Les chars des ateliers d'Issy-les-Moulineaux.

Publié le 13 Février 2016

Ateliers de chars à Issy-les-Moulineaux.
Ateliers de chars à Issy-les-Moulineaux.

Les usines Renault du quai Stalingrad.

Autant l’entreprise Renault avait œuvré pour l’effort de guerre au cours de la Première Guerre mondiale en développant puis fournissant des véhicules et notamment des chars qui donnaient satisfaction, autant dans les années 1930, Louis Renault est moins enclin à recommencer. Proche des Croix-de-Feu du colonel de la Rocque puis de la Cagoule, il déclare en 1935, à l’occasion d’une visite en Allemagne au chancelier Adolf Hitler : « Une guerre économique entre la France et l’Allemagne n’aurait d’avantages que pour l’Angleterre et l’Amérique » ; auparavant il avait indiqué : « On ne peut plus gagner d’argent qu’en fabriquant des véhicules de tourisme ».

De fait, dans ces années-là, Renault construit des chars en petites séries et qui ne donnent pas satisfaction : si le modèle FT de 1931 et le digne héritier des chars de 1918 et sa production est de plus de 1.500 engins, ce ne sera pas le cas du Renault D3 de 1932 puis de l’AMR de 1933 et de l’AMC de 1934.

Donc, prenant acte de cette situation, et face à la montée du péril allemand, le Gouvernement Front Populaire de Léon Blum nationalise les usines Renault d’Issy en 1936, qui sont alors spécialisés dans ce type d’armement.

Ces usines, situées quai de Stalingrad, se voient confier la mise au point et la construction de chars qui vont prendre le nom d’AMX : « A comme Ateliers » ; « MX comme MoulineauX ».

L’AMX 13.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1949, ces usines, qui ont vu passer les constructions des chars de 1914 et de 1940, mettent au point le prototype de l’AMX 13 qui va être fabriqué à Roanne dans une unité qui existe toujours et qui dépend maintenant de la société Nexter, descendante de ces temps-là.

La mise au point et l’expérimentation financées en grande partie par les Etats-Unis, durent jusqu’en 1955, année de sortie des premiers modèles de série des Ateliers de Roanne (ARE). A partir de 1964, Creusot-Loire, à Chalon-sur-Saône, remplace l’ARE et une troisième ligne de montage est ouverte aux Forges et Chantiers de la Méditerranée à la Seyn-sur-Mer. La fabrication se termine en 1985.

Le canon de 75 mm dérive de celui des Panthers allemands : il est alimenté par deux barillets rotatifs d’une capacité de six obus. Ce système évite l’emploi d’un membre d’équipage pour charger les obus, mais une fois les douze projectiles tirés, le retour à l’arrière est nécessaire pour compléter les barillets. Le canon de 90 mm introduit en 1967 est également à barillets, la durée du rechargement complet allant de 1h à 1h30.

A partir de 1965, l’AMX 13 est équipé dans certains régiments de quatre missiles SS-11, deux de chaque côté. En opérations, l’Armée française le déploie durant la Guerre d’Algérie avec, en mars 1958, 114 AMX 13. L’Armée d’Israël l’emploie durant la crise du canal du Suez en 1956, la guerre des Six Jours de 1967 et la guerre de Kippour de 1973.

En France, au début des années 1980, environ 1.010 de ces chars sont en parc dans l’armée de Terre. Ils sont alors en cours de remplacement dans les régiments mécanisés par les AMX 30.

L’AMX 30.

En 1967, c’est au tour de l’AMX 30 d’être conçu à Issy-les-Moulineaux (ce sera d’ailleurs le dernier de la série à y être conçu).

L’AMX 30 est un assemblage d’acier coulé et corroyé. Sa tourelle est coulée d’une seule pièce. L’équipage se compose de quatre hommes. Le pilote est assis à l’avant gauche du châssis et les trois autres membres de l’équipage (le chef de char et le tireur à droite, le chargeur à gauche) sont installés dans la tourelle.

L’AMX 30 est mis en service à partir de 1967. Le premier régiment à en être équipé est le 503e régiment de chars de combat à Mourmelon, suivi du 501e à Rambouillet. Les régiments blindés des Forces Françaises en Allemagne sont équipés par les séries suivantes sorties des Ateliers de Roanne. L’ordre de bataille décidé en 1967 prévoit un régiment de chars AMX 30 pour chacune des quinze brigades des cinq divisions mécanisées alors en service. Au début des années 1980, environ 1.210 AMX 30 sont en ligne en compagnie de 1.010 AMX 13. Au 1er janvier 1989, un total de 1.258 chars AMX 30 est en service dans l’armée de Terre française.

L’armement principal du char est un canon Giat CN-105 F1 d’un calibre de 105 mm, opéré par le tireur ou le chef de char (qui a une commande prioritaire), et la télémétrie optique est opérée par le chef de char qui définit la cible, calcule la distance et transmet les informations verbalement au tireur. L’AMX 30 dispose en armement secondaire d’un canon automatique coaxial de 20 mm, en remplacement de la mitrailleuse de 12,7 mm d’origine, et armant également l’AMX 10. Celui-ci a pour particularité de pouvoir être pointé en site, indépendamment du canon principal, pour servir de DCA légère. Une mitrailleuse de 7,62 mm couplée à un projecteur (pouvant recevoir un filtre infrarouge pour la vision de nuit) est fixée sur le tourelleau et commandée depuis l’intérieur par le chef de char. Des lance-pots fumigènes disposés de part et d’autre de l’arrière de la tourelle complètent la défense rapprochée de l’engin blindé.

Comme d’autres blindés, il peut être équipé d’un schnorchel pour franchir les voies d’eau. Il est par la suite modernisé à plusieurs reprises puis finalement retiré en 1997, remplacé par le char Leclerc.

Désaffectation des usines.

En 1992, l’usine, désaffectée depuis plusieurs années, revit grâce à une association d’artistes qui s’installe sur cet espace en friche : 5.000 mètres carrés dans un immense hangar, dessiné par Gustave Eiffel, en bordure de Seine. Aujourd’hui, des immeubles de bureaux et d’habitations ont pris la place de ces ateliers qui avait fait, un temps, la gloire de la commune.

Sources :

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Issy d'antan

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