Publié le 15 Décembre 2012

André Rabartin reçoit la médaille du Souvenir Français des mains d’André Labour, Délégué général pour les Hauts-de-Seine.

 

 

Le dimanche 2 décembre – anniversaire de la bataille d’Austerlitz – s’est déroulée dans la salle d’honneur de la Maison du Combattant, l’assemblée générale du comité d’Issy-les-Moulineaux du Souvenir Français.

 

Le président a remercié l’ensemble des personnes présentes, Monsieur le maire-adjoint Marie-Auguste Gouzel, les présidents des associations d’anciens combattants de la ville d’Issy-les-Moulineaux, le président de l’UFAC, Messieurs Villenfin et Leconte (venu en famille – que nous remercions pour son aide) pour l’organisation. Ont été aussi remerciés, pour leur présence et leur soutien, les présidents et les représentants et leurs présidents de comités des Hauts-de-Seine :

 

·         Madame Zajac pour le Comité de Suresnes

·         Monsieur Michel et sa délégation pour Villeneuve-la-Garenne.

 

Après un moment de silence demandé en mémoire de nos soldats morts au combat et une pensée pour notre adhérente Georgette Poussange ainsi que pour Christian Poujols, président de l’UNC, la séance de travail a été ouverte.

 

Le président a présenté le rapport moral et le rapport d’activité du comité au cours de l’exercice 2011-2012, en rappelant, entre autres, la sortie du livre « Mémoire des carrés militaires des Hauts-de-Seine » publié par le Souvenir Français (se reporter à l’article sur ce site en date du 4 janvier 2012). Ensuite, Monsieur Gilles Guillemont a exposé le rapport financier.

 

Monsieur André Labour a rappelé les valeurs de l’association et la nécessité de joindre des jeunes aux manifestations patriotiques puis, en compagnie de Monsieur André Santini, qui avait honoré cette assemblée générale de sa présence, des médailles ont été remises :

 

·         Médaille de Bronze : Monsieur André Rabartin.

·         Médaille d’honneur pour Monsieur Roger Fleury, président de la FNACA et de l’UFAC.

 

Par la suite le verre de l’amitié a été servi au foyer Robert Savary et les participants se sont rendus au restaurant Le Bistrot du Boucher pour le déjeuner.

 

Retrouvez toutes les photographies de cette belle journée dans l’album (à droite sur le site dans la liste des albums) intitulé : « 2012-12-02, AG Issy ».

Lire la suite

Publié le 14 Décembre 2012

 

Chine Toussaint 2012

 

Cérémonie de la Toussaint au cimetière civil des Etrangers de Pékin.

 

Depuis plusieurs années, le Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux a noué des liens avec la Délégation de notre association en Chine, remarquablement présidée par Monsieur Claude Jaeck. Voici quelques nouvelles en provenance de Beijing : « la cérémonie du Souvenir s’est tenue jeudi 01 novembre, le jour de la Toussaint, au Cimetière Civil des Etrangers de Pékin (Xi Jing Yuan Wai Qiao Gong Mu). L’Ambassadeur, accompagné du Consul, de l’Attaché de Défense Adjoint, du Souvenir Français de Chine, des représentants des associations françaises et de membres de la communauté française vivant à Pékin, a déposé une gerbe sur les tombes des français enterrés dans ce cimetière.

 

Cette année, la cérémonie du Souvenir en l’honneur de la Première Mondiale s’est tenue le 11 novembre, à l’Ambassade de France. L’Ambassadeur, Son Excellence Mme Sylvie BERMANN a fait un discours puis les différentes délégations ont déposé une gerbe avant de se recueillir. Le Délégué General du Souvenir Français de Chine était représenté par Mr. Marc Burban, Président du Comite de Pékin. ». Claude Jaeck.

 

Lire la suite

Publié le 3 Décembre 2012

Entrée du cimetière de Ploaré (Bretagne), où se trouve la tombe de Corentin Celton

(Copyright : Landru Cimetière).

 

 

Corentin Celton nait en Bretagne, dans le Finistère, à Ploaré, le 18 juillet 1901. Au début des années 1920, il se rend sur Paris pour y chercher du travail. Il se fait recruter par l’Assistance publique, qui le place comme garçon de salle, dans un service de chirurgie de l’hôpital Saint-Antoine.

 

En 1925, il adhère à la Section Française de l’Internationale Communiste. Militant zélé, il se fait rapidement remarquer. En 1934, il prend un poste à l’hôpital des Petits-Ménages, à Issy-les-Moulineaux. Le directeur de l’établissement lui confie des tâches de travail de bureau, au service de la consultation. L’année suivante, il est placé en congé syndical, à sa demande. Il gravit un à un les échelons du syndicat CGT (Confédération générale du travail), Section des Services Publics, et après avoir représenté la région parisienne pendant deux années, il est nommé secrétaire suppléant de la Fédération CGT des Services Publics. Parallèlement, il est secrétaire du syndicat des Municipaux de Paris et membre de la Commission administrative de la Bourse du Travail de Paris.

 

Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, il est mobilisé en tant qu’infirmier. Par son action, son mérite, il se voit attribuer la Croix de Guerre. Mais l’Armée française est anéantie rapidement. Démobilisé, Corentin Celton retrouve son emploi à l’hôpital des Petits-Ménages.

 

En septembre 1940, l’Assistance publique le relève de ses fonctions au titre de « militant communiste » ; son parti étant alors interdit depuis le Pacte Germano-soviétique de l’année précédente. Corentin Celton s’engage alors dans la Résistance et travaille aux liaisons entre le syndicat légal de la Santé et des syndicalistes qui, comme lui, sont dans la clandestinité. Dénoncé par le directeur de l’Assistance publique, il est arrêté, le 10 avril 1942, et transféré à la prison de la Santé. Il porte sur lui de faux papiers au nom de Pierre Le Meur.

 

Jugé en 1943, il est condamné à trois années de prison, qu’il doit effectuer à la prison de Clairvaux. Peu de temps après, alors que les premiers meurtres de soldats et responsables allemands dans Paris sont l’œuvre de militants communistes, Corentin Celton est transféré à la prison de Fresnes. Interrogé, torturé, il est à nouveau jugé. La sentence tombe le 20 décembre 1943 : la mort ! Il est fusillé au Mont Valérien le 29 décembre 1943.

 

En février 1945, l’hôpital des Petits-Ménages est débaptisé et prend le nom de Corentin Celton. Plus tard, c’est au nom de la station de métropolitain qui le dessert de s’appeler également Corentin Celton.

 

En 2002, après avoir transformé la place devant l’hôpital, le conseil municipal d’Issy-les-Moulineaux vote une délibération qui nomme Corentin Celton le parvis et tout le quartier environnant.

 

Peu avant de mourir, Corentin Celton écrit ces quelques mots qui figurent sur l’une des plaques de sa pierre tombale : « J’ai lutté pour un monde meilleur, et cela restera ma fierté. Il ne me coûte pas de mourir puisque j’ai la certitude que la France vivra ».

 

 

Celton Plaque-reduc

 

 Tombe de Corentin Celton (détail).

 

 

 

Sources :

 

·         - Encyclopédie Larousse.

·         - www.issy.com

·         - http://lysianealezard.elunet.fr

·         - Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, par Claude Pennetier et Jean Maitron, Les Editions ouvrières, 1984.

·         -  Encyclopédie Wikipédia.

·         - Clichés d’Henri Chapalain.

 

Lire la suite

Publié le 24 Novembre 2012

Armes-Issy.gif

 

 

 

Le dimanche 2 décembre 2012, en la Maison du Combattant d'Issy-les-Moulineaux, 4, rue du général Leclerc, à 10h30, se déroulera en présence de Monsieur André Santini, l'assemblée générale de notre Comité.

 

Vous qui voulez oeuvrer pour le Devoir de Mémoire, nous comptons sur vous.

 

Venez nombreux!

Lire la suite

Publié le 19 Novembre 2012

 

  Anatole France Carre Militaire

 

 

Expérience inédite le lundi 12 novembre 2012 au carré militaire du cimetière municipal d'Issy-les-Moulineaux. Les classes de CM2 de l'école élémentaire Anatole France, emmenées par Madame Pacitto et Monsieur Susini, sont venues écouter Monsieur Thierry Gandolfo, conservateur et Frédéric Rignault, président du comité du Souvenir Français, en collaboration avec l'association Historim, leur parler de la Première Guerre mondiale. Non pas de manière linéaire, mais au travers des destins d'Ernest Lerdung, Alsacien-Lorrain, de Marguerite Montet, infirmière militaire, du capitaine Verpillat, du 4ème zouaves, d'un soldat russe, d'un aviateur, des travailleurs chinois et malgaches,...

 

Manière de parler des horreurs de la guerre, de l'Europe avant et après ce conflit terrible, du nationalisme, de la patrie, du jeux des alliances, de la mention "Mort pour la France"  et des temps de paix. 

Lire la suite

Publié le 9 Novembre 2012

 
 
106eme RI - Soldats
 Soldats du 106ème RI
 
A Châlons-en-Champagne.
 
Charles Julien Louis Poncet nait à paris le 19 août 1889. L’exposition universelle vient de fermer ses portes. L’attention des visiteurs a été surtout retenue par la Tour métallique, dont certains se questionnent déjà sur l’utilité et prévoient la démolition ; tour qui prendra bientôt le nom de son constructeur : Gustave Eiffel.
 
De la classe 1909, matricule 4280 au 3ème bureau de recrutement de la Seine, Charles Poncet intègre le 106ème régiment d’infanterie au moment de la déclaration de la Première Guerre mondiale en août 1914 (matricule 4662 au Corps).
 
L’histoire de ce régiment a été racontée par un très grand écrivain, qui l’a connu au plus près pour avoir été de tous les combats, entre août 1914 et avril 1915, date de ses blessures et de sa réforme. Il s’agit de l’ouvrage Ceux de 14, écrit par le lieutenant de réserve Maurice Genevoix, futur membre de l’Académie française.
 
Maurice Genevoix : « L’ordre de mobilisation est tombé comme un coup de tonnerre : courses précipitées par la ville, avec la crainte et la certitude d’oublier quelque chose. Je trouve à peine le temps de prévenir les miens. Dernière revue dans la cour du quartier. J’étais à la cantine lorsque l’ordre m’a surpris. J’ai bondi, traversé la cour, et me voici, raide comme un piquet, devant deux files de capotes bleues et de pantalons rouges. (…) Nous allons à Troyes. On nous l’a dit. De Troyes, nous filerons sur Mulhouse pour occuper la ville conquise et la défendre. On nous l’a dit aussi. (…) Défilé en ville : trottoirs grouillants, mouchoirs qu’on agite, sourires et pleurs. (…) Une jeune ouvrière, blonde, rebondie, me sourit de toutes ses dents. Grand bien me fasse ce sourire : je vais à la guerre. J’y serai demain ».
 
 
 
Le principe des 3.
 
Le 106, avec le 132ème RI, forme la 24ème brigade de la 12ème division d’infanterie du général Souchier, au sein de la IIIème Armée du général Sarrail. Embarqués en train depuis Châlons, les hommes descendent à Saint-Mihiel, dans la Meuse.
 
Au cours de l’automne puis de l’hiver 1914, ils se battent dans la région de la Woëvre et celle des Eparges. Le principe est relativement clair : à trois jours de repos à l’arrière succèdent trois jours en seconde ligne puis trois jours en première ligne. Maurice Genevoix le décrit avec précision :
 
-       « Lundi 28 septembre : On ne les entend pas venir ces fusants. C’est trop rapide, le réflexe qu’on a pour se protéger se déclenche trop tard. L’obus qui a sifflé de loin n’atteint pas. Mais celui qui tombe sans dire gare, celui-là est dangereux et effraye : les mains restent fébriles longtemps encore après l’explosion ».
 
-       « Mardi 29 septembre (NB : alors que le régiment est à l’arrière, qu’après un repas chaud, les hommes dorment dans des granges réquisitionnées à cet effet, Maurice Genevoix et son camarade Robert Porchon sont invités à dormir chez l’habitant) : « Puis la femme est sortie doucement. Lorsqu’elle est revenue, elle ramenait avec elle cinq ou six villageoises d’alentour. Et toutes ces femmes nous regardaient rire, dans notre grabat ; et elles s’ébaubissaient en chœur de ce spectacle phénoménal : deux pauvres diables de qui la mort n’avait pas encore voulu, deux soldats de la grande guerre qui s’étaient battus souvent, qui avaient souffert beaucoup et qui déliraient de bonheur, et qui riaient à la vie de toute leur jeunesse, parce qu’ils couchaient, ce soir-là, dans un lit ».
 
Les Eparges.
 
Au début de l’année 1915 commence l’une des plus terribles batailles de la Première Guerre mondiale : les Eparges.
 
Le village des Eparges est situé dans le nord du département de la Meuse, non loin de la Woëvre, région vallonnée couverte de forêts. Sur ces collines, pendant des mois les armées françaises et allemandes vont batailler pour quelques arpents de terre. Les attaques sur les boyaux et les tranchées sont quotidiennes et il n’est pas rare que les combats se terminent au corps à corps.
 
L’attaque débute le 17 février par des sapes que font sauter les hommes du génie. Les premières positions allemandes sont facilement conquises par les biffins du 106 et du 132. Mais la riposte ne se fait pas attendre. Dès le lendemain, les nouvelles positions françaises sont pilonnées par des milliers d’obus. Après près de trois heures d’un matraquage inouï de violence, ayant perdu une grande partie des officiers, les soldats français se retirent sur leurs positions initiales.
 
Pour autant une nouvelle offensive est déclenchée le 20 février et cette fois les éléments du 106 et du 132, en dépit de fortes pertes (plus de 300 tués et 1.000 blessés), tiennent bon. Avec son escouade, Charles Poncet est de toutes les attaques. Il s’en sort à chaque fois.
 
Ordre du corps d’armée n°60 : « Le 27 février, dans une opération brillante dans une opération brillante, la 24e Brigade a enlevé de haute lutte une partie importante de la position des Éparges.
 
L'ennemi avait accumulé sur cette hauteur escarpée, des travaux considérables. Depuis 4 mois, avec une science avisée, le Capitaine du Génie Gunther dirigeait par la sape et par la mine les travaux de siège régulier qui devaient ouvrir la voie à notre infanterie. Le jour de l'attaque, après une quadruple explosion de nos fourneaux de mines et une remarquable préparation par l'artillerie, le brave 106e Régiment d'infanterie, dans un élan magnifique, escalada les pentes abruptes et couronna toute la partie ouest de la position. Au même moment, le 132e RI aborda crânement la partie ouest des Éparges et s'y installa. Le 19 février, l'attaque fut poursuivie sur tout le front.
 
Au cours de cette bataille de 4 jours, pendant lesquels l'ennemi nous disputa le terrain avec la dernière âpreté, nos troupes furent soumises à un bombardement formidable. Elles conservèrent néanmoins les positions conquises. Elles repoussèrent deux contre attaques furieuses, firent éprouver des pertes sévères à l'ennemi, lui enlevèrent 700 mètres de tranchées, lui prirent 2 mitrailleuses, 2 minenwerfer et firent 175 prisonniers. Le 106e, le 132e, le 67e Bataillon Haguenin, la compagnie du Génie, qui prirent la tête dans la colonne d'assaut ont noblement soutenu le renom de la vaillance du 6e Corps d'Armée et montré une fois de plus quel succès naît de la fraternité des armes et de l'union des cœurs. Le Général, commandant le 6e Corps d'Armée, adresse ses félicitations à ces braves troupes. Il salue pieusement la glorieuse mémoire de ceux qui sont morts pour le pays. Il félicite les Colonels Barjonet, commandant le 106e RI et Bacquet, commandant le 132e RI qui ont magnifiquement conduit leurs régiments au feu». Signé : Général Herr.
 
Le répit est de courte durée. Dès le mois de mars, les combats reprennent. La 24ème division doit achever le travail commencé en janvier 1915 : reprendre la totalité du territoire des Eparges. Le 5 avril, alors qu’il tombe des cordes et que les soldats pataugent dans un mètre de boue, ordre est donné de s’emparer des collines restant encore aux mains des Allemands. Au prix de sacrifices invraisemblables, le 106 tient une partie de la crête. Encore une fois, les renforts ennemis arrivent et délogent nos braves poilus. Encore une fois, le sergent Charles Poncet s’en sort sans dommages…
 
Maurice Genevoix : « Et toujours les obus pleuvaient. Les canons-révolvers de Combres démolissaient les parapets que nous refaisions, inlassables, avec les mêmes sacs à terre. Par crises, les gros arrivaient. Il en tombait cent, deux cents, qui ne faisaient point d’autre mal qu’ensevelir quelques hommes, vite dégagés. Mais tout d’un coup, il y en avait un qui trouvait la tranchée, et qui éclatait, en plein dedans : alors c’étaient les mêmes cris que naguère, les mêmes hommes qui couraient, ruisselants de sang frais et rouge ; et, tout autour de l’entonnoir brûlé, empli encore de fumée puante, les mêmes cadavres déchiquetés… Les autres restaient là, les jambes prises dans ce ruisseau lourd, profond, glacé, les jambes engourdies et mortes. »
 
Le 25 avril 1915, alors qu’il s’apprête à sortir du boyau à la tête de sa compagnie, le lieutenant Genevoix reçoit deux balles au bras gauche et une troisième vient lui entailler le torse : « Il faut me lever, me traîner ailleurs… Est-ce Sansois qui parle ? Est-ce qu’on me porte ? Je n’ai pas perdu connaissance ; mon souffle fait un bruit étrange, un rauquement rapide et doux ; les cimes des arbres tournoient dans un ciel vertigineux, mêlé de rose et de vert tendres ».
 
 
Souain.
 
A l’approche de l’été, alors que les hommes viennent de connaître plusieurs mois de combats incessants, les positions se stabilisent. Sur ce front, comme d’autres, on assiste à l’enlisement des régiments. Du côté allemand, des tranchées renforcées et des casemates sont construites. Du côté français, ce sont des tranchées plus légères : « Provisoire » est le maître mot. Telle est l’idée du Grand-Quartier-Général : par une nouvelle offensive, en Champagne, la guerre de mouvement va reprendre et mettre à bas définitivement l’Allemagne du Kaiser. Les hostilités n’ont que trop duré. Et puis, focaliser l’attention des Allemands sur ce front, c’est aussi permettre aux alliés russes et polonais de se « refaire une santé » sur leur front respectif, après les multiples défaites qu’ils viennent de subir. Le choix de la Champagne s’impose pour le général Joffre car c’est un terrain relativement plat, qui permet une avance rapide. Il n’y a pas de villes importantes dans lesquelles l’ennemi pourrait se retrancher et s’accrocher.
 
La préparation d’artillerie commence le 22 septembre. Le 25 septembre, l’offensive générale est lancée. A gauche, la IVème armée du général Henri Gouraud avance assez rapidement, comme le 2ème corps colonial du côté de la ferme de Navarin (le général Gouraud s’y fera enterrer au milieu de ses hommes en 1946). Par contre, au centre du dispositif, sur la route de Souain à Tahure, les 11ème et 14ème corps se heurtent à une résistance acharnée des Allemands. Les combats sont terribles. Le sergent Charles Poncet est l’un des premiers à tomber. Il n’est pas le seul.
 
Le 29 septembre 1915, devant le peu de terrain gagné, le général Joffre ordonne l’arrêt de l’offensive. Sur le champ de bataille, 138.576 soldats français sont morts au combat, montrant l’effroyable vérité : en Champagne, on s’est battu pour rien !
 
Le 11 juin 1920, Charles Poncet est déclaré Mort pour la France et le jugement est transmis à la mairie d’Issy-les-Moulineaux. Plus tard, son nom est inscrit parmi ceux du millier d’isséens morts pendant la Première Guerre mondiale.
 
Maurice Genevoix : « Notre guerre… Vous et moi, quelques hommes, une centaine que j’ai connus. En est-il donc pour dire : « La guerre est ceci et cela » ? Ils disent qu’ils comprennent et qu’ils savent ; ils expliquent la guerre et la jaugent à la mesure de leurs débiles cerveaux.
 
On vous a tué, et c’est le plus grand des crimes. Vous avez donné votre vie, et vous êtes les plus malheureux. Je ne sais que cela, les gestes que nous avons faits, notre souffrance et notre gaîté, les mots que nous disions, les visages que nous avions parmi les autres visages, et votre mort.
 
Vous n’êtes guère plus d’une centaine, et votre foule m’apparaît effrayante, trop lourde, trop serrée pour moi seul. Combien de vos gestes passés aurai-je perdus, chaque demain, et de vos paroles vivantes, et de tout ce qui était vous ? Il ne me reste plus que moi, et l’image de vous que vous m’avez donnée.
 
Presque rien : trois sourires sur une toute petite photo, un vivant entre deux morts, la main posée sur leur épaule. Ils clignent des yeux, tous les trois, à cause du soleil printanier. Mais du soleil, sur la petite photo grise, que reste-t-il ? »
 
106ème RI - Monument Eparges 
 
Monument à la gloire des héros du 106ème RI
 
 
 
Sources :
 
-       Maurice Genevoix, Ceux de 14, Ed. Flammarion.
-       Journal de Marche du 106ème RI
-       Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.
-        André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.
-       Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.
-       - Pierre Miquel : Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002.
 
 
 
 

Lire la suite

Publié le 2 Novembre 2012

1er-muong-51-2d141bb

 

Soldats du 1er bataillon Muong s’asseyant au mortier.

 

Incorporer des troupes locales.

 

Dès le début de la guerre d’Indochine se pose un double problème : faire face au manque d’effectifs et impliquer les populations locales pour, entre autres, bénéficier de leurs connaissances. Le général Leclerc fait donc appel en 1946 aux Indochinois et propose d’en incorporer dans le cadre du CEFEO : Corps Expéditionnaire Français d’Extrême-Orient.

 

Ainsi, des milliers d’hommes, venant principalement des minorités ethniques des montagnes du Tonkin, hostiles aux visées des partisans communistes, s’enrôlent dans cette armée française, et forment des Compagnies de Supplétifs Militaires. Ce ne sont pas les seuls coloniaux, car ils y retrouvent des Algériens, des Marocains et des Sénégalais.

 

Arrivé à la fin de l’année 1950, le général de Lattre de Tassigny théorise le concept et, en accord avec les autorités locales, monte une armée vietnamienne et des bataillons dans toutes les armes pour appuyer le CEFEO et doter le pays d’une force qui lui est propre.

 

Peuple des montagnes.

 

Les Muongs représentent la plus importante des 53 minorités ethniques reconnues aujourd’hui dans le cadre de la population du Vietnam. Ils sont environ 1,2 millions. Proches du peuple Thaï, ils ont subit l’influence des Chinois, que ce soit dans leurs coutumes ou dans leurs langues. Ils vivent dans les montagnes du nord du Vietnam, à l’ouest d’Hanoi, dans les provinces d’Hoa-Binh et de Thanh Hoa.

 

A l’époque, et c’est bien souvent le cas encore, ces minorités sont exclues des milieux d’affaires et des centres de décision de l’Indochine. Non pas particulièrement par les Européens, mais plutôt par le peuple vietnamien, habitant les plaines et les côtes du pays. Une haine s’est ainsi développée entre ces deux peuples au cours des siècles.

 

Aussi, leur incorporation aux côtés des troupes françaises s’en trouve facilitée.

 

Les bataillons Muong.

 

Reprenant les idées du général Leclerc, le général Alessandri – il est alors commandant en chef des forces en Extrême-Orient – propose un premier statut d’autonomie pour les Muongs. Il s’inspire du modèle retenu pour les Thaïs, autre peuple des montagnes du Tonkin. Dans un premier temps, il s’agit de rassembler des hommes, de leur confier un fusil – pas à tous – et de bénéficier, pour une solde moindre par rapport aux soldats de la métropole et aux autres coloniaux, de toutes les connaissances de ces hommes sur leur propre territoire.

 

Puis, le 1er mars 1950, le général Vanuxem – bientôt proche collaborateur du général de Lattre de Tassigny – créé le bataillon Muong. Une année plus tard, l’unité devient le 1er bataillon Muong et un 2ème bataillon est à son tour créé le 6 avril 1951.

 

Le 1er opère à Xom-Giam, Dao-Tu, et surtout à Vinh-Yen lors de la grande victoire du général. L’unité attaque un village à la baïonnette et après avoir mené de très durs combats, revient dans les lignes françaises en ramenant le corps de l’un de ses commandants de compagnie. Par la suite, il intervient dans la région de Hoa-Binh et libère celle de Bich-Du (Tonkin). Après la chute du camp retranché de Diên-Biên-Phù, le bataillon est dissous le 11 août 1954.

 

Quant au 2ème, il se signale à Phat Diem, Tri Le et également Bich Du. Le 24 décembre 1952, l’unité attaque le village de Nghi Xa. Les combats de ne cessent de la journée et de la nuit. Ils vont jusqu’au corps à corps. Au lendemain, le 2ème se reforme à l’arrière. A l’Etat-major on apprend qu’il a, à lui tout seul, stoppé puis anéanti l’équivalent d’un bataillon vietminh. Plus tard, fort de cette réputation, le 2ème est dissous pour devenir 73ème bataillon de l’Armée nationale vietnamienne.

 

Les soldats Muongs sont particulièrement efficaces dans leur région d’origine et ils permettent bien souvent de repérer avant tout le monde la présence des forces du Vietminh. Ce sont des éclaireurs de premier ordre. Ils savent approcher l’ennemi sans se faire repérer. Ils connaissent chaque parcelle du district d’Hoa-Binh. C’est évidemment moins le cas lorsqu’il s’agit pour eux de faire la guerre loin de leur territoire et selon des conventions qui sont imposées par certains officiers, pour qui « il n’est de guerre que celle qui est enseignée à Saint-Cyr ! ».

 

 

1er Muong- de Lattre

 

Le fanion du 1er Bataillon Muong est décoré par le général de Lattre de Tassigny après la bataille de Vinh Yen (document ECPAD).

 

Les combats de Décembre 1953.

 

Emile Maurice Magnaval nait le 5 juin 1920 dans le 15ème arrondissement de Paris. Habitant Issy-les-Moulineaux, il s’engage dans l’armée par un bureau de recrutement du département de la Seine. Puis, il suit une école d’officier et, volontaire pour l’Indochine, fait son apprentissage dans le 1er bataillon Muong, alors basé au Tonkin.

 

Novembre 1953. L’Etat-major du CEFEO est entièrement tourné vers son objectif de l’Opération Castor : attirer un maximum de régiments du Vietminh dans la cuvette de Diên-Biên-Phù pour les battre, et faire plier définitivement l’armée du général Giap et d’Hô Chi Minh. Pour autant, partout au Tonkin, des combats sporadiques et des embuscades subsistent. Dans la région de Ninh Binh par exemple, située à quelques 300 kilomètres au sud d’Hanoi.

 

Ainsi, à la tête de sa compagnie, Emile Magnaval trouve la mort au front, le 18 décembre 1953, entre Nam Than et Nam Buang. Après la défaite de Diên-Biên-Phù – 7 mai 1954 – et les accords de Genève, les Français survivants des camps du Vietminh sont libérés courant septembre de la même année. Beaucoup de corps sont rapatriés en métropole. C’est le cas d’Emile Magnaval, dont les restes reposent dans la crypte se trouvant sous le monument aux morts du cimetière municipal.

 

Il est à noter qu’Emile Magnaval avait également des attaches à Courbevoie, car son nom figure sur le monument aux morts de cette commune.

 

  1er bataillon muong

 

Soldats du 1er Bataillon Muong.

 

Sources :

 

 

  • - Patrice Gélinet, émission de France Inter 2000 ans d’Histoire : Indochine 1945-1954, histoire d’une guerre oubliée.
  • - Général Bigeard, Ma vie pour la France, Ed. du Rocher, 2010.
  • - Georges Fleury, La guerre en Indochine, Tempus, Perrin, 2003 et Nous, les combattants d’Indochine, Bourin Editeur, 2011.
  • - Michel Bodin, Dictionnaire de la guerre d’Indochine, 1945-1954, Economica, 2004.
  • - Michel Bodin, La France et ses soldats, Indochine 1945-1954.
  • - Gérard Brett, Les supplétifs en Indochine, L’Harmattan, 1996.
  • - Site de l’association des Anciens combattants et des Amis de l’Indochine : www.anai-asso.org (dont article écrit par le colonel Maurice Rives).
  • - Bibliothèque et photothèque de l’ECPAD.

 

Lire la suite

Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 23 Octobre 2012

 

  Stick-SF.gif

 

 

 

Comme chaque année, le Comité du Souvenir Français participera aux commémorations et aux cérémonies du mois de novembre :

 

 

- Mercredi 31 octobre et Jeudi 1er novembre :

– Quête nationale du Souvenir Français : nous serons présents à l’entrée du cimetière d’Issy-les-Moulineaux.

 

 

- Samedi 10 novembre :

– 18h20 : opération des « Flammes de la Mémoire » devant le monument aux morts de la ville. Chaque participant est invité à déposer une bougie rappelant le sacrifice des femmes et des hommes afin que nous puissions vivre dans un monde libre.

 

 

- Dimanche 11 novembre :

– 8h00 : départ en car pour les cérémonies, devant le CNET.

– 8h10 : dépôt de gerbes à l’église Sainte-Lucie.

– 8h30 : cérémonie de prières à l’auditorium du collège Saint-Nicolas.

– 9h30 : départ en car pour le cimetière et cérémonie au carré militaire.

– 10h25 : dépôts de gerbes place du 11 novembre et lecture du message du Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, par Monsieur Fleury, Président de la FNACA et de l’UFAC.

– 10h50 : cérémonie au monument aux morts de la ville ; discours de Monsieur Poujols, Président de l’UNC et de Monsieur Santini, député-maire.

– 11h15 : vin d’honneur offert par la municipalité.

 

 

Comme d’habitude, le Souvenir Français se chargera de la quête au profit du Bleuet de France. Soyez généreux !

Lire la suite

Publié le 21 Octobre 2012

Tavannes24

 

 

Naître chez l’ennemi.

 

Dabo est un village des Vosges mosellanes, placé entre Sarrebourg, Phalsbourg et Saverne. Le 1er Janvier 1875, comme un peu partout – que ce soit dans la République française ou l’Empire allemand – on fête le premier jour de l’année. Fête retenue au village : voilà près de cinq années que Dabo fait partie de l’Alsace-Lorraine annexée. Ce sont les lois de l’Empire qui s’appliquent et non plus celles de la République.

 

A Dabo, ce jour est également très particulier chez les Steiner : le petit Joseph Léon vient de pousser ses premiers cris ! Dans quelques années, il sera isséen et sera recensé puis appelé comme militaire du rang au 3ème bureau de la Seine sous le matricule 531 de la classe 1895. En 1914, il rejoint son unité d’affectation : le 24ème régiment d’infanterie territoriale.

 

 

Tavannes.

 

Tavannes est un village de la Meuse qui rassemble aussi un fort, élément de défense contre l’ennemi héréditaire, et un tunnel de la ligne de chemin de fer entre Saint-Hilaire-au-temple et Hagondange. Celle-ci dessert entre autres les gares de Suippes, Valmy, Sainte-Menehould, Verdun et Etain. Long de 1.170 mètres, le tunnel a été construit de 1873 à 1874. Il présente une largeur d’environ 5 mètres.

 

Quant au fort, il a été bâti de 1876 à 1879, sur les ordres du général Séré de Rivières, par ailleurs auteur de la ceinture fortifiée autour de Paris. D’abord construit en maçonnerie simple, l’élément de défense est pourvu dix années plus tard de renforts en béton, notamment au niveau des abris et de la caserne. En forme de polygone, ses dimensions sont relativement modestes. Situé à 1.600 mètre au sud-ouest de Vaux, il fait partie de la zone de défense de Verdun.

 

En 1915, le Grand Quartier Général décide de désarmer tous les forts. Ce sont des éléments de défense statiques, qui consomment beaucoup de munitions et d’obus, sans une grande efficacité, obus qu’il faut bien apporter donc au moyen de routes à protéger. En 1915, l’idée est plutôt orientée sur la guerre de mouvements.

 

 

Le tunnel.

 

Pour autant, en février 1916, dès le déclenchement de la bataille de Verdun, le fort de Tavannes subit des bombardements incessants. Pour les Allemands, la prise d’un fort est à la fois symbolique et permet aux hommes de constituer un point d’appui pour la prochaine avancée. Alors, il s’agit maintenant de le défendre…

 

Quant au tunnel de Tavannes, jugé suffisamment protégé par la dizaine de mètres de terre le recouvrant, il présente un abri idéal. Dès le début de la bataille, la circulation des trains est arrêtée. Quelques escouades en profitent pour s’y réfugier. Puis une compagnie. Bientôt, ce sont des éléments entiers de plusieurs régiments qui s’y abritent, exploitant là un relai fantastique pour être au plus près des combats.

 

S’y côtoient l’état-major de la 16ème Division, des éléments des 1er et 8ème génie, des 22ème, 24ème et 98ème régiments territoriaux, des blessés avec leurs médecins et leur infirmiers, des soldats du 346ème, 367ème, 368ème et 369ème RI.

 

Témoignage du général Rouquerol de la 16ème D.I. : « L’éclairage électrique avait été organisé avec un moteur à essence. Toutefois, on avait eu tort, dans ce travail hâtif, d’établir des câbles à hautes tension, nus à proximité immédiate des installations pour les hommes. Plusieurs cas mortels d’électrocution firent apporter les modifications nécessaires à la distribution du courant. L’éclairage n’existait d’ailleurs que sur la partie du tunnel utilisée comme logements ou dépôts ; le reste était obscur. Un puits d’aérage avait été fermé par des toiles pour parer à la pénétration éventuelle des gaz de combat.

 

L’organisation du tunnel comportait des rigoles d’écoulement pour les eaux de condensation et d’infiltration qui n’étaient pas négligeables ; mais sans souci de la nécessité de prévoir l’assèchement du tunnel, le personnel chargé de cette organisation avait comblé toutes les rigoles. Le résultat ne s’était pas fait attendre et de longues portions du tunnel étaient bientôt transformées en un marécage d’une boue fétide. La plupart des immondices des occupants y étaient jetés. On y aurait trouvé même des cadavres. Tant de causes d’infection, jointes à la suppression de l’aérage ne pouvaient manquer d’entretenir dans le tunnel des émanations malsaines qui ont donné lieu à plusieurs cas d’une jaunisse au nom suggéré de « jaunisse des vidangeurs ».

 

Le commandant d’une division occupant le secteur de Tavannes au mois de juillet voulut faire nettoyer ces écuries d’Augias. Il dut y renoncer sur l’observation du service de santé d’après laquelle l’agitation de la boue et des eaux polluées causait immanquablement de nombreuses maladies. Il fallut se contenter de répandre dans les endroits les plus malpropres de la chaux vive ».

 

Témoignage du lieutenant BENECH du 321e R.I. : "Nous arrivons au tunnel. Serons-nous donc condamnés à vivre là? Je préfère la lutte à l'air libre, l'étreinte de la mort en terrain découvert. Dehors, on risque une balle ; ici, on risque la folie. Une pile de sacs à terre monte jusqu'à la voûte et ferme notre refuge. Dehors, c'est l'orage dans la nuit et le martèlement continu d'obus de tous calibres. Au-dessus de nous, sous la voûte qui sonne, quelques lampes électriques sales, jettent une clarté douteuse, et des essaims de mouches dansent une sarabande tout autour. Engourdies et irritantes, elles assaillent notre épiderme et ne partent même pas sous la menace d'un revers de main. Les visages sont moites, l'air tiède est écœurant. Couchés sur le sable boueux, sur le rail, les yeux à la voûte ou face contre terre, roulés en boule, des hommes hébétés qui attendent, qui dorment, qui ronflent, qui rêvent, qui ne bougent même pas lorsqu'un camarade leur écrase un pied. Par place, un ruissellement s'étend ! De l'eau ou de l'urine ? Une odeur forte, animale, où percent des relents de salpêtre et d'éther, de soufre et de chlore, une odeur de déjections et de cadavres, de sueur et d'humanité sale, prend à la gorge et soulève le cœur. Tout aliment devient impossible ; seule l'eau de café du bidon, tiède, mousseuse, calme un peu la fièvre qui nous anime ».

 

Ainsi, depuis le mois de février 1916, chaque jour, des compagnies viennent faire une halte au tunnel de Tavannes pour y rester quelques heures ou plus. Saisissant la situation sanitaire désastreuse, l’Armée française décide d’évacuer les lieux et même de faire sauter le tunnel. Mais les Allemands se rapprochent. Non seulement l’abri subit des bombardements de plus en plus violents, mais des unités françaises se rapprochent poussées par les attaques ennemies. Les combats se déroulent maintenant à quelques centaines de mètres seulement de l’entrée du tunnel.

 

 

Le 4 septembre 1916.

 

René Le Gentil : « Je peux vivre cent ans, je me souviendrai toujours des heures vécues dans ce ghetto, tandis qu'au-dessus la mitraille faisait rage. Imaginez un boyau long de quinze cents mètres, large de cinq, fait pour une seule voie par où passait le chemin de fer allant de Verdun à Metz et où de 1000 à 2000 hommes travaillaient vivaient, mangeaient et satisfaisaient à tous leurs besoins!... »

 

René Le Gentil est un soldat du groupe des brancardiers de la 73ème division d’infanterie. Au front depuis des mois, il a été rapatrié à l’arrière à la suite d’une blessure. Ses camarades lui écrivent pour lui demander des nouvelles de sa santé. Peu après le 4 septembre 1916, ils lui apprennent un drame atroce : « Vous aurez sans doute appris l’affreux malheur ? Cent-un exactement de nos malheureux camarades sont restés ensevelis sous le tunnel de Tavannes. Tous morts ! Pauvre groupe de brancardiers déjà assez éprouvé, le voici presque anéanti ! Comme sergents survivants, il ne reste que Kohler et Mongeot. Quelle affreuse chose que la guerre… ».

 

René le Gentil : « Le 4 septembre, une formidable explosion, sur la cause de laquelle on n'était pas fixé, avait eu lieu sous le tunnel, faisant près d'un millier de victimes, dont les brancardiers de la 73e division. Ma pensée angoissée alla vers mes infortunés camarades, mon peloton, et Dehlinger qui m'avait écrit le 3, la veille ! ... Cent-un! me disait le mot laconique. Je songeai un instant que, peut-être, mon peloton avait été relevé. J'essayai de m'accrocher à de fragiles espoirs; mais, de la journée je ne pus penser à autre chose ; et c'est à peine s'il me fut possible de fermer l’œil ».

 

Plusieurs hypothèses existent quant à cette explosion. Celle, généralement admise, veut qu’un mulet, transportant des grenades et du ravitaillement, effrayé par des fusées, ait buté contre une traverse et renversé sa cargaison. Ce faisant certains engins explosent et provoquent un début d’affolement. Dans leur panique, des soldats sortent précipitamment du tunnel, rendu encore plus sombre car la nuit est tombée. Il est 21h45. L’un d’eux, portant des fusées, accroche des fils électriques qui courent tout au long des parois. L’incendie s’étend aux bidons d’essence du groupe électrogène de l’entrée du tunnel. La déflagration qui s’ensuit anéanti tout sur son passage…

 

René Le Gentil : « Ces hommes, tirés de leur sommeil pour vivre le plus atroce des cauchemars, fuyaient donc, pêle-mêle vers l'autre issue, à travers les flammes, et, pour lutter contre la fumée qui, par l'appel d'air de ce long boyau, les gagnait de vitesse, la plupart avaient adapté les masques contre les gaz. Dans ce tunnel devenu le huitième cercle de l'Enfer, des centaines de damnés masqués participaient à cette course à la mort, butaient contre les traverses, tombaient sous les pieds des camarades, hurlaient le : « Sauve qui peut ! » féroce et égoïste de l'homme en danger, quand, devant eux, une terrible explosion se produisit... un feu d'artifice jaillit... trouant l'obscurité d'éclairs effroyables: c'était le dépôt de munitions qui sautait !

Le déplacement d'air fut tel que ceux qui se trouvaient à la sortie, du côté de Fontaine-Tavannes, faillirent être renversés.

 

Feu devant, feu derrière, prise entre les flammes et gagnée par l'asphyxie, la pauvre troupe, hurlante et douloureuse vit la mort s'avancer à grands pas... Seuls, René Birgé, secrétaire du colonel Florentin et dessinateur de la brigade, enseveli par un heureux hasard tout à l'entrée, et un homme du 8ème ou 10ème génie, purent être assez heureux pour échapper à la catastrophe ; dès le début, ce dernier avait pu s'évader par l'unique bouche d'air existante, en gagnant l'ouverture grâce à une échelle, et d'autres malheureux le suivaient, quand, sous leur poids l'échelle se brisa !...

 

Près de mille hommes périrent donc là : Etat-major de la 146ème brigade, colonel Florentin en tête, officiers et soldats des 8ème et 1er génie et des 24ème, 98ème et 22ème régiments territoriaux ; médecins majors et infirmiers régimentaires des 346ème, 367ème, 368ème et 369ème d'infanterie; blessés de ces régiments qui, après de rudes souffrances, attendaient là, sur des brancards, leur transfert ; vous, médecin major Bruas que je regrette doublement, puisque je vous dois la vie, et dont, seule trace de votre fin, on n'a retrouvé que la chevalière !… Et vous, les médecins et brancardiers de la 73ème division. Lorsque, deux jours plus tard, on put déblayer l'entrée du tunnel, on ne retrouva rien, rien que des restes humains calcinés qui tombèrent en poussière dès qu'on les toucha. »

 

Devant l’impossibilité d’identifier les cadavres, et pour éviter toute polémique quant aux responsabilités, l’Etat-major de l’armée décide de déclarer tous les hommes, dont Joseph Steiner, « disparus » ou « tués à l’ennemi » et morts pour la France

 

Steiner Joseph

 

 

 

 

Sources :

 

- Témoignages du général Rouquerol, du lieutenant Benech et du soldat René le Gentil.

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Pierre Miquel : Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002.

- Alain Denizot : Verdun et ses champs de bataille.

- www.fortiffsere.fr/verdun/index

- www.lesfrancaisaverdun-1916.fr

- www.espacetrain.com

 

 

 

Lire la suite