Publié le 8 Février 2026
Le 2 avril 1942, Raymond Burgard, professeur au lycée Buffon (Paris 15) et fondateur du réseau de résistance « Valmy », est arrêté par des agents de l’Abwehr, le service de renseignement militaire allemand. Pour ses élèves, ce n’est pas seulement une arrestation de plus : c’est un choc, et surtout une provocation. Très vite, cinq d’entre eux, Jean-Marie Arthus, Jacques Baudry, Pierre Benoît, Pierre Grelot et Lucien Legros, décident de répondre par un acte concret. Ils organisent alors une action spectaculaire à l’intérieur même de l’établissement.
Cette manifestation se déroule durant la récréation du matin, vers 10h25 le jeudi 16 avril 1942, jour de la rentrée après les vacances de Pâques.
Pierre Benoît mène une centaine d’élèves dans la cour, tandis que Jean-Marie Arthus, Jacques Baudry et Pierre Grelot sont chargés de surveiller et de donner l’alerte en cas d’intervention. Il s’agit déjà d’une logique clandestine avec des meneurs, des appuis et une protection.
De son côté, Lucien Legros mène une cinquantaine de lycéens d’autres établissements parisiens. Ce groupe force l’entrée du lycée pour rejoindre leurs camarades.
Les adolescents crient « Libérez Burgard ! » tout en chantant La Marseillaise. Certains témoignages rapportent aussi le cri « À bas Hitler, vive la France ! ». Ce n’est pas une simple émotion collective, c’est un défi public lancé à l’Occupation, dans un lieu où la discipline et la peur devraient imposer le silence.
L’administration réagit immédiatement. Au bout de quelques minutes, un agent du lycée vérouille les portes pour empêcher le fuite des meneurs et prévient la police.
Les cinq principaux organisateurs parviennent à s’échapper grâce à l’intervention de Jacques Talouarn, agent-chef, qui orchestre leur sortie précipitée. Mais deux d’entre eux, Lucien Legros et Pierre Benoît, sont reconnus puis dénoncés aux autorités.
Dès lors, les cinq lycéens sont fichés comme « jeunes gens très dangereux » et doivent entrer dans la clandestinité. Dans les mois qui suivent la manifestation, ils participent à des actions de plus en plus risquées. Distribution de tracts, inscriptions patriotiques, tentatives de sabotage... Leur engagement se radicalise au fil de l’Occupation, comme celui de nombreux jeunes résistants entrés très tôt dans l’action clandestine.
Traqués, dénoncés, surveillés, les cinq lycéens sont arrêtés entre juillet et octobre 1942. Ils sont incarcérés, interrogés, puis traduits devant un tribunal militaire allemand. Leur procès est expéditif. En octobre, la sentence tombe : la peine de mort.
Le 8 février 1943, ils sont fusillés au stand de tir de Balard, à Paris. Ils ont dix-sept, dix-huit ou vingt ans. Jusqu’au bout, ils restent fidèles à leur engagement. Plusieurs témoignages rapportent qu’ils meurent en chantant La Marseillaise, comme lors de leur première révolte dans la cour du lycée. Ils sont inhumés peu après au cimetière d'Ivry.
Après la guerre, une plaque commémorative est apposée au lycée Buffon, leurs noms sont inscrits dans l’histoire de Paris, et leur sacrifice incarne encore aujourd’hui cette vérité saisissante : en 1942, même des élèves pouvaient choisir de dire non, et payer ce refus de leur vie.
Jean-David Boussemaer
Sources :
- « Les héros de Buffon abattus pour faits de résistance », Association des Amis du lycée Buffon, brochure historique en format PDF
- Cécile Hochard, « Les lycéens de Buffon », dans La Résistance en Île-de-France, DVD-ROM, AERI (Association pour des études sur la Résistance intérieure), 2004. Texte consultable en ligne sur le site du Musée de la Résistance en ligne
- Serge Klarsfeld, Mémorial des fusillés 1940-1944, Paris, FFDJF. Notices individuelles des cinq lycéens de Buffon
- Jean Maitron et Claude Pennetier (dir.), « Raymond Burgard », Le Maitron. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social, version imprimée et base de données en ligne
- François Marcot (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Paris, Robert Laffont, collection « Bouquins ».
- Musée de la Résistance nationale, dossier pédagogique « Les lycéens dans la Résistance », notices consacrées au lycée Buffon.
- Olivier Wieviorka, Une certaine idée de la Résistance, Paris, Seuil, 2015.
[Visuel : Auteur inconnu, Cinq martyrs du lycée Buffon, quotidien Ce Soir, 9 février 1949 - ource : Gallica - Wikipedia]
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