Les écrivains d'Indochine - 2 - Les journalistes.

Publié le 9 Août 2016

Le journaliste Lucien Bodard et le général de Lattre de Tassigny.

Le journaliste Lucien Bodard et le général de Lattre de Tassigny.

2 – Les journalistes.

 

Albert Londres.

Albert Londres : né en 1884 à Vichy et mort en mai 1932 dans l’océan Indien dans l’incendie du bateau Georges Philippar. Journaliste, écrivain, il dit à l’occasion d’une conférence : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire tort, il est de porter la plume dans la plaie ».

Correspondant de guerre pendant la Première Guerre mondiale, Albert Londres voyage par la suite dans de nombreuses contrées. En 1922, il se rend en Asie et raconte, dans le journal illustré Excelsior, ce qu’il voit en Chine et au Japon, ainsi qu’en Indochine.

 

Henry Chavigny de la Chevrotière.

Né le 11 septembre 1883 à Saigon, il meurt assassiné par le Vietminh 12 janvier 1951. Journaliste puis rédacteur en chef à L’Impartial, alors journal le plus lu en Cochinchine, il défend une conception coloniale « éclairée » de la présence française en Indochine. Il s’oppose violemment à André Malraux, en 1923, alors que ce dernier organise un pillage des temples d’Angkor. Anticommuniste, alors que Malraux leur est favorable, Henry Chavigny quitte L’Impartial et fonde La Dépêche, qui sera là encore un très grand succès auprès des Français d’Indochine. Il meurt assassiné et reçoit à titre posthume la Légion d’honneur et la Croix des Théâtres des Opérations Extérieures.

 

André Malraux.

Difficile de cataloguer André Malraux, né en 1901 à Paris et mort à Créteil en 1976 : journaliste, écrivain, Résistant, homme politique, communiste, gaulliste, ministre de la Culture, concepteur des Maisons de la Culture… Concernant l’Indochine, les aventures d’André Malraux commencent en 1923 quand il décide, avec son épouse Clara, de rapporter en France des morceaux de temples volés à Angkor. Pris, condamné pour cela, il effectue une année de prison au Cambodge. En 1925, de retour en Indochine, il fonde le journal L’Indochine, qui dénonce la politique colonialiste de la France. En dépit d’un succès réel, le journal ne dure pas longtemps. André Malraux quitte de nouveau l’Asie… pour y revenir dans les années 1930 où il visite, entre autres, le Japon. Il a publié de nombreux ouvrages dont l’ouvrage Les Conquérants, qui raconte l’engagement communiste chinois.

 

Paul Bonnecarrère.

Né en 1925 et mort en 1977, Paul Bonnecarrère est un écrivain et journaliste français. Engagé volontaire au 1er régiment de chasseurs parachutistes en 1944. Après guerre, il devient correspondant de guerre en Indochine, à Suez et en Algérie. Au cours de ces campagnes, il vit au sein des troupes de choc et lie de solides amitiés qui l’amèneront à écrire deux ouvrages sur la Légion étrangère : Par le sang versé, Fayard, 1969 et La guerre cruelle, Fayard 1972. Le premier recevra le prix Eve Delacroix en 1969 et fera de lui l’un des grands de la littérature militaire.

 

René Vital.

Né en 1924 et mort en 1993. A sa mort, son journal Paris Match publiait ceci : « Originaire de Pau, René Vital aurait souhaité devenir acteur, mais il s’est retrouvé régisseur au théâtre des Mathurins à Paris. Il était l’mai de l’acteur Michel Auclair, qui l’a introduit à Match en 1952. La technique n’était pas son fort, mais son charme et son humour étaient ravageurs. Cet acteur-né ne pensait qu’à faire rire son entourage. S’il n’a pas exercé le métier de comédien sur les planches, il l’a bien exercé dans la vie. Tout reportage qu’il rapportait était à ses yeux, obligatoirement exceptionnel. Il aimait par-dessus tout la boxe et le rugby. Envoyé en Indochine, il a assisté à la libération des combattants de Diên Biên Phù. Il était également présent à la fusillade de la rue d’Isly à Alger. Mais le reportage qui l’a le plus meurtri est la catastrophe du barrage de Fréjus, en décembre 1959. Il ne pouvait supporter la douleur des parents qui nettoyaient le visage de leurs enfants. Il a quitté Match l’année suivante ».

 

Lucien Bodard.

Né en janvier 1914 à Chongqing dans le Sichuan (Chine), il meurt en mars 1998 à Paris. Fils de diplomate, diplômé en Sciences politiques, Lucien Bodard commence sa carrière de journaliste en 1944 au sein du gouvernement provisoire pour lequel il travaille (section presse – informations). En 1948, il devient grand reporter pour France-Soir et est envoyé en Indochine en tant que correspondant de guerre. De cette histoire, il va sortir une œuvre monumentale, et qui reste une référence, La Guerre d’Indochine, publiée en cinq volumes publiés de 1963 à 1967. Ses livres décrivent aussi les événements politiques et historiques relatifs à la Chine : La Chine et la Douceur (1957) ; La Chine du cauchemar (1961) ; Mao (1970) ; les Grandes Murailles (1987) ; le Chien de Mao (1998).

 

Max Clos.

Grand reporter au Figaro pendant la guerre d’Indochine, Max Clos est né en 1925 et mort en 2002. Grand reporter au Figaro au début de la guerre d’Indochine, il passe ensuite à l’Associated Press puis au journal Le Monde. Il est expulsé du Vietnam sud en 1955, par le gouvernement de Ngo Dinh Diem.

 

Jean Lartéguy.

De son vrai nom Jean-Pierre Lucien Osty, né en septembre 1920 et mort en février 2011 à l’Hôtel de Invalides. Volontaire en octobre 1939, il s’évade de France en mars 1942 en passant par l’Espagne. Formé à l’école militaire de Cherchell, en Algérie, il rejoint l’armée française de la Libération, comme officier dans les commandos d’Afrique. Il sert sept ans comme officier d’active avant de rejoindre la réserve. Blessé en Corée, plusieurs fois décoré (Légion d’honneur, Croix de Guerre 29-45, Croix TOE), Jean Lartéguy a été témoin comme correspondant de guerre – Paris Match – de nombreux événements du 20e siècle : révolution d’Azerbaïdjan, guerre de Palestine, guerre de Corée, Indochine, Algérie, guerre du Viet Nam. Il reçoit le prix Albert Londres en 1955. L’un des ses ouvrages le plus connu est certainement Les Centurions, paru en 1960 aux éditions Presse de la Cité.

 

Brigitte Friang.

Née en janvier 1924 et décédée en mars 2011 à Apt.

A l’âge de 19 ans, elle entre dans un réseau militaire d’action lié au BCRA de Londres, chargé d’organiser des parachutages dans la région Ouest. En 1994, elle participe à la tentative d’évasion du résistant Pierre Brossolette, mais capturée, et après avoir été torturée, elle est déportée à Ravensbrück. A son retour de déportation, elle participe à partir de 1946 à la création du RPF pour ramener Charles de Gaulle au pouvoir. En 1951, elle devient correspondante de guerre et part pour l’Indochine. Elle y accompagne les commandos de parachutistes en opération (elle obtient son brevet de saut militaire), et se rend notamment dans le camp retranché de Diên Biên Phù, mais ne peut y rester en raison de son identité de femme. Elle raconte son expérience dans les Fleurs du Ciel (1955). Par la suite, elle couvre l’expédition de Suez et la guerre du Viet Nam. Elle travaille alors pour la télévision française (ORTF) dont elle est licenciée l’été 1968 pour avoir pris position en faveur d’une autonomie du journalisme dans le service public.

 

Jacques Chancel.

Né en juillet 1928 et mort en décembre 2014 à Paris, Jacques Chancel a connu mille vies, mille épreuves. Formé à l’Ecole des transmissions de Montargis, il est envoyé en Indochine où il est affecté comme correspondant à la radio de Saigon. A la demande des autorités militaires, il change son vrai nom Crampes en Chancel. Neveu d’un inspecteur général des Forêts en Indochine, ce dernier le confie à William Bazé, président de l’Association des orphelins eurasiens, qui possède des singes domestiques et des éléphants et fréquente l’empereur Bao Daï. Jacques Chancel devient, à 19 ans, correspondant de guerre pour Radio France Asie. A Saigon, à l’Hôtel Continental, il rencontre Lucien Bodard, Max Clos, Jean Lartéguy, fréquente les fumeries d’opium et Pierre Schoendoerffer. Il parcourt également les pays d’Asie pour le compte de Paris Match. En 1952, alors qu’il se trouve avec des officiers dans une jeep, celle-ci saute sur une mine. Il tombe dans le coma et perd la vue pendant sept mois. Il écrit dans La Nuit attendra : « J’ai toujours été handicapé par cette mémoire, j’avais comme une honte et je ne pouvais pas en parler, c’est pour cela que j’ai attendu si longtemps pour le faire ».

Par la suite, il animera une émission de radio sur France Inter, Radioscopie, et Le Grand Echiquier sur la télévision publique ; émissions ancrées dans la mémoire collective des Français.

 

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Commenter cet article

Michel Hénocq 19/03/2017 09:52

je suis à la recherche du nom et d'informations concernant un journaliste de Paris-Match mort en Indochine dans les années 50. Pourriez-vous m'aider dans mes recherches. Je vous en remercie. Bien à vous M. Hénocq

Souvenir Français Issy 19/03/2017 15:24

Bonjour. Pas simple. A trouver peut-être dans le livre de Jacques Chancel sur l'Indochine quand il était correspondant de guerre.