Publié le 3 Mars 2019

Partie nord du poste de Ouagadougou en 1897 (© Catherine Abbat).

Partie nord du poste de Ouagadougou en 1897 (© Catherine Abbat).

En 1896, la France est déjà engagée depuis plusieurs années dans la conquête militaire du continent africain. Cette année-là, deux jeunes lieutenants, Voulet et Chanoine, sont chargés de conquérir le pays mossi (actuel Burkina Faso). Tout se passe dans la précipitation. Le 1er septembre, les officiers s’emparent de Ouagadougou, la capitale de l’un des plus importants royaumes mossi. A leur grand étonnement, ils rencontrent des habitants qui, plutôt que les combattre, les ignorent superbement et vaquent, paisiblement à leurs occupations. Mais le roi a accompli une retraite stratégique et la colonne, « forte » de 257 hommes dont une majorité d’Africains, doit partir à sa poursuite. La colonne sitôt partie de Ouagadougou, la ville est militairement réinvestie par les Mossi. Elle sera prise une nouvelle et dernière fois en décembre. Toujours dans l’empressement, Voulet et Chanoine et leurs hommes, épuisés et incapables de mettre la main sur le souverain en cavale, décident d’en introniser un nouveau afin de signer un traité de protectorat. Le premier prince venu faire soumission devient alors roi. Le traité est signé en 1897. L’année marque le début de l’administration militaire française dans la région.

 

Maigres moyens et immense tâche.

 

Ce que l’on appelle alors le « Mossi » (la région de Ouagadougou, au cœur de l’actuelle bande sahélo-saharienne), couvre une superficie de 60.000 km² rassemblant au moins un million d’âmes. Il est traversé par de mauvaises routes, impraticables lors de la saison des pluies (de juin à septembre). Or, l’autorité militaire supérieure, appelée « résident », ne dispose que de maigres moyens pour asseoir son autorité et son influence dans un pays conquis mais non soumis.

 

Les foyers de résistance sont encore multiples en 1897 et 1898. Ils contraignent les troupes du résident, composées d’une poignée de Français et d’une majorité d’auxiliaires africains, à multiplier les opérations en province depuis Ouagadougou. Tout manque dans ces premiers mois suivant la conquête. Les chevaux n’ont pas assez de fourrage. Il faut édifier le poste de Ouagadougou, mais le premier résident, le capitaine Scal, en est réduit à supplier ses supérieurs afin qu’ils lui fassent parvenir rabots, pelles et autres pioches. Nanti d’un budget de 500 francs au total, il ne peut salarier la main d’œuvre locale. Reste encore à compter les populations, lever l’impôt, obtenir des renseignements sur les zones d’insoumission, régler les affaires judiciaires, exécuter les tâches administratives courantes, gérer l’approvisionnement de la garnison, et même repousser une incursion britannique en 1898… en somme, les autorités militaires qui se succéderont jusqu’en 1904 doivent faire le maximum avec le minimum.

 

L’art de la débrouille.

 

Comme ce fut le cas lors de la conquête de l’Algérie par la France, les officiers-administrateurs doivent parfaitement connaître les populations sujettes, leur organisation sociale et politique, et surtout s’appuyer sur les élites locales. A ce titre, les résidents qu’ont été les capitaines Scal, ou encore Dubreuil et Amman, se sont montrés dans l’ensemble très pragmatiques et se sont largement appuyés sur les chefs coutumiers et souverains mossi. Ceci n’est pas sans rappeler « la politique des égards » vis-à-vis des élités « indigènes » telle qu’elle sera popularisée et appliquée par le maréchal Lyautey au Maroc entre 1912 et 1925.

 

Les prédécesseurs de nos soldats actuellement déployés au Sahel devaient donc porter de nombreuses casquettes. Certains se sont même fait ethnologues. Le savoir est bien synonyme de pouvoir, particulièrement dans un contexte où l’encadrement français en était réduit à un ratio d’environ un administrateur pour 100.000 Africains. Dans ces conditions, les impératifs du commandement nécessitant de l’improvisation, du bon sens et de l’imagination. Sans pouvoir tenir les populations en tout lieu et en tout temps, il devenait nécessaire de donner l’illusion que ce pouvoir était omniprésent, notamment en multipliant les « tournées » au contact de populations qui se soulèveront pour la dernière fois en 1908, en pleine administration civile.

 

Emile-Louis Abbat.

 

Emile-Louis ABBAT a été lieutenant au Soudan Français de 1894 à 1898. Il a laissé de cette période  450 photographies légendées (Sénégal, Mali et Burkina Faso actuels) et 89 lettres à sa famille, ainsi que plusieurs rapports militaires et une planche de dessins de scarifications. L’ensemble a été numérisé. Son arrière-petite-fille, Catherine Abbat a créé un site internet (voir dans les sources) afin de pérenniser ce témoignage exceptionnel sur cette page de l'histoire coloniale : sur les actions militaires bien sûr, mais aussi les modes de vie, les relations entre  populations, les métiers, l’agriculture, la géographie, et bien d’autres thèmes encore y sont abordés.

 

Voici ci-dessous une lettre du lieutenant Abbat, illustrant les conditions de l’administration coloniale :

 

« Depuis le 25 mars, je continue donc à faire le chef maçon. Mais mes ouvriers ne sont pas très expérimentés, moi non plus du reste, et le travail n'avance pas vite. Ces monstres-là (je parle de mes ouvriers) n'ont aucun sentiment de la ligne droite. Il faut vraiment se battre pour obtenir qu'un mur soit approximativement droit. En regardant le mur d'enceinte de profil, on dirait qu'il s'est gondolé car le pied, tracé à la corde, est droit mais c'est le haut qui ne l'est plus. Enfin, tant bien que mal ça marche tout de même et le Fort Voulet (ce sera peut-être son nom) prend tournure. (…)

De temps en temps, tous les 3 ou 4 jours, j'ai la visite du Naba actuel, celui que nous avons mis sur le trône du Mossi. Le trône se compose d'un sécot posé à terre sur lequel on étend une couverture de voyage de fabrication européenne (noire d'un côté, rouge de l'autre, avec un grand boeuf au galop dessiné en brun sur le fond rouge). Cette couverture suit le Naba dans tous ses déplacements, elle est religieusement portée par un jeune eunuque. (…)

Depuis que nous sommes à Ouagadougou, la question du mil est l'une des plus importantes. Il nous faut à tout prix du mil pour nos hommes et nos animaux, et c'est le pays qui doit le fournir. Comme d'un autre côté ce pays vient de subir plusieurs mois de guerre, ma foi pas mal de mil a été gaspillé ou brûlé et maintenant la denrée se fait un peu rare, de sorte que les Nabas qui doivent nous la fournir s'exécutent cahin-caha en rechignant. Alors ma foi, la raison du plus fort étant ici la meilleure, on prend de force ce qu'on ne veut pas donner de bonne volonté et on prend plus, bien entendu. Il faut bien payer le dérangement. Ce sont encore quelques mois à passer, tous les ennuis prendront fin avec la récolte prochaine... Mais le mil n'est pas encore planté. (…)

Je souris en vous écrivant tout ça mais ce n'est pas si risible que cela, surtout pour les pauvres bougres qui sous peu claqueront peut-être du bec. Comme partout, c'est le bon populo qui souffre et pâtit, ici comme ailleurs. Mais comme c'est la lutte pour l'existence, entre eux et mes tirailleurs, je n'hésite pas. Je leur prends ce qu'il me faut. »

 

 

Sources :

 

  • Cet article a été écrit par Benoît Beucher – hormis la partie relative au lieutenant Abbat – et publié dans le n°293 de TIM (Terre Info Magazine) – Avril 2018.
  • La partie relative au lieutenant Abbat ainsi que les trois photographies sont issues du site ci-dessous, créé par Catherine Abbat, arrière-petite-fille du lieutenant :

http://catherine.abbat.free.fr/FondsAbbatSoudanFrancais/ACCUEIL.html

 

Sanchez, Scal et Abbat (© Catherine Abbat).

Sanchez, Scal et Abbat (© Catherine Abbat).

Ouagadougou – 1897 – Les lionceaux de Chanoine (voir article paru en octobre 2017 sur la « Colonne infernale »). © Catherine Abbat.

Ouagadougou – 1897 – Les lionceaux de Chanoine (voir article paru en octobre 2017 sur la « Colonne infernale »). © Catherine Abbat.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 24 Février 2019

L'ONACVG.

L’Office national des anciens combattants et victimes de guerre est un établissement public sous tutelle du ministère des Armées, créé le 2 mars 1916, alors que la bataille de Verdun fait rage !

 

Il s’agit à l’époque d’un établissement public autonome interministériel géré par un Conseil d'administration. La loi du 27 juillet 1917 crée ensuite l'Office National des Pupilles de la Nation, puis celle du 19 décembre 1926 donne le jour à l'Office national du combattant. Durant les années 1933 et 1934, la fusion successive de ces trois organismes permet la création de l'Office national des mutilés, combattants, victimes de la guerre et pupilles de la nation. En 1946 cet organisme récupère la gestion des services sociaux du Ministère des prisonniers, déportés et réfugiés et s'appelle désormais l'Office National des Anciens Combattants et Victimes de guerre. Depuis 1991, intègre également l'aide aux victimes d'actes de terrorisme.

 

Missions.

 

L’ONACVG a trois missions principales :

 

  • la reconnaissance et la réparation ;
  • la solidarité ;
  • la mémoire.

 

Il a pour objectif de préserver les intérêts matériels et moraux de ses ressortissants : anciens combattants, invalides et blessés de guerre, veuves de guerre, pupilles de la Nation, victimes de guerre, et plus récemment, d’actes de terrorisme. Aujourd’hui, il apporte un soutien à près de trois millions de ressortissants de toutes les générations du feu. Il est également l’opérateur majeur de la politique mémoriel du ministère des Armées.

 

Une organisation structurée.

 

La direction générale de l’Office, située au sein de l’Hôtel national des Invalides, a pour fonction de piloter la politique générale définie par le conseil d’administration sous le contrôle du directeur général. Elle gère également le fonctionnement global de l’établissement et coordonne l’activité des services départementaux dans le cadre de leurs missions. Un service de proximité est implanté dans chaque chef-lieu de département, ainsi qu’en Outre-Mer, en Polynésie française, en Nouvelle-Calédonie, et en Afrique du Nord (Algérie, Maroc, Tunisie). Gérés par des directeurs départementaux, les services de proximité sont chargés de décliner localement les différentes missions de l’Office.

 

La gouvernance.

 

L’Office est une organisation paritaire. Cette dernière permet aux anciens combattants et victimes de guerre de participer aux grandes décisions concernant leur avenir via différentes structures : le conseil d’administration, les conseils départementaux et l’ensemble des commissions spécialisées.

 

Le conseil d’administration se prononce sur le budget, le compte financier, la répartition entre associations des subventions destinées à l’action sociale en faveur de leurs adhérents (ressortissants de l’Office), le placement des capitaux et revenus provenant de libéralités faîtes à l’ONACVG. Les membres sont nommés pour 4 ans par arrêté du 27 janvier 2012. Ce conseil est composé de quatre commissions :

 

  • La commission permanente délibère sur les questions confiées par délégation du conseil d’administration, donne son avis sur les projets de textes réglementaires relatifs à l’Office, propose un règlement intérieur, et examine les questions soumises par le ministre ou le directeur général.
  • La commission des affaires générales et financières étudie les questions concernant le fonctionnement, le budget et les comptes de l’ONACVG, et examine les points inscrits à l’ordre du jour du conseil correspondant à son domaine de compétence.
  • La commission « mémoire et solidarité » délibère sur les questions à l’ordre du jour concernant la solidarité, la réinsertion professionnelle, l’hébergement des ressortissants âgés, la participation au droit à réparation et les actions de mémoire.
  • Le comité d’honneur est constitué d’anciens administrateurs ayant accompli au moins trois mandats au sein du conseil d’administration de l’Office, et examine les questions soumises par le ministre.

 

Dans les Hauts-de-Seine.

 

Désormais présidés par les préfets, les conseils départementaux sont désormais appelés « conseils départementaux pour les anciens combattants et victimes de guerre et la mémoire de la Nation ». Au sein de chaque conseil, plusieurs groupes de travail sont constitués, portant sur les demandes d’aides relevant de la solidarité, sur les projets relatifs à la politique de Mémoire, sur les demandes de délivrance des diplômes d’honneur de porte-drapeau, sur l’attribution de l’insigne des victimes civiles, et sur l’attribution de cartes et titres.

 

Adresse et coordonnées pour notre département :

 

Préfecture des Hauts-de-Seine - 167-177 avenue Joliot-Curie - 92000 Nanterre

Tél : 01 40 97 21 40 - Horaires d'ouverture : du Lundi au Mardi : de 09h00 à 12h30 de 14h00 à 17h30. Permanence pour l'action sociale le lundi ou sur rendez-vous : du Jeudi au Vendredi : de 09h00 à 12h30 de 14h00 à 17h30.

 

Directeur : Jean-Baptiste ROMAIN, attaché d'administration

 

 

 

Sources :

 

  • Site de l’ONAC VG -
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Archives départementales du Souvenir Français des Hauts-de-Seine.
  • Archives photographiques du Souvenir Français – Comité Issy-Vanves.

 

Assemblée générale du Souvenir Français des Hauts-de-Seine de 2016 à Chaville. M. Jean-Baptiste Romain, directeur départemental de l’ONACVG, félicite M. Daniel Jouin, président du Comité de Boulogne et délégué général adjoint pour la tenue de la cérémonie.

Assemblée générale du Souvenir Français des Hauts-de-Seine de 2016 à Chaville. M. Jean-Baptiste Romain, directeur départemental de l’ONACVG, félicite M. Daniel Jouin, président du Comité de Boulogne et délégué général adjoint pour la tenue de la cérémonie.

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Publié le 10 Février 2019

Les soldats français combattent dans les rues de Tientsin.

Les soldats français combattent dans les rues de Tientsin.

Depuis 1900, sept soldats français reposent à Hiroshima. Blessés lors du siège de Pékin durant la guerre des Boxers, ils ont été évacués vers le Japon, où ils sont morts. Depuis les Japonais veillent sur eux. Et même le largage de la bombe atomique américaine le 6 Août 1945 n'a pas détruit les tombes !

 

La Guerre des Boxers.

 

Il s’agit d’une révolte initiée par une société secrète chinoise, la société Yihetuan, dont le symbole est un poing fermé, d'où le nom de « Boxeurs » (les Anglais dirent « Boxers ») donné par les Occidentaux. Les Boxeurs sont à l'origine d'un mouvement xénophobe et nationaliste qui éclate à la suite de la défaite infligée à la Chine par le Japon en 1895 et des exigences des puissances européennes en 1898.

 

Né dans le Shandong, ce mouvement se développe avec rapidité et violence, s'attaque aux missions étrangères. Le 10 juin 1900, la vieille impératrice douairière Cixi demande devant son Grand Conseil que soient chassés sans retard les étrangers. Les Boxeurs de Pékin, excités par un prince de la Cité interdite, Touan, ne se le font pas dire deux fois ! Ils se lancent dans la chasse aux chrétiens chinois et aux prêtres européens, massacrant les uns et les autres. Ils font par ailleurs le siège des Légations, les blocs d'immeubles réservés au logement des étrangers. Ces derniers prennent leurs dispositions pour un siège de longue durée.

 

Malheureusement pour les apprentis-sorciers de la Cité interdite, la révolte ne dépasse pas les limites de la capitale et le pays, dans son ensemble, ne bouge pas. Huit nations – Japon, Allemagne, Autriche-Hongrie, États-Unis, France, Royaume-Uni, Italie et Russie – envoient des troupes pour secourir leurs compatriotes et défendre leurs intérêts commerciaux.

 

La France dépêche à la hâte environ 400 marins tirés de l’escadre présente en Chine à l’époque et 2 500 militaires de l’infanterie et de l’artillerie de marine basée au Tonkin et en Cochinchine.

 

Les soldats occupent le port de T'ien-tsin le 14 juillet 1900 et entrent à Pékin un mois plus tard. La Cour prend le large sans attendre, l'orgueilleuse impératrice Cixi ne craignant pas de se déguiser en paysanne !

 

Par le traité qui clôt le conflit, les représentants de l'impératrice conviennent de verser d'énormes réparations financières aux Occidentaux échelonnées sur... quarante ans (au total 1600 millions de francs-or).

 

Les soldats français d’Hiroshima.

 

22 Français sont tués lors des combats devant la ville murée de Tientsin. Une centaine de blessés sont évacués vers le Japon à bord du navire-hôpital Halmaï-Maru. Sept ne survivent pas à leurs blessures et sont enterrés sur place.

 

Ils s’appelaient Jean Bourgeade, originaire de Bordeaux, Corentin Postic de Lanvéoc (Finistère), Louis Marie Carrour de Kervignac (Morbihan), Joseph Dorel de Grenoble, Jules Lebeau d’Artonges (Aisne), François Cohendy d’Aydat (Puy-de-Dôme) et François Lelièvre d’Angers. Ils ont en commun d’avoir été des soldats de l’armée française et d’être morts à l’été 1900, lors de la guerre des Boxers. Tous les sept reposent à Hiroshima.

 

Sept tombes alignées sur deux rangs. Au centre un obélisque décoré de lauriers. Une plaque de marbre gravée sur laquelle on peut lire : « À la mémoire des soldats et marins français du corps expéditionnaire de Chine décédés à Hiroshima en 1900 et en reconnaissance… »

 

Ce carré militaire français est situé dans le cimetière du parc d’Hijiyama, au bord d’un bras de la rivière Enko qui se jette dans la baie d’Hiroshima au Japon. Les dalles frappées d’une croix latine sont gravées avec le nom et le grade du soldat, la date et lieu de naissance ainsi que la date et lieu de décès et la mention : « Priez pour lui ».

 

En mars 2017, une délégation du Souvenir français, conduite par son président général Serge Barcellini, est allée fleurir les tombes des sept d’Hiroshima. En présence de Japonais qui continuent très respectueusement à entretenir l’ensemble.

 

 

 

 

Sources :

 

 

Les soldats français entrent dans Pékin.

Les soldats français entrent dans Pékin.

Le monument et les sept tombes.

Le monument et les sept tombes.

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Publié le 5 Février 2019

Monsieur Jean-Baptiste Boyer.

Jean-Baptiste Boyer s’est éteint à 95 ans le mardi 22 janvier 2019 à Gentilly en Région parisienne. Il a été inhumé mercredi 30 janvier à Issy-les-Moulineaux.

 

Je connaissais bien Jean-Baptiste Boyer : il y a près de douze années de cela – nous étions en juillet 2007 – je l’avais rencontré, mail Raymond Menand à Issy. Fort gentiment et élégamment, M. Boyer m’avait reçu et avait conté sa guerre contre les troupes nazies en Slovaquie. Ce récit se trouve toujours sur ce site, à la date du mois d’août 2007.

 

Jean-Baptiste Boyer avait fait partie du maquis dirigé par le capitaine Georges Barazer de Lannurien (1915-1988) avec 200 Français évadés de camps de prisonniers et de l’usine d’armements de Dubnica nad Vahom. C’est eux qui avaient lancé le 27 août 1944 l’insurrection contre la Wehrmacht et le régime fasciste de Mgr Tiso, dans les montagnes de Strečno, dans le nord-ouest de la Slovaquie satellisée par Hitler. Ils laissèrent 56 camarades tués au combat, un des plus forts taux de perte d’une unité française pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Certains maquisards, faits prisonniers par les Allemands, furent fusillés. D’autres, comme M. Boyer, réussirent à s’évader grâce à la complicité d’autochtones, la veille de leur exécution. Après l’écrasement du Soulèvement, ils furent cités à l’ordre de l’armée par le général de Gaulle le 9 décembre 1944.

 

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, Alain de Boissieu, camarade de promotion à Saint-Cyr du capitaine de Lannurien, aida à la reconnaissance de ces courageux partisans.

 

Les survivants durent leur salut à l’Armée rouge et ils ne rentrèrent en France qu’à l’été 1945. Ces combattants sont célébrés sans discontinuer en Slovaquie. Jean-Baptiste Boyer qui fit carrière à la Poste où il finit Inspecteur général présidait l’Association des Anciens Combattants de Slovaquie. Avec Alain Bétry, il rédigea ses mémoires en 2012, très utiles pour les historiens. Elles ont été publiées par les Editions Atlantes (en vente chez vos libraires isséens Chantelivres, Caractères et Gutenberg – ou directement sur le site d'Atlante éditions : http://www.atlante-editions.fr/ )

 

M. Boyer était officier dans l’Ordre de la Légion d’honneur, officier dans l’Ordre National du Mérite, Croix de Guerre 39-45, Croix du Combattant Volontaire 39-45, médaille des Évadés, Croix des Combattants Volontaires de la Résistance, médaille de l’Insurrection slovaque.

 

Lui survit dans le Morbihan Roger Naël, sans doute le dernier des résistants français de Slovaquie.

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Crédit photographique : Alain Bétry.
  • Archives du Comité d’Issy-Vanves du Souvenir Français.
  • Site de l’ambassade de France en Slovaquie.
  • « Résistants, partisans français en Slovaquie » par Jean-Baptiste Boyer – Ed. Atlantes.
Monsieur Jean-Baptiste Boyer.

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Publié le 28 Janvier 2019

Disparition de Marie-Thérèse Borg.

Nous avons reçu, en cette fin d’année 2018, une triste nouvelle : la disparition de notre adhérente, Mademoiselle Marie-Thérèse Borg.

 

Mademoiselle Borg était née le 15 août 1930 à Paris. Alors qu’elle a 14 ans, elle voit débarquer chez elle les Allemands, à la recherche de son frère aîné, accusé par les nazis d’être un terroriste, c’est-à-dire un résistant. Mais point de frère aîné dans les parages, qui a eu le temps de déguerpir ! Malheureusement, les Allemands décident de prendre en otage le premier jeune venu dans l’immeuble : il s’agit de Wladimir Rygaloff, un jeune homme d’origine russe. Il est aussitôt fusillé en guise de représailles.

 

Mademoiselle Borg se jure alors de conserver la mémoire de ce jeune qui a été sacrifié sur l’autel de la Résistance. C’est ce qu’elle fait en payant une tombe décente. Plus tard, beaucoup plus tard, grâce à Thierry Gandolfo, conservateur du cimetière d’Issy, Mademoiselle Borg viendra nous consulter pour que nous prenions en charge ladite sépulture. Et au passage, elle nous assurera de sa générosité en faisant don au Souvenir Français d’une somme qui nous permet des années d’entretien.

 

Mademoiselle Borg est décédée le 21 décembre 2018. Ses cendres ont été dispersées au jardin du souvenir du cimetière communal. Elle avait 88 ans.

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Publié le 13 Janvier 2019

Le général de Gaulle à Brazzaville en octobre 1940.

Le général de Gaulle à Brazzaville en octobre 1940.

Au cours du mois d’octobre dernier, ayant surfé sur notre site Internet, Madame Catherine Belan nous a contacté afin de communiquer des archives en sa possession. Ces dernières montrent l’engagement de Jean Boilleau, résistant en Afrique Equatoriale Française et son action au service du général de Gaulle dès 1940.

 

Les communications en AEF.

 

L’Afrique Equatoriale Français, ou A.E.F., était un gouvernement général regroupant au sein d’une même fédération quatre colonies françaises d’Afrique centrale, entre 1910 et 1958 : le Gabon, le Congo, le Tchad et l’Oubangui-Chari (qui deviendra la République centrafricaine). La superficie de l’ensemble représentait environ 4 fois celle de la France. Son chef-lieu était Brazzaville, résidence du gouverneur général.

 

Au sein de cette unité territoriale, les déplacements se faisaient soit sur des pistes soit en bateau sur les fleuves immenses de cette partie de l’Afrique. Au début du 20e siècle, la République française décide d’innover et de relier, au sein du territoire du Congo, Brazzaville (la ville tire son nom de l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza), située au cœur du pays, à Pointe-Noire, sur la côte, et capitale économique. Les deux villes étant séparées de plus de 500 kilomètres.

 

Jean-Baptiste Emile Boilleau nait le 21 mars 1898 à Bordeaux. Il suit ses études dans la capitale girondine puis entre à l’Ecole des Télécommunications d’où il sort ingénieur dans les années 1920. Il commence sa carrière en métropole puis rejoint l’Afrique Equatoriale Française (AEF) en 1932 où il est nommé Chef du Service des Communications Electriques du Chemin de Fer Congo-Océan. Chemin de fer que la France, et la Société de Construction des Batignolles (qui deviendra SPIE-Batignolles), construisent de 1921 à 1934.

 

En 1952, dans un rapport à sa hiérarchie, Jean Boilleau revient sur des travaux réalisés à partir de 1933 : « Construction des lignes télécommunications du Chemin de Fer Congo-Océan et installation de toutes les stations téléphoniques y compris les dérivations vers Madigou – Loudima – Sibiti et les installations des centres de Brazzaville et de Pointe-Noire. Ces lignes comprenaient 4 circuits plus deux circuits fantômes – Longueur de 510 km. J’ai commencé les travaux le 4 septembre 1933 à partir de Brazzaville. La liaison avec Pointe-Noire était assurée dès le 28 juin 1936 ainsi qu’avec toutes les stations de la ligne. Cela malgré les importantes difficultés que j’ai rencontrées dans le Mayumbe. Nous avons travaillé 15 heures par jour pendant plus de quatre mois pour maintenir la cadence rapide de construction entre les Bandas et Fourastier (72 km).

 

A partir de l’année 1937 on téléphonait couramment et sans difficulté de Brazzaville à Pointe-Noire.

 

Après l’armistice du 18 juin 1940 ces lignes ont permis d’assurer des communications clandestines entre le commandant Delange de Brazzaville, elles se sont poursuivies jusqu’au 28 août 1940 malgré les difficultés que présentaient de telles liaisons pour les maintenir secrètes. Je les donnais depuis mon bureau à Brazzaville où les lignes passaient en coupure. A Pointe-Noire, M. Dupri, mon adjoint, court-circuitait le standard et passait la communication au commandant d’Ornano sur son appareil portatif de contrôle.

 

Actuellement, l’Administration des P.T.T. utilise les appuis et les armements de cette nappe de fils pour l’installation de la téléphonie par courant porteur H.F. entre Pointe-Noire et Brazzaville ».

 

L’AEF au service de la France Libre.

 

Dès le 18 juin 1940, Félix Eboué, gouverneur général du Tchad, se déclare partisan du général de Gaulle. Avec le colonel Pierre Marchand, il décide du ralliement officiel du pays, donnant ainsi « le signal de redressement de l’empire tout entier ». Dans la foulée, de Gaulle nomme Eboué gouverneur général de l’Afrique Equatoriale Française. En quelques mois, Eboué transforme l’A.E.F. en une véritable plaque tournante géostratégique d’où partent les premières forces armées de la France Libre, conduites par les généraux de Larminat, Koenig et Leclerc.

 

Jean Boilleau a lui aussi entendu l’appel du général. Il créé un poste radio à Brazzaville et se met au service de l’homme de la France Libre. D’ailleurs, le général de Gaulle, à l’occasion de son déplacement de Fort Lamy (Tchad) à Brazzaville, le 25 octobre 1940, s’adresse à Jean Boilleau et lui dit : « Vous avez bien mérité pour votre action dans la lutte pour la libération de la Patrie ».

 

Six mois plus tard, le 31 mars 1941, le Haut-Commissaire de l’Afrique Française Libre, le médecin-général Adolphe Sicé, ancien directeur de l’Institut Pasteur de Brazzaville, indique : « M. Boilleau s’est dépensé jusqu’au surmenage pour l’installation et le fonctionnement, l’extension des stations radio de Radio-Brazza et Radio M’Pila, qui ont permis à l’Afrique Française Libre de faire entendre sa voix et d’organiser sa propagande à partir du 28 août 1940. Il était difficile de témoigner plus d’esprit de sacrifice à la grande cause de la libération de la Patrie ».

 

Le 30 août 1941, le Chef du Service de l’Information de l’Afrique Française Libre, le capitaine Desjardins, indique : « M. Boilleau, qui dirige la station régionale de Radiodiffusion de Brazzaville, qu’il a lui-même créée et dont il assure seul le fonctionnement ne cesse de faire preuve du plus grand dévouement dans l’accomplissement de sa tâche et dans la poursuite inlassable des résultats cherchés. Technicien expérimenté, il pousse le scrupule professionnel jusqu’au surmenage ayant à cœur de consacrer toutes ses forces au service de la France Libre ».

 

Le 1er janvier 1942, le général de Gaulle nomme Jean Boilleau au grade d’Ingénieur de 4e classe pour « titres exceptionnels en rapports directs avec la lutte pour la libération Nationale ».

 

Tout au long de la guerre, Jean Boilleau assure l’exercice, seul, de Radio-Brazza, première radio de la France Libre. En 1944, Brazzaville, qui est devenue depuis 1940 capitale de la France Libre, reçoit une nouvelle fois le général de Gaulle. A l’occasion de son discours d’ouverture de la Conférence de Brazzaville, ce dernier définit ce que seront pour lui les relations entre la France et les colonies africaines après la Seconde Guerre mondiale. Et il évoque la question de l’émancipation. Bien entendu, le tout est retransmis sur Radio-Brazzaville.

 

Radio-Club.

 

Extrait du Journal de l’A.E.F. n°151 du 11 janvier 1945 :

 

« Le Radio-Club n’est plus.

 

C’est avec regret que nous voyons disparaître ce nom que nous entendions chaque jour et qui évoquait pour nous ces journées fiévreuses où s’est décidée la rentrée en guerre de l’A.E.F. Il convient au moment où l’Association du Radio-Club est dissoute que nous rappelions en quelques mots les débuts de cette station d’émission et le rôle qu’elle a joué un jour qui, si les historiens sont justes, lui fera donner une honorable place dans l’histoire de l’Afrique française.

 

Le Radio-Club fut créé en avril 1936 par Messieurs Cruveiller et Boilleau, celui-ci ne cessa d’être l’âme même de l’association et le remarquable technicien réalisateur pour lequel aucune difficulté n’est invincible. Une première station d’émission de 25 watts fut installée dans un local prêté par M. Amouroux et fonctionna deux fois par semaine à partir de novembre 1936. Elle répondait à un besoin car la plupart des postes européens étaient alors mal reçus à la Colonie. C’est en vain qu’au début, l’Association essaya d’intéresser les pouvoirs publics à ses efforts. M. Boilleau dut payer de ses deniers personnels la construction et l’installation d’un poste, sans compter une bonne partie des notes de secteur car les cotisations n’atteignaient que 350 francs par mois. Cependant, sans se lasser, M. Boilleau perfectionnait son poste et augmentait, toujours à ses frais, sa puissance. Un nouveau poste de 50 watts entrait en service en juin 1938.

 

Dès le début de la guerre, le Radio-Club, en des émissions quotidiennes, diffusaient les nouvelles. MM. Cherubin, Delpech faisaient des prodiges pour fournir chaque soir les renseignements intéressants. En janvier 1940, le docteur Bizien rentra dans l’équipe.

 

Cependant, sur les instances de Monsieur Soubirou-Pouey, alors Président du Club, en mars 1940, le Gouverneur général accordait 10.000 francs de subvention à Radio-Club.

 

Un nouveau poste était installé, mais la note s’élevait à 23.000 francs. M. Boilleau payait la différence et en juillet 1940 le Radio-Club possédait deux émetteurs, l’un sur 36m50, puissance 50 watts, l’autre sur 25 mètres puissance 150 watts.

 

Cette fois la portée de l’émission était intéressante, elle atteignait le Sénégal et parfois l’Afrique du Nord et même le midi de la France ainsi qu’en ont témoigné les auditeurs.

 

Cependant, dès l’armistice, s’affirmait le rôle patriotique de la station. Après entente avec le médecin-général Sicé, qui a Brazzaville était reconnu comme le chef du mouvement gaulliste, le docteur Bizien prenait seul la charge des émissions. Il fallait faire comprendre à tous, malgré la censure, que la capitale de l’Afrique Equatoriale voulait rester française et suivait le chef qui s’était révélé. Il fallait combattre la propagande défaitiste de Vichy et rendre unanime sur le territoire l’adhésion au mouvement de Libération.

 

Les Autorités Vychistes ne trouvaient pas cela de leur goût et M. Boilleau fut en but aux menaces et le 25 août, le docteur Bizien était mis aux arrêts de rigueur. Le lendemain, M. Boilleau, sans speaker, se contenta de jouer la Marseillaise pour toute émission ce qui mit le général Husson en fureur, et craignant lui-même d’être arrêté, le 27 août réduisit à 25 watts son poste de 50 et rendit inutilisable le poste de 150 watts dont il cacha les pièces essentielles dans le bureau de M. Soubirou-Pouey, pour les soustraire à une perquisition probable. Il était temps : les dernières passèrent sous le nez d’un garde militaire armée de fusils-mitrailleurs qui occupa les locaux pendant que M. Boilleau recevait l’ordre de quitter immédiatement les lieux. Mais le soir-même, le général Husson voulut parler au micron et M. Boilleau, rappelé, après avoir refusé de faire l’annonce, dut mettre en marche son petit poste réduit à 25 watts dont, par surcroît, il dérégla le pilote. Husson n’eut pas le temps de réagir et, le lendemain, dans la joie, M. Boilleau remontait fébrilement son 150 watts et, à nouveau le docteur Bizien pouvait pour la première fois annoncer : « Ici Radio-Brazzaville, poste d’émission de l’Afrique Française Libre ». Le rôle de Radio-Club n’était pas terminé : chaque soir des nouvelles et des commentaires étaient diffusés. Peu après, un service d’informations, encore bien modeste, était dirigé par M. Clavaldini.

 

Le 25 octobre 1940, le général de Gaulle, visitant le Radio-Club, exprima sa satisfaction de la tâche accomplie par M. Boilleau et au docteur Bizien. Il annonça l’arrivée prochaine des frères Desjardins. A la même époque commencèrent les essais du grand poste de Radio-Brazzaville où chaque soir, à 21 heures, jusqu’au début de décembre 1940, le Papier du Jour, était lu par le docteur Bizien, après l’émission de Radio-Club.

 

Le 8 décembre, le Service de l’Information de la France Libre prenait la charge de la diffusion des nouvelles et des commentaires. Par la suite, la puissance d’émission de Radio-Club ne cessa de s’accroître. En 1941, un troisième émetteur de 150 watts était construit et mis en service au mois d’avril, la puissance du poste de 50 watts était portée à 125 watts. En 1942, un poste de 150 watts était modifié et émettait avec 250 watts. En 1943, la puissance des trois émetteurs devenait respectivement 250, 500 et 650 watts. Au début de 1944, la puissance du poste de 250 watts était portée à 500 watts et celle de 650 watts à 1 kilowatt. Enfin, au cours de la même année était construit un quatrième émetteur de 2 kilowatts et un cinquième de 150 watts.

 

Actuellement, Radio-Club dispose de deux émetteurs modernes : 1 poste de 150 watts, 2 postes de 500 watts, 1 poste de 1 kilowatt, 1 poste de 2 kilowatts qui sont remis au Gouvernement général par la dissolution de l’Association.

 

Nous nous plaisons ici à rendre hommage qui lui est dû à celui qui fut à la fois le créateur, le constructeur inlassable, l’animateur constant du poste d’émission de Radio-Club, à M. Boilleau, qui sans un jour de repos, en assura le fonctionnement.

 

Les services rendus à la France Libre par ce poste ont été réels. Il a facilité l’union entre les Français de l’A.E.F. et il a convaincu les hésitants. Il a rendu le courage aux isolés, manifesté à ceux, qui dans d’autres colonies, étaient encore sous la férule allemande, que la Résistance demeurait.

 

Le Radio-Club a vécu. Il fut le premier poste d’émission français qui mena le combat pour la France et aussi le premier poste d’émission français libre, le premier poste français où parla le général de Gaulle.

 

A ces titres, nous devons en garder le souvenir ».

 

Après la guerre.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, Jean Boilleau regagna la métropole et fut nommé ingénieur à la Radiodiffusion Française à Paris, en charge des stations de la France Outre-Mer et de la construction des antennes des Centres mondiaux d’Allouis et d’Issoudun.

 

Par la suite, il rentra en A.E.F : en 1949, il prit le poste de Chef du Service des Postes et Télécommunications du territoire du Gabon à Libreville puis, de 1950 à 1952, fut Chef-adjoint du Service Radioélectrique de l’A.E.F. à Brazzaville.

 

Jean Boilleau se retira en métropole, à Bidart dans les Pyrénées Atlantiques, pour y passer sa retraite et finir ses jours. Il avait eu deux enfants d’un premier mariage, Henriette et Jacqueline (nées en 1921 et 1923) puis avait épousé en secondes noces, Mademoiselle Marcelle Chavignier, alors Directrice des sages-femmes à l’hôpital de Brazzaville.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Archives familiales et personnelles de Madame Catherine Belan, filleule de Monsieur Jean Boilleau.
  • Dossier militaire de M. Jean Boilleau.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Archives de l’ORTF.
  • Site Internet www.france-libre.net
  • Site sur l’Histoire : www.herodote.net
  • Site de l’ambassade de France au Congo : https://cg.ambafrance.org/
  • Site www.cvce.eu

 

 

Discours du général de Gaulle à Brazzaville le 30 janvier 1944.

Discours du général de Gaulle à Brazzaville le 30 janvier 1944.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 6 Janvier 2019

La démobilisation des soldats de la Grande Guerre.

Dès la proclamation de l’armistice, la perspective du retour au foyer des quatre millions de mobilisés de l’armée française (dont peut-être 300000 soldats des anciennes colonies) est sans doute le plus grand facteur de joie des soldats et de leurs familles. Le gouvernement est conscient de ces aspirations. Mais il tient à conserver une armée puissante jusqu’à la signature de la paix définitive imposée à l’Allemagne vaincue, acte qui n’intervient que le 28 juin 1919, avec le traité de Versailles. D’autres préoccupations internationales (Europe centrale et orientale, Russie et pays du Levant) incitent également à la vigilance.

 

Organiser la démobilisation.

Le renvoi des soldats à la vie civile s’effectue donc de façon échelonnée, avec priorité donnée à l’ancienneté. Dès la fin novembre, les hommes les plus âgés (49 à 51 ans) peuvent rentrer dans leurs foyers. Les hommes de 32 à 48 ans sont pareillement renvoyés chez eux de décembre à avril. À ce moment, les dirigeants alliés s’alarment des réticences exprimées en Allemagne à l’égard de conditions jugées trop dures, et envisagent explicitement une intervention militaire destinée à contraindre les vaincus à se soumettre.

Le processus de démobilisation est donc interrompu. Les classes constituant la réserve de l’armée active, c’est-à-dire comprenant les soldats de moins de 32 ans, sont maintenues sous les drapeaux jusqu’en juillet 1919. Si plus d’un million de soldats ont été démobilisés à cette date, l’armée française compte encore 2,5 millions d’hommes aux armées contre un peu plus de 4 millions le 11 novembre 1918. Puis la démobilisation reprend, et s’opère en 4 échelons jusqu’en septembre. C’est seulement le 14 octobre 1919 qu’est signé le décret de démobilisation générale. Le renvoi des originaires des colonies s’opère de la même façon. En revanche, pour ceux, nombreux, qui ont contracté des engagements pour la durée de la guerre, leurs contrats stipulent que la démobilisation ne doit intervenir que six mois après la fin des hostilités, ce qui signifie, au mieux, le mois de mai 1919, en retenant la date de l’armistice comme date de référence. En septembre 1919, il resterait en France environ 15 000 militaires "indigènes", dont 13 000 Indochinois, surtout vietnamiens, essentiellement infirmiers et conducteurs. Ils regagnent leur pays entre septembre et novembre.

Cet échelonnement est rarement apprécié des intéressés, même quand il donne à certains d’entre eux le grand souvenir d’avoir participé au défilé du 14 juillet 1919 sous l’Arc de Triomphe. Il introduit un certain désordre dans la composition des unités, qu’il faut réorganiser pour tenir compte des départs. Par ailleurs, la discipline a tendance à se relâcher, les soldats-citoyens estimant que la fin de la menace allemande ne justifie plus l’application de règlements auxquels la grande majorité s’est soumise avec une sourde révolte, et à l’égard desquels elle conserve un vif ressentiment. Pour les démobilisés, le départ de l’armée ne va pas toujours sans difficultés. La procédure est pourtant simple : une visite médicale, la mise à jour des papiers militaires, puis l’envoi vers le centre démobilisateur qui est le dépôt du régiment d’appartenance de l’intéressé. Mais les désordres sont fréquents, particulièrement dans les transports ferroviaires : les soldats, pour protester contre la lenteur des convois et l’inconfort des wagons, brisent fréquemment vitres ou portières. Des manifestations se produisent chez les tirailleurs sénégalais du camp de Saint-Raphaël, qui, à l’occasion d’une revue, bousculent un général et demandent bruyamment leur retour. Il faut dire que, faute de moyens de transport maritimes, le rapatriement des soldats d’outre-mer est encore plus difficile.

 

Quitter l’armée et retrouver son foyer.

Les premiers retours créent bien des désillusions. Les hommes rentrent en effet dans l’indifférence des autorités, sans cérémonie d’aucune sorte. Pour remplacer les vêtements laissés à la caserne, abandonnés ou abîmés, ils ne reçoivent qu’un costume mal taillé (dit "Abrami", du nom du sous-secrétaire d'État à la Guerre Léon Abrami), ou, s’ils le refusent, la somme ridicule de 52 francs, peut-être 50 euros d’aujourd’hui. Ils sont même sommés par l’administration fiscale de payer leurs arriérés d’impôts, la fin du moratoire en la matière ayant en effet été décrétée dès la fin des hostilités. C’est seulement à partir de mars 1919 que des mesures plus compréhensives viennent remédier à ces maladresses : rétablissement du moratoire des impôts, paiement d’une prime à la démobilisation calculée selon un barème plus décent (250 francs plus 20 francs par mois de présence au front), loi sur les pensions versées aux invalides de guerre ou aux familles des décédés. L’accueil s’est modifié aussi.

À partir de la signature du traité de Versailles, les retours des régiments qui reviennent dans leur localité d’attache sont désormais célébrés : la fête commence par le défilé des soldats, acclamés par la foule de leurs compatriotes, dans des rues pavoisées et ornées de feuillages ; l’émotion est d’autant plus forte que beaucoup de ceux qui défilent, en dépit du brassage survenus dans les régiments au cours du conflit, sont encore des enfants du pays. Le défilé est parfois, mais pas toujours, suivi de festivités diverses (concerts, bals, feux d’artifice, retraites aux flambeaux). Même quand elles ont lieu, ces fêtes ne peuvent, cependant, cacher le deuil que manifeste pour de nombreuses années la présence des mutilés, mais aussi celle des veuves ou des familles dont les vêtements noirs de deuil rappellent tous ceux qui ne reviendront jamais.

Les démobilisés doivent aussi faire un gros effort de réadaptation. Ils ont vécu, pendant plusieurs années, 5 ans pour certains, au milieu de leurs camarades, loin de leurs familles, et coupés du milieu civil, à l’exception de rares permissions. Il leur faut d’abord retrouver du travail, ce qui n’est pas toujours aisé. Même si une loi de 1918 oblige les patrons à rembaucher leurs anciens ouvriers ou employés, encore faut-il que ces patrons soient encore en activité et en mesure de le faire. Il leur faut aussi accomplir toute une série de démarches, longues et souvent vécues comme humiliantes, pour obtenir les indemnités auxquelles ils ont droit. Mais il ne s’agit pas seulement de trouver du travail. L’homme libéré, dont jusque-là le quotidien était pris en charge par l’armée, a oublié comment régler son rythme de vie, pourvoir individuellement à ses besoins, choisir comment se nourrir ou se vêtir. Tout particulièrement, la vie familiale est à réorganiser, avec des épouses qui, bon gré mal gré, ont pris les responsabilités dévolues aux chefs de famille, des enfants qui ont perdu un temps leur père ou n’ont jamais connu sa présence. Des couples se sont défaits ou se défont, et les divorces sont plus nombreux qu’avant la guerre.

Les démobilisés estiment enfin qu’ils ne peuvent rien communiquer de leur expérience à ceux qui n’ont pas partagé les mêmes souffrances, les mêmes peurs, la même solidarité avec les camarades. Une partie des six millions et demi d’anciens combattants (environ un homme adulte sur deux) trouvent cependant dans les associations, comme l’Union Nationale des Combattants, un moyen d’exprimer leur solidarité et leurs revendications au sein de la société française. Leur état d’esprit se caractérise avant tout par la fierté d’avoir «tenu» dans l’épreuve, en s’accrochant à leurs positions, comme à Verdun, pour empêcher la masse des troupes allemandes de se déverser sur le pays. Ils ressentent infiniment plus la satisfaction du devoir accompli que l’exaltation de l’exploit guerrier, même si tous n’y ont pas été insensibles. Plus la guerre s’éloigne, plus se renforce chez la majorité d’entre eux un patriotisme très pacifique, voire pacifiste, marqué avant tout par la condamnation de la guerre, et un rejet de tout ce qui peut la faciliter : notamment le militarisme, l’exaltation de l’héroïsme guerrier voire même, dans certains cas extrêmes, il est vrai, de l’honneur qui fait préférer la mort à la servitude.

 

Quel sort pour les autres « mobilisés » de la guerre ?

La fin de la guerre concerne d’autres catégories de soldats. Les prisonniers français, dont le nombre peut être évalué à 500 000, ont eu la possibilité de quitter les camps dès l’armistice. Nombre d’entre eux prennent l’initiative de rentrer par leurs propres moyens, non sans difficultés. Les autorités françaises prennent en charge le rapatriement des autres. Deux mois, de mi-novembre 1918 à mi-janvier 1919, suffisent pour assurer l’essentiel des retours. Ceux-ci se font dans l’indifférence des autorités et de l’opinion, comme si une sorte de déshonneur s’attachait à la condition de ces anciens soldats, qui, pour la plupart, n’ont pourtant pas démérité. Les règlements les assimilent d’ailleurs aux autres anciens combattants pour les indemnités qui leur sont dues.

Tout aussi discrète, pour des motifs compréhensibles, est la démobilisation des Alsaciens et Lorrains des territoires annexés au Reich depuis 1871, qui ont servi dans l’armée impériale (au nombre de 250 000 pendant la durée de la guerre). Pour tenter de remédier aux incompréhensions et aux injustices que fait naître leur situation de Français ayant servi dans une armée ennemie, une première association est créée dès 1920 sous le patronage du grand écrivain patriote Maurice Barrès, et prend le nom explicite de "malgré-nous", appelé à être de nouveau employé, à la suite de circonstances encore plus tragiques, lors de la Seconde Guerre mondiale.

Encore plus négligée est la démobilisation d’un certain nombre de femmes, appelées pendant le conflit à exercer des travaux jusque-là largement attribués aux hommes dans l’industrie et les services. Elles doivent accepter de quitter leur travail pour redevenir femmes au foyer ou employées de maison, sous la pression des autorités (circulaire du ministre de l’Armement Louis Loucheur du 13 novembre 1918). Ce transfert s’effectue sans beaucoup de bruit, et laisse peu de traces.

 

Remise en cause ou maintien de l’ordre colonial ?

La rentrée des démobilisés des colonies est souvent marquée, elle aussi, par des solennités. Dans une allocution prononcée à Alger, le général Nivelle, venu souhaiter la bienvenue aux tirailleurs et aux zouaves qui regagnent leurs garnisons, exalte leur héroïsme, leur esprit de sacrifice et leur foi invincible. Cet accueil s’adresse surtout, il est vrai, aux premiers contingents rapatriés, les suivants débarquant dans une plus grande indifférence. Dans certains cas, les autorités paraissent se préoccuper de préparer la réadaptation des combattants. Une brochure est ainsi distribuée aux démobilisés d’Indochine pour leur indiquer les formalités à remplir afin de faire valoir leurs droits. Ils sont soumis à une visite médicale, les blessés ou malades étant soignés dans des formations sanitaires.

Cette sollicitude ne signifie pas un abandon de la surveillance. Toujours en Indochine, un service des rapatriés, mis sur pied dès septembre 1917, reçoit pour mission de centraliser les informations sur les "indigènes" en métropole, de manière à signaler les problèmes éventuels, mais aussi les écarts divers dans les comportements individuels, dont mention est faite aux services de la Sûreté locale. Il faut dire que, dans certaines régions, les arrivées ont donné lieu à des incidents : à Djibouti, au printemps de 1919, les soldats démobilisés, dont certains se sont illustrés sur le champ de bataille (notamment lors de la reprise de Douaumont en octobre 1916), se mutinent. Certains, retournés dans leurs campements, se livrent au pillage. Des incidents éclatent en ville. D’autres agitations analogues se produisent en Afrique occidentale française (AOF), notamment au Sénégal et en Guinée. Aucune, cependant, ne dégénère en troubles graves. Les travailleurs recrutés dans les colonies à l’occasion de la guerre (dont le nombre est évalué à 200 000) regagnent, eux aussi, leur pays en très grand nombre. Les autorités ne désirent pas les maintenir sur place. Elles craignent qu’ils ne soient contaminés par les idées révolutionnaires qui paraissent faire de grand progrès au sein du prolétariat français. Elles trouvent en les renvoyant l’occasion de donner une satisfaction démagogique aux mécontentements populaires, alors que les combattants de retour du front sont encore à la recherche de travail. Enfin, les responsables des colonies souhaitent retrouver au plus vite l’intégralité de la main-d’œuvre "indigène", indispensable pour assurer la reprise économique des territoires en touchant des salaires ramenés à des niveaux plus bas grâce à la pression des rapatriés. Pour faire face aux besoins de la reconstruction en France, on juge préférable de faire appel à des originaires d’Europe, jugés plus efficaces et qui excitent moins la méfiance des syndicats, en raison de leur tradition ouvrière. On se contente d’employer un nombre réduit de coloniaux et de Chinois sur les premiers chantiers de déblayage du front, dans des conditions d’ailleurs souvent très dures et dangereuses. Le voyage de ceux qui rentrent est en principe pris en charge par l’État, mais l’administration ne s’empresse pas de satisfaire à ses obligations. Les Vietnamiens n’achèvent de regagner leur pays qu’en juillet 1920.

Comme leurs camarades en métropole, les anciens combattants, Européens ou "indigènes", évoquent peu les réalités de la guerre. Certains ont tendance à attribuer l’attitude de ces derniers à un «fatalisme», qui les rendrait indifférents aux plus prodigieux événements, et non au désir d’oublier très répandu chez les anciens combattants. De retour chez eux, ces mêmes "indigènes" ne contribuent pas moins à remettre en cause l’ordre d’avant-guerre, l’ordre imposé par l’autorité coloniale, mais aussi celui des sociétés traditionnelles. La soumission à leurs propres notables et à leurs anciens leur pèse.

Ils excipent de leur qualité d’anciens soldats de l’armée française pour chercher à échapper aux injonctions de l’administration. En AOF, des chefs dénoncent l'arrogance des démobilisés et les accusent d’avoir acquis au service des habitudes de paresse qui les poussent à la délinquance. Beaucoup en revanche jouissent, dans le peuple, de la considération que leur vaut leur maîtrise apparente des "manières de Blancs" : ils fument le tabac, connaissent quelques mots de français, peuvent exhiber des "papiers" officiels. On admire leurs actions militaires, dans une société au sein de laquelle le guerrier jouit d’un grand prestige. Leur prime de démobilisation, versée en une seule fois et souvent dépensée en cadeaux, leur vaut, au moins dans les débuts, un certain prestige dans des milieux contraints à une existence frugale.

Par ailleurs, certains rapatriés ont acquis, au contact de l’Europe, une nouvelle conscience politique et de nouvelles pratiques d’action. Un ancien combattant, Dorothée Lima, fonde en 1920 le premier journal dahoméen, la Voix du Dahomey. Un ouvrier, Tôn Duc Thang, de retour de France, et qui a peut-être participé aux mutineries de la Mer Noire, crée le premier syndicat de Saigon. Chez d’autres, le passage par l’armée a plutôt confirmé une vocation politique, comme chez l’instituteur Jean Ralaimongo, qui s’est porté volontaire à trente-deux ans et va devenir un des premiers animateurs du mouvement d’émancipation malgache, ou le comptable Galandou Diouf, bientôt devenu rival sénégalais de Blaise Diagne. On peut se demander cependant si ces comportements sont très fréquents parmi les anciens combattants. En effet, la plupart d’entre eux semblent plutôt rentrer de la guerre avec le désir de jouir de la paix, en bénéficiant des avantages que leur dispense le gouvernement et de l’estime de leur entourage.

Les vétérans et les anciens combattants d’origine européenne, notamment les Français d’Algérie, ont une attitude différente. Si leur mentalité apparaît assez proche de celle de leurs compatriotes de métropole, la situation coloniale donne à leur patriotisme une nuance particulière. Leur expérience de guerre, la fraternité d’arme qui a lié nombre d’entre eux à des soldats "indigènes", les innombrables exemples d’héroïsme et de dévouement fournis par ces derniers, paraissent plaider en faveur du maintien d’un ordre colonial qui a su engendrer ces comportements impeccables. Leur vision très positive de leurs anciens camarades de combat fait trop souvent peu de cas des conditions de vie, souvent difficiles, de ceux-ci ou de leurs aspirations, quand ils sont revenus à la vie civile, à échapper à la condition de "sujets". Tout en éprouvant à l’égard des "indigènes" plus d’affection et d’estime que par le passé, ceux qu’on n’appelle pas encore les "Pieds Noirs" ne sont guère davantage disposés à prêter l’oreille aux revendications de leurs représentants. Ces sentiments exagérément optimistes seront encore renforcés par la participation exemplaire des soldats des colonies lors de la Seconde Guerre mondiale.

Au total, la démobilisation peut paraître une réussite : les soldats ont été réintégrés sans heurts dans la vie civile. Les anciens combattants de métropole continuent à exprimer leur fidélité à la République, qui paraît sortie grandie de l’épreuve. Mais leurs attentes sont à la mesure des sacrifices qu’ils ont consentis : une vie plus heureuse, des gouvernements plus attentifs. Quant aux hommes mobilisés dans les colonies, la fierté d’avoir été de bons soldats alimente une revendication de dignité qui contribuera à nourrir l’aspiration à l’indépendance.

 

 

Sources :

Site Internet du Ministère des Armées : www.cheminsdememoire.gouv.fr

Ce texte a été écrit par Jacques Frémeaux - Professeur émérite à l’université de Paris-Sorbonne (Paris-IV), membre de l’Académie des Sciences d’Outre-mer et membre émérite de l’Institut universitaire de France.

 

 

Un soldat enfile le costume fameux « Abrami ».

Un soldat enfile le costume fameux « Abrami ».

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Publié le 20 Décembre 2018

Les bancs de l'Impératrice.

Les jours de marché ou de foire, paysans et surtout paysannes se rendaient dans les villes ou gros bourgs où se tenait un marché. Lourdement chargés, ils y amenaient les produits de la ferme. Les paysannes portaient un panier sur leur tête protégée par un coussinet (der Wisch) rempli de son et de balles de blé. Les paysans, quant à eux, charriaient leurs produits dans une hotte accrochée au dos par deux lanières de cuir. Lors des haltes, les paysannes pouvaient déposer leurs fardeaux sur le linteau puis se reposer sur le banc de la dalle inférieure, à l'ombre généralement de quatre tilleuls. De part et d'autre étaient dressées deux bornes qui permettaient aux hommes d'y déposer leurs hottes ou encore aux cavaliers de se remettre en selle.

Il existe en Alsace deux sortes de bancs reposoirs :

  • Ceux du Roi de Rome (dits aussi Bancs Marie-Louise) datés de 1811 ;
  • Ceux de l'Impératrice Eugénie datés de 1854.

Les premiers ont été érigés en Alsace au cours des années 1811 et 1812, à l'initiative du préfet du Bas-Rhin Adrien de Lezay-Marnésia, pour commémorer la naissance de l’Aiglon. 125 bancs ont été construits en 1811, et probablement davantage les années qui suivirent, mais très peu de ces bancs ont survécu.

Les seconds sont dus à l'initiative du préfet du Bas-Rhin Auguste-César West qui reprit l'idée de Lezay-Marnésia et concrétisa ainsi un vœu de l'Impératrice Eugénie de Montijo, en 1853, lors du premier anniversaire de son mariage avec l'Empereur Napoléon III. Cette fois-ci, les frais d'achat et de taille des pierres sont pris en charge par le département. C'était un moyen fort habile pour inciter les communes peu enthousiastes après la grave crise économique, surtout alimentaire que connut l'Alsace de 1846 à 1848. 448 de ces monuments commémoratifs en grès des Vosges sont construits le long des chemins et routes d’Alsace en 1854. Souvent mutilés par les intempéries, mais aussi et surtout par l'ingratitude des hommes, ils se dressent encore dans les campagnes.

 

L’Alsace est la région d’origine de Xavier Niessen, fondateur du Souvenir Français. Le Comité d’Issy – Vanves vous souhaite un joyeux Noël et vous présente ses meilleurs vœux pour 2019 !

 

 

CDT (RC) Frédéric Rignault

Président du Comité

Délégué général adjoint.

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Yves Bonnel, Les petits monuments napoléoniens en Alsace : les bancs-reposoirs, Bonnel, 1986.
  • Christelle Gautron, Les bancs-reposoirs en l'honneur des deux Napoléons, in En Alsace, 2010-2011.

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Publié le 15 Décembre 2018

Centenaire : discours du Président de la République.

« Le 7 novembre 1918, lorsque le caporal clairon Pierre Sellier sonna le premier cessez-le-feu, vers 10 heures du matin, bien des hommes ne purent y croire, puis sortirent lentement de leurs positions, pendant que, de loin en loin, sur les lignes, les mêmes clairons répétaient le cessez-le-feu puis faisaient entendre les notes de la sonnerie aux morts, avant que les cloches ne répandent la nouvelle, à la volée, dans tout le pays.

 

Le 11 novembre 1918, à 11 heures du matin, il y a cent ans, jour pour jour, heure pour heure, à Paris comme dans toute la France, les clairons ont retenti et les cloches de toutes les églises ont sonné.

 

C’était l’armistice.

 

C’était la fin de quatre longues et terribles années de terribles combats meurtriers. L’armistice pourtant n’était pas la paix. Et à l’Est, pendant plusieurs années, d’effroyables guerres se poursuivirent.

 

Ici, ce même jour, les Français et leurs Alliés ont célébré leur victoire. Ils s’étaient battus pour leur patrie et pour la liberté. Ils avaient consenti, pour cela, tous les sacrifices et toutes les souffrances. Ils avaient connu un enfer que nul ne peut se représenter. Nous devrions prendre un instant pour faire revenir à nous cet immense cortège des combattants où défilent des soldats de la métropole et de l’empire, des légionnaires et des garibaldiens avec des étrangers venus du monde entier, parce que la France représentait, pour eux, tout ce qu’il y avait de beau dans le monde.

 

Avec les ombres de Peugeot, premier tombé, et de Trébuchon, dernier Mort pour la France dix minutes avant l’armistice, voici l’instituteur Kléber Dupuy, défenseur de Douaumont, Apollinaire, Blaise Cendrars au régiment de marche de la légion étrangère, les soldats des régiments basques, bretons ou marseillais, le capitaine de Gaulle que personne alors ne connaissait, Julien Green, l’Américain, à la porte de son ambulance, Montherlant et Giono, Charles Péguy et Alain Fournier tombés dans les premières semaines, Joseph Kessel venu d’Orenbourg en Russie.

 

Et tous les autres, tous les autres qui sont les nôtres, auxquels plutôt nous appartenons, et dont on peut lire les noms sur chaque monument, des hauteurs solaires de la Corse aux vallées des Alpes, de la Sologne aux Vosges, de la pointe du Raz à la frontière espagnole. Oui, une seule France, rurale et urbaine, bourgeoise, aristocratique et populaire, de toutes les couleurs où le curé et l’anticlérical ont souffert côte à côte et dont l’héroïsme et la douleur nous ont faits.

 

Durant ces quatre années, l’Europe manqua de se suicider. L’humanité s’était enfoncée dans le labyrinthe hideux d’affrontements sans merci, dans un enfer qui engloutit tous les combattants, de quelque côté qu’ils soient, de quelque nationalité qu’ils soient.

 

Dès le lendemain, dès le lendemain de l’armistice, commença le funèbre décompte des morts, des blessés, des mutilés, des disparus. Ici en France, mais aussi dans chaque pays, les familles pendant des mois attendirent en vain le retour d’un père, d’un frère, d’un mari, d’un fiancé, et parmi ces absents, il y eut aussi ces femmes admirables engagées auprès des combattants.

 

10 millions de morts.

6 millions de blessés et mutilés.

3 millions de veuves.

6 millions d’orphelins.

Des millions de victimes civiles.

1 milliard d’obus tirés sur le seul sol de France.

 

Le monde découvrit l’ampleur des blessures que l’ardeur combattante avait occultée. Aux larmes des mourants, succédèrent celles des survivants. Car sur ce sol de France, le monde entier était venu combattre. Des jeunes hommes de toutes les provinces et de l’Outre-mer, des jeunes hommes venus d’Afrique, du Pacifique, des Amériques et d’Asie sont venus mourir loin de leur famille dans des villages dont ils ne connaissaient pas même le nom.

 

Les millions de témoins de toutes les nations racontèrent l’horreur des combats, la puanteur des tranchées, la désolation des champs de bataille, les cris des blessés dans la nuit, la destruction de campagnes florissantes où ne subsistait plus que la silhouette calcinée des arbres. Beaucoup de ceux qui sont rentrés avaient perdu leur jeunesse, leurs idéaux, le goût de vivre. Beaucoup étaient défigurés, aveugles, amputés. Vainqueurs et vaincus furent alors plongés pour longtemps dans le même deuil.

 

1918, c’était il y a cent ans. Cela semble loin, c’était hier !

 

J’ai arpenté les terres de France où se sont déroulés les combats les plus rudes. J’ai vu dans ces campagnes de mon pays la terre encore grise et toujours stérile des champs de bataille ! J’ai vu les villages détruits qui n’avaient plus d’habitants pour les reconstruire et qui ne sont aujourd’hui que le témoignage, pierre sur pierre, de la folie des hommes !

 

J’ai vu sur nos monuments la litanie des noms de Français côtoyant les noms des étrangers morts sous le soleil de France ; j’ai vu les corps de nos soldats ensevelis sous une nature redevenue innocente, comme j’avais vu, dans les fosses communes, se mêler les ossements des soldats allemands et des soldats français côte à côte qui, par un hiver glacial, s’étaient entretués pour quelques mètres de terrain…

 

Les traces de cette guerre ne se sont jamais effacées ni sur les terres de France, ni sur celles de l’Europe et du Moyen-Orient, ni dans la mémoire des hommes partout dans le monde.

 

Souvenons-nous ! N’oublions pas ! Car le souvenir de ces sacrifices nous exhorte à être dignes de ceux qui sont morts pour nous, pour que nous puissions vivre libres !

 

Souvenons-nous : ne retranchons rien de ce qu’il y avait de pureté, d’idéal, de principes supérieurs dans le patriotisme de nos aînés. Cette vision de la France comme Nation généreuse, de la France comme projet, de la France porteuse de valeurs universelles, a été dans ces heures sombres exactement le contraire de l’égoïsme d’un peuple qui ne regarde que ses intérêts. Car le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme : le nationalisme en est la trahison. En disant « nos intérêts et qu’importent les autres ! », on gomme ce qu’une Nation a de plus précieux, ce qui la fait vivre, ce qui la porte à être grande, ce qui est le plus important : ses valeurs morales.

 

Souvenons-nous, nous autres Français, de ce que Clemenceau a proclamé le jour de la victoire : il y a cent ans jour pour jour, du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, avant qu’en un chœur sans pareil n’éclate la Marseillaise : combattante du droit, combattante de la Liberté, la France serait toujours et à jamais le soldat de l’idéal.

 

Ce sont ces valeurs et ces vertus qui ont soutenu ceux que nous honorons aujourd’hui, ceux qui se sont sacrifiés dans les combats où la Nation et la démocratie les avaient engagés. Ce sont ces valeurs, ce sont ces vertus qui firent leur force parce qu’elles guidaient leur cœur.

 

La leçon de la Grande Guerre ne peut être celle de la rancœur d’un peuple contre d’autres, pas plus que celle de l’oubli du passé. Elle est un enracinement qui oblige à penser à l’avenir et à penser à l’essentiel.

 

Dès 1918, nos prédécesseurs ont tenté de bâtir la paix, ils ont imaginé les premières coopérations internationales, ils ont démantelé les empires, reconnu nombre de Nations et redessiné les frontières ; ils ont même rêvé alors d’une Europe politique.

 

Mais l’humiliation, l’esprit de revanche, la crise économique et morale ont nourri la montée des nationalismes et des totalitarismes. La guerre de nouveau, vingt ans plus tard, est venue ravager les chemins de la paix.

 

Ici, aujourd’hui, peuples du monde entier, sur cette dalle sacrée, sépulture de notre Soldat Inconnu, ce « Poilu » anonyme symbole de tous ceux qui meurent pour la patrie, voyez tant de vos dirigeants rassemblés !

 

Chacun d’eux mène à sa suite une longue cohorte de combattants et des martyrs issus de son peuple. Chacun d’eux est le visage de cette espérance pour laquelle toute une jeunesse accepta de mourir, celle d’un monde enfin rendu à la paix, d’un monde où l’amitié entre les peuples l’emporte sur les passions guerrières, d’un monde où la parole des hommes doit parler plus fort que le fracas des armes, où l’esprit de conciliation l’emporte sur la tentation du cynisme, où des instances et des forums permettent aux ennemis d’hier d’engager le dialogue et d’en faire le ciment de l’entente, le gage d’une harmonie enfin possible.

 

Cela s’appelle, sur notre continent, l’amitié forgée entre l’Allemagne et la France et cette volonté de bâtir un socle d’ambitions communes. Cela s’appelle l’Union européenne, une union librement consentie, jamais vue dans l’Histoire, et nous délivrant de nos guerres civiles. Cela s’appelle l’Organisation des Nations unies, garante d’un esprit de coopération pour défendre les biens communs d’un monde dont le destin est indissolublement lié et qui a tiré les leçons des échecs douloureux de la Société des Nations comme du Traité de Versailles.

 

C’est cette certitude que le pire n’est jamais sûr tant qu’existent des hommes et des femmes de bonne volonté. Soyons sans relâche, sans honte, sans crainte ces femmes et ces hommes de bonne volonté !

 

Je le sais, les démons anciens ressurgissent, prêt à accomplir leur œuvre de chaos et de mort. Des idéologies nouvelles manipulent des religions, prônent un obscurantisme contagieux. L’Histoire menace parfois de reprendre son cours tragique et de compromettre notre héritage de paix, que nous croyions avoir définitivement scellé du sang de nos ancêtres.

 

Que ce jour anniversaire soit donc celui où se renouvelle l’éternelle fidélité à nos morts ! Faisons, une fois de plus, ce serment des Nations de placer la paix plus haut que tout, car nous en connaissons le prix, nous en savons le poids, nous en savons les exigences !

 

Nous tous ici, dirigeants politiques, nous devons, en ce 11 novembre 2018, réaffirmer devant nos peuples notre véritable, notre immense responsabilité, celle de transmettre à nos enfants le monde dont les générations d’avant ont rêvé.

 

Additionnons nos espoirs au lieu d’opposer nos peurs ! Ensemble, nous pouvons conjurer ces menaces que sont le spectre du réchauffement climatique, la pauvreté, la faim, la maladie, les inégalités, l’ignorance. Nous avons engagé ce combat et nous pouvons le gagner : poursuivons-le, car la victoire est possible !

 

Ensemble, nous pouvons rompre avec la nouvelle « trahison des clercs » qui est à l’œuvre, celle qui alimente les contre-vérités, accepte les injustices qui minent nos peuples, nourrit les extrêmes et l’obscurantisme contemporain.

 

Ensemble, nous pouvons faire surgir l’extraordinaire floraison des sciences, des arts, des échanges, de l’éducation, de la médecine que, partout dans le monde, je vois poindre car notre monde est, si nous le voulons, à l’aube d’une époque nouvelle, d’une civilisation portant au plus haut les ambitions et les facultés de l’homme.

 

Ruiner cet espoir par fascination pour le repli, la violence et la domination serait une erreur dont les générations futures nous feraient, à juste titre, porter la responsabilité historique. Ici, aujourd’hui, affrontons dignement le jugement de l’avenir !

 

La France sait ce qu’elle doit à ses combattants et à tous les combattants venus du monde entier. Elle s’incline devant leur grandeur.

 

La France salue avec respect et gravité les morts des autres nations que, jadis, elle a combattues. Elle se tient à côté d’elles.

 

« Nos pieds ne se détachent qu’en vain du sol qui contient les morts » écrivait Guillaume Apollinaire.

 

Que sur les tombes où ils reposent, fleurisse la certitude qu’un monde meilleur est possible si nous le voulons, si nous le décidons, si nous le construisons, si nous l’exigeons de toute notre âme.

 

En ce 11 novembre 2018, cent ans après un massacre dont la cicatrice est encore visible sur la face du monde, je vous remercie pour ce rassemblement de la fraternité retrouvée du 11 novembre 1918. Puisse ce rassemblement ne pas être celui d’un jour. Cette fraternité, mes amis, nous invite, en effet, à mener ensemble le seul combat qui vaille : le combat de la paix, les combat d’un monde meilleur.

 

Vive la paix entre les peuples et les Etats !

Vive les nations libres du monde !

Vive l’amitié entre les peuples !

Vive la France ! »

 

 

Discours d’Emmanuel Macron, président de la République française, le 11 novembre 2018 à 11 heures, devant 70 chefs d’Etats étrangers, rassemblés à l’Arc de Triomphe de Paris.

 

 

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Publié le 9 Décembre 2018

Le 4 décembre à l'Arc de triomphe.

 

Dès la nuit tombante, 120 porte-drapeaux dont une quarantaine du Souvenir Français se rangent aux abords de l’avenue des Champs Elysées.

 

Ils sont là portant fièrement nos 3 couleurs chargées d’Histoire et frémissantes sous le ciel étoilé.

 

À l’heure prescrite, ils se mettent en marche suivis par un cortège grossissant au fur et à mesure de la progression vers la place de l’Etoile. Des touristes, des badauds, des braves gens aimeraient également se joindre à ce défilé de l’honneur où je croise les regards connus de certains de nos présidents de comité, de nos adhérents et de nombreux membres d’autres associations de renom.

 

En présence de la secrétaire d’État aux anciens combattants, de la maire de Paris, de celle du 8e arrondissement, d’un autre maire et de nombreux présidents d’associations dont notre président général du Souvenir Français, le ravivage de la Flamme se déroule comme toujours depuis le 11 novembre 1923.

 

Cette cérémonie empreinte de solennité a su dans le silence du recueillement laver l’affront des bêtes – dans les deux sens du terme, c’est à dire incultes et sauvages – qui souillèrent de leur vulgarité le lieu sacré, effacer l’outrage qui fut fait et rendre l’hommage mérité au Soldat Inconnu, symbole suprême du Souvenir et de la Mémoire.

 

C. Guy

DG des Hauts-de-Seine.

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