de peu à un attentat. En juin 1960, il devient président du mouvement politique « Front de l’Algérie Française » (FAF), mouvement bien entendu anti-indépendantiste. Très rapidement, ce mouvement obtient près de 400.000 adhérents pour monter ensuite à un million. Trop dangereux pour les autorités, qui décident dès le mois de décembre suivant de le dissoudre.

 

Au cours de la guerre d’Algérie, le Bachage Boualam perdra dix-sept membres de sa famille. Il sera un emblème du drame des harkis, trouvant refuge en mai 1962 en Camargue. Vingt ans plus tard, le 8 février 1982, il rend son âme à Dieu, dans la petite commune de Mas-Thibert, près d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône.

 

Parmi ses décorations, il convient de citer la Légion d’honneur, la Croix de Guerre 1939-1945, la Croix de la Valeur militaire et la Croix du Combattant.

 

Par la suite, de nombreuses villes baptiseront une rue ou une place du nom du Bachaga Boualam : Aix-en-Provence, Arles, Cannes, Caen, Béziers, Nice, Nîmes, Perpignan, Sartrouville, Sète, Toulouse et bien entendu Issy-les-Moulineaux.

 

 

 

 

Sources :

 

-       Bachaga Boualam " Les Harkis au service de la France" ; Editions France Empire, 1962.

-       Nicolas d'Andoque "Guerre et Paix en Algérie. L'épopée silencieuse des SAS" ; Edité par SPL Société de Production Littéraire 10 rue du Regard 75006 Paris.

-       Mohand Hamoumou " Et ils sont devenus Harkis " ; Editions Fayard 1991.

-       Abd El Aziz Méliani "La France honteuse. Le drame des Harkis" ; Editions Perrin.

-       Site internet de l’Assemblée Nationale : www.assemblee-nationale.fr

-       Encyclopédie en ligne : www.wikipedia.fr

-       Association Jeunes Pieds Noirs : http://jeunepiednoir.pagesperso-orange.fr

 

 

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Publié le 3 Février 2011

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Pierre Essayan est à gauche sur la photographie. En pyjama. Il prend un petit-déjeuner avec des camarades de chambrée.

 

 

Etre un grand frère.

 

« Bonjour, Petit Frère. Je tenais à t’écrire cette petite lettre parce que j’avais envie de t’écrire et pour te donner quelques nouvelles de moi ». Par ces mots, commence la dernière lettre de Pierre Essayan, beau-frère de Nicole Essayan, maire-adjoint d’Issy-les-Moulineaux : « Il écrivait presque toutes les semaines à son frère Pascal, mon défunt époux. Cette lettre est datée du 17 octobre 1958. Pierre Essayan était un Arménien avec tout ce que cela signifie pour nous. C’est-à-dire qu’il était d’abord et surtout Français. Un amoureux des valeurs de la République. Pays qui a accueilli nos parents. Avec l’absolu nécessité de bien parler la langue, de bien l’écrire, de s’intégrer parfaitement. Peu importe les brimades, les réflexions. Il fallait être irréprochable. »

 

Pierre Essayan nait le 10 février 1932 à Paris. Suzanne est son ainée ; le petit Pascal, le benjamin. La santé de leur maman se dégrade peu à peu et elle devient paralysée. Employé aux Etablissements Chausson, le père travaille beaucoup. Au moment d’être appelé sous les drapeaux, Pierre est tricoteur. Il habite avec sa famille rue de l’Egalité à Issy-les-Moulineaux. Lui, son frère, qui est apprenti-lithographe, et leur sœur Suzanne, se démènent pour aider des parents usés avant l’heure par des années d’ouvrage.

 

« Pierre faisait tout ce qu’il pouvait pour aider sa famille. Il travaillait comme un fou, s’occupait de ses parents, et son jeune frère était pareil. Par contre, bien souvent Pierre s’entraînait au football. Il était très doué. Notre ami Henry Karayan, connu pour son passé dans la Résistance à côté de Missak Manouchian, lui avait même promis une possibilité de jouer à Paris après son service militaire ».

 

 

De Balard à Alger.

 

Pierre Essayan est en effet appelé sous les drapeaux le 1er février 1957. Il intègre le bataillon de l’air 117, unité assurant le support de l’Administration centrale de l’Armée de l’air, place Balard à Paris. Il est ensuite versé dans l’Armée de terre au début du mois de mars 1958.

 

Le 15 mars 1958, il embarque à Marseille et arrive à Alger le 17. Selon la formule, il est « libéré de ses obligations légales d’activité » le 1er août 1958, mais, du fait de la loi votée par le Gouvernement de Guy Mollet, il est maintenu sous les drapeaux le 31 août 1958.

 

Août 1958. Voilà trois mois que le général de Gaulle est revenu aux affaires du pays. A Alger, il a déclaré « Je vous ai compris » et chacun a entendu ce qu’il voulait : l’Algérie française pour les uns ; l’indépendance, du moins l’auto-détermination, pour les autres. Quelques jours plus tard, conformément aux accords avec la Tunisie – indépendante depuis 1955 – la France rapatrie ses troupes qui y sont encore stationnées. « Oui, mais l’Algérie, ce sont des départements français. Ce n’est pas comparable », entend-on un peu partout. Et c’est bien vrai, d’autant que les fellaghas sont loin de faire l’unanimité au sein de la population algérienne.

 

Le 3 juillet, le général de Gaulle annonce la constitution d’un collège électoral unique. Et il va même plus loin en donnant le droit de vote aux femmes musulmanes. En septembre 1958, alors qu’au Caire, en Egypte, le leader algérien Ferhat Abbas annonce la formation du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), de Gaulle fait un discours remarqué à Constantine : des réformes économiques, sociales et culturelles sont édictées. L’Algérie va également pouvoir s’industrialiser à grande vitesse grâce à la richesse du sous-sol du Sahara, regorgeant de pétrole.

 

Il n’empêche. Dans le même temps, les « opérations de maintien de l’ordre » continuent. La guerre en Algérie ne dit pas son nom. La France d’ailleurs ne peut pas se faire elle-même la guerre : officiellement ce sont des bandes armées qui sèment la guérilla dans les départements français d’Algérie. Bientôt près de huit-cent-mille soldats français sont engagés dans ce conflit.

 

 

En opération à Médéa.

 

 

Médéa est le chef lieu de la wilaya – région – du même nom. Située à quelques quatre-vingt kilomètres au sud-est d’Alger, elle offre des paysages de hauts plateaux qui ferment à l’ouest la vallée de la Mitidja. Une wilaya est formée de nombreux « beylicat », dont le nom provient du Turc « bey », et qui signifie « chef de clan » autant que son territoire.

 

A l’automne 1958, Pierre Essayan et son unité sont placés dans le beylicat de Titteri, près du village de M’fatha, à quelques dizaines de kilomètres au sud de Médéa. Nous sommes le 1er novembre. Voilà quatre années, jour pour jour, que le FLN (Front de libération nationale) a déclenché la « Toussaint rouge » : une série d’attentats contre les colons français dans le constantinois (dont l’assassinat d’un couple d’instituteurs venus de la métropole). La date est généralement retenue comme le déclenchement de la guerre d’Algérie.

 

Pierre Essayan participe à des reconnaissances. C’est son travail quasi quotidien. La patrouille a quitté le campement et fait déjà pas mal de kilomètres quand elle tombe dans une embuscade. Pierre se protège. Il se met en position de riposter. Mais devant lui un camarade est à terre. N’écoutant que son courage, il se lève et part le chercher. Une première balle le touche à l’épaule gauche ; une seconde le blesse à la mâchoire et à la nuque. Il en reçoit encore une troisième, celle qui le tue, en plein thorax.

 

L’embuscade terminée, un rapide bilan est tiré : ce soir, le régiment comptera un soldat de moins. La patrouille revient au camp, portant le corps de Pierre Essayan. Le jeune homme reçoit la médaille militaire et la croix de la valeur militaire avec palme à titre posthume.

 

A Issy-les-Moulineaux, dans la communauté arménienne, l’émotion est grande. Suzanne, enceinte, met au monde, quatorze jours après le décès de son frère, un petit garçon, qui reçoit bien entendu le prénom de Pierre. La maman ne se remet pas de la disparition de son fils. Dieu la rappelle à Lui six mois plus tard.

 

Au début de l’année 1959, le général Challe met au point son plan qui va, en deux années, mettre à bas, pour un moment, une grande partie des « katibas » – unités – de l’Armée de Libération Nationale, branche armée du FLN.

 

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Pierre Essayan en position de tir.

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Publié le 12 Décembre 2010

Le Père Charles Bonnet est isséen : il vit aujourd’hui à la maison de retraite des prêtes de Saint-Sulpice, placée à côté du séminaire qui abrite l’Ecole Supérieure de Théologie Catholique. Très actif, membre de nombreuses associations d’entraide, voyageant de par le monde (il était en Chine la première fois quand le Souvenir Français a cherché à le rencontrer), le Père Bonnet a également fait la guerre d’Algérie.

 

Qui a son bac ?

 

« Arrivé en Algérie début janvier 1958, après quatre mois de classes à Granville dans la Manche, j’en suis reparti fin décembre 1959. Quand notre convoi de nouveaux arrivants a débarqué à la ferme Sénéclauze, dans la vallée de la Soummam, sur la commune de Oued Amizour, l’adjudant de la CCAS du 29ème bataillon de chasseurs à pied, chargé de nous répartir entre les différents postes demanda : «  Qui a son bac » ? Craignant d’entendre la phrase classique dans ces cas -là : «  vous serez de corvée de chiottes demain matin de bonne heure », je me gardai bien de répondre. « Il n’y a pas quelqu’un qui s’appelle Bonnet ici » ? Je répondis : «  Moi, mon adjudant ». « Alors, vous pouvez pas répondre quand on vous appelle » ? Je me tus, ne voulant pas lui expliquer pourquoi j’avais gardé le silence. « Bon, vous êtes affecté à la ferme Tavel, à l’infirmerie. »

 

A la ferme Tavel.

 

« Et c’est à l’infirmerie de la ferme Tavel que je devais passer mes dix-huit premiers mois avant poursuivre cette tâche dans la petite ville d’El Kseur à vingt km de là. Je n’avais aucune compétence pour le métier d’infirmier ni aucune formation mais c’était une tâche qu’on confiait volontiers aux séminaristes en pensant peut-être que ceux qui voulaient se consacrer, comme prêtres, au soin des âmes avaient des aptitudes particulières pour le soin des corps ou au moins pour l’accueil de ceux qui souffrent. En fait, je ne fis guère de piqûres et de pansements car j’étais d’abord le secrétaire du toubib et le responsable de la gestion de l’infirmerie. Et, pendant deux ans, j’assistai tous les jours aux consultations du médecin, notant les traitements qu’il prescrivait et les notifiant aux infirmiers pour qu’ils les mettent en œuvre. J’y ai beaucoup appris.

 

Bien qu’affecté à l’infirmerie, je dus, comme tout le monde pendant ces deux ans, monter la garde la nuit, faire des patrouilles, participer à des opérations. Je connus, comme tout le monde, la peur : peur des bruits bizarres de la nuit, peur en traversant, déployés en ligne, des espaces dégagés où l’on peut vous tirer comme des lapins, peur sur les routes désertes où l’on peut sauter sur une mine ou être victime d’une embuscade. Car cette guerre n’avait rien d’une bataille rangée où l’on sait où se trouve l’ennemi. Il n’y avait pas de front ou plutôt l’affrontement pouvait se dérouler n’importe où. L’ennemi était caché et pouvait surgir à l’improviste et se retirer tout aussitôt. L’ennemi ce pouvait être aussi cet ouvrier si aimable de la ferme qui guiderait les agresseurs et leur ouvrirait la porte. La guerre était nulle part et le risque partout. On vivait sur le qui-vive et la méfiance, même si à force, on finissait par oublier le danger et l’on devenait parfois négligent sur la sécurité.

 

J’ai connu tout cela en Algérie même si, pour l’essentiel, j’y ai mené une vie très différente de la majorité des appelés du contingent".

 

L’Assistance médicale gratuite de l’Armée française.

 

"Nous étions une infirmerie militaire, mais la santé des soldats ne nous prenait pas beaucoup de temps. L’essentiel de notre activité consistait à soigner les civils algériens dans le cadre de ce qu’on appelait l’AMG (Assistance médicale gratuite). Car si l’Armée française avait pour mission le maintien de l’ordre vis-à-vis des rebelles, elle avait aussi à assurer ce qu’on appelait la pacification dans l’espoir de rallier des populations tiraillées entre les uns et les autres. C’est dans ce cadre qu’elle assurait des soins gratuits à tous les Algériens qui en avaient besoin. Je ne sais ce qu’est devenu le cahier de statistiques que nous tenions soigneusement à jour mais nous n’avions jamais moins de trente personnes à soigner par jour et nous montions quelquefois à soixante-dix. Et l’on piquait, l’on pansait, l’on massait, l’on faisait ingurgiter des pilules ou des sirops à longueur de journée. Les bébés pleuraient, les enfants criaient quand on voulait les piquer, les mamans se disputaient pour passer la première, et les infirmiers hurlaient plus fort pour maintenir un peu d’ordre. Et, quand vers une heure de l’après-midi le silence retombait enfin, tout le monde était un peu flapi et avait besoin d’un solide déjeuner et d’une bonne sieste pour se remettre. La fin de l’après-midi était plus calme : c’est là qu’on s’occupait des soldats venus en consultation ou de ceux qu’on avait hospitalisés pour quelques jours à l’infirmerie.

 

On ne se contentait pas de soigner à l’infirmerie mais avec le toubib on allait, à la demande, dans les postes militaires éloignés, soigner militaires et civils ou dans le village voisin de Boukhalfa. Le médecin se rendait là, seul, sans arme et, même pendant tout un temps, avec sa femme, médecin elle aussi, venue passer quelque semaines avec lui pendant que leur fillette de six ans se promenait au milieu du village et, qui se serait senti complètement déshonoré s’il leur était arrivé quelque chose. On a bien dû, là ou ailleurs, soigner quelques fells en mauvais état venus discrètement profiter du passage du médecin. C’est même dans ce village qu’un vieil Algérien a répondu au médecin qui lui disait « à la semaine prochaine », « Non vous ne reviendrez plus jamais car la semaine prochaine vous aurez déménagé à El Kseur ». Et de fait, le dimanche matin suivant, l’ordre est venu de déménager immédiatement. Le vieux était au courant, pas nous. Le FLN avait un meilleur service de renseignement que nous ! Et il faut bien avouer que nous n’avons pas soigné que des fellagas clandestins mais aussi des fellagas authentiques ou présentés comme tels par les officiers chargés du renseignement qui nous demandaient de les remettre en état pour pouvoir les interroger à nouveau. Avec le toubib, nous nous demandions à chaque fois s’il ne fallait pas mieux les laisser mourir plutôt que les faire survivre pour de nouveaux interrogatoires musclés. Dans tous les cas, le médecin finalement décidait, conformément au serment d’Hippocrate, de les soigner en se disant que, peut-être, on les laisserait en vie à la fin. Que sont-ils devenus ?

 

Il y eut aussi ces moments dramatiques concernant les copains quand on était appelé de jour ou réveillés brutalement la nuit pour aller ramasser des blessés ou des morts, suite à une embuscade ou un accident de half track, et les emmener de toute urgence à l’hôpital de Bougie ou à la morgue. C’était des copains avec qui on avait fait nos classes ou qu’on avait côtoyés tous les jours. Ils avaient à peine plus de vingt ans, parfois une fiancée qui les attendait, souvent des parents qui comptaient sur eux pour reprendre la ferme. Ils étaient venus par devoir en Algérie souvent sans trop savoir pourquoi on les y envoyait et ils étaient morts sans le savoir davantage.

 

Heureusement il y avait les week-ends. Eté comme hiver, le samedi nous partions en convoi à Bougie. Avec le toubib nous commencions par visiter les malades du bataillon à l’hôpital ou à l’infirmerie de garnison, puis nous rejoignions les autres pour, en été, nous baigner ou faire un tour dans la ville, les uns dans les librairies et les cafés, les autres, rue des Vieillards, rencontrer des femmes très accueillantes et généreuses puisqu’elles n’hésitaient pas à partager leurs infections avec les soldats et officiers qui les fréquentaient. C’était aussi une activité de l’infirmerie que de fournir des capotes avant de partir ou d’injecter trois grammes de streptomycine dans les jours qui suivaient le retour, le tout généreusement fourni par le service de santé des armées françaises. Et, le dimanche matin, grasse matinée ou, pour les chrétiens pratiquants, messe à El Kseur célébrée par un curé pied noir retiré actuellement en Provence, le cher abbé Theuma, accueillant comme tout mais très vindicatif dès qu’on mettait en doute l’Algérie française. L’après-midi du dimanche, c’était, comme tous les soirs, la belote, le rami, le tarot ou le Monopoly avec le risque de ne pas se coucher avant deux heures du matin.

 

Enfin, la quille arriva, après un second Noël en Algérie, bien arrosé par les copains. Je me demande encore comment le curé a pu rentrer vivant chez lui après la messe de minuit car le chauffeur du commandant chargé de le ramener au presbytère était totalement bourré. Nous aurions dû être heureux. Mais je n’ai jamais connu un train de militaires aussi triste que celui nous ramena de Marseille à Nantes en passant par Lyon où nous étions éclatés dans les auto-tamponneuses. Nous étions tristes, non de quitter l’Algérie – et encore ce n’est pas sûr car notre cœur avait fini par s’y attacher – tristes certainement de nous quitter sans être sûrs de nous revoir. Mais plus encore inquiets de retrouver la vie normale sans savoir, pour certains, s’ils allaient retrouver du travail, si la fiancée les aurait attendus, s’ils allaient pouvoir se réhabituer à la France, après tout ce qu’ils avaient vécu et qu’ils ne pourraient jamais vraiment partager. Je me souviens de mon énervement, dans le couloir du train bondé qui me ramenait  à Nantes, où j’étais coincé au milieu de jeunes bleus partant en permission du 1er de l’an. Ils se plaignaient de n’avoir obtenu qu’une permission de 48h, bien trop courte à leurs yeux, alors que, durant mes deux ans d’Algérie, je n’avais eu qu’une seule permission au bout de huit mois et que je n’étais pas revenu en France depuis seize mois. Je n’ai rien dit. Qu’auraient-ils pu comprendre ?

 

«Je vous ai compris». Ces paroles du Général de Gaulle à Alger, je les ai entendues, à la radio, quand j’étais là-bas. Les évènements ne se sont pas déroulés comme les pieds noirs croyaient l’avoir compris, ni sans doute comme l’espéraient beaucoup d’Algériens au moment de l’indépendance. Mais ce que nous avons fait a-t-il été compris ? L’avons-nous compris nous-mêmes ? Même encore aujourd’hui ? »

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie