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Publié le 7 Mai 2017

Ratissage près de Bou Saada par le 117e RI en 1956.

Ratissage près de Bou Saada par le 117e RI en 1956.

Histoire du 117e RI.

Il est toujours important de rappeler ce que fut l’histoire d’un régiment. C’est d’ailleurs l’une des premières choses que l’on apprend quand on intègre une unité : histoire et traditions !

 

Vieux régiment, son histoire remonte au 17e siècle quand il est de ces compagnies appelées « Vieux corps ». En 1656, cette unité forme un régiment du roi et l’un de ses bataillons passe au régiment de Bourgogne créé en 1668. Participant aux guerres de la Révolution française et au Premier empire, le 117e est dissous en 1814.

 

Récréé en 1872, le régiment a son casernement au Mans dans la Sarthe. Affecté au 4e corps d’armée, à la 8e division d’infanterie et à la 16e brigade, le 117 participe à la bataille de la Marne en 1914, est en Champagne l’année suivante, à Verdun puis à nouveau en Champagne en 1916. En 1918, il s’illustre à l’occasion de la seconde bataille de la Marne. Le 12 novembre 1918 à Charleville, le général Guillaumat, commandant la Ve armée, remet la Croix de guerre 1914-1918 au drapeau du 117e RI. Par décision du 30 novembre 1918 du maréchal Pétain, commandant en chef des armées de l’Est, le régiment est cité à l’ordre de l’armée. Le droit au port de la fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de guerre 1914-1918 lui est en outre accordé.

 

Au 1er septembre 1939 intervient la mobilisation générale. Après l’envahissement de la Pologne par l’Allemagne nazie, la France se déclare en état de guerre. Le 4 septembre, le 117e RI se trouve dans les Ardennes. Il est l’un des régiments qui pénètrent dans la Sarre. Mais cette occupation en Allemagne est de courte durée. En effet, en réaction à cette offensive, des divisions allemandes sont rapidement mobilisées et les Français décident de se replier derrière la Ligne Maginot. A la veille de la ruée massive des divisions de Panzer, fin mai 1940, le régiment occupe des positions au sud-ouest de Péronne.

 

Dans la nuit du 4 et 5 juin 1940, l’artillerie allemande pilonne les positions françaises. L’attaque des blindés allemands débute à l’aube du 5 juin. Le 117e, qui ne bénéficie de la protection d’aucun obstacle antichar naturel, supporte presque tout le poids de l’attaque blindée. Dès 3h30, après un redoublement des tirs de l’artillerie, le régiment voit arriver sur lui les vagues d’assaut de trois divisions blindées. Les chars bombardent, mitraillent puis dépassent les fantassins français qui voient apparaître les motocyclistes, puis les éléments portés débarquant au plus près. Entre deux vagues de chars, les stukas lancent leurs bombes en piqué. Les points d’appui et les centres de résistance sont neutralisés un à un après la destruction des lisières des villages par des obus incendiaires. Obligés d’abandonner leurs positions, les hommes du 117e se replient, bien souvent aux prix de sacrifices de dizaines d’hommes. D’ailleurs, l’âpreté de la résistance opposée par l’unité aux Allemands lui vaut des éloges : « Vos hommes ont combattu magnifiquement » dira plus tard un général de la Wehrmacht.

 

Le 1er août 1940, ce qui reste de la 13e compagnie de pionniers et le 21e bataillon sont dissous à Saint-Yriex dans la Creuse.

 

En Algérie.

Reconstitué le 17 avril 1956, à l’occasion du rappel de la classe 1953, le 117e régiment d’infanterie fait partie de la première vague des unités en vue du rétablissement de l’ordre en Algérie. Il appartient alors au 23e corps d’armée et à la 20e division d’infanterie.

 

Georges Albert Raymond Segard nait le 23 octobre 1924 à Mazingarbe dans le département du Pas-de-Calais. Habitant Issy-les-Moulineaux au moment de son service militaire, il est incorporé au 117e régiment d’infanterie et débarque en Algérie en mai 1956. Son séjour est malheureusement extrêmement bref. Il meurt des suites de blessures accidentelles reçues le 22 juin 1956 à Alger. Il est déclaré Mort pour la France. Trois jours plus tôt, les premiers membres du Front de Libération National condamnés à mort ont été exécutés.

 

Au cessez-le-feu du 19 mars 1962, le 117e RI constitue, comme quatre-vingt onze autres régiments, les 114 unités de la Force locale, en l’occurrence la 462e UFL-UFO, composée de 10% de militaires métropolitains et de 90% de militaires musulmans. Elle œuvre pendant la période transitoire entre les Accords d’Evian et l’indépendance de l’Algérie (5 juillet 1962) au profit de l’exécutif provisoire algérien.

 

Entre 1956 et 1962, le 117e régiment d’infanterie aura perdu 113 officiers, sous-officiers et hommes du rang.

 

 

Témoignage d’un ancien d’Algérie.

Un site Internet reprend l’histoire du 117e RI en Algérie et comporte des témoignages d’appelés (ou rappelés) du contingent. Voici celui de Gilbert T., publié sans modifications:

 

« Nous avons débarqué à Alger le 4 mai 1956 pour un séjour de 4 jours à Hussein-Dey et rejoindre ensuite Bou Saada pour une quinzaine de jours. C’est à la périphérie de cette cité que nous installons un camp de toiles et organisons notre bataillon. Les débuts ont été difficiles car il manquait de tout et nous ne comprenions pas la raison de notre rappel sous les drapeaux alors que nous étions tous bien engagés dans la vie civile, le service militaire était bien loin derrière nous. J'avais un camarade pharmacien qui venait d'ouvrir son officine et se tracassait à l'idée de pouvoir rembourser ses crédits.

 

Après avoir effectué les services d’usage en cantonnement, un événement majeur a failli tourner à l’émeute. La nourriture, à l’accoutumé bien chiche et peu appétissante, manqua brusquement et sans raison. Pas un cadre pour répondre à notre revendication, l’excitation était à son comble quand enfin le chef du bataillon paru sous une clameur d’hostilités et un concert de gamelles avec ce leitmotiv unanime : « à bouffer ! à bouffer… ». Il calma la foule en promettant de voir à cette anomalie et invita l’officier d’ordinaire à faire le nécessaire illico, malgré les plaintes d’impuissance de ce dernier qui avait tout fait selon ses moyens. J’immortalisai la scène avec mon appareil photos et je pris soin d’envoyer par la poste la pellicule à faire développer. Jamais je ne reçus les épreuves ?!!! Décidément les débuts du régiment furent pittoresques et bien mal engagés pour être crédible au regard des missions à venir.

 

Le 4° Bataillon quitte Bou Saada pour Alger et se scinde en deux groupements pour occuper les djebels entre L’arba et Aumale. Nous avions coutume de dire alors « Que nous étions les derniers de la dernière compagnie du dernier bataillon du 117». Cette fois ce n’est plus le cas, car nous passions de la 16e compagnie à la 4e.

 

Installation sur le Piton et l’occupation des fermes et caves vinicoles par la 4e Compagnie : Cette fois on s’installe enfin, on le devine car rien ne filtre de la part du commandement de la 4e Compagnie. Nous sommes au nord de L’arba, direction la moyenne montagne, transbahutés sur une mauvaise piste. Au lieu dit « Tazarine » nous recevons l’ordre de débarquer et de dresser nos tentes individuelles par deux. On nous fait comprendre que c’est notre cantonnement et qu’il va falloir l’organiser. Le lieu est idyllique dans une forêt de chênes-lièges, pas d’âmes qui vivent aux alentours. Peu à peu le cantonnement prend forme, on y a érigé une tour en dur, de celle-ci on voit la grande et belle plaine de L’arba, au loin Alger et la mer scintillante au soleil. Pas le temps de se lamenter, nous sommes sollicités pour des opérations de contrôle de la population dans les douars environnants. On y recueille des renseignements utiles pour découvrir des caches qui prouvent de l’activité nocturne des rebelles. Des suspects sont arrêtés et interrogés par la gendarmerie qui nous accompagne partout. Le séjour se passe sans heurts avec l’ALN qui n’a pas encore pris possession du territoire pour nous nuire véritablement.

 

Dans le cadre des missions tactiques du quadrillage destinées à assurer la sécurité des personnes et des biens, nous sommes affectés dans la ferme-coopérative vinicole « Torrez » du nom de son propriétaire, non loin de Fondouck. Nous sommes mieux lotis, le quotidien se révèle plus agréable. On se fait même des amis avec les Européens du cru. Je passe mes dimanches de liberté à Hussein-Dey chez un nouvel ami pied-noir. Un camarade ayant une marraine de guerre à Alger nous introduit dans le cercle du docteur Bonnafous, respecté par les autochtones soignés par lui. Mon camarade et moi avons été invités au mariage de sa fille sur les hauteurs d’Alger. J’avais honte de ma tenue militaire de drap affreusement fripée et mal taillée. Arrivés en retard nous n’avions pas le temps de nous excuser que le docteur invita les 300 convives à faire silence afin de nous présenter. Geste élégant d’un homme courtois et philanthrope qui nous a mis tout de suite à l’aise. La jeunesse nous a pris en charge pour rendre l’invitation mémorable. Nous étions en 1956, la symbiose était totale, notre présence nécessaire afin de poursuivre l’exploitation des vignobles. Dans des fermes moins protégées, les propriétaires avaient armés les employés musulmans pour sécuriser la propriété. Le séjour des réservistes arrive à son terme, je regagne la Métropole sur un bananier, je me bats pour obtenir une cabine alors que mes camarades sont en fond de cale ».

 

 

 

 

Sources :

 

  • Bachaga Boualam " Les Harkis au service de la France" ; Editions France Empire, 1962.
  • Nicolas d'Andoque "Guerre et Paix en Algérie. L'épopée silencieuse des SAS" ; Edité par SPL Société de Production Littéraire 10 rue du Regard 75006 Paris.
  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.
  • Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.
  • Encyclopédies en ligne : Larousse, Britannica, Wikipedia.
  • Site Internet d’anciens du 117e RI en Algérie.

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 9 Octobre 2016

Bône – La porte du Fort Cigogne et l’Hôpital militaire.
Bône – La porte du Fort Cigogne et l’Hôpital militaire.

Historique du 153e RI.

Comme un bon nombre de régiments, le 153e RI est issu des unités de l’Ancien régime. Repris sous le Premier empire, il s’illustre notamment pendant la bataille de Leipzig, lors de la campagne d’Allemagne de 1813, malheureusement perdue. Durant le Second empire, le régiment tient garnison au Fort de Nogent, en Région parisienne.

Un siècle plus tard, le régiment, alors installé à Toul, dans le département de la Meurthe-et-Moselle, est une composante de la 77e brigade d’infanterie, la 39e division et du 20e corps d’armée.

Entre 1914 et 1918, le 153e RI est de pratiquement toutes les batailles : bataille des Frontières puis la Grande Retraite en août 1914, bataille du Grand Couronné sous le commandement du général de Castelnau. Dans la foulée, s’engage ce que l’Histoire retiendra sous le nom de la Course à la Mer, avec les combats de Fouquescourt, d’Albert dans la Somme, d’Arvillers, de Souastre, d’Hébertune et enfin de Gommercourt.

L’année suivante, le régiment perd près de 2.000 hommes dans les combats des Flandres, à Boezinge, à Langemark puis à Bikschote. En 1916, c’est Verdun avec des engagements au bois Albin devant Douaumont puis à la Côte 304. Là encore, alors que le 153 avait dû être reconstitué quelques mois plus tôt, ce sont à nouveau près de 2.000 hommes qui disparaissent. Cela n’empêche pas le régiment d’être de l’offensive de la Somme dans le courant de l’été 1916 et de subir encore de nombreuses pertes à Maurepas.

En 1917, le 153e RI participe à la tragique offensive du Chemin des Dames. L’unité occupe quelques temps les secteurs de Chivy, de la Ferme des Grelines puis de Braye-en-Laonnois. Elle y reste 25 jours, mais doit finalement se replier.

En 1918, retour sur Verdun. Le 153e RI est en première ligne jusqu’au 15 mars dans les secteurs de la Côte-de-Poivre puis près de Vacherauville-sur-Meuse, au nord de Verdun. Les Allemands attaquent baïonnette au canon et au lance-flammes, mais sont sans cesse repoussés. En avril, le régiment quitte le secteur pour rejoindre via Reims, Saint-Quentin et Arras les Flandres afin de participer à la bataille des Monts de Flandres. Les Allemands y lancent une offensive en utilisant, entre autres, des obus à ypérite et 150 avions. L’attaque est contenue. Mais il faut décrocher, comme quatre années plus tôt. Le 153 cantonne dans le nord de la Région parisienne, à Gonesse, et participe à la Deuxième bataille de la Marne. La ville de Château-Thierry est reprise. L’ennemi est poursuivi jusqu’à la forêt de Fère en Tardenois. Les soldats français étant appuyés des « boys » américains.

En août, le 153e est déployé le long de la Meuse. En septembre il est de la bataille de Saint-Mihiel puis se replie sur Nancy. En novembre 1918, à l’annonce de l’armistice, le régiment se met en marche et fait une entrée triomphale dans la ville de Metz.

Le 153e régiment d’infanterie est dissous à Sarreguemines en 1922… pour être reconstitué dès l’année suivante en Sarre (le 15 mai 1923). En 1929, déménagement de quelques kilomètres pour prendre garnison à Bitche. Quatre années plus tard, le 153e forme, avec le 23e, l’infanterie de la région fortifiée de la Lauter, puis devient régiment d’infanterie de forteresse, unité spécialisée dans la défense des fortifications de la Ligne Maginot. Le 37e RIF est né.

A la mobilisation de 1939, le régiment se détriple pour former l’infanterie du secteur fortifié de Rohrbach. Il est alors composé de trois bataillons de mitrailleurs, une compagnie d’équipages d’ouvrages, une compagnie d’équipages de casemates.

Face à l’offensive éclair (la fameuse « Blitzkrieg ») de la Wehrmacht, les unités quittent leur forteresse le 13 juin 1940 pour se replier sur les Vosges. Après l’armistice proposé par le maréchal Pétain le 17 juin, le 153e RI dépose les armes quatre jours plus tard. Les équipages d’ouvrages, restés sur place, doivent se rendre sur ordre le 30 juin 1940.

En Algérie.

En Algérie, le 153e RI devient motorisé (donc le RI devient RIM) et est une unité de la 2e division d’infanterie mécanisée. L’état-major se trouve à Bône (aujourd’hui Annaba sur la côte nord-est de l’Algérie, proche de la frontière tunisienne) et comprend les régiments d’infanterie suivants :

  • 4e régiment étranger d’infanterie (installé à Dar-el-Baraka).
  • 12e, 14e et 25e bataillons de chasseurs alpins (Blanda, Combes et La Calle).
  • 62e régiment d’infanterie (La Verdure).
  • 63e régiment d’infanterie de marine (Bône).
  • 151e, 152e et 153e régiments d’infanterie mécanisée (Guelma, Lamy et Munier).

Les unités blindées sont :

  • 1er régiment de spahis (Lamy).
  • Le 4e hussards (Gambetta).
  • Le 8e spahis (Hamman-zaïd).
  • Le 29e dragons (Le Tarf).

Munier est alors une petite ville (elle a reçut ce nom français par décret du 11 juillet 1891), située non loin de la frontière tunisienne, dans la région des Aurès. Après l’indépendance, elle prendra le nom d’Aïn-Kerma.

Le 153e RIM est chargé d’assurer le contrôle de la frontière dans cette région. Il convient de rappeler que pendant la guerre d’Algérie, à de nombreuses reprises les guerriers algériens du FLN (Front de Libération National) se réfugièrent en Tunisie, où théoriquement l’armée française n’avait pas le droit de les poursuivre.

Le point commun.

Parmi les 14 isséens tués au cours de la guerre d’Algérie, deux ont un point commun. Il s’agit de Gérard Flament et de Jean Brulin : ils faisaient tous les deux parties du 153e RI.

Gérard Flament nait le 23 juin 1937 à Paris, dans le 15e arrondissement. Envoyé en Algérie, soldat au sein du 153e RIM, il décède des suites de ses blessures le 4 mai 1958 (5 jours avant le putsch d’Alger organisé, entre autres, par le général Massu), au cours « d’une opération de maintien de l’ordre en Algérie », selon l’expression idoine de l’époque. Il convient une nouvelle fois de rappeler que l’Algérie était alors un département français et qu’on ne peut considérer qu’il s’agisse d’une guerre puisqu’elle était « intérieure » et en aucun cas il ne s’agissait d’une guerre civile (du moins d’un point de vue des textes législatifs de l’époque). Gérard Flament est déclaré Mort pour la France deux mois plus tard.

Jean Brulin lui nait le 22 juillet 1938 à Etretat dans le département de la Seine Maritime. Sergent au 153e RIM, il décède le 17 décembre 1960 des suites d’un accident, alors qu’il est en service commandé. Vu l’ordonnance du 2 novembre 1945, l’article L-488 du Code des Pensions militaires d’invalidité et la loi n°55-1074, le sergent Brulin est déclaré Mort pour la France le 9 février 1961.

Au cessez-le-feu en mars 1962, le 153e RIM reste quelques mois en Algérie afin de constituer comme beaucoup d’autres régiments français des unités de la Force locale. Ces forces de l’ordre algériennes sont des unités militaires chargées de maintenir autant que possible la paix et de faire appliquer les termes du cessez-le-feu. Placées sous autorité algérienne, elles sont composées de 10% de militaires métropolitains et de 90% de militaires musulmans.

En janvier 1963, le 153e RIM est de retour en France, à Mutzig, au quartier Moussy. Le régiment sera définitivement dissous trente ans plus tard, le 31 juillet 1993, le drapeau étant remis au gouverneur militaire de la région de Lille.

Sources :

  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Archives de l’armée de terre – Caserne Bernadotte, Pau.
  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.
  • Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 4 Décembre 2015

Salut au harki inconnu.

L’histoire qui suit a été publiée dans Le Piège, qui est la revue des anciens élèves de l’Ecole de l’Air. Elle s’inspire très largement d’un article écrit par le général d’aviation Christian Gueguen. L’affaire qui suit se déroule en avril 1962, soit moins d’un mois après les Accords d’Evian, dans la région de Geryville à 370 km au sud d’Oran. A l’époque capitaine, Christian Guegen raconte l’honneur d’un soldat harki.

Cette histoire a été également publiée dans le bulletin de l’association Secours de France.

Dans la région de Geryville.

Quelques jours auparavant, un commando de marine avait été envoyé à la rencontre d’une katiba qui, contrairement aux ordres reçus en application des Accords d’Evian, sortait de la zone qui lui était assignée pour infiltrer les nombreux campements de nomades existants dans la région. Dès son arrivée et avant toute entrée en pourparlers, les hommes de la katiba ouvraient le feu, tuant deux fusiliers-marins. Au terme du combat, appuyé par un hélicoptère « canon », « on dénombrait 26 cadavres en uniforme de l’ALN sur le terrain ».

En représailles, le FLN s’en prend à une harka attachée au régiment de spahis implanté dans le secteur. Dès le 19 mars, sur ordres supérieurs, les harkis avaient été désarmés et renvoyés dans leur village. Le 26 avril, deux harkis, qui ont réussi à s’échapper reviennent au PC du régiment : selon eux « plus de la moitié des membres de la harka avaient été sauvagement assassinés ».

Rupture du cessez-le-feu ?

Le lieutenant-colonel commandant le régiment de spahis indique qu’il va lancer une opération pour retrouver et détruire l’unité de l’ALN responsable du massacre ; il demande à Christian Gueguen « si l’armée de l’air accepterait de fournir un appui feu à l’opération ». Gueguen interroge sa hiérarchie, s’attendant à un refus caractérisé : « Gueguen, en plein cessez-le-feu ! Vous avez perdu l’esprit ! »

Au lieu de cela, un silence, puis une phrase laconique : « Soyez au terrain de Geryville à 8h demain ; je viendrai en Broussard et vous m’expliquerez ce que vous voulez faire ».

Le lendemain, à l’heure dite, le capitaine Gueguen expose à son supérieur – le commandant L. – ce qui a été envisagé avec le colonel de spahis. Le commandant l’écoute et tranche : « OK. Vous aurez un DIH (Détachement d’intervention hélicoptères) et quatre T-28 à partir de 7h demain matin. Renouvelable jusqu’à 18h… A 18h, on arrête tout, sauf cas exceptionnel… ».

« J’éprouve le plus grand respect, précise le général Gueguen, pour cet homme. Rupture de cessez-le-feu. Il sait qu’il engage la suite de sa carrière si l’affaire tourne mal… ».

Une dizaine de corps.

Les spahis sont transportés sur zone par des hélicoptères H34 de la marine. La katiba responsable s’est évidemment évaporée. Les deux harkis qui se sont échappés s’offrent à guider les spahis vers le lieu où se tient le chef FLN local responsable de l’exécution de leurs camarades, et précisent que plusieurs harkis sont retenus captifs dans un village à quelque distance. Le responsable FLN est capturé. Il indique l’emplacement d’un charnier. Une dizaine de corps dénudés, démembrés et terriblement mutilés sont ainsi découverts.

Les harkis survivants sont libérés par une partie du détachement de spahis et l’officier chargé de cette opération, invite, par radio, son colonel sur le chemin du retour, à bord de l’hélicoptère, à le rejoindre sur place.

Au garde-à-vous.

Ecoutons le général Gueguen : « un harki est là, avec le capitaine de spahis. Celui-ci explique à son chef que le harki n’accepte d’embarquer en hélicoptère que si l’on évacue en même temps sa femme et ses enfants ; en tout, huit personnes.

Le colonel explique à l’homme qu’il n’y a pas assez de place dans les hélicoptères pour évacuer toute la famille. Et essaie de la convaincre de partir seul : on récupérera sa famille plus tard en camion. Refus du harki : s’il part, toute sa famille sera assassinée le soir même, à sa place, sauvagement, à titre d’exemple. Il doit rester. Malgré les efforts du colonel pour le faire changer d’avis, il reste intraitable. Notre armada redécolle, direction Geryville. Le harki nous regarde, impassible et digne. Il se met au garde-à-vous et agite la main pour nous dire au revoir. Dans l’Alouette, le silence est écrasant… ».

Sources :

  • Revue Le Piège.
  • Amicale des Anciens élèves de l’Ecole de l’Air.
  • Bulletin Secours de France, automne 2015.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 7 Octobre 2015

Exode de Pieds-Noirs en 1962 (Copyright : site Histoire en Questions).
Exode de Pieds-Noirs en 1962 (Copyright : site Histoire en Questions).

Il n’est pas rare dans les carrés militaires de voir des tombes de soldats, ou des civils, morts en Algérie, mais après les Accords d’Evian du 19 mars 1962. Une date est d’ailleurs marquée à jamais du sceau noir de la mort. Il s’agit du 5 juillet 1962…Comment en est-on arrivé là ?

De la révolte de Sétif aux guerres civiles.

A la suite du 8 mai 1945, date de la capitulation de l’Allemagne nazie, plusieurs émeutes éclatent parmi la population algérienne musulmane. A Sétif et dans le Constantinois, près d’une centaine d’Européens sont assassinés. Les causes sont complexes et multiples : revendications cultuelles, culturelles, reconnaissance d’une égalité de traitement entre la population musulmane algérienne et la population d’origine européenne. Un formidable vent de liberté vient de souffler sur le monde entier : les peuples n’ont entendu que cela dans les mois qui précèdent le printemps 1945. « Retrouver la liberté ». Le contexte de l’époque tient également en deux termes : anti-impérialisme et anti-colonialisme. « Quand un peuple veut sa liberté, rien ne peut l’arrêter » a écrit le général Bigeard dans ses mémoires posthumes (« Ma vie pour la France », Ed. du Rocher).

Les émeutes algériennes sont très durement réprimées par l’Armée française. Le général Duval, qui commande les unités de notre pays indique: « Je vous ai donné la paix pour dix ans, si la France ne fait rien, tout recommencera en pire de façon irrémédiable ». Et c’est la période où notre nation perd l’Indochine, vaincue par une armée faite, au départ, de paysans équipés d’armes d’un autre âge : la puissance colonisatrice n’est pas invincible. C’est l’une des raisons qui poussent, en novembre 1954, des hommes du FLN (Front de libération nationale) à œuvrer au même moment un peu partout en Algérie des attaques contre des représentations françaises : postes de gendarmerie, bâtiments publics, entrepôts… De nombreux Français sont pris pour cibles. Dans les Aurès, un couple d’instituteurs, les Monnerot, est abattu.

En métropole, la réaction ne se fait pas attendre. A la tribune de l’Assemblée nationale, Pierre Mendès-France, président du Conseil déclare : « A la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse ». Des militaires supplémentaires arrivent de nombreuses casernes. Il s’agit de mater ce que l’on appelle les « événements ». On ne peut alors parler de guerre. D’abord, l’Algérie est alors un pays français, composé trois départements (l’Oranais, l’Algérois, le Constantinois) et de territoires du Sahara. Et on ne peut, selon les traités internationaux de l’époque ne faire une guerre que contre un pays souverain. De plus, en 1954, ce n’est qu’un début d’hostilités.

Quelques mois plus tard, le FLN, qui s’est renforcé, créé l’ALN (Armée de libération nationale) et organise toute une série de massacres dans le Constantinois… auxquels répondent les Français par autant de ripostes. Pour rassurer les habitants de souche européenne, le gouvernement fait appel aux militaires du contingent. Des supplétifs « indigènes » – selon la terminologie de l’époque – comme les harkis et les moghaznis viennent compléter les unités françaises. La situation s’envenime… Bientôt, le conflit se transforme en une guerre civile au sein des deux communautés : aux prix de nombreuses exécutions et éliminations, le FLN prend le dessus sur le Mouvement national algérien (MNA) ; en métropole comme en Algérie, des Français se tirent dessus : le Parti communiste français appelle à l’arrêt des combats et favorise l’action des pacifistes. Certains vont plus loin et deviennent des « porteurs de valises » (armes, argent) pour le FLN. De l’autre côté de l’échiquier politique, un groupuscule passe aux armes et créé l’OAS en 1961 (Organisation de l’armée secrète) dont les victimes sont tout aussi bien algériennes que des Français qui soutiennent la demande d’indépendance de l’Algérie.

« Une victoire française sur le terrain ».

Pourtant en 1959, grâce au plan du général Challe, la victoire est proche. L’idée maîtresse consistant à traiter de manière successive des surfaces importantes avec des moyens considérables, dans le but de réduire à néant les bandes de fellaghas. Le plan comporte de nombreuses opérations : les zones refuges d’Oranie, la couronne d’Alger, le passage du Hodna, le Grande et la Petite Kabylie, le nord Constantinois. Enfin, de septembre 1960 à avril 1961, se déroule l’importante tâche dans les Aurès. Et à toutes ces opérations s’ajoutent des missions dans l’Atlas saharien. En encerclant les zones, en bloquant toutes les issues possibles, l’Armée française provoque des dégâts majeurs – jusqu’à 50 % dans l’Oranie – au sein de l’ALN.

Comme l’indique le général Glavany dans une interview accordée au Souvenir Français : « Nous n’avions plus alors en face de nous de grande « katibas » organisées et pouvions, à juste titre, considérer que nous étions vainqueurs sur le terrain. Mais le terrorisme urbain persistait et, sur le terrain même, des petites bandes fluides nous condamnaient à attaquer, à attaquer sans cesse et à tuer. Totalement intégré à cette division parachutiste dont j’étais solidaire, je restais néanmoins un aviateur et gardais ma liberté d’esprit et de jugement. Si je n’étais pas lassé des combats – car l’allégresse des combats, cela existe – je voyais avec consternation ce beau pays peu à peu crucifié tandis que l’amertume des officiers montait tout autour de moi devant une politique qu’ils ne comprenaient point. »

De fait, en avril 1961, quatre généraux (Challe, Jouhaud, Salan et Zeller) fomentent un putsch et s’emparent du pouvoir à Alger dans le but de préserver l’Algérie à la France, donc d’aller contre la politique voulue par le général de Gaulle, alors président de la République. Plusieurs régiments de la Légion et de parachutistes suivent, mais l’aventure ne dure que quelques jours… Moins d’un an plus tard, le 19 mars 1962, les accords d’Evian sont conclus : ils donnent naissance à la République algérienne démocratique et populaire, dont l’avènement doit être proclamé le 5 juillet 1962.

Commencent alors l’exode massif des Pieds-Noirs (familles françaises installées, parfois depuis 1830, en Algérie), les massacres d’Européens et encore plus des musulmans qui ont aidé les Français, tels les Harkis.

Oran – 5 juillet 1962.

Le 1er juillet 1962, la population algérienne, par référendum, vote à une écrasante majorité l’indépendance de son pays. La France reconnait l’Algérie comme Etat indépendant deux jours plus tard. Et la déclaration d’investiture du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne) est officielle le 5 juillet.

En apprenant cette nouvelle, les populations descendent dans les rues. C’est une explosion de joie. A Oran, la population européenne est encore importante. Même sous la contrainte (« la valise ou le cercueil »), des dizaines de milliers de Français ne peuvent boucler leurs affaires en quelques semaines. Dans un article paru le 28 février 2002 dans le Nouvel Observateur, l’historien Benjamin Stora indique : « Vers 11h du matin, des milliers de manifestants venant des quartiers musulmans envahissent la ville européenne. Les premiers coups de feu éclatent et jettent une population prise de panique dans toutes les directions. (…) Dans les rues soudain vides commence une chasse aux Européens ».

Normalement, les accords d’Evain prévoient la protection des Européens et des Harkis. Mais à Oran, le responsable des troupes françaises, le général Katz, n’intervient pas. Bien sûr, les avis divergent : est-il au courant de ce qui se déroule à quelques mètres de lui ? Exécute-t-il strictement les ordres qui lui ont été donnés (le Journal des Opérations du secteur d’Oran indique que les troupes sont consignées dans les casernes) ? Et Alain Peyrefitte, dans « C’était de Gaulle » (Ed. Fayard), rappellent les mots du général : « La France ne doit plus avoir aucune responsabilité dans le maintien de l’ordre après l’autodétermination. Elle aura le devoir d’assister les autorités algériennes ; mais ce sera de l’assistance technique. Si les gens s’entre-massacrent, ce sera l’affaire des nouvelles autorités ».

Les troupes françaises finissent par sortir en début d’après-midi. Trop tardivement. Au cours de cette journée, à Oran, comme dans toute l’Algérie, des milliers d’Européens sont passés par les armes et ils sont encore plus nombreux ceux que les familles ne reverront jamais.

Sources :

  • Ville de Meudon : www.ville-meudon.fr
  • Entretiens avec le général Roland Glavany, 2008-2010.
  • Joseph Katz, L’honneur d’un général : Oran, 1962, L’Harmattan, 1993.
  • Georges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003.
  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.
  • Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.

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Publié le 1 Juin 2013

 

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Le général de Gaulle à Alger – Juin 1958.

 

Les débuts de la guerre d’Algérie.

 

Dans notre histoire contemporaine, le mois de mai 1958 revêt une importance particulière. Cela fait près de trois ans et demi que la France doit faire face à ce que l’on appelle à l’époque les « événements d’Algérie » et qui se traduisent par des « opérations de maintien de l’ordre ». Depuis 1999, nous parlons de guerre.

 

En novembre 1954, il en est tout autre. A la tribune de l’Assemblée nationale, le président du Conseil, Pierre Mendès-France déclare : « À la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse. Qu'on n'attende de nous aucun ménagement à l'égard de la sédition, aucun compromis avec elle. On ne transige pas lorsqu'il s'agit de défendre la paix intérieure de la Nation et l'intégrité de la République. Les départements d'Algérie font partie de la République, ils sont français depuis longtemps. Jamais la France, jamais aucun parlement, jamais aucun gouvernement ne cédera sur ce principe fondamental. L'Algérie, c'est la France et non un pays étranger que nous protégeons. »

 

En 1955, l’état d’urgence est décrété et les premiers contingents de militaires appelés sont envoyés en Algérie. Les massacres, de part et d’autre, bien souvent dans des proportions sans aucune commune mesure, sont fréquents.

 

En 1956, les combats – les escarmouches, guérilla ou encore coups de force – se déroulent maintenant partout aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Il ne s’agit pas d’emplois de forces conséquentes à proprement parler mais d’accrochages allant de quelques individus à plusieurs centaines. Il s’agit également d’attentats. La guerre d’Algérie n’est pas la situation d’une armée en ligne contre une autre. Pour la Métropole, l’appel au contingent est systématique et les débarquements de soldats se multiplient. Le pouvoir confie le commandement militaire à un général chevronné, ayant fait ses preuves aussi bien à la fin de la Seconde Guerre mondiale qu’en Indochine : Raoul Salan.

 

1957 est marquée par la reprise en mains des villes. Se déroule, entre autres, la bataille d’Alger à partir du mois de janvier, sous les ordres du général Salan. Elle se solde par une victoire complète de l’Armée française, au prix, parfois, et comme dans tous les conflits, d’atrocités certaines. Mais, d’un point de vue diplomatique et politique, la France est montrée du doigt et perd peu à peu pied face à une population musulmane qui n’est pas acquise à sa cause. Il convient d’ajouter une opinion mondiale qui condamne cette guerre qui aux yeux de bon nombre d’observateurs n’est devenue qu’une « guerre de décolonisation » ou une émancipation du peuple algérien.

 

 

Edmond Vernay.

 

Edmond Vernay est appelé à faire son service militaire le premier jour de septembre 1956. Il intègre le CIT 156 de Toul, puis est muté à Metz au CCR 220. « J’obéissais aux ordres du capitaine Mien. Quelqu’un de formidable. Il ne se cachait pas pour nous dire que nous partirions bientôt pour l’Algérie. Mais j’étais d’accord. C’était pour moi l’occasion de servir mon pays. Et puis quelque part, je rendais hommage au papa de celle qui allait devenir mon épouse trois ans plus tard à Issy-les-Moulineaux. Oui, celui qui aurait dû être mon beau-père, n’avait pas survécu à l’offensive allemande de mai 1940. Et on avait dit que les soldats s’étaient enfuis… Tant d’hommes massacrés pour entendre cela quelques années plus tard !

 

En novembre 1957, notre unité débarquait à Alger et prenait ses positions à Baba Hassen, dans l’actuelle banlieue sud-ouest d’Alger. Notre compagnie était chargée du pilotage des convois, de la circulation et de la protection des personnes. Cela passait par des contrôles d’identité presque à chaque carrefour, en ville, mais aussi dans les villages qu’on appelait des douars. Les fouilles : il fallait en faire aussi, et nous n’étions pas très rassurés. Il ne se trouvait pas une chambrée où on ne racontait pas des aventures avec des femmes qui cachaient des bombes sous leurs vêtements !

 

Les fellaghas : notre hantise… Je ne peux oublier la mort de mon copain Louis Waechter, originaire de Wissembourg. C’était le 11 décembre 1957. Nous effectuions un ratissage dans un village. Les fouilles avaient commencé. Louis faisait face à un jeune garçon. Ce dernier n’hésita guère plus d’une seconde : il sortit de sa djellaba un fusil et abattit Louis d’une cartouche de chevrotine. Ce fut terrible. Pas facile de s’en remettre. De penser à la famille.

 

Une autre facette de notre activité consistait à partir souvent en opérations pour piloter, guider ou accompagner des unités combattantes comme le 1er REP (régiment étranger parachutiste) ou la 10ème DP (division parachutiste). Ainsi, je découvris les gorges fameuses (depuis 1956) de Palestro, les villes d’Aumale ou de Sidi-Aïssa.

 

Et puis, il y eut le général de Gaulle à Alger en juin 1958. Et là, ce fut du délire ! ».

 

 

Mai 1958.

 

Au début du mois de mai 1958, l’histoire s’accélère. Le gouvernement de Félix Gaillard vient de chuter. Pendant quelques semaines, c’est l’incertitude, alors que les combats ont repris. Le 10 mai 1958, Alain de Sérigny, directeur du journal l’Echo d’Alger, lance un appel au général de Gaulle. Le même jour, le ministre-résident Robert Lacoste quitte l’Algérie. Le plus haut représentant de la Métropole vient de disparaître.

 

Le lendemain, des soldats français sont attaqués et massacrés. Pierre Pflimlin est pressenti pour former le nouveau gouvernement, alors que chacun sait sa volonté de négocier une sortie de crise en Algérie. A Alger, les « Pieds-Noirs » – près d’un million de métropolitains installés souvent depuis plusieurs générations – manifestent. Le général Massu qui s’est vu remettre par Félix Gaillard les pleins pouvoirs, civils et militaires, demande aux députés de surseoir à l’élection de Pierre Pflimlin, et fait parvenir à Paris un télégramme : « Exigeons création à Paris d’un gouvernement de salut public, seul capable de conserver l’Algérie partie intégrante de la Métropole ».

 

Les députés refusent cette intrusion militaire dans le pouvoir législatif et exécutif et votent pour Pflimlin. Le lendemain, le même général Massu recommence et publie une conjuration au général de Gaulle : « Le comité de salut public supplie le général de Gaulle de bien vouloir rompre le silence en vue de la constitution d'un gouvernement de salut public qui seul peut sauver l'Algérie de l'abandon».

 

Le 15 mai 1958, le général Raoul Salan, toujours commandant de l'armée en Algérie, prononce, sur proposition du gaulliste Léon Delbecque, qui se trouve à ses côtés : «Vive la France, vive l'Algérie française, vive le général de Gaulle !». C’est un triomphe. Alors, depuis se retraite de Colombey-les-Deux-Eglises, Charles de Gaulle fait savoir qu’il est prêt à « assumer les pouvoirs de la République ». Le président de la République René Coty demande à l’Armée française en Algérie d’obéir à la République, de ne pas écouter Massu et Salan, et de rentrer dans le rang. Il n’est pas entendu.

 

Puis, le 27 mai, alors que la Corse a déjà décidé de former un Comité de Salut Public et de soutenir les insurgés d’Alger, le général de Gaulle fait indiquer : « J’ai entamé hier le processus régulier nécessaire à l’établissement d’un gouvernement républicain. » L’opposition – Pierre Mendès-France, François Mitterrand, Jacques Duclos, Edouard Daladier – crie au scandale et au coup d’Etat.

 

Le 1er juin, René Coty fait publier le communiqué suivant : il fait appel au «plus illustre des Français... Celui qui, aux heures les plus sombres de notre histoire, fut notre chef pour la reconquête de la liberté et qui, ayant réalisé autour de lui l'unanimité nationale, refusa la dictature pour établir la République».

 

Charles de Gaulle forme immédiatement un gouvernement d’union nationale, où figurent des représentants de partis politiques aussi bien de gauche que de droite, avec pour mission de régler les affaires en Algérie et de mettre au point une nouvelle constitution. Il fait à Alger le premier voyage de sa présidence du Conseil (le 4 juin 1958) et prononce le désormais fameux : « Je vous ai compris ! ».

 

Edmond Vernay : « Nous étions sur le tracé de la navette entre la Maison blanche (l’aéroport) et la place du Forum au cœur d’Alger. Nous l’avons vu passer. Lui, le grand chef. Le Chef de la France libre. Le libérateur du pays. Incroyable. Je peux vous dire que mon cœur a battu la chamade pendant un moment ! C’était du délire total. Une foule immense. Je n’avais jamais vu cela. Et partout étaient agités des drapeaux français. Les gens hurlaient. Les femmes criaient, comme hystériques. Le sauveur était là et il allait régler tous les problèmes. Contenir cette foule fut l’un des choses les plus difficiles de ma vie. Je crus qu’on n’y arriverait jamais. Notre chef, le capitaine Prestat, semblait tenir bon. Dans mon fort intérieur, je me disais qu’un fou furieux aurait pu faire ce jour-là des dégâts incommensurables.

 

Je les vois. Le général et son escorte descendent de voiture pour se rendre au Forum. Il apparaît au balcon du bâtiment du Gouvernement général. Il n’est pas seul. Des militaires l’encadrent. Il commence : « Je vous ai compris ! Je sais ce qui s’est passé ici. Je vois ce que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c’est celle de la rénovation et de la fraternité ».

 

Nous aussi nous avions tous compris ce jour-là. Pour certains, c’était la paix, pour d’autres la réaffirmation de l’Algérie française. Avec le temps, je me dis que les Algériens ont aussi compris ce jour fameux que leur espoir d’une Algérie indépendante avait peut-être commencé le 4 juin 1958 ! ».

 

La constitution de la Vème République est approuvée par référendum (79,2 % pour le « oui ») le 28 septembre 1958 et le 21 décembre de la même année, le général de Gaulle est élu, par un cortège électoral, premier président de la toute nouvelle république.

 

Trois ans et demi plus tard, l’Algérie est indépendante. Comme l’a écrit l’historien Benjamin Stora, « le général de Gaulle croit d’abord aux nations. C’était bien le destin de l’Algérie de devenir indépendante. De Gaulle a voulu négocier en position de force avec le FLN ; il a peut-être cherché à associer le destin de la France à celui de l’Algérie. Mais la fin de l’histoire était écrite dès le début du conflit ».

 

Edmond Vernay : « Pour moi la guerre était finie depuis longtemps. J’étais installé en région parisienne. Je travaillais au bureau d’études de Renault, à Rueil-Malmaison. Une petite fille vient bientôt faire la joie de notre famille. Mais voilà, un verre de rosé, une odeur de merguez ou une belle journée ensoleillée et je me retrouvais là-bas avec le souvenir des camarades. Ceux qui étaient rentrés, comme moi. Et ceux que nous avions laissé ».

 

 

 

Sources :

 

Georges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003.

Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.

Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.

Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.

Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.

Entretiens Edmond Vernay, novembre 2012.

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Publié le 24 Septembre 2011

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Sous la présidence de Jacques Chirac, le décret du 31 mars 2003 est promulgué ; il a pour titre : « Journée nationale d’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives ». Voici le texte de son article 1 : « Il est institué une Journée nationale d’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives en reconnaissance des sacrifices qu’ils ont consentis du fait de leur engagement au service de la France lors de la guerre d’Algérie. Cette journée est fixée au 25 septembre ».

 

Le 25 septembre 2011, la journée départementale d’hommage aux Harkis se déroulera une nouvelle fois à Issy-les-Moulineaux. Elle commencera par un dépôt de gerbes à la place Bachaga Boualam ; place inaugurée par M. André Santini en 1987.

 

Saïd Benaisse Boualam naît le 2 octobre 1906 à Souk Ahras, en Algérie, dans ce qui était alors le Constantinois. Enfant de troupe à Saint-Hippolyte-du-Fort puis à Montreuil-sur-Mer, entre 1919 et 1924, il gravit les grades de l’armée française et est nommé capitaine au 1er régiment de tirailleurs algériens. Il s’illustre pendant la Seconde Guerre mondiale, et est cité à deux reprises. Plus tard, il obtient les galons de colonel et reçoit le grade de commandeur de la Légion d’honneur, à titre militaire.

 

En 1956, alors bachaga (que l’on peut traduire par « haut dignitaire » ou chef de tribus), il devient chef de la harka de sa région. Une note de l’Etat-major de l’armée française définit une harka comme une formation militaire supplétive (le supplétif étant celui qui « complète » les effectifs d’une armée).

 

En 1958, lors de la Première législature de la Cinquième République, le Bachaga Boualam est élu député d’Orléansville (El-Asnam aujourd’hui), alors que l’Algérie est en guerre depuis 1954 (on parle d’événements à l’époque – selon les traités internationaux, la France ne pouvant se faire la guerre à elle-même). Le Bachaga Boualam est le symbole même de l’Algérie française, du moins de la bonne entente des musulmans avec les Pied Noirs et les Français de métropole. L’année suivante, il échappe de peu à un attentat. En juin 1960, il devient président du mouvement politique « Front de l’Algérie Française » (FAF), mouvement bien entendu anti-indépendantiste. Très rapidement, ce mouvement obtient près de 400.000 adhérents pour monter ensuite à un million. Trop dangereux pour les autorités, qui décident dès le mois de décembre suivant de le dissoudre.

 

Au cours de la guerre d’Algérie, le Bachage Boualam perdra dix-sept membres de sa famille. Il sera un emblème du drame des harkis, trouvant refuge en mai 1962 en Camargue. Vingt ans plus tard, le 8 février 1982, il rend son âme à Dieu, dans la petite commune de Mas-Thibert, près d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône.

 

Parmi ses décorations, il convient de citer la Légion d’honneur, la Croix de Guerre 1939-1945, la Croix de la Valeur militaire et la Croix du Combattant.

 

Par la suite, de nombreuses villes baptiseront une rue ou une place du nom du Bachaga Boualam : Aix-en-Provence, Arles, Cannes, Caen, Béziers, Nice, Nîmes, Perpignan, Sartrouville, Sète, Toulouse et bien entendu Issy-les-Moulineaux.

 

 

 

 

Sources :

 

-       Bachaga Boualam " Les Harkis au service de la France" ; Editions France Empire, 1962.

-       Nicolas d'Andoque "Guerre et Paix en Algérie. L'épopée silencieuse des SAS" ; Edité par SPL Société de Production Littéraire 10 rue du Regard 75006 Paris.

-       Mohand Hamoumou " Et ils sont devenus Harkis " ; Editions Fayard 1991.

-       Abd El Aziz Méliani "La France honteuse. Le drame des Harkis" ; Editions Perrin.

-       Site internet de l’Assemblée Nationale : www.assemblee-nationale.fr

-       Encyclopédie en ligne : www.wikipedia.fr

-       Association Jeunes Pieds Noirs : http://jeunepiednoir.pagesperso-orange.fr

 

 

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Publié le 3 Février 2011

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Pierre Essayan est à gauche sur la photographie. En pyjama. Il prend un petit-déjeuner avec des camarades de chambrée.

 

 

Etre un grand frère.

 

« Bonjour, Petit Frère. Je tenais à t’écrire cette petite lettre parce que j’avais envie de t’écrire et pour te donner quelques nouvelles de moi ». Par ces mots, commence la dernière lettre de Pierre Essayan, beau-frère de Nicole Essayan, maire-adjoint d’Issy-les-Moulineaux : « Il écrivait presque toutes les semaines à son frère Pascal, mon défunt époux. Cette lettre est datée du 17 octobre 1958. Pierre Essayan était un Arménien avec tout ce que cela signifie pour nous. C’est-à-dire qu’il était d’abord et surtout Français. Un amoureux des valeurs de la République. Pays qui a accueilli nos parents. Avec l’absolu nécessité de bien parler la langue, de bien l’écrire, de s’intégrer parfaitement. Peu importe les brimades, les réflexions. Il fallait être irréprochable. »

 

Pierre Essayan nait le 10 février 1932 à Paris. Suzanne est son ainée ; le petit Pascal, le benjamin. La santé de leur maman se dégrade peu à peu et elle devient paralysée. Employé aux Etablissements Chausson, le père travaille beaucoup. Au moment d’être appelé sous les drapeaux, Pierre est tricoteur. Il habite avec sa famille rue de l’Egalité à Issy-les-Moulineaux. Lui, son frère, qui est apprenti-lithographe, et leur sœur Suzanne, se démènent pour aider des parents usés avant l’heure par des années d’ouvrage.

 

« Pierre faisait tout ce qu’il pouvait pour aider sa famille. Il travaillait comme un fou, s’occupait de ses parents, et son jeune frère était pareil. Par contre, bien souvent Pierre s’entraînait au football. Il était très doué. Notre ami Henry Karayan, connu pour son passé dans la Résistance à côté de Missak Manouchian, lui avait même promis une possibilité de jouer à Paris après son service militaire ».

 

 

De Balard à Alger.

 

Pierre Essayan est en effet appelé sous les drapeaux le 1er février 1957. Il intègre le bataillon de l’air 117, unité assurant le support de l’Administration centrale de l’Armée de l’air, place Balard à Paris. Il est ensuite versé dans l’Armée de terre au début du mois de mars 1958.

 

Le 15 mars 1958, il embarque à Marseille et arrive à Alger le 17. Selon la formule, il est « libéré de ses obligations légales d’activité » le 1er août 1958, mais, du fait de la loi votée par le Gouvernement de Guy Mollet, il est maintenu sous les drapeaux le 31 août 1958.

 

Août 1958. Voilà trois mois que le général de Gaulle est revenu aux affaires du pays. A Alger, il a déclaré « Je vous ai compris » et chacun a entendu ce qu’il voulait : l’Algérie française pour les uns ; l’indépendance, du moins l’auto-détermination, pour les autres. Quelques jours plus tard, conformément aux accords avec la Tunisie – indépendante depuis 1955 – la France rapatrie ses troupes qui y sont encore stationnées. « Oui, mais l’Algérie, ce sont des départements français. Ce n’est pas comparable », entend-on un peu partout. Et c’est bien vrai, d’autant que les fellaghas sont loin de faire l’unanimité au sein de la population algérienne.

 

Le 3 juillet, le général de Gaulle annonce la constitution d’un collège électoral unique. Et il va même plus loin en donnant le droit de vote aux femmes musulmanes. En septembre 1958, alors qu’au Caire, en Egypte, le leader algérien Ferhat Abbas annonce la formation du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), de Gaulle fait un discours remarqué à Constantine : des réformes économiques, sociales et culturelles sont édictées. L’Algérie va également pouvoir s’industrialiser à grande vitesse grâce à la richesse du sous-sol du Sahara, regorgeant de pétrole.

 

Il n’empêche. Dans le même temps, les « opérations de maintien de l’ordre » continuent. La guerre en Algérie ne dit pas son nom. La France d’ailleurs ne peut pas se faire elle-même la guerre : officiellement ce sont des bandes armées qui sèment la guérilla dans les départements français d’Algérie. Bientôt près de huit-cent-mille soldats français sont engagés dans ce conflit.

 

 

En opération à Médéa.

 

 

Médéa est le chef lieu de la wilaya – région – du même nom. Située à quelques quatre-vingt kilomètres au sud-est d’Alger, elle offre des paysages de hauts plateaux qui ferment à l’ouest la vallée de la Mitidja. Une wilaya est formée de nombreux « beylicat », dont le nom provient du Turc « bey », et qui signifie « chef de clan » autant que son territoire.

 

A l’automne 1958, Pierre Essayan et son unité sont placés dans le beylicat de Titteri, près du village de M’fatha, à quelques dizaines de kilomètres au sud de Médéa. Nous sommes le 1er novembre. Voilà quatre années, jour pour jour, que le FLN (Front de libération nationale) a déclenché la « Toussaint rouge » : une série d’attentats contre les colons français dans le constantinois (dont l’assassinat d’un couple d’instituteurs venus de la métropole). La date est généralement retenue comme le déclenchement de la guerre d’Algérie.

 

Pierre Essayan participe à des reconnaissances. C’est son travail quasi quotidien. La patrouille a quitté le campement et fait déjà pas mal de kilomètres quand elle tombe dans une embuscade. Pierre se protège. Il se met en position de riposter. Mais devant lui un camarade est à terre. N’écoutant que son courage, il se lève et part le chercher. Une première balle le touche à l’épaule gauche ; une seconde le blesse à la mâchoire et à la nuque. Il en reçoit encore une troisième, celle qui le tue, en plein thorax.

 

L’embuscade terminée, un rapide bilan est tiré : ce soir, le régiment comptera un soldat de moins. La patrouille revient au camp, portant le corps de Pierre Essayan. Le jeune homme reçoit la médaille militaire et la croix de la valeur militaire avec palme à titre posthume.

 

A Issy-les-Moulineaux, dans la communauté arménienne, l’émotion est grande. Suzanne, enceinte, met au monde, quatorze jours après le décès de son frère, un petit garçon, qui reçoit bien entendu le prénom de Pierre. La maman ne se remet pas de la disparition de son fils. Dieu la rappelle à Lui six mois plus tard.

 

Au début de l’année 1959, le général Challe met au point son plan qui va, en deux années, mettre à bas, pour un moment, une grande partie des « katibas » – unités – de l’Armée de Libération Nationale, branche armée du FLN.

 

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Pierre Essayan en position de tir.

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Publié le 12 Décembre 2010

Le Père Charles Bonnet est isséen : il vit aujourd’hui à la maison de retraite des prêtes de Saint-Sulpice, placée à côté du séminaire qui abrite l’Ecole Supérieure de Théologie Catholique. Très actif, membre de nombreuses associations d’entraide, voyageant de par le monde (il était en Chine la première fois quand le Souvenir Français a cherché à le rencontrer), le Père Bonnet a également fait la guerre d’Algérie.

 

Qui a son bac ?

 

« Arrivé en Algérie début janvier 1958, après quatre mois de classes à Granville dans la Manche, j’en suis reparti fin décembre 1959. Quand notre convoi de nouveaux arrivants a débarqué à la ferme Sénéclauze, dans la vallée de la Soummam, sur la commune de Oued Amizour, l’adjudant de la CCAS du 29ème bataillon de chasseurs à pied, chargé de nous répartir entre les différents postes demanda : «  Qui a son bac » ? Craignant d’entendre la phrase classique dans ces cas -là : «  vous serez de corvée de chiottes demain matin de bonne heure », je me gardai bien de répondre. « Il n’y a pas quelqu’un qui s’appelle Bonnet ici » ? Je répondis : «  Moi, mon adjudant ». « Alors, vous pouvez pas répondre quand on vous appelle » ? Je me tus, ne voulant pas lui expliquer pourquoi j’avais gardé le silence. « Bon, vous êtes affecté à la ferme Tavel, à l’infirmerie. »

 

A la ferme Tavel.

 

« Et c’est à l’infirmerie de la ferme Tavel que je devais passer mes dix-huit premiers mois avant poursuivre cette tâche dans la petite ville d’El Kseur à vingt km de là. Je n’avais aucune compétence pour le métier d’infirmier ni aucune formation mais c’était une tâche qu’on confiait volontiers aux séminaristes en pensant peut-être que ceux qui voulaient se consacrer, comme prêtres, au soin des âmes avaient des aptitudes particulières pour le soin des corps ou au moins pour l’accueil de ceux qui souffrent. En fait, je ne fis guère de piqûres et de pansements car j’étais d’abord le secrétaire du toubib et le responsable de la gestion de l’infirmerie. Et, pendant deux ans, j’assistai tous les jours aux consultations du médecin, notant les traitements qu’il prescrivait et les notifiant aux infirmiers pour qu’ils les mettent en œuvre. J’y ai beaucoup appris.

 

Bien qu’affecté à l’infirmerie, je dus, comme tout le monde pendant ces deux ans, monter la garde la nuit, faire des patrouilles, participer à des opérations. Je connus, comme tout le monde, la peur : peur des bruits bizarres de la nuit, peur en traversant, déployés en ligne, des espaces dégagés où l’on peut vous tirer comme des lapins, peur sur les routes désertes où l’on peut sauter sur une mine ou être victime d’une embuscade. Car cette guerre n’avait rien d’une bataille rangée où l’on sait où se trouve l’ennemi. Il n’y avait pas de front ou plutôt l’affrontement pouvait se dérouler n’importe où. L’ennemi était caché et pouvait surgir à l’improviste et se retirer tout aussitôt. L’ennemi ce pouvait être aussi cet ouvrier si aimable de la ferme qui guiderait les agresseurs et leur ouvrirait la porte. La guerre était nulle part et le risque partout. On vivait sur le qui-vive et la méfiance, même si à force, on finissait par oublier le danger et l’on devenait parfois négligent sur la sécurité.

 

J’ai connu tout cela en Algérie même si, pour l’essentiel, j’y ai mené une vie très différente de la majorité des appelés du contingent".

 

L’Assistance médicale gratuite de l’Armée française.

 

"Nous étions une infirmerie militaire, mais la santé des soldats ne nous prenait pas beaucoup de temps. L’essentiel de notre activité consistait à soigner les civils algériens dans le cadre de ce qu’on appelait l’AMG (Assistance médicale gratuite). Car si l’Armée française avait pour mission le maintien de l’ordre vis-à-vis des rebelles, elle avait aussi à assurer ce qu’on appelait la pacification dans l’espoir de rallier des populations tiraillées entre les uns et les autres. C’est dans ce cadre qu’elle assurait des soins gratuits à tous les Algériens qui en avaient besoin. Je ne sais ce qu’est devenu le cahier de statistiques que nous tenions soigneusement à jour mais nous n’avions jamais moins de trente personnes à soigner par jour et nous montions quelquefois à soixante-dix. Et l’on piquait, l’on pansait, l’on massait, l’on faisait ingurgiter des pilules ou des sirops à longueur de journée. Les bébés pleuraient, les enfants criaient quand on voulait les piquer, les mamans se disputaient pour passer la première, et les infirmiers hurlaient plus fort pour maintenir un peu d’ordre. Et, quand vers une heure de l’après-midi le silence retombait enfin, tout le monde était un peu flapi et avait besoin d’un solide déjeuner et d’une bonne sieste pour se remettre. La fin de l’après-midi était plus calme : c’est là qu’on s’occupait des soldats venus en consultation ou de ceux qu’on avait hospitalisés pour quelques jours à l’infirmerie.

 

On ne se contentait pas de soigner à l’infirmerie mais avec le toubib on allait, à la demande, dans les postes militaires éloignés, soigner militaires et civils ou dans le village voisin de Boukhalfa. Le médecin se rendait là, seul, sans arme et, même pendant tout un temps, avec sa femme, médecin elle aussi, venue passer quelque semaines avec lui pendant que leur fillette de six ans se promenait au milieu du village et, qui se serait senti complètement déshonoré s’il leur était arrivé quelque chose. On a bien dû, là ou ailleurs, soigner quelques fells en mauvais état venus discrètement profiter du passage du médecin. C’est même dans ce village qu’un vieil Algérien a répondu au médecin qui lui disait « à la semaine prochaine », « Non vous ne reviendrez plus jamais car la semaine prochaine vous aurez déménagé à El Kseur ». Et de fait, le dimanche matin suivant, l’ordre est venu de déménager immédiatement. Le vieux était au courant, pas nous. Le FLN avait un meilleur service de renseignement que nous ! Et il faut bien avouer que nous n’avons pas soigné que des fellagas clandestins mais aussi des fellagas authentiques ou présentés comme tels par les officiers chargés du renseignement qui nous demandaient de les remettre en état pour pouvoir les interroger à nouveau. Avec le toubib, nous nous demandions à chaque fois s’il ne fallait pas mieux les laisser mourir plutôt que les faire survivre pour de nouveaux interrogatoires musclés. Dans tous les cas, le médecin finalement décidait, conformément au serment d’Hippocrate, de les soigner en se disant que, peut-être, on les laisserait en vie à la fin. Que sont-ils devenus ?

 

Il y eut aussi ces moments dramatiques concernant les copains quand on était appelé de jour ou réveillés brutalement la nuit pour aller ramasser des blessés ou des morts, suite à une embuscade ou un accident de half track, et les emmener de toute urgence à l’hôpital de Bougie ou à la morgue. C’était des copains avec qui on avait fait nos classes ou qu’on avait côtoyés tous les jours. Ils avaient à peine plus de vingt ans, parfois une fiancée qui les attendait, souvent des parents qui comptaient sur eux pour reprendre la ferme. Ils étaient venus par devoir en Algérie souvent sans trop savoir pourquoi on les y envoyait et ils étaient morts sans le savoir davantage.

 

Heureusement il y avait les week-ends. Eté comme hiver, le samedi nous partions en convoi à Bougie. Avec le toubib nous commencions par visiter les malades du bataillon à l’hôpital ou à l’infirmerie de garnison, puis nous rejoignions les autres pour, en été, nous baigner ou faire un tour dans la ville, les uns dans les librairies et les cafés, les autres, rue des Vieillards, rencontrer des femmes très accueillantes et généreuses puisqu’elles n’hésitaient pas à partager leurs infections avec les soldats et officiers qui les fréquentaient. C’était aussi une activité de l’infirmerie que de fournir des capotes avant de partir ou d’injecter trois grammes de streptomycine dans les jours qui suivaient le retour, le tout généreusement fourni par le service de santé des armées françaises. Et, le dimanche matin, grasse matinée ou, pour les chrétiens pratiquants, messe à El Kseur célébrée par un curé pied noir retiré actuellement en Provence, le cher abbé Theuma, accueillant comme tout mais très vindicatif dès qu’on mettait en doute l’Algérie française. L’après-midi du dimanche, c’était, comme tous les soirs, la belote, le rami, le tarot ou le Monopoly avec le risque de ne pas se coucher avant deux heures du matin.

 

Enfin, la quille arriva, après un second Noël en Algérie, bien arrosé par les copains. Je me demande encore comment le curé a pu rentrer vivant chez lui après la messe de minuit car le chauffeur du commandant chargé de le ramener au presbytère était totalement bourré. Nous aurions dû être heureux. Mais je n’ai jamais connu un train de militaires aussi triste que celui nous ramena de Marseille à Nantes en passant par Lyon où nous étions éclatés dans les auto-tamponneuses. Nous étions tristes, non de quitter l’Algérie – et encore ce n’est pas sûr car notre cœur avait fini par s’y attacher – tristes certainement de nous quitter sans être sûrs de nous revoir. Mais plus encore inquiets de retrouver la vie normale sans savoir, pour certains, s’ils allaient retrouver du travail, si la fiancée les aurait attendus, s’ils allaient pouvoir se réhabituer à la France, après tout ce qu’ils avaient vécu et qu’ils ne pourraient jamais vraiment partager. Je me souviens de mon énervement, dans le couloir du train bondé qui me ramenait  à Nantes, où j’étais coincé au milieu de jeunes bleus partant en permission du 1er de l’an. Ils se plaignaient de n’avoir obtenu qu’une permission de 48h, bien trop courte à leurs yeux, alors que, durant mes deux ans d’Algérie, je n’avais eu qu’une seule permission au bout de huit mois et que je n’étais pas revenu en France depuis seize mois. Je n’ai rien dit. Qu’auraient-ils pu comprendre ?

 

«Je vous ai compris». Ces paroles du Général de Gaulle à Alger, je les ai entendues, à la radio, quand j’étais là-bas. Les évènements ne se sont pas déroulés comme les pieds noirs croyaient l’avoir compris, ni sans doute comme l’espéraient beaucoup d’Algériens au moment de l’indépendance. Mais ce que nous avons fait a-t-il été compris ? L’avons-nous compris nous-mêmes ? Même encore aujourd’hui ? »

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 27 Novembre 2010

Vue-aerienne-de-TENES---L-abattoir

 

Vue aérienne de Ténès.

 

 

Le 22ème R.I.

 

Créé en 1791 à partir du Régiment du Viennois et des Bataillons de Guyenne, l’unité prend d’abord le nom de 22ème régiment d’infanterie de ligne et se distingue pendant les guerres de Révolution et de l’Empire, entre autres pendant la campagne d’Allemagne en 1813, où l’empereur Napoléon 1er indique : « Il y a vingt ans que je commande des armées et je n’ai jamais vu tant de bravoure et de dévouement ». Par la suite, le régiment participe à la conquête de l’Algérie en 1830, à la campagne d’unification de l’Italie (bataille de Magenta, de Solferino), à la Guerre franco-prussienne de 1870.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, le 22ème RI, stationné à Sathonay et Bourgoin dans le Dauphiné, est de toutes les grandes batailles, qu’il s’agisse en 1914 de la « course à la mer », la Champagne en 1915, Verdun en 1916, la Somme l’année suivante, les Flandres et à nouveau la Champagne en 1918. Le régiment reçoit quatre citations à l’ordre de l’Armée et la fourragère jaune, couleur de la Médaille militaire.

 

En 1939, le régiment est affecté à la défense d’Haguenau en Alsace. Il subit la défaite de 1940 mais contribue à la libération du pays quatre années plus tard. Il est de nouveau mobilisé pour la guerre d’Algérie en 1956.

 

En Algérie.

 

Cette année-là, le gouvernement de Guy Mollet décide de prolonger le service militaire de six à neuf mois suivant que les soldats appelés sont déjà ou non sous les drapeaux (ils sont alors « rappelés »). L’œuvre de « pacification » décidée pour l’Algérie passe par un envoi massif des soldats du contingent.

 

L’état-major, la compagnie de commandement et de soutien (CCS) et les bataillons du 22ème RI sont formés le 22 mai 1956 à Sathonay avec des rappelés originaires de la région. Moins d’un mois plus tard, le régiment débarque en Algérie et s’installe dans un premier temps à Fromentin, avant de rejoindre en septembre de la même année la ville de Ténès, située sur la côte entre Oran et Alger. Les bataillons sont dispersés : le 1er s’implante à Gouraya, tandis que le 2ème prend ses quartiers à Montenotte, le 3ème à Fromentin. Au sein de chaque bataillon, les compagnies s’établissent dans les villages, des lieux-dits ou des camps retranchés, parfois des « bordj » terme local que l’on peut traduire par camp retranché ou, littéralement par caravansérail.

 

Dominique Verley.

 

Dominique Verley nait le 21 juin 1934 à Neuilly-sur-Seine. Habitant à Issy-les-Moulineaux, sergent rappelé, il intègre le 22ème RI et part lui aussi pour l’Algérie. Il appartient au 2ème bataillon.

 

Michel Fetiveau, vétéran de la guerre d’Algérie et du 22ème RI, a créé un site internet remarquable (www.22eme-ri-tenes-1956-1962.com) où il répertorie toutes les informations qu’il peut glaner sur son ancienne unité et ses camarades de combat. Il a ainsi retrouvé plusieurs des compagnons d’armes de Dominique Verley et a recueilli leurs témoignages.

 

Le premier est celui de Monsieur Bailhache : « J’ai commencé des études d’opérateur géomètre à la suite desquelles j’ai dénoncé le sursis que j’avais obtenu. J’ai donc été incorporé au 1er régiment du Train à Montlhéry puis ai été volontaire pour suivre le peloton de brigadier. J’ai suivi les autres, bien que je ne me sentais pas de vocation particulière. Après cela, et dans les mêmes conditions, j’ai suivi le peloton de maréchal des logis, puis les E.O.R. à Saint-Maixent. Là, c’était dans l’infanterie. Comme il y avait des besoins urgents d’encadrement en Algérie, cette formation a été très rapide. Le 15 septembre 1956, je suis sorti aspirant et, avec trois bons camarades de la section, nous avons choisi la même affectation en Algérie pour essayer de rester ensemble. Nous avions demandé le 2ème bataillon du 22ème régiment d’infanterie qui devait se trouver à Collo.

 

En mars 1957, j’ai été déplacé à Chassériau, petit village ou il n’y avait qu’une brigade de gendarmerie. Avec ma section, j’ai été à nouveau chargé de monter un poste. Le maire du village a mis à ma disposition son école désaffectée et nous nous y sommes installés. Moi j’ai occupé le logement de l’instituteur. Il a fallu fortifier ce poste de façon à éviter d’être harcelés, surtout la nuit. Avec 25 hommes et la proximité des gendarmes, je devais faire face à la population incertaine qui se trouvait tout autour. Nous n’avions pas de radio pour les liaisons avec la compagnie et nous devions nous contenter du téléphone civil.

 

Nous sommes restés là durant trois mois. J’avais également pour mission de faire des patrouilles tout autour du village pour bien faire voir que l’Armée française était présente. Nous devions aussi protéger des exploitations agricoles isolées, par des patrouilles de nuit, car les colons avaient quitté leurs fermes pour se réfugier au village. Nos contacts avec les colons ont toujours été très bons mais nous avions beaucoup de mal à avoir des relations suivies avec les Algériens dispersés dans les douars. Il y avait des passages de bandes qui faisaient pression sur les populations. Quand les gendarmes venaient nous voir le matin, c’était pour nous annoncer que des Algériens avaient été assassinés dans leurs douars. Il fallait alors les accompagner pour constater les crimes commis par les fellaghas durant la nuit. Ces hommes étaient égorgés ou brûlés, simplement parce qu’ils avaient résisté aux fellaghas. Quant aux autres, terrorisés, ils ne disaient plus rien.

 

Un jour, le général de Brebisson a atterri en hélicoptère pour venir voir mon poste. Il m’a félicité en me disant  « c’est un véritable petit bordj, lieutenant, félicitations » J’étais content parce que les murettes étaient tirées au cordeau, avec des meurtrières efficaces et que tout était parfaitement ordonné. Puis, après six mois dans le grade d’aspirant, je suis devenu sous-lieutenant et à la suite d’une permission, le lieutenant m’a envoyé en plein djebel pour m’installer sur un autre piton, complètement à l’écart du village de Montenotte. Ce piton, désigné par la « cote 541 », devait être aménagé. Le capitaine avait mis à ma disposition un bulldozer, de manière à l’araser afin que toute la compagnie puisse y tenir. Deux sections surveillaient le travail du bulldozer et assuraient la protection. La section Verley et la mienne.

 

Le 7 juin 1957, j’ai dû me rendre à Cavaignac pour aller chercher des papiers et du ravitaillement. Le lendemain, 8 juin, je me suis joint au convoi remontant, avec le colonel qui voulait voir nos travaux d’implantation. Ce convoi comprenait plusieurs véhicules. En montant la fameuse piste, nous avons aperçu des silhouettes au sommet du piton, comme des ombres chinoises. Le colonel a fait arrêter le convoi pour me demander qui étaient ces hommes qu’on voyait en contre jour. J’ai répondu que c’étaient les hommes du sergent Verley qui nous regardaient monter. Mais d’un seul coup, une rafale de mitrailleuse est partie de là haut et on a compris qu’il ne s’agissait pas de la section Verley, mais de fellaghas. J’ai pris le commandement de la section d’état-major pour donner l’assaut. Nous sommes montés sur une pente assez raide, à travers les broussailles, mais quand nous sommes arrivés en haut, les fellaghas étaient partis. Malheureusement, quatre des nôtres avaient été tués, le sergent Verley lui même et son éclaireur de pointe, Serge Merre, André Canot et Jean Dudat. Un cinquième gars, qui s’appelait Claude Denis, avait été très choqué car il avait reçu une balle sur la crosse de son fusil. Il l’avait échappé belle ! Nous avons retrouvé deux fellaghas tués dans les broussailles. A partir de là, une grosse opération a été engagée avec l’aviation et la chasse mais on n’a jamais retrouvé les fellaghas. Pourtant nous en avions bien vu une vingtaine en silhouettes sur le piton et il est probable qu’ils y en avaient d’autres sur le versant opposé. »

 

Le second témoignage est de celui de Raymond Ponton : «  Le 22ème RI est l’un des régiments qui a eu le plus de morts en Algérie. La plupart étaient des appelés du contingent. La 8ème compagnie était évidemment opérationnelle et de ce fait, j’ai crapahuté partout dans le secteur de Ténès et même au-delà. Ces opérations duraient souvent trois ou quatre jours, notamment dans le massif de l’Ouarsenis et dans des conditions difficiles. A plusieurs reprises, nous avons été héliportés par des « bananes » et autres Sikorski. Au cours des vingt-deux mois que j’ai passés en Algérie, j’ai vu mourir trente camarades de ma compagnie. Cela ne s’oublie pas. Fin janvier 1957, j’ai été désigné avec trois autres copains pour aller porter renfort à une gendarmerie qui se trouvait à Chasseriau, un village entre Ténès et Orléansville. Là, les gendarmes vivaient avec leurs familles mais comme ils n’étaient pas très nombreux, il fallait bien les protéger. C’est là que le 8 juin 1957 les fells nous ont attaqués et que le sergent Verley a été tué. Sur ce piton, nous avons vécu dans des conditions très difficiles. D’abord sous des toiles de tentes, puis dans des baraquements en bois. Le ravitaillement nous était parfois parachuté en même temps que le courrier et les munitions. Nous faisions aussi des ouvertures de routes car les pistes que nous devions emprunter étaient très sinueuses et parfois minées. »


A la suite de la mort du sergent Verley, le bordj auquel il était affecté prend son nom, comme cela peut être constaté sur cette photographie.

 

 

 Entree-du-bordj-sergent-VERLEY-a-TAOURIRA

 

 

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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Publié le 18 Mars 2010

Départ en mission


Georges Fleury, in La guerre en Algérie (Ed. Payot) : "J'ai écrit ce livre (...) pour que les enfants d'aujourd'hui, ceux de demain, se rendent compte que leur père ou leurs grands-pères n'ont pas été pires que d'autres, alors même qu'ils étaient confrontés à des situations extrêmes qui dépassèrent souvent ceux qui les avaient envoyés se battre dans ces djebels si beaux dont ils rêvent encore la nuit et ou des petits riens les ramènent parfois. Il suffit d'un copain retrouvé, d'une phrase en arabe cueillie au coin d'une rue, d'une odeur de merguez, d'un petit coup de vent chaud, d'un verre de vin rosé, d'une tasse de thé, du miel d'une pâtisserie, pour qu'ils entendent encore l'étrange et lancinante petite musique de là-bas. Celle de nos vingt ans...".

Retrouvez des clichés de l'Algérie et de la guerre d'Algérie dans l'album éponyme.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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