Publié le 13 Novembre 2011

 

Louis Astoul 1

 

En février 2010, le Comité du Souvenir Français avait publié sur ce site l’histoire de Louis Raymond Jean Astoul, sous-lieutenant au 4ème dragon, demandant à passer dans l’infanterie coloniale – « la biffe ». Il prenait alors un commandement au sein du 70ème bataillon de tirailleurs sénégalais.

 

Au moment de l’offensive de l’armée française sur le Chemin des Dames, en avril 1917, le sous-lieutenant Louis Astoul mourrait glorieusement au Champ d’honneur, comme des dizaines de milliers de jeunes camarades. Quelques années plus tard, son père, ancien officier d’administration principal des Subsistances, faisait élever une tombe monumentale au cœur du cimetière d’Issy-les-Moulineaux à la mémoire de son fils.

 

Au début du mois de novembre 2011, notre comité a retrouvé un second monument élevé à la mémoire du sous-lieutenant Astoul, là même où il fut tué : « A la mémoire de notre fils bien-aimé, le sous-lieutenant Louis Astoul, du 70ème sénégalais, tombé glorieusement dans ces parages, à l’âge de 24 ans, au cours de l’assaut du 16 avril 1917, et de ses camarades ».

 

Mort en 1923, à l’âge de 63 ans, JP Louis Astoul repose auprès du souvenir de son fils. Et en 1949, à l’âge de 81 ans, Mme Astoul rejoint son époux.

 

L’armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale a été signé il y a 93 ans. Il était le premier acte de la conclusion d’un conflit terrible qui avait duré quatre années, « à la onzième heure, du 11ème jour, du 11ème mois ». Il convient de ne pas passer sous silence la similitude des dates : nous voici ce jour, le 11ème jour, du 11ème mois, de la 11ème année du siècle nouveau. Récemment, les résultats d’une étude d’opinion étaient affligeants pour la mémoire collective : à la question «  Que signifie pour vous le 11 novembre ? », un Français sur deux n’a pas su répondre. Dans son ouvrage, Les Croix de Bois, Roland Dorgelès a écrit : « On oubliera. Les voiles de deuil, comme des feuilles mortes, tomberont. L’image du soldat disparu s’effacera lentement dans le cœur consolé de ceux qu’ils aimaient tant. Et tous les morts mourront pour la deuxième fois ».

 

A Issy-les-Moulineaux, la municipalité, les associations d’anciens combattants et le Souvenir Français s’évertuent pour qu’il n’en soit pas ainsi, et que, comme les 869 autres isséens, le sous-lieutenant Louis Astoul ne soit jamais oublié.

 

Retrouvez les photographies de notre voyage au Chemin des Dames et des cérémonies du 11 novembre à Issy dans l’album intitulé : 2011-11-11, Chemin des Dames et Issy.

 

 

 2011-11-11, Issy 022

 

 

 

De gauche à droite : Commander Alexander Tesich, président des VOFW ; Marie-Auguste Gouzel, maire-adjoint en charge des anciens combattants ; André Santini, député-maire, ancien ministre ; Christian Poujols, président de l’UNC ; Roger Fleury, président de l’UFAC et de la FNACA, général Roland Glavany, président d’honneur du Souvenir Français, général Jean-Claude Ichac, président honoraire du Souvenir Français.

 

 

 

 

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Publié le 21 Octobre 2011

 

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Comme chaque année, le Comité du Souvenir Français participera aux commémorations et aux cérémonies du mois de novembre :

 

 

  • - Mardi 1er novembre :
    • – Quête nationale du Souvenir Français : nous serons présents à l’entrée du cimetière d’Issy-les-Moulineaux (toute la journée) et de Vanves (matinée).

 

 

  • - Jeudi 10 novembre :
    • – 18h20 : opération des « Flammes de la Mémoire » devant le monument aux morts de la ville. Chaque participant est invité à déposer une bougie rappelant le sacrifice des femmes et des hommes afin que nous puissions vivre dans un monde libre.

 

 

  • - Vendredi 11 novembre : en ce 11ème jour du 11ème mois de l’année 11 de notre siècle !
    • – 8h00 : départ en car pour les cérémonies, devant le CNET.
    • – 8h20 : dépôt de gerbes à l’église Sainte-Lucie.
    • – 8h45 : cérémonie de prières à l’auditorium du collège Saint-Nicolas.
    • – 9h30 : départ en car pour le cimetière et cérémonie au carré militaire.
    • – 10h25 : dépôts de gerbes place du 11 novembre et lecture du message du Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants.
    • – 10h50 : cérémonie au monument aux morts de la ville ; discours de Monsieur Poujols, Président de l’UNC et de Monsieur Santini, député-maire.
    • – 11h15 : vin d’honneur offert par la municipalité.

 

Comme d’habitude, le Souvenir Français se chargera de la quête au profit du Bleuet de France. Soyez généreux !

 

 

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Publié le 24 Septembre 2011

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Sous la présidence de Jacques Chirac, le décret du 31 mars 2003 est promulgué ; il a pour titre : « Journée nationale d’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives ». Voici le texte de son article 1 : « Il est institué une Journée nationale d’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives en reconnaissance des sacrifices qu’ils ont consentis du fait de leur engagement au service de la France lors de la guerre d’Algérie. Cette journée est fixée au 25 septembre ».

 

Le 25 septembre 2011, la journée départementale d’hommage aux Harkis se déroulera une nouvelle fois à Issy-les-Moulineaux. Elle commencera par un dépôt de gerbes à la place Bachaga Boualam ; place inaugurée par M. André Santini en 1987.

 

Saïd Benaisse Boualam naît le 2 octobre 1906 à Souk Ahras, en Algérie, dans ce qui était alors le Constantinois. Enfant de troupe à Saint-Hippolyte-du-Fort puis à Montreuil-sur-Mer, entre 1919 et 1924, il gravit les grades de l’armée française et est nommé capitaine au 1er régiment de tirailleurs algériens. Il s’illustre pendant la Seconde Guerre mondiale, et est cité à deux reprises. Plus tard, il obtient les galons de colonel et reçoit le grade de commandeur de la Légion d’honneur, à titre militaire.

 

En 1956, alors bachaga (que l’on peut traduire par « haut dignitaire » ou chef de tribus), il devient chef de la harka de sa région. Une note de l’Etat-major de l’armée française définit une harka comme une formation militaire supplétive (le supplétif étant celui qui « complète » les effectifs d’une armée).

 

En 1958, lors de la Première législature de la Cinquième République, le Bachaga Boualam est élu député d’Orléansville (El-Asnam aujourd’hui), alors que l’Algérie est en guerre depuis 1954 (on parle d’événements à l’époque – selon les traités internationaux, la France ne pouvant se faire la guerre à elle-même). Le Bachaga Boualam est le symbole même de l’Algérie française, du moins de la bonne entente des musulmans avec les Pied Noirs et les Français de métropole. L’année suivante, il échappe de peu à un attentat. En juin 1960, il devient président du mouvement politique « Front de l’Algérie Française » (FAF), mouvement bien entendu anti-indépendantiste. Très rapidement, ce mouvement obtient près de 400.000 adhérents pour monter ensuite à un million. Trop dangereux pour les autorités, qui décident dès le mois de décembre suivant de le dissoudre.

 

Au cours de la guerre d’Algérie, le Bachage Boualam perdra dix-sept membres de sa famille. Il sera un emblème du drame des harkis, trouvant refuge en mai 1962 en Camargue. Vingt ans plus tard, le 8 février 1982, il rend son âme à Dieu, dans la petite commune de Mas-Thibert, près d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône.

 

Parmi ses décorations, il convient de citer la Légion d’honneur, la Croix de Guerre 1939-1945, la Croix de la Valeur militaire et la Croix du Combattant.

 

Par la suite, de nombreuses villes baptiseront une rue ou une place du nom du Bachaga Boualam : Aix-en-Provence, Arles, Cannes, Caen, Béziers, Nice, Nîmes, Perpignan, Sartrouville, Sète, Toulouse et bien entendu Issy-les-Moulineaux.

 

 

 

 

Sources :

 

-       Bachaga Boualam " Les Harkis au service de la France" ; Editions France Empire, 1962.

-       Nicolas d'Andoque "Guerre et Paix en Algérie. L'épopée silencieuse des SAS" ; Edité par SPL Société de Production Littéraire 10 rue du Regard 75006 Paris.

-       Mohand Hamoumou " Et ils sont devenus Harkis " ; Editions Fayard 1991.

-       Abd El Aziz Méliani "La France honteuse. Le drame des Harkis" ; Editions Perrin.

-       Site internet de l’Assemblée Nationale : www.assemblee-nationale.fr

-       Encyclopédie en ligne : www.wikipedia.fr

-       Association Jeunes Pieds Noirs : http://jeunepiednoir.pagesperso-orange.fr

 

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 11 Septembre 2011

 

Légionnaires Calvi Picard

Hommage aux légionnaires tués le 7 août 2011 (copyright Le Courrier Picard).

 

Alain Bétry dirige les éditions Atlante (documents, Histoire, recueils) et s’occupe à Issy-les-Moulineaux de l’association Historim dont le but consiste à participer aux recherches sur l'histoire de la Ville et à toutes les actions destinées à la sauvegarde de son patrimoine (historique et archivistique, depuis les temps les plus anciens, notamment dans les domaines industriel, sportif, musical, architectural, agricole, militaire, religieux….).

 

Alain Bétry : « Deux légionnaires du 2e Régiment Etranger de Parachutistes de Calvi ont mortellement été blessés en Afghanistan le 7 août 2011. Engagés à titre étranger dans la Légion étrangère et au service de la France, le Népalais Kisan Bahadur Thapa et le Sud Africain Gerhardus Jansen, dévoués à leur mission sont décédés aux côtés des forces de sécurité afghanes.

 

Le service à titre étranger est unique. L’esprit de corps qui anime la Légion résulte de sa capacité à dépasser les différences ethniques, religieuses et nationales. Comme l’écrit le général Alain Bouquin, commandant la Légion étrangère dans son dernier éditorial dans Képi blanc, le mensuel de la Légion : « Si notre tradition légionnaire est très forte et très riche, c’est parce qu’elle permet de servir de ciment à notre construction identitaire et à notre cohésion. Et c’est pour cette raison que c’est le mot famille qui traduit le mieux la réalité de notre institution… Nous sommes d’une certaine manière un modèle d’intégration. Nous démontrons depuis plus de 180 ans qu’on peut devenir Français « de cœur » : Français par le mérite, Français par l’effort, Français par la volonté de s’assimiler, Français « par le sang versé » si les circonstances l’exigent. »

 

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Publié le 3 Septembre 2011

Travailleurs chinois - 2 -

Les conditions de travail.

 

Les contrats ne sont pas les mêmes non plus : chez les Anglais, les travailleurs chinois sont intégrés dans Chinese Labour Corp et doivent œuvrer dix heures par jour, 6 ou 7 jours par semaine (les témoignages diffèrent). Le tout pour un salaire de 1 franc par jour. Chez les Français, intégrés à l’armée, leur contrat de travail stipule qu’ils doivent recevoir le même traitement que les auxiliaires européens. Rien ne dit que cela ait été le cas. Ils reçoivent entre 1 et 5 francs par jour. A cette occasion, le syndicat CGT fait quelques manifestations pour demander l’égalité de traitement entre tous les travailleurs et éviter une sorte de « dumping » social.

 

Selon le contrat qu’ils ont signé, pour une durée renouvelable de trois ans, les travailleurs chinois ne combattent pas et ne doivent pas être exposés aux bombardements. Ils sont là pour faire ou réparer des routes, poser des rails de chemin de fer, construire des baraquements. Mais certaines unités britanniques les emploient également pour ramasser les corps des soldats, creuser des tranchées, parfois sous le feu ennemi. Certains se rebellent contre les autorités françaises ou anglaises et finissent par croupir dans les prisons de leurs propres campements. D’autres, compte tenu du maigre salaire – parfois sans salaire du tout – commettent des effractions et se retrouvent arrêtés par la gendarmerie. Des affaires de meurtres sont attestées près de la ville de Rue.

 

D’autres encore sont employés loin du front : ils travaillent dans des manufactures d’armes, dans les ports pour décharger les navires de guerre ; certains sont utilisés dans des houillères des usines aéronautiques ou navales, ou des massifs forestiers.

 

Joseph de Valicourt : « Heureusement, ils étaient étroitement encadrés par des sous-officiers et des soldats anglais ; solides gaillards munis de gourdins et qui, tels des chiens de berger, allaient et venaient le long des colonnes de coolies. Car ceux-ci marchaient toujours en file indienne, ce qui constituait une véritable noria entre le camp et la gare à 1.200 mètres, d'où ils ramenaient ravitaillements, et matériaux de toute sorte pour l'entretien des pistes, des places du camp et même des tennis pour les officiers. »

 

 

Des hommes traumatisés.

 

Loin de leur pays, de leurs habitudes et de leurs coutumes, face à des populations toujours inquiètes, parfois hostiles, de nombreux travailleurs chinois sont rapidement traumatisés par cette nouvelle vie. Ils viennent de leur campagne, sont habitués aux conditions de vie très dures, mais les voilà plongés au cœur d’un conflit gigantesque avec des bombardements incessants, des avions qui font des piqués sur les lignes et les camps, des automobiles qui klaxonnent pour se frayer un chemin au milieu d’eux. A Noyelles-sur-Mer, le 23 mai 1918, pris sous le feu d’un bombardement formidable, certains s’enfuient, n’hésitant par à escalader les enceintes barbelées de leur camp. La plupart ne sont retrouvés que quelques jours plus tard, affamés, hagards, devenus à moitié fous, errant en pleine campagne.

 

Pour d’autres, ce sont les maladies qui les déciment : grippe espagnole, rougeole, tuberculose (…) ou les mauvais traitements infligés par leurs gardiens ou leurs employeurs. Et puis, il faut aussi compter plusieurs milliers qui meurent directement au combat en creusant des tranchées ou en déminant des terrains. Au total, plus de 8.000 travailleurs chinois décèdent pendant cette période.

 

 

Des remerciements bien particuliers…

 

Bien sûr, à la fin de la Première Guerre mondiale, les gouvernements anglais et français s’empressent de remercier l’Empire chinois pour son aide précieuse. Et ce d’autant que la Chine a déclaré la guerre au Reich en août 1917. Pour autant, au congrès de Versailles, en 1919, les Alliés acceptent les demandes japonaises de reconnaître leur annexion des concessions allemandes en Chine !

 

Cinq années plus tôt, en accord avec les Alliés, les forces japonaises ont envahi toutes les concessions allemandes en Chine (notamment la région de Tsingtao), et dans le Pacifique (îles Marshall, Salomon, Samoa…). En 1917, elles tentent même de pénétrer en Russie, alors en pleine révolution, mais échouent et s’en retournent. Les Anglais signent un pacte d’alliance avec les Japonais et les Américains reconnaissent la légitimité de ces annexions. En 1922, sous l’impulsion de la Société des Nations, le Japon accepte néanmoins de rendre les anciennes concessions à la Chine… mais pour mieux revenir en 1931 avec la guerre en Mandchourie !

 

 

Après la guerre.

 

Quant aux travailleurs chinois, s’ils sont encore près de 80.000 à être présents sur le sol français en mars 1919, bientôt ils repartent vers leurs terres d’origine. Mais certains s’installent. Ainsi, les archives de la Somme font état de plusieurs chinois fondant des foyers dans ce département. Pour d’autres, environ 3.000, c’est l’implantation en Région parisienne, dans des villages comme Noisy-le-Grand ou Torcy et bien entendu le 13ème arrondissement de Paris, qui n’est pas encore nommé « Chinatown ».

 

 

Les cimetières chinois en France.

 

« Quel étrange petit trou de verdure niché dans un trou de la Somme. Un chemin au milieu de nulle part, un enclos au milieu des champs : des stèles blanches, alignées comme les croix à Verdun, 838 exactement, fichées dans un gazon plus anglais que picard, à l’ombre de gigantesques pins, des petites fleurs proprettes, une entrée comme un temple chinois. Personne en vue. Et des inscriptions en anglais et en chinois sur les fameuses petits stèles : Li Chan Kuei, 1917 ; Sun Chan Kuei, 1918 ; Kuoyou King, 1919 ; Wang Ta Chi, décembre 1917 ; Lu Lung Fa, décembre 1917 ; Yen Huai Kung, 1917… ». Au mois de juillet 2010, la journaliste de Libération, Emmanuelle Peyret a raconté sa visite au cimetière chinois de Noyelles-sur-Mer.

 

Aujourd’hui, en-dehors du cimetière de Nolette à Noyelles-sur-Mer, des tombes individuelles de 160 Chinois demeurent dans le cimetière militaire de la commune de Saint-Etienne au Mont dans le Pas-de-Calais. Mais il existe aussi plusieurs tombes de travailleurs chinois disséminées dans les carrés militaires ou les nécropoles. Ainsi, à Etaples, port situé près de Boulogne-sur-Mer, à l’écart des 12.000 tombes des soldats de l’Empire britannique, repose Fu Pei Chen, originaire de Tianjin, connu aussi sous le matricule n° 9436 avec cette épitaphe : « Une bonne réputation demeure à jamais » !

 

 

Des erreurs.

 

Enfin, il convient d’être indulgent avec les officiants des hôpitaux et ceux de l’armée française, dans la gestion des cimetières militaires. Après la fin de la Première Guerre mondiale, les services des identifications et des statistiques sont tellement submergés par le nombre total de victimes, les nationalités différentes, et le manque d’indication parfois sur les origines des morts, que des erreurs existent. Ainsi, à Issy-les-Moulineaux, au carré militaire, Foo Sien Wang est enterré sous une stèle musulmane…

 

 

 

 

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Dossier du journal Libération, le 26 juillet 2010.

- Jacques Gernet, Le Monde chinois, Armand Colin, 1972.

- Danielle Elisseeff, Histoire de la Chine, Editions du Rocher, 1997.

- Site www.somme14-18.com

- Site www.memoiredeopale.cultureforum.net

- Travail de l’école Jaurès-Curie de Sains-en-Gohelle.

- Bulletin de la Société d’Emulation d’Abbeville, 1984.

- Université Lyon2 , Assistance et éducation des travailleurs chinois pendant la Grande Guerre, Sylvie Démurger, Martin Fournier et Annie Au-Yeung.

- Serge Thomas, Les travailleurs chinois dans le Pas-de-Calais pendant la Première Guerre mondiale, revue Gauheria n°55.

- The Chinese Labour Corps at the Western Front, rapport de la Commonwealth War Graves Commission.

 

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Publié le 31 Août 2011

Travailleurs chinois - 1

 

Monsieur Foo Sien Wang.

 

Dans le carré militaire de la Première Guerre mondiale, à Issy-les-Moulineaux, se trouve la tombe de Foo Sien Wang, soldat travailleur chinois, mort pour la France le 1er mars 1919.

 

Dès les premiers mois de la Première Guerre mondiale, le manque d’effectifs se fait sentir autant chez les Français que leurs alliés britanniques. Les premiers font rapidement appel aux troupes coloniales d’Afrique et d’Orient (49.000 indochinois participeront à cette guerre), et les seconds aux hommes de l’Empire (Canadiens, Indiens, Australiens, Néo-zélandais, Africains du Sud, Irlandais du Nord…). Pour autant, cela n’est pas encore suffisant. Il convient de faire porter les armes par un plus grand nombre d’hommes encore. Aussi, en 1915, le président Raymond Poincaré et le roi George V signent une convention avec l’empereur Yuan Shikai, de la dynastie Qing. Entre 1916 et 1919, ce sont près de 150.000 Chinois qui arrivent dans le nord de la France pour être employés aux travaux de terrassement.

 

A l’instar de plusieurs populations alors appelées indigènes, comme les Noirs d’Afrique du Sud, les Chinois n’ont pas le droit d’être armés. Ce ne sont pas des soldats mais des travailleurs. Ils permettent justement aux manœuvres alliés de devenir des soldats. Ce sont bien souvent des paysans illettrés qui proviennent autant des provinces du nord de leur empire – le Jilin ou Shanxi – que des zones sud, comme le Zhejiang, le Jiangxi, ou encore le Fujian. Ils prennent le bateau à Shanghai ou à Wenzhou et, après des mois de traversée dans des conditions précaires, débarquent généralement à Marseille, à partir du mois d’avril 1917. Là, ils prennent le train, dans ces wagons qui sont faits pour « hommes : 40 ; chevaux en long : 8 ». Enfin, ils arrivent dans la Somme, épuisés – certains sont morts pendant le voyage – et affamés.

 

Ils ne sont pas tous recrutés de la même manière : les Anglais mettent en avant les YMCA locales (Young Men Christian Association), dont de nombreux membres parlent le chinois et des agences privées comme la Huimi ; alors que les Français confient cette tâche à des associations comme le Mouvement Travail-Etudes ou l’Etude Frugale en France. Les recrutements sont parfois douteux et il arrive que des voyous fassent le voyage depuis leur pays d’origine dans l’unique but de ne vivre que de vols et de rapines. Le journal Un siècle de faits divers dans le Calvados rapporte cet étonnant fait divers : « Colombelles. En mars 1917, arrive un groupe de 150 chinois qui viennent travailler sur les chantiers des hauts-fourneaux. Huit de ces fils du céleste empire émettent la prétention de rançonner leurs camarades et de les obliger à leur abandonner une partie de leur salaire, sans quoi ils les empêcheraient de travailler. Ces derniers ne s’en laissent pas compter et tendent un piège. Un soir de mai 1917, le 12 exactement, ils tombent sur les huit chinois qui ont à peine le temps de se réfugier dans une baraque où ils se barricadent. Les gendarmes, alertés, réussissent à faire sortir les assiégés. L’un d’eux a la malheureuse idée de fuir à travers la campagne. Il est bientôt rejoint par un groupe de poursuivants qui l’assomment. Il est retrouvé une heure plus tard, râlant dans la plaine. Il a le crâne ouvert à coups de pioche. Il expire presque aussitôt. Ses compatriotes : Yong, Chanong, Chauong, Memong, Yien, Pen, Ping et Tehien ont comparu devant le tribunal pour entraves à la liberté du travail. Les peines de prison s’échelonnent de 4 à 8 mois ».

 

 

Leur installation.

 

Dans son étude Assistance et éducation des travailleurs chinois pendant la Grande Guerre, les chercheurs Sylvie Demurger et Martin Fournier indiquent : « En majeure partie issus de familles paysannes, ils n’avaient pour l’essentiel jamais eu de contacts avec des Occidentaux avant leur arrivée en France. Symétriquement, leur arrivée constitue la première vague de migration chinoise de masse en France et les Français étaient tout aussi peu familiers des us et des coutumes chinois que les Chinois l’étaient de ceux des Français ou des Britanniques qui les employaient. S’ensuivirent immanquablement des incompréhensions et tensions liées aux différences culturelles entre les communautés, qui rendirent presque immédiatement nécessaire une prise en charge des travailleurs chinois ».

 

Les Chinois sont placés dans des camps, à Noyelles-sur-Mer près de Saint-Valéry-sur-Somme, ou à Dannes et Saint-Etienne au Mont, dans le Pas-de-Calais. Ces camps, longs de plusieurs centaines de mètres, ont été installés l’année précédente et comportent des baraquements de logements, des cuisines, des sanitaires, une blanchisserie (leur réputation les avait précédés), une infirmerie et même une prison ! Il leur est autorisé de sortir de ces camps pour aller travailler et quelques heures de loisir. Les enceintes sont d’ailleurs entourées de plusieurs rangées de barbelés. Pour autant, peu à peu, ces camps prennent des couleurs de villages asiatiques : certains baraquements sont ornés de lanternes ; les éléments artisanaux de décoration sont très présents. Parfois, ce sont même des cerfs-volants qui flottent dans le ciel picard.

 

L’un des fascicules du Bulletin de la Société d’Emulation d’Abbeville de 1984, reprend un texte du comte Joseph de Valicourt. Il raconte – il avait 17 ans à l’époque – l’arrivée des travailleurs chinois sur ses terres : « Vêtus de coton matelassé, bleu de chauffe, jambes ficelées dans des bandelettes entrelacées, courte veste, petit bonnet rond avec cache-oreilles de fourrure, les arrivants avaient piètre mine. Leurs outils suscitaient la curiosité et l'étonnement de tous : essentiellement des bambous, porte-fardeau porté par deux hommes entre lesquels se balançaient sacs de riz, poutres, planches et autres. Ou, porté par un homme, un bambou aux extrémités duquel pendaient deux petits paniers pour porter des cailloux, mâchefer, ferraille. Et que dire des brouettes : sorte de triangle dont la roue occupait le sommet, les brancards largement ouverts tenus bras étendus par les brouetteurs, avec pour les agrémenter des languettes de bambou frappant les rayons et produisant une triste mélopée ... tel était le matériel. Des hommes dont beaucoup n'avaient jamais vu un avion (dont ils firent au front la connaissance brutale) et qui marchaient en trottinant... tels étaient les arrivants ... ».

 

D’autres témoignages, rapportés par la chaîne France 3, à l’occasion d’un reportage diffusé il y a quelques années pour l’anniversaire de l’armistice de 1918, font état de l’étonnement et de l’incrédulité des Picards qui voient en ces hommes à la fois des envahisseurs et des porteurs de maladie, à commencer bien entendu par la jaunisse !

 

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Publié le 7 Août 2011

 

"C'est quand on est oublié, que l'on meurt vraiment".

 

 

En patrouille au dessus de la Forêt Noire

 

1963, F-100 en patrouille, au-dessus de la Forêt Noire.

 

Il y a, comme l'a évoqué le Président de la République le 19 juillet dernier dans la cour des Invalides, devant les sept cercueils de nos soldats tués en Afghanistan, « la longue cohorte de tous ceux qui sont tombés un jour au Champ d'Honneur », morts pour la Patrie dont le Souvenir Français s'attache à conserver et honorer la mémoire...

 

Il y a la multitude de celles et ceux qui nous ont quitté, frappés par les accidents de tous ordres, par la maladie, ou la simple usure inéluctable d'une vie longue et bien remplie...

 

Et puis il y a les morts en « S.A.C. »!

 

Peu de gens, dans la société civile, connaissent la signification de ce sigle qui se traduit, pour les membres de la grande famille aéronautique, par « Service Aérien Commandé ». Et pourtant le personnel des formations aériennes de nos forces armées paye, dès le temps de paix, un lourd tribut au service de la nation, en particulier pendant l’entraînement et dans la préparation aux missions de guerre. A titre d'exemple, pour la seule Ecole de l'air, entre sa création en 1935 et l'aube du XXIème siècle, si 240 anciens élèves sont tombés au combat, pendant la Seconde Guerre mondiale, en Indochine, en Afrique du Nord ou dans les opérations extérieures, ce sont près de 370 pilotes, navigateurs ou membres d'équipages issus de cette école qui ne sont pas revenus d'une mission considérée au départ comme « de routine », morts en S.A.C.

 

 

J'ai eu la chance, au début des années soixante, de vivre quelques années aux côtés des pilotes de l'un des meilleurs escadrons de chasse de France, le 1/3 « Navarre », partageant épisodiquement, moi le non-navigant, leurs missions, en place arrière de l'un des trois F-100F « Super Sabre »  biplace de l'escadron. J'en ai gardé bien des souvenirs merveilleux, mais aussi, malheureusement,  d'autres bien plus tragiques, comme par exemple :

 

·        -  Ce 31 décembre endeuillé par la collision au-dessus du Mont Mézenc des deux F-100 de Jacques dit « Le gros sac » et de Guy, surnommé « Le p'tit boudin ». Il n'y eut pas de réveillon cette année-là...

 

·         - Le crash dans un petit avion du Centre d'Essais en Vol de Cazaux de Francis, « Le beau gosse », tué avec son passager ;

 

·         - Le Mirage IIIE de Robert, « Le clou », percutant le sol avant de s'embraser, à l'entrée de piste, à Nancy ;

 

·         - Cet autre Mirage IIIE, en approche à Dijon, s'écrasant après avoir heurté un rideau d'arbres sans que son pilote, Jean-Pierre, un jeune lieutenant que j'ai moins connu, ne puisse s'éjecter ;

 

·         - Le Mystère IVA de cet ami de l'autre escadron, découvert désemparé sur la dune du Pilat, mais sans le corps de son pilote, Jacques « Le p'tit chef », qu'un récolteur de résine retrouvera par hasard, mais bien des années plus tard, dans un coin perdu de la forêt landaise...

 

Ces pilotes parmi tant d'autres, ces équipages, ne sont pas morts face à l'ennemi, mais dans le simple exercice de leur métier, de leur mission, avec un seul but : être prêts, si la Nation l'exigeait un jour, à la défendre jusqu'au sacrifice suprême. Alors je souhaite que leur souvenir trouve également sa place dans les pensées de tous ceux qui honorent aujourd’hui, à juste raison, les « morts au Champ d'Honneur ».

 

Ils l'ont bien mérité, eux qui ont aussi rejoint, pour toujours, le paradis des pilotes et des équipages perdus.

 

 

 

 

GBA (2s) Jean-Claude ICHAC

Président honoraire du Comité d'Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français.

Le 1er août 2011

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Publié le 20 Juillet 2011

 

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Le Comité du Souvenir Français d'Issy-les-Moulineaux participera à la cérémonie du 67ème anniversaire de la Libération de Paris, le dimanche 28 août 2011 :

 

- 9h20 : rassemblement devant le CNET puis départ en car.

 - 9h30 : dépôt de gerbes, place Groupe Manouchian.

 - 9h45 : discours et dépôts de gerbes au parc de la Résistance, ZAC Sainte-Lucie.

 - 10h05 : dépôt de gerbes au buste de Jean Moulin (angle pont Jean Moulin / avenue Jean Monnet).

 - 10h25 : dépôt de gerbes au buste du général de Gaulle, place du 8 Mai.

 - 10h40 : square Bonaventure Luca, dépôt de gerbes au buste du maréchal de maréchal Leclerc.

 - 10h45 : devant le Monument aux Morts, dépôts de gerbes et discours de Monsieur Quillard et de Monsieur le Député-Maire.

 - 11h15 : vin d'honneur dans le salon Elysée de l'Hôtel de Ville.

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Publié le 4 Juillet 2011

debarquement normandie

 

 

Fête de l’indépendance.

 

Le 4 juillet marque la fête nationale des Etats-Unis. Il s’agit de l’ « Independance Day » qui commémore la Déclaration d’indépendance des colonies britanniques d’Amérique en 1776. Depuis cette période, où le royaume de France avait envoyé une armée de 15.000 hommes, qui œuvra considérablement pour la victoire finale des Américains, les deux pays sont alliés.

 La Première Guerre mondiale apporta une preuve éclatante de cette alliance, et le débarquement du 6 juin 1944 la conforta encore une fois. Ce jour-là, près de 175.000 soldats américains, canadiens, anglais, polonais et les Français du commandant Kieffer débarquèrent sur les plages de Normandie.

 

Etre à Omaha Beach.

 

Angelo Marsella est né le 28 mars 1925 dans la ville de Philadelphie, en Pennsylvanie (USA). A l'âge de 18 ans en 1943, il décide de s'engager dans la Marine.

 

« Après avoir reçu mon diplôme de la base d'entraînement de Bainbridge, j'ai reçu l'ordre de me présenter à l'Amphibious Naval Base située à Solomons dans le Maryland, pour y suivre de nouveaux entraînements maritimes. Par la suite, j'ai été envoyé à bord d'une embarcation de débarquement pouvant transporter plusieurs chars (NB : des LST – Landing Ship Tank). Il s’agissait du 281.

 

Basé dans différents ports du Sud de l'Angleterre, le 281 fut engagé dans de nombreux exercices de débarquement préparant l'invasion par les côtes françaises. A la fin mai 1944, le 281 avait terminé sa période d'exercices. Nous avions alors reçu un grand nombre de personnels militaires supplémentaires et parmi eux se trouvaient : le Lieutenant Mitchell Jamieson (artiste peintre de la Navy), 2 médecins de la Navy, 25 assistants pharmaciens, des plongeurs-démineurs, et des soldats avec leur équipement. Le Lieutenant Jamieson a organisé des simulations de transport de blessés dans les quartiers de l'équipage.

 

Le 2 juin 1944, le 281 jeta l'ancre dans la Dart River en compagnie d'autres L.S.T., où nous avions attendu le signal d'invasion. Nous savions que l'invasion débuterait le 5 juin. Puis nous fîmes route en dehors du port de Dartmouth, avec 2 destroyers américains, 2 vedettes de sauvetage américaines et d'autres L.S.T. Puis nous furent mis au courant du retardement de 24 heures de l'invasion et nous fîmes des cercles dans la Manche

 

Le 6 juin 1944, vers 3 heures du matin, le 281 atteignit la zone prévue ; nous étions à environ 6 miles des côtes Normandes. A 3 heures 30, l'équipe de plongeurs-démineurs descendit le long de la coque du L.S.T. au moyen des filets. Leur travail était de localiser et de déplacer les obstacles submergés. Du fait de la présence de ces plongeurs-démineurs sur le bord du 281, 4 autres L.S.T prirent la tête du convoi, derrière les dragueurs de mines qui dégageaient une voie pour les bâtiments de l'invasion. En dehors de la voie dégagée par les dragueurs, la mer était infestée de mines allemandes

 

La nuit du 6 juin, nous n'étions pas ancrés très loin de la côte normande et heureusement pour nous, un navire Britannique nous prévint que nous avions perdu notre ancre, que nous dérivions vers un champ de mines et qu'il nous fallait trouver un nouvel endroit où ancrer.

 

Une fois les plongeurs-démineurs partis, nous reçûmes l'ordre de nous diriger vers Utah Beach. L'activité à bord du 281 devenait soudain de plus en plus importante, tout comme notre peur. Mon poste de combat se situait à l'avant bâbord, à la mitrailleuse de 20 millimètres. Je pouvais voir les balles traçantes et entendre les tirs d'armes automatiques tout autour de nous.

 

Le 281 approchait de plus en plus de la plage d’Utah Beach. C’est là que j'ai vu de nombreux corps de soldats américains flotter dans l'eau, ainsi que plusieurs épaves. Ce fut une terrible chose pour moi d'être le témoin d'une telle scène. Cela m'a beaucoup perturbé, et aujourd'hui encore, je peux toujours voir ces soldats flottant dans l'eau. A ce moment précis, j'étais en état de choc. Je me sentais concerné par la mort de ces hommes. Je me souviens avoir dit à mon compagnon de bord : mais qui va leur venir en aide ? Puis je me suis souvenu que les deux vedettes d'assistance qui nous accompagnaient avaient la responsabilité de récupérer ces soldats, qu'ils soient morts ou vivants.

 

Au loin, je vis deux éclairs monter dans le ciel, et sur ma gauche, le navire de guerre U.S.S. Nevada ouvrir le feu en direction de la côte ennemie avec ses canons de 400 millimètres. A ce moment, nous étions très proche de Utah Beach, mais nous reçûmes l'ordre du Bataillon de plage de ne pas accoster directement sur le sable, mais de débarquer notre transport en mer. Durant les premières heures, nous débarquâmes les hommes et le matériel que nous avions transporté depuis l'Angleterre. Avec la présence de nombreuses vagues, la tâche n'était pas facile. Ce débarquement causa beaucoup de dégâts à notre navire et un certain nombre des hommes d'équipage fut légèrement blessé.

 

Une fois la cargaison en hommes et en matériel débarquée, le 281 se transforma en un navire hôpital auxiliaire. Les premiers blessés que nous avions embarqués provenaient du dragueur Osprey. Il avait heurté une mine. L'U.S.S. Correy, l'un de nos navires d'escorte, avait également touché une mine. Les survivants de ces deux bâtiments étaient sévèrement brûlés. Je me souviens que certains des soldats que nous avions embarqués étaient très gravement touchés. Je peux décrire un de ces soldats, qui avait été touché de manière très violente à la tête.

 

Les navires de guerre tiraient toujours en direction de la plage. Au-dessus de nos têtes, une importante quantité d'avions alliés volait en direction du rivage ennemi. L'équipe médicale et les membres d'équipage du 281 firent de leur mieux pour que les blessés aient un voyage confortable jusqu'en Angleterre.

 

Le 9 juin, le 281 quitta à nouveau le port de Southampton avec à son bord un transport complet de soldats américains équipés. Une fois notre L.S.T. au sec, je marchai sur la plage avec quelques uns de mes camarades et j'y vis plus de corps et d'épaves que sur Utah. Nous en parlâmes avec des soldats américains présents sur la plage. Ils m'assurèrent qu'ils s'occuperaient des corps des soldats tués. Nous leur avions également parlé des corps de soldats allemands morts que nous avions vus dans le secteur de la plage. Ils nous répondirent qu'ils seraient juste recouverts de terre par des bulldozers.

 

Globalement, durant cette période, le 281 a effectué 5 voyages pour acheminer des renforts en hommes et en matériel. Beaucoup de choses se sont passées le Jour J, mais voilà ce dont je me souviens. »

 

 

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Publié le 9 Juin 2011

 

Supplétifs Indochine

Supplétifs en Indochine (copyright www.chemin-de-memoire-parachutistes.org )

 

 

Hier, le 8 juin 2011, a eu lieu la commémoration nationale pour les morts en Indochine. De cette guerre, trop longtemps oubliée, certains actes, certaines batailles sont néanmoins restés dans la mémoire collective comme Diên Biên Phù, le désastre de la RC4 ou encore le Roi Jean, cher à Lucien Bordard. Par contre qui se souvient qu’au commencement de cette guerre, les suppôts du Vietminh ne représentaient qu’une faible partie de la population et que des peuples et des ethnies entières soutenaient la France coloniale ? Parmi eux se trouvaient ceux que l’on appelait les Supplétifs, ou parfois indigènes.

 

Etymologiquement, le terme « supplétif » vient de suppléer, à savoir « qui complète ». Cela est vrai dans tous les conflits : manquant d’hommes, l’empereur Napoléon 1er forme sa Grande armée d’Allemands, d’Italiens, de Belges… C’est vrai pendant la conquête des colonies, ou le recrutement d’hommes locaux permet une vraie intégration au cœur des pays concernés, ne serait-ce que pour des questions de langues, de connaissance du terrain et des coutumes. Les officiers sont généralement européens ; il n’en pas de même des sous-officiers : les archives et documents abondent et montrent souvent des brigadiers, caporaux, sergents (…) issus des populations locales. Et c’est encore vrai au cours de la Première Guerre mondiale, quand la France doit puiser des soldats dans ses colonies pour faire face à un déficit d’homme par rapport aux Empires centraux.

 

En Indochine, ces même éléments font jour rapidement. Dès 1946, le général Leclerc fait appel à la population indochinoise pour combattre le Vietminh communiste. Le lieutenant-colonel Jean-Vincent Berte, du collège Interarmées de Défense explique dans une étude sur cette question trois facteurs essentiels :

 

  • - Une question d’effectifs : quand le général Leclerc débarque en Indochine en 1945, il se trouve à la tête d’une force de quelques milliers d’hommes, qui va passer à environ 50.000 soldats puis peu à peu doubler. Mais il en faudrait dix ou quinze fois plus pour surveiller un territoire montagneux, marécageux, difficile d’accès qui s’étend sur plus de 1.500 kilomètres du golfe de Thaïlande à la Chine.

 

  • - Une question de moyens financiers : un soldat de la métropole doit être transporté depuis Marseille, être formé pendant de longues semaines et il touche une solde supérieure à celle que peut percevoir un autochtone (le coût de la vie est estimé moindre en Indochine par rapport à la France, sans compter les autres aspects, difficile à admettre aujourd’hui…).

 

  • - Une question d’intégration : bien avant le général de Lattre, qui militera en 1951 pour la constitution d’une armée vietnamienne digne de ce nom, le général Leclerc parle de « vietnamisation du conflit ». Les paysans thaïs ou muongs connaissent le terrain ; ils sont familiers du climat et endurent plus que ne le peuvent les soldats de métropole, en dépit de leur entrainement intensif. De plus, la France joue de la haine des peuples des montagnes vis-à-vis des Vietnamiens qui peuplent les plaines et les côtes.

 

En 1950, plus de 40.000 hommes composent les effectifs des forces supplétives : ils sont intégrés dans des CSM (Compagnies de Supplétifs Militaires) des unités du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) comme les bataillons de parachutistes, la Légion étrangère (CIPLE – Compagnie Indochinoise de la Légion Etrangère), les unités classiques de la Coloniale et d’autres unités dont les noms sont évocateurs : bataillons de marche d’Extrême-Orient, bataillons de marche indochinois, régiments de tirailleurs tonkinois, le bataillon annamite, le bataillon des forces côtières du Tonkin, les bataillons muongs, les bataillons thaïs, les bataillons de chasseurs laotiens, le régiment mixte du Cambodge.

 

Mais ils sont aussi intégrés dans des maquis ou des commandos, dans une perspective chère au contre-espionnage français et à ses « forces spéciales ». Ainsi, le groupement de commandos mixte aéroporté (GCMA) implante les maquis Colibri, Aiglon, Calamar et Cardamone en Haute-région (Tonkin), sous la responsabilité du lieutenant-colonel Trinquier. Leur mission : « préparer, organiser, mettre en place et commander des éléments susceptibles de : réaliser des maquis ; des guérillas itinérantes ; des missions spéciales (en particulier de sabotage) par éléments individuels ou équipes très légères infiltrées clandestinement ; monter des filières d’évasion ; participer sur ordre à la guerre psychologique ». Et parmi les commandos, l’un des plus célèbres est le Commando 24, dirigé par l’adjudant-chef Vandenberghe, qui sera cité à l’ordre de l’Armée.

 

Les CSM participent généralement à des missions d’encadrement : surveillance de villages, accompagnement d’unités métropolitaines, ouvertures de voies, repérages, positions d’éclaireurs… De par leur connaissance du terrain, il est assez rare qu’ils passent de secteurs en secteurs. Ils sont actifs dans les combats, connaissent les types de réactions de l’adversaire : « Ils tiennent leur rang » ajoute le lieutenant-colonel Berte. Même si parfois des difficultés d’enrôlement se font sentir ou, pire, des délicats mélanges d’ethnies se terminent par des rixes ou des désertions. Il n’empêche : leurs actions d’éclat sont partout remarquées, mais elles ne font pas – il faut bien l’avouer – souvent l’objet de communiqués de la part de l’Etat-major. Le colonel Rives, dans une publication pour le site internet de l’association ANAI (Association nationale des anciens et des amis de l’Indochine), relève cet exploit : « Le 3 octobre 1953, au Laos, 600 maquisards sous les ordres du lieutenant supplétif Se Co An entreprennent l’opération Chau Quan Tin du nom de Ly Truong, assassiné à Cha Pa par le Vietminh. Assisté d’un commando de 60 hommes, parachuté avec le lieutenant Pham Duc Long, les maquisards reprennent Coc Leu près de Lao Kay, en tuant 150 adversaires ».

 

Au début des années 1950, le développement des armées nationales (Vietnam de l’empereur Bao Daï, Laos et Cambodge) se fait parfois par le transfert de supplétifs. Cela n’empêche pas l’armée française de continuer ses recrutements. En 1954, le CEFEO compte environ 235.000 hommes dont 55.000 supplétifs et les armées nationales (Vietnam, Laos, Cambodge) de l’ordre de 300.000 hommes (dont 45.000 supplétifs). 1954, c’est aussi l’année de l’ultime bataille de la guerre d’Indochine : Diên Biên Phù. A l’issue, les Français qui ont déposé les armes – ils n’ont pas hissé de drapeau blanc ni se sont rendus – sont emmenés dans des camps. Ils sont 11.721 et il en reviendra moins de 3.000. Par contre, nul ne sait, en occident, ce qu’il est advenu des 3.300 prisonniers supplétifs. Les historiens et les anciens d’Indochine pensent qu’ils ont été globalement tous liquidés. Néanmoins, quelques-uns s’en sortent : ils rejoignent les maquis et continuent la guerre contre les vietnamiens. Mais le 21 juillet 1954, après les accords de Genève, les cadres français du GCMA abandonnent leurs hommes aux mains de bodoïs.

 

Le lieutenant Alexandre Le Merre a fait la guerre d’Indochine entre 1950 et 1952 avec des supplétifs. Il raconte la découverte de sa compagnie du 3ème bataillon thaï en 1950 : « Une compagnie de supplétifs avait un tableau d’effectifs de 120 bonshommes. L’armement était léger : 4 FM, 9 PM, 3 pistolets et le reste en fusils (…). Restait la troupe qui, à première vue, était un ramassis ou un troupeau de braves nha qués, désignés comme volontaires par leur chef de village. Mais, à l’usage, ils se révélèrent tous fidèles, gentiment disciplinés, et très fiers d’être des « partisans », terme sous lequel ils se désignaient ; par ailleurs, ils étaient tout contents d’échapper aux corvées et impôts du villageois moyen et à la tutelle des notables locaux, étaient sûrs de manger tous les jours à leur faim, et avaient la fierté de porter un fusil. Aucun sentiment politique, sinon la haine du Viet, c’est-à-dire de l’annamite, venu porter la guerre et ses désolations chez eux, alors qu’ils vivaient en paix depuis cinquante ans, sous l’égide d’une France très lointaine et plutôt mythique. Les Viets ne leur ont pas pardonné cet attachement à notre pays, et la littérature publiée à Hanoi est éloquente : fortement encadrés par les commissaires politiques, organisés en brigades de choc, « on leur a appris à mettre en valeur un pays qu’ils négligeaient ». Puis on les a peu à peu noyés sous des vagues d’émigrants amenés du Delta. Enfin, restait à les accabler moralement, en dressant contre eux les malheureuses minorités, comme les Méos ou les Xas, qu’en bons disciples des colonialistes ils opprimaient et même décervelaient en leur niant toute culture ».

 

 

Antoine Junqua.

Membre du Souvenir Français.

 

Sources :

 

 

  • - Patrice Gélinet, émission de France Inter 2000 ans d’Histoire : Indochine 1945-1954, histoire d’une guerre oubliée.
  • 
  • - Général Bigeard, Ma vie pour la France, Ed. du Rocher, 2010.
  • - Lieutenant-colonel Jean-Vincent Berte, Indochine : les supplétifs militaires et les maquis autochtones, Collège Interarmées de Défense.
  • - Georges Fleury, La guerre en Indochine, Tempus, Perrin, 2003 et Nous, les combattants d’Indochine, Bourin Editeur, 2011.
  • - Alexandre Le Merre, Lieutenant en pays Thai, Indo Editions, 2008.
  • - Michel Bodin, Dictionnaire de la guerre d’Indochine, 1945-1954, Economica, 2004.
  • - Gérard Brett, Les supplétifs en Indochine, L’Harmattan, 1996.
  • - Site de l’association des Anciens combattants et des Amis de l’Indochine : www.anai-asso.org (dont article écrit par le colonel Maurice Rives).
  • - Francis Agostini, les Unités Thaïes dans la bataille de Diên Biên Phù.

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine