Publié le 4 Mars 2011

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« Je m’appelle Louise Zazzera et j’habite à Issy-les-Moulineaux depuis 1995. Ma famille était parisienne. Mon arrière grand-père, lorrain, a dû quitter la Lorraine suite à la défaite de 1870 et à son choix de demeurer français. Il s’est installé à Paris avec mon arrière grand-mère.

 

C’est à titre individuel que j’ai adhéré à votre Association «Le Souvenir Français». Dans notre département des Hauts de Seine, je suis la trésorière d’une association : l’ANPNOGD92, qui est l’Association Nationale des Pupilles de la Nation et des Orphelins de Guerre et du Devoir.

 

Je souhaite d’abord me présenter avant de vous parler de notre association. Je suis pupille de la Nation, mon père est reconnu mort pour la France. Il est revenu des camps de prisonnier de guerre en mars 1942. Il faisait partie des prisonniers qui ont été renvoyés dans leur pays car très malade. Il est décédé le 13 aout 1942, après de longs séjours à l’hôpital et de grandes souffrances. Il avait 29 ans. Il a laissé deux enfants de 6 et 3 ans et sa femme enceinte de moi qui suis née le 5 décembre 1942. Ma maman me disait : «tu es le dernier cadeau que ton papa m’a fait» !

 

On reconnaît et on ne veut pas oublier tous ces hommes et ces femmes morts pour leur patrie. Mais connaît-on la douleur de ces enfants dont les familles sont détruites, de ces enfants qui n’ont jamais connu leur père, leur mère ?

 

Voyez-vous, j’ai une phrase qui reste dans ma tête. Je pense que la personne l’a prononcée à la légère, mais elle m’a marqué et je l’entends encore. Cela s’est passé à l’école. Dans la classe, la maîtresse faisait l’appel pour le paiement de la garderie du soir et  elle a dit « ah oui, toi tu ne payes pas, tu es pupille de la Nation». Je ne comprenais pas très bien ce que cela voulait dire mais pour moi je n’étais pas normale, j’étais fautive !

 

Je suis adhérente à l’ANPNOGD. Pour entretenir la mémoire de ceux et celles qui sont morts, et que la Patrie a reconnu «Morts pour la France». Mais également que l‘on reconnaisse la souffrance des enfants appelés Pupilles de la Nation.

 

Notre association compte environs 70 Délégations départementales, regroupant 9.500 adhérents. Nous défendons un double objectif : perpétuer le Devoir de Mémoire envers les disparus et œuvrer pour la promulgation d’un statut qui devra s’inspirer largement de celui promulgué en faveur des enfants des déportés ; en juillet 2000, la France a réparé le préjudice subi par les orphelins dont les parents ont été victimes de persécutions antisémites ; quatre ans plus tard, les orphelins dont les parents ont été victimes de la barbarie nazie morts en déportation, fusillés ou massacrés pour des actes de résistance ou pour des faits politiques, percevaient à leur tour des réparations. Puis, en février 2005, notre pays réparait le préjudice subi par des orphelins dont les parents ont été victimes d’événements liés au processus d’indépendance de ses anciens départements et territoires, les Harkis principalement.

 

Soixante-cinq ans se sont écoulés depuis la libération de la France et il est temps de ne pas oublier l’indispensable Devoir de Mémoire en remédiant à la discrimination résultant des décrets du 13 juillet 2000 et du 27 juillet 2004, pour le concept d’équité conserve tout son sens.

 

Ces « Oubliés de l’Histoire» demandent, au regard de l’article 1 de notre Constitution qui assure l’égalité devant la loi de tous les Citoyens et de l’article 6 des Droits de l’Homme, selon lequel tous les Citoyens sont égaux aux yeux de la loi, que la République Française reconnaisse tous ses «Morts pour la France» sans laisser quiconque au bord de la route.

 

Nous croyons que notre Association, l’ANPNOGD, est porteuse d’un flambeau qui ne doit pas s’éteindre, il est fait de souvenir, de sacrifices suprêmes pour la liberté et la Patrie ! C’est pourquoi nous demandons le respect et la reconnaissance, pour tous ces enfants du sacrifice, devenus les oubliés de la Nation. Cela implique que les Pupilles de la Nation, les Orphelins de Guerre ou du Devoir qui ont été privés de la présence d’un père ou d’une mère, obtiennent réparation de la part de l’Etat dans un esprit d’équité et de justice. »

 

Louise Zazzera.

 

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Publié le 26 Février 2011

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Le Comité du Souvenir Français participera à la messe en l'église Saint-Bruno, à la mémoire des isséens morts en Algérie et dans les combats du Maroc et de Tunisie. Celle-ci se déroulera le samedi 26 mars 2011, à 10h00. Par la suite, une seconde cérémonie se déroulera au cimetière communal à 11h00. 

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Publié le 3 Février 2011

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Pierre Essayan est à gauche sur la photographie. En pyjama. Il prend un petit-déjeuner avec des camarades de chambrée.

 

 

Etre un grand frère.

 

« Bonjour, Petit Frère. Je tenais à t’écrire cette petite lettre parce que j’avais envie de t’écrire et pour te donner quelques nouvelles de moi ». Par ces mots, commence la dernière lettre de Pierre Essayan, beau-frère de Nicole Essayan, maire-adjoint d’Issy-les-Moulineaux : « Il écrivait presque toutes les semaines à son frère Pascal, mon défunt époux. Cette lettre est datée du 17 octobre 1958. Pierre Essayan était un Arménien avec tout ce que cela signifie pour nous. C’est-à-dire qu’il était d’abord et surtout Français. Un amoureux des valeurs de la République. Pays qui a accueilli nos parents. Avec l’absolu nécessité de bien parler la langue, de bien l’écrire, de s’intégrer parfaitement. Peu importe les brimades, les réflexions. Il fallait être irréprochable. »

 

Pierre Essayan nait le 10 février 1932 à Paris. Suzanne est son ainée ; le petit Pascal, le benjamin. La santé de leur maman se dégrade peu à peu et elle devient paralysée. Employé aux Etablissements Chausson, le père travaille beaucoup. Au moment d’être appelé sous les drapeaux, Pierre est tricoteur. Il habite avec sa famille rue de l’Egalité à Issy-les-Moulineaux. Lui, son frère, qui est apprenti-lithographe, et leur sœur Suzanne, se démènent pour aider des parents usés avant l’heure par des années d’ouvrage.

 

« Pierre faisait tout ce qu’il pouvait pour aider sa famille. Il travaillait comme un fou, s’occupait de ses parents, et son jeune frère était pareil. Par contre, bien souvent Pierre s’entraînait au football. Il était très doué. Notre ami Henry Karayan, connu pour son passé dans la Résistance à côté de Missak Manouchian, lui avait même promis une possibilité de jouer à Paris après son service militaire ».

 

 

De Balard à Alger.

 

Pierre Essayan est en effet appelé sous les drapeaux le 1er février 1957. Il intègre le bataillon de l’air 117, unité assurant le support de l’Administration centrale de l’Armée de l’air, place Balard à Paris. Il est ensuite versé dans l’Armée de terre au début du mois de mars 1958.

 

Le 15 mars 1958, il embarque à Marseille et arrive à Alger le 17. Selon la formule, il est « libéré de ses obligations légales d’activité » le 1er août 1958, mais, du fait de la loi votée par le Gouvernement de Guy Mollet, il est maintenu sous les drapeaux le 31 août 1958.

 

Août 1958. Voilà trois mois que le général de Gaulle est revenu aux affaires du pays. A Alger, il a déclaré « Je vous ai compris » et chacun a entendu ce qu’il voulait : l’Algérie française pour les uns ; l’indépendance, du moins l’auto-détermination, pour les autres. Quelques jours plus tard, conformément aux accords avec la Tunisie – indépendante depuis 1955 – la France rapatrie ses troupes qui y sont encore stationnées. « Oui, mais l’Algérie, ce sont des départements français. Ce n’est pas comparable », entend-on un peu partout. Et c’est bien vrai, d’autant que les fellaghas sont loin de faire l’unanimité au sein de la population algérienne.

 

Le 3 juillet, le général de Gaulle annonce la constitution d’un collège électoral unique. Et il va même plus loin en donnant le droit de vote aux femmes musulmanes. En septembre 1958, alors qu’au Caire, en Egypte, le leader algérien Ferhat Abbas annonce la formation du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), de Gaulle fait un discours remarqué à Constantine : des réformes économiques, sociales et culturelles sont édictées. L’Algérie va également pouvoir s’industrialiser à grande vitesse grâce à la richesse du sous-sol du Sahara, regorgeant de pétrole.

 

Il n’empêche. Dans le même temps, les « opérations de maintien de l’ordre » continuent. La guerre en Algérie ne dit pas son nom. La France d’ailleurs ne peut pas se faire elle-même la guerre : officiellement ce sont des bandes armées qui sèment la guérilla dans les départements français d’Algérie. Bientôt près de huit-cent-mille soldats français sont engagés dans ce conflit.

 

 

En opération à Médéa.

 

 

Médéa est le chef lieu de la wilaya – région – du même nom. Située à quelques quatre-vingt kilomètres au sud-est d’Alger, elle offre des paysages de hauts plateaux qui ferment à l’ouest la vallée de la Mitidja. Une wilaya est formée de nombreux « beylicat », dont le nom provient du Turc « bey », et qui signifie « chef de clan » autant que son territoire.

 

A l’automne 1958, Pierre Essayan et son unité sont placés dans le beylicat de Titteri, près du village de M’fatha, à quelques dizaines de kilomètres au sud de Médéa. Nous sommes le 1er novembre. Voilà quatre années, jour pour jour, que le FLN (Front de libération nationale) a déclenché la « Toussaint rouge » : une série d’attentats contre les colons français dans le constantinois (dont l’assassinat d’un couple d’instituteurs venus de la métropole). La date est généralement retenue comme le déclenchement de la guerre d’Algérie.

 

Pierre Essayan participe à des reconnaissances. C’est son travail quasi quotidien. La patrouille a quitté le campement et fait déjà pas mal de kilomètres quand elle tombe dans une embuscade. Pierre se protège. Il se met en position de riposter. Mais devant lui un camarade est à terre. N’écoutant que son courage, il se lève et part le chercher. Une première balle le touche à l’épaule gauche ; une seconde le blesse à la mâchoire et à la nuque. Il en reçoit encore une troisième, celle qui le tue, en plein thorax.

 

L’embuscade terminée, un rapide bilan est tiré : ce soir, le régiment comptera un soldat de moins. La patrouille revient au camp, portant le corps de Pierre Essayan. Le jeune homme reçoit la médaille militaire et la croix de la valeur militaire avec palme à titre posthume.

 

A Issy-les-Moulineaux, dans la communauté arménienne, l’émotion est grande. Suzanne, enceinte, met au monde, quatorze jours après le décès de son frère, un petit garçon, qui reçoit bien entendu le prénom de Pierre. La maman ne se remet pas de la disparition de son fils. Dieu la rappelle à Lui six mois plus tard.

 

Au début de l’année 1959, le général Challe met au point son plan qui va, en deux années, mettre à bas, pour un moment, une grande partie des « katibas » – unités – de l’Armée de Libération Nationale, branche armée du FLN.

 

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Pierre Essayan en position de tir.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 23 Janvier 2011

 

Combattants d'Indochine

 

 

L'adjudant-chef de la 13ème DBLE Giacomo Signoroni, présent à Diên Biên Phù, est l'un des piliers du Souvenir Français d'Issy-les-Moulineaux. Son récit sur la prise de la colline Béatrice le 13 mars 1954, épisode qu'il vécut de près, a déjà fait l'ojbet d'articles sur ce site internet.

 

Notre ami Georges Fleury, écrivain reconnu du monde combattant avec plus d'une cinquantaine d'ouvrages publiés sur les dernières guerres et des centaines de milliers d'exemplaires vendus,  nous a fait l'amitié de placer le récit de Giacomo Signoroni dans son dernier ouvrage, publié aux Editions François Bourin : "Nous les combattants d'Indochine".  Vous pouvez dès aujourd'hui trouver ce livre dans toutes les librairies (410 p. , 23 euros).

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Publié le 17 Janvier 2011

Yves Mahé

Yves Mahé

En avril 1942, trente pilotes et des membres du personnel technique, basés en Syrie, sont recrutés par les Forces Aériennes Françaises Libres dans le but de combattre aux côtés de l’Armée rouge, l’ennemi nazi. Alors que le général Petit, nommé par Charles de Gaulle, prépare l’arrivée sur Moscou, les pilotes et les mécaniciens s’installent au Liban, à Rayack, pour former ce qui deviendra l’une des escadrilles aériennes françaises les plus célèbres : Normandie-Niemen. Quelques mois plus tard, ils débarquent en Union Soviétique et commencent leur entraînement sur la base d’Ivanovo, à 250 km au nord de Moscou.

 

L’escadrille qui sera successivement commandée par les commandants Tulasne, Pouyade et Delfino comptera dans ses rangs de nombreux Compagnons de la Libération et des héros de l’Union soviétique. Le cimetière d’Issy-les-Moulineaux a reçu les sépultures de deux de ces héros.

 

 

Yves Mahé.

 

Le lieutenant-colonel Yves Mahé nait en 1919 à Nantes. Titulaire d’un brevet de pilote civil, il s’engage en octobre 1939 pour la durée de la guerre et est nommé à la base d’Istres. Il y obtient son brevet de pilote militaire.

 

Refusant l’armistice de 1940, se trouvant alors sur la base d’Oran, il réussit, après plusieurs échecs, à rejoindre Gibraltar à bord d’un appareil « Caudron-Simoun ». Là, il se rallie à la France Libre, et accoste en Angleterre à bord du cargo l’Anadyr. A Londres, il retrouve son frère aîné, Jean Mahé, pilote lui-aussi (et les deux frères seront faits Compagnons de la Libération). Après une année de formation, Yves Mahé est affecté à la Royal Air force comme pilote de chasse. Il est nommé dans un groupe, en tant que chef de patrouille, au 253 Fighter Squadron, à la défense de l’île et à des missions de protection de convois maritimes. En avril 1942, il abat coup sur coup un Heinkel 111 puis un Junkers 88 au dessus de York.

 

Volontaire pour le groupe de chasse Normandie-Niemen, il parvient en URSS pour combattre sur le front de l’Est aux cotés des Soviétiques. Alors, il prend part à toutes les opérations du groupe jusqu’au 7 mai 1943 ou il est abattu par la défense anti-aérienne  ennemie dans la région de Smolensk.

 

Fait prisonnier, Yves Mahé est enfermé au camp de Smolensk, d’où il s’évade le 28 mai 1943. Reprit le 10 juin suivant, il se retrouve interné au camp de Lodz, en Pologne, où il tente en vain de s’échapper. Evacué en juillet 1944 devant l’avance de l’Armée rouge, il est emmené au camp de Mühlberg-sur-Ebre. Le lieutenant Mahé est condamné à mort par le tribunal de la Luftwaffe, pour tentatives répétées d’évasion. En apprenant le verdict, il fausse compagnie à ses gardiens, mais ne parvient pas à franchir les clôtures du camp. S’ensuit une histoire incroyable : il survit à l’intérieur de l’enceinte en clandestin pendant près de neuf mois, grâce à la complicité d’autres prisonniers. Le 25 avril 1945, Mühlberg-sur-Ebre est libéré. Yves Mahé rejoint sa patrie au mois d’août 1945. Il retrouve alors sa place au sein du groupe Normandie-Niemen.

 

Promu capitaine, Yves Mahé reçoit des affectations successives, toujours au sein du « NN », comme l’appellent les initiés, et est nommé en 1949 commandant en second de l’escadrille puis sert en Extrême Orient avant de prendre le commandement de l’unité en 1952. Par la suite, il est versé à la 10ème escadre en tant que commandant en second, puis en 1956 devient commandant de la 5ème escadre.

 

Le 29 mars 1962, le lieutenant-colonel Yves Mahé meurt en service aérien commandé à Boussu-en-Fagne, en Belgique.

 

Officier de la Légion d’honneur, Compagnon de la Libération, croix de Guerre avec six citations, médaillé de la Résistance, de la Coloniale et de l’Aéronautique, Yves Mahé était aussi titulaire de l’Ordre de la Victoire soviétique et croix de Guerre Tchécoslovaque.

 

 

Albert Mirlesse.

 

 

 Albert Mirlesse

 

 Albert Mirlesse.

 

Albert Mirlesse nait à Suresnes le 12 décembre 1914, dans une famille juive originaire de Moscou, qui a fuit la Russie en 1905. Après une scolarité à l’Ecole alsacienne et au lycée Saint-Louis, il devient militant pacifiste du comité Franco-Allemand d’Otto Abetz. Mais il découvre l’antisémitisme nazi, s’en détourne, et se rapproche de l’Armée française. Il poursuit ses études et est nommé ingénieur au ministère de l’Air, inventant notamment des systèmes de dégivrage pour les avions.

 

Le 18 juin 1940, il répond à l’appel du général de Gaulle, et le rejoint en Angleterre. Il est alors est nommé chef du deuxième bureau des FAFL (Forces Aériennes Françaises Libres). Sa connaissance du russe le fait associer à l’envoi d’un groupe d’aviateur en URSS, et sa renommée le désigne comme le père du GC3 Normandie-Niemen.

 

C’est avec rigueur qu’il met au point la structure et les conditions d’engagement du groupe, jusqu’au choix des uniformes et signes distinctifs, de même que le modèle d’avion, le Yak-3.

 

Dans la revue Espoir, en 1994, Albert Mirlesse a raconté cette mise en place : « À mon arrivée à Moscou, d'autres embûches m'attendaient. Le général Petit, qui s'était trouvé complètement isolé sans connaître la langue, avait demandé aux autorités soviétiques, l'assistance d'une secrétaire interprète. Celle-ci fut immédiatement mise à sa disposition... avec la bénédiction du KGB ! C'est ainsi que le chiffre du Général avait disparu et il m'a fallu le remplacer et le sauvegarder. Plus tard, en l'absence du général Petit, connaissant moi-même la langue, j'ai renvoyé notre interprète, qui revint huit jours après complètement éplorée, car, dit-elle « elle ne savait plus rien ». Devant un tel aveu, nous sommes convenus de prendre le thé une fois par semaine pour lui permettre de garder sa place de « liaison » avec le KGB, tout en faisant passer les messages qui nous convenaient. Auprès du Haut-commandement soviétique, la liaison était bonne. Néanmoins, il fallait procéder à une mise au point rigoureuse de la structure et des conditions d'engagement du Groupe Normandie. Il convenait de définir les uniformes, les signes distinctifs des avions, ainsi que d'établir le modèle des cartes d'identité que porteraient les pilotes pour pouvoir circuler librement sur le front. Pour ce qui est des avions, j'ai été amené à choisir le « yack » que nous offraient les Soviétiques, et ceci, malgré les protestations véhémentes des ambassadeurs américains et britanniques. Les nez de ces avions furent peints aux couleurs françaises. Les Allemands, d'ailleurs, ne s'y trompaient pas. On les entendait distinctement donner l'alerte par radio « Achtung Franzôsen ! ». Pour la carte d'identité, son libellé fut très laborieux, et nous sommes arrivés à la formule suivante : « Armée de la France combattante. Groupe de chasse Normandie-Niemen, combattant aux côtés de l'Armée rouge. »

 

Après la Seconde Guerre mondiale, Albert Mirlesse poursuit une carrière dans l’aéronautique civile. Il décède le 12 janvier 1999 à Genève.

 

 

 

 

 

Thierry Gandolfo.

 

Membre du bureau du Souvenir Français à Issy-les-Moulineaux.

Conservateur du cimetière municipal.

Ancien sous-officier du 32ème RA.

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Publié le 12 Janvier 2011

                 

 

 

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Chère adhérente, cher adhérent,

 

Nous tenons tout d’abord à vous présentez tous nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année.

 

En 2011, bien entendu, le Comité participera à l’ensemble des commémorations militaires de la ville et nous prévoyons de renouveler le colloque « Histoire en Seine » avec des conférences sur l’Histoire de France. De même, ce site s'enrichira de nombreux articles (si vous souhaitez nous faire parvenir des éléments, ils seront les bienvenus).

 

Nous assemblée générale se déroulera le dimanche 20 février 2011, à 10h30, à la salle Jean Moulin de la Maison du Combattant à Issy, 4 rue du général Leclerc (métro Corentin Celton, ligne 12 ; Bus : 126 – 189 – 394, arrêt Corentin Celton Métro).

 

A l’issue de l’assemblée générale, nous vous proposons de déjeuner ensemble au restaurant Le Bistrot du Boucher (qui se trouve juste à côté) au prix de 29 euros le repas, à régler directement au restaurateur, sur place. Pour des raisons d’organisation, nous vous remercions de nous indiquer votre participation éventuelle.

 

Si vous ne vous êtes pas encore acquitté du montant de votre cotisation pour cette année, nous vous y engageons, moyennant un chèque à l’ordre du « Souvenir Français ». Le montant de la cotisation de membre titulaire est de 15 euros, avec l’abonnement. Nous vous en remercions par avance.

 

Nous vous prions de bien vouloir agréer, chère adhérente, cher adhérent, l’expression de nos salutations les meilleures.

 

Frédéric RIGNAULT

Président – Délégué général adjoint pour les Hauts-de-Seine.

 

 

 

 

 

 

                    

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Publié le 24 Décembre 2010

 

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Le Comité d'Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français vous souhaite de passer de très bonnes fêtes de fin d'année et par avance, vous présente tous ses meilleurs voeux pour l'année 2011.

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Publié le 12 Décembre 2010

Le Père Charles Bonnet est isséen : il vit aujourd’hui à la maison de retraite des prêtes de Saint-Sulpice, placée à côté du séminaire qui abrite l’Ecole Supérieure de Théologie Catholique. Très actif, membre de nombreuses associations d’entraide, voyageant de par le monde (il était en Chine la première fois quand le Souvenir Français a cherché à le rencontrer), le Père Bonnet a également fait la guerre d’Algérie.

 

Qui a son bac ?

 

« Arrivé en Algérie début janvier 1958, après quatre mois de classes à Granville dans la Manche, j’en suis reparti fin décembre 1959. Quand notre convoi de nouveaux arrivants a débarqué à la ferme Sénéclauze, dans la vallée de la Soummam, sur la commune de Oued Amizour, l’adjudant de la CCAS du 29ème bataillon de chasseurs à pied, chargé de nous répartir entre les différents postes demanda : «  Qui a son bac » ? Craignant d’entendre la phrase classique dans ces cas -là : «  vous serez de corvée de chiottes demain matin de bonne heure », je me gardai bien de répondre. « Il n’y a pas quelqu’un qui s’appelle Bonnet ici » ? Je répondis : «  Moi, mon adjudant ». « Alors, vous pouvez pas répondre quand on vous appelle » ? Je me tus, ne voulant pas lui expliquer pourquoi j’avais gardé le silence. « Bon, vous êtes affecté à la ferme Tavel, à l’infirmerie. »

 

A la ferme Tavel.

 

« Et c’est à l’infirmerie de la ferme Tavel que je devais passer mes dix-huit premiers mois avant poursuivre cette tâche dans la petite ville d’El Kseur à vingt km de là. Je n’avais aucune compétence pour le métier d’infirmier ni aucune formation mais c’était une tâche qu’on confiait volontiers aux séminaristes en pensant peut-être que ceux qui voulaient se consacrer, comme prêtres, au soin des âmes avaient des aptitudes particulières pour le soin des corps ou au moins pour l’accueil de ceux qui souffrent. En fait, je ne fis guère de piqûres et de pansements car j’étais d’abord le secrétaire du toubib et le responsable de la gestion de l’infirmerie. Et, pendant deux ans, j’assistai tous les jours aux consultations du médecin, notant les traitements qu’il prescrivait et les notifiant aux infirmiers pour qu’ils les mettent en œuvre. J’y ai beaucoup appris.

 

Bien qu’affecté à l’infirmerie, je dus, comme tout le monde pendant ces deux ans, monter la garde la nuit, faire des patrouilles, participer à des opérations. Je connus, comme tout le monde, la peur : peur des bruits bizarres de la nuit, peur en traversant, déployés en ligne, des espaces dégagés où l’on peut vous tirer comme des lapins, peur sur les routes désertes où l’on peut sauter sur une mine ou être victime d’une embuscade. Car cette guerre n’avait rien d’une bataille rangée où l’on sait où se trouve l’ennemi. Il n’y avait pas de front ou plutôt l’affrontement pouvait se dérouler n’importe où. L’ennemi était caché et pouvait surgir à l’improviste et se retirer tout aussitôt. L’ennemi ce pouvait être aussi cet ouvrier si aimable de la ferme qui guiderait les agresseurs et leur ouvrirait la porte. La guerre était nulle part et le risque partout. On vivait sur le qui-vive et la méfiance, même si à force, on finissait par oublier le danger et l’on devenait parfois négligent sur la sécurité.

 

J’ai connu tout cela en Algérie même si, pour l’essentiel, j’y ai mené une vie très différente de la majorité des appelés du contingent".

 

L’Assistance médicale gratuite de l’Armée française.

 

"Nous étions une infirmerie militaire, mais la santé des soldats ne nous prenait pas beaucoup de temps. L’essentiel de notre activité consistait à soigner les civils algériens dans le cadre de ce qu’on appelait l’AMG (Assistance médicale gratuite). Car si l’Armée française avait pour mission le maintien de l’ordre vis-à-vis des rebelles, elle avait aussi à assurer ce qu’on appelait la pacification dans l’espoir de rallier des populations tiraillées entre les uns et les autres. C’est dans ce cadre qu’elle assurait des soins gratuits à tous les Algériens qui en avaient besoin. Je ne sais ce qu’est devenu le cahier de statistiques que nous tenions soigneusement à jour mais nous n’avions jamais moins de trente personnes à soigner par jour et nous montions quelquefois à soixante-dix. Et l’on piquait, l’on pansait, l’on massait, l’on faisait ingurgiter des pilules ou des sirops à longueur de journée. Les bébés pleuraient, les enfants criaient quand on voulait les piquer, les mamans se disputaient pour passer la première, et les infirmiers hurlaient plus fort pour maintenir un peu d’ordre. Et, quand vers une heure de l’après-midi le silence retombait enfin, tout le monde était un peu flapi et avait besoin d’un solide déjeuner et d’une bonne sieste pour se remettre. La fin de l’après-midi était plus calme : c’est là qu’on s’occupait des soldats venus en consultation ou de ceux qu’on avait hospitalisés pour quelques jours à l’infirmerie.

 

On ne se contentait pas de soigner à l’infirmerie mais avec le toubib on allait, à la demande, dans les postes militaires éloignés, soigner militaires et civils ou dans le village voisin de Boukhalfa. Le médecin se rendait là, seul, sans arme et, même pendant tout un temps, avec sa femme, médecin elle aussi, venue passer quelque semaines avec lui pendant que leur fillette de six ans se promenait au milieu du village et, qui se serait senti complètement déshonoré s’il leur était arrivé quelque chose. On a bien dû, là ou ailleurs, soigner quelques fells en mauvais état venus discrètement profiter du passage du médecin. C’est même dans ce village qu’un vieil Algérien a répondu au médecin qui lui disait « à la semaine prochaine », « Non vous ne reviendrez plus jamais car la semaine prochaine vous aurez déménagé à El Kseur ». Et de fait, le dimanche matin suivant, l’ordre est venu de déménager immédiatement. Le vieux était au courant, pas nous. Le FLN avait un meilleur service de renseignement que nous ! Et il faut bien avouer que nous n’avons pas soigné que des fellagas clandestins mais aussi des fellagas authentiques ou présentés comme tels par les officiers chargés du renseignement qui nous demandaient de les remettre en état pour pouvoir les interroger à nouveau. Avec le toubib, nous nous demandions à chaque fois s’il ne fallait pas mieux les laisser mourir plutôt que les faire survivre pour de nouveaux interrogatoires musclés. Dans tous les cas, le médecin finalement décidait, conformément au serment d’Hippocrate, de les soigner en se disant que, peut-être, on les laisserait en vie à la fin. Que sont-ils devenus ?

 

Il y eut aussi ces moments dramatiques concernant les copains quand on était appelé de jour ou réveillés brutalement la nuit pour aller ramasser des blessés ou des morts, suite à une embuscade ou un accident de half track, et les emmener de toute urgence à l’hôpital de Bougie ou à la morgue. C’était des copains avec qui on avait fait nos classes ou qu’on avait côtoyés tous les jours. Ils avaient à peine plus de vingt ans, parfois une fiancée qui les attendait, souvent des parents qui comptaient sur eux pour reprendre la ferme. Ils étaient venus par devoir en Algérie souvent sans trop savoir pourquoi on les y envoyait et ils étaient morts sans le savoir davantage.

 

Heureusement il y avait les week-ends. Eté comme hiver, le samedi nous partions en convoi à Bougie. Avec le toubib nous commencions par visiter les malades du bataillon à l’hôpital ou à l’infirmerie de garnison, puis nous rejoignions les autres pour, en été, nous baigner ou faire un tour dans la ville, les uns dans les librairies et les cafés, les autres, rue des Vieillards, rencontrer des femmes très accueillantes et généreuses puisqu’elles n’hésitaient pas à partager leurs infections avec les soldats et officiers qui les fréquentaient. C’était aussi une activité de l’infirmerie que de fournir des capotes avant de partir ou d’injecter trois grammes de streptomycine dans les jours qui suivaient le retour, le tout généreusement fourni par le service de santé des armées françaises. Et, le dimanche matin, grasse matinée ou, pour les chrétiens pratiquants, messe à El Kseur célébrée par un curé pied noir retiré actuellement en Provence, le cher abbé Theuma, accueillant comme tout mais très vindicatif dès qu’on mettait en doute l’Algérie française. L’après-midi du dimanche, c’était, comme tous les soirs, la belote, le rami, le tarot ou le Monopoly avec le risque de ne pas se coucher avant deux heures du matin.

 

Enfin, la quille arriva, après un second Noël en Algérie, bien arrosé par les copains. Je me demande encore comment le curé a pu rentrer vivant chez lui après la messe de minuit car le chauffeur du commandant chargé de le ramener au presbytère était totalement bourré. Nous aurions dû être heureux. Mais je n’ai jamais connu un train de militaires aussi triste que celui nous ramena de Marseille à Nantes en passant par Lyon où nous étions éclatés dans les auto-tamponneuses. Nous étions tristes, non de quitter l’Algérie – et encore ce n’est pas sûr car notre cœur avait fini par s’y attacher – tristes certainement de nous quitter sans être sûrs de nous revoir. Mais plus encore inquiets de retrouver la vie normale sans savoir, pour certains, s’ils allaient retrouver du travail, si la fiancée les aurait attendus, s’ils allaient pouvoir se réhabituer à la France, après tout ce qu’ils avaient vécu et qu’ils ne pourraient jamais vraiment partager. Je me souviens de mon énervement, dans le couloir du train bondé qui me ramenait  à Nantes, où j’étais coincé au milieu de jeunes bleus partant en permission du 1er de l’an. Ils se plaignaient de n’avoir obtenu qu’une permission de 48h, bien trop courte à leurs yeux, alors que, durant mes deux ans d’Algérie, je n’avais eu qu’une seule permission au bout de huit mois et que je n’étais pas revenu en France depuis seize mois. Je n’ai rien dit. Qu’auraient-ils pu comprendre ?

 

«Je vous ai compris». Ces paroles du Général de Gaulle à Alger, je les ai entendues, à la radio, quand j’étais là-bas. Les évènements ne se sont pas déroulés comme les pieds noirs croyaient l’avoir compris, ni sans doute comme l’espéraient beaucoup d’Algériens au moment de l’indépendance. Mais ce que nous avons fait a-t-il été compris ? L’avons-nous compris nous-mêmes ? Même encore aujourd’hui ? »

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 27 Novembre 2010

Vue-aerienne-de-TENES---L-abattoir

 

Vue aérienne de Ténès.

 

 

Le 22ème R.I.

 

Créé en 1791 à partir du Régiment du Viennois et des Bataillons de Guyenne, l’unité prend d’abord le nom de 22ème régiment d’infanterie de ligne et se distingue pendant les guerres de Révolution et de l’Empire, entre autres pendant la campagne d’Allemagne en 1813, où l’empereur Napoléon 1er indique : « Il y a vingt ans que je commande des armées et je n’ai jamais vu tant de bravoure et de dévouement ». Par la suite, le régiment participe à la conquête de l’Algérie en 1830, à la campagne d’unification de l’Italie (bataille de Magenta, de Solferino), à la Guerre franco-prussienne de 1870.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, le 22ème RI, stationné à Sathonay et Bourgoin dans le Dauphiné, est de toutes les grandes batailles, qu’il s’agisse en 1914 de la « course à la mer », la Champagne en 1915, Verdun en 1916, la Somme l’année suivante, les Flandres et à nouveau la Champagne en 1918. Le régiment reçoit quatre citations à l’ordre de l’Armée et la fourragère jaune, couleur de la Médaille militaire.

 

En 1939, le régiment est affecté à la défense d’Haguenau en Alsace. Il subit la défaite de 1940 mais contribue à la libération du pays quatre années plus tard. Il est de nouveau mobilisé pour la guerre d’Algérie en 1956.

 

En Algérie.

 

Cette année-là, le gouvernement de Guy Mollet décide de prolonger le service militaire de six à neuf mois suivant que les soldats appelés sont déjà ou non sous les drapeaux (ils sont alors « rappelés »). L’œuvre de « pacification » décidée pour l’Algérie passe par un envoi massif des soldats du contingent.

 

L’état-major, la compagnie de commandement et de soutien (CCS) et les bataillons du 22ème RI sont formés le 22 mai 1956 à Sathonay avec des rappelés originaires de la région. Moins d’un mois plus tard, le régiment débarque en Algérie et s’installe dans un premier temps à Fromentin, avant de rejoindre en septembre de la même année la ville de Ténès, située sur la côte entre Oran et Alger. Les bataillons sont dispersés : le 1er s’implante à Gouraya, tandis que le 2ème prend ses quartiers à Montenotte, le 3ème à Fromentin. Au sein de chaque bataillon, les compagnies s’établissent dans les villages, des lieux-dits ou des camps retranchés, parfois des « bordj » terme local que l’on peut traduire par camp retranché ou, littéralement par caravansérail.

 

Dominique Verley.

 

Dominique Verley nait le 21 juin 1934 à Neuilly-sur-Seine. Habitant à Issy-les-Moulineaux, sergent rappelé, il intègre le 22ème RI et part lui aussi pour l’Algérie. Il appartient au 2ème bataillon.

 

Michel Fetiveau, vétéran de la guerre d’Algérie et du 22ème RI, a créé un site internet remarquable (www.22eme-ri-tenes-1956-1962.com) où il répertorie toutes les informations qu’il peut glaner sur son ancienne unité et ses camarades de combat. Il a ainsi retrouvé plusieurs des compagnons d’armes de Dominique Verley et a recueilli leurs témoignages.

 

Le premier est celui de Monsieur Bailhache : « J’ai commencé des études d’opérateur géomètre à la suite desquelles j’ai dénoncé le sursis que j’avais obtenu. J’ai donc été incorporé au 1er régiment du Train à Montlhéry puis ai été volontaire pour suivre le peloton de brigadier. J’ai suivi les autres, bien que je ne me sentais pas de vocation particulière. Après cela, et dans les mêmes conditions, j’ai suivi le peloton de maréchal des logis, puis les E.O.R. à Saint-Maixent. Là, c’était dans l’infanterie. Comme il y avait des besoins urgents d’encadrement en Algérie, cette formation a été très rapide. Le 15 septembre 1956, je suis sorti aspirant et, avec trois bons camarades de la section, nous avons choisi la même affectation en Algérie pour essayer de rester ensemble. Nous avions demandé le 2ème bataillon du 22ème régiment d’infanterie qui devait se trouver à Collo.

 

En mars 1957, j’ai été déplacé à Chassériau, petit village ou il n’y avait qu’une brigade de gendarmerie. Avec ma section, j’ai été à nouveau chargé de monter un poste. Le maire du village a mis à ma disposition son école désaffectée et nous nous y sommes installés. Moi j’ai occupé le logement de l’instituteur. Il a fallu fortifier ce poste de façon à éviter d’être harcelés, surtout la nuit. Avec 25 hommes et la proximité des gendarmes, je devais faire face à la population incertaine qui se trouvait tout autour. Nous n’avions pas de radio pour les liaisons avec la compagnie et nous devions nous contenter du téléphone civil.

 

Nous sommes restés là durant trois mois. J’avais également pour mission de faire des patrouilles tout autour du village pour bien faire voir que l’Armée française était présente. Nous devions aussi protéger des exploitations agricoles isolées, par des patrouilles de nuit, car les colons avaient quitté leurs fermes pour se réfugier au village. Nos contacts avec les colons ont toujours été très bons mais nous avions beaucoup de mal à avoir des relations suivies avec les Algériens dispersés dans les douars. Il y avait des passages de bandes qui faisaient pression sur les populations. Quand les gendarmes venaient nous voir le matin, c’était pour nous annoncer que des Algériens avaient été assassinés dans leurs douars. Il fallait alors les accompagner pour constater les crimes commis par les fellaghas durant la nuit. Ces hommes étaient égorgés ou brûlés, simplement parce qu’ils avaient résisté aux fellaghas. Quant aux autres, terrorisés, ils ne disaient plus rien.

 

Un jour, le général de Brebisson a atterri en hélicoptère pour venir voir mon poste. Il m’a félicité en me disant  « c’est un véritable petit bordj, lieutenant, félicitations » J’étais content parce que les murettes étaient tirées au cordeau, avec des meurtrières efficaces et que tout était parfaitement ordonné. Puis, après six mois dans le grade d’aspirant, je suis devenu sous-lieutenant et à la suite d’une permission, le lieutenant m’a envoyé en plein djebel pour m’installer sur un autre piton, complètement à l’écart du village de Montenotte. Ce piton, désigné par la « cote 541 », devait être aménagé. Le capitaine avait mis à ma disposition un bulldozer, de manière à l’araser afin que toute la compagnie puisse y tenir. Deux sections surveillaient le travail du bulldozer et assuraient la protection. La section Verley et la mienne.

 

Le 7 juin 1957, j’ai dû me rendre à Cavaignac pour aller chercher des papiers et du ravitaillement. Le lendemain, 8 juin, je me suis joint au convoi remontant, avec le colonel qui voulait voir nos travaux d’implantation. Ce convoi comprenait plusieurs véhicules. En montant la fameuse piste, nous avons aperçu des silhouettes au sommet du piton, comme des ombres chinoises. Le colonel a fait arrêter le convoi pour me demander qui étaient ces hommes qu’on voyait en contre jour. J’ai répondu que c’étaient les hommes du sergent Verley qui nous regardaient monter. Mais d’un seul coup, une rafale de mitrailleuse est partie de là haut et on a compris qu’il ne s’agissait pas de la section Verley, mais de fellaghas. J’ai pris le commandement de la section d’état-major pour donner l’assaut. Nous sommes montés sur une pente assez raide, à travers les broussailles, mais quand nous sommes arrivés en haut, les fellaghas étaient partis. Malheureusement, quatre des nôtres avaient été tués, le sergent Verley lui même et son éclaireur de pointe, Serge Merre, André Canot et Jean Dudat. Un cinquième gars, qui s’appelait Claude Denis, avait été très choqué car il avait reçu une balle sur la crosse de son fusil. Il l’avait échappé belle ! Nous avons retrouvé deux fellaghas tués dans les broussailles. A partir de là, une grosse opération a été engagée avec l’aviation et la chasse mais on n’a jamais retrouvé les fellaghas. Pourtant nous en avions bien vu une vingtaine en silhouettes sur le piton et il est probable qu’ils y en avaient d’autres sur le versant opposé. »

 

Le second témoignage est de celui de Raymond Ponton : «  Le 22ème RI est l’un des régiments qui a eu le plus de morts en Algérie. La plupart étaient des appelés du contingent. La 8ème compagnie était évidemment opérationnelle et de ce fait, j’ai crapahuté partout dans le secteur de Ténès et même au-delà. Ces opérations duraient souvent trois ou quatre jours, notamment dans le massif de l’Ouarsenis et dans des conditions difficiles. A plusieurs reprises, nous avons été héliportés par des « bananes » et autres Sikorski. Au cours des vingt-deux mois que j’ai passés en Algérie, j’ai vu mourir trente camarades de ma compagnie. Cela ne s’oublie pas. Fin janvier 1957, j’ai été désigné avec trois autres copains pour aller porter renfort à une gendarmerie qui se trouvait à Chasseriau, un village entre Ténès et Orléansville. Là, les gendarmes vivaient avec leurs familles mais comme ils n’étaient pas très nombreux, il fallait bien les protéger. C’est là que le 8 juin 1957 les fells nous ont attaqués et que le sergent Verley a été tué. Sur ce piton, nous avons vécu dans des conditions très difficiles. D’abord sous des toiles de tentes, puis dans des baraquements en bois. Le ravitaillement nous était parfois parachuté en même temps que le courrier et les munitions. Nous faisions aussi des ouvertures de routes car les pistes que nous devions emprunter étaient très sinueuses et parfois minées. »


A la suite de la mort du sergent Verley, le bordj auquel il était affecté prend son nom, comme cela peut être constaté sur cette photographie.

 

 

 Entree-du-bordj-sergent-VERLEY-a-TAOURIRA

 

 

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

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