Publié le 16 Juin 2013

 

Départ pour la Grande Guerre

Août 1914 : des soldats du 5ème de ligne partent pour la guerre (Copyright www.centenaire.org ).

 

 

Jacques Vignaud, isséen, retraité, est ancien administrateur du collège Henri Matisse et du conservatoire de musique d’Issy-les-Moulineaux. Professionnellement, il a occupé de nombreuses fonctions dans l’industrie chimique puis dans des sociétés d’apprentissage des langues étrangères. Par ailleurs, il a été représentant de la France dans les institutions internationales des Auberges de Jeunesse.

 

L’un de ses amis lui a confié le carnet de route d’un aïeul, Poilu de la Grande Guerre, Louis Vincent. Voici le début de ce récit :

 

« C’est le samedi 1er août 1914 que sonnât la mobilisation générale, et je le sus qu’à 10 heures du soir, en sortant de travailler de la Société des mines d’or et de charbonnages de Chavaignac. Je fus saisi d’une profonde émotion, en apprenant que la mobilisation générale avait éclaté.

 

Mais je finis par me rendre fort, et me dire en moi-même que j’accomplirai mon devoir de vaillant Français. Etant de la classe 14, et qu’on avait passé le conseil de révision depuis quatre mois, je m’attendais à être appelé de suite. J’attendais ma feuille de route avec impatience. Tellement que tous les soirs à 4 heures, j’allais à la gare avec deux intimes camarades de ma classe, attendre le courrier pour savoir si notre feuille de route n’était pas arrivée. Mais elle n’arrivait jamais, et on s’en retournait en se disant que peut-être elle arriverait le lendemain. Et le 4 septembre, je reçus ma feuille si attendue. Je devais rejoindre le 75ème RI à Romans, immédiatement et sans délai : aussi dès le lendemain je partis pour Romans.

 

J’arrivai à la caserne à 11 heures du soir, mais en rentrant on poste on me dit qu’ils n’ont pas de place pour me faire coucher. Je ressortis pour aller coucher en ville et je revins le lendemain matin. Ils me trouvèrent de la place et je ne tardai pas à être habillé en militaire. Je restai en en caserne jusqu’au 18 septembre et le lendemain, à 4 heures du matin, nous partîmes sac au dos au camp de Chambaran, dans le département de l’Isère, à 50 kilomètres de là. Nous y fîmes nos classes qui ne furent pas trop longues. Je commençais à trouver que je n’étais pas si bien qu’en caserne. A Romans, je couchais dans un lit, tandis qu’au camp de Chambaran nous couchions sous des marabouts et sur la terre que je trouvais bien dure. Mais encore, ce n’était à proportion de ce que j’ai souffert plus tard sur le front.

 

Le 4 novembre 1914, nous quittâmes le camp en chemin de fer pour rentrer à notre dépôt puis nous fûmes dirigés vers le front. Le 7 novembre, à 4 heures de l’après-midi, le commandant passa dans les rangs et demanda tous ceux qui étaient volontaires pour partir sur le front. Moi, je fus du nombre pour aller aider à chasser ces vulgaires Prussiens. Et le lendemain, à 8 heures, nous partîmes en détachement de 300 à la frontière, pour la direction des Boches. Le 11 novembre, on débarqua à Guillaucourt, dans le département de la Somme. De là, on partit sac au dos pour aller cantonner à Vauvillers, qui se trouvait à 15 kilomètres du front.

 

Je dis qu’on avait cantonné au village, mais ce n’était plus vraiment un village : il ne restait presque plus une maison debout… ».

 

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Publié le 8 Juin 2013

 

  Europe-1948-1989

 

Carte de l’Europe : 1948 – 1989 – Pays de l’OTAN (bleu) face à ceux – en rouge – du Pacte de Varsovie (en blanc, les pays non-alignés et en noir le « Rideau de Fer »).

 

 

 

NDLR : le général Michel Forget a fait une carrière d’officier pilote de chasse. Il a été à la tête de nos forces aériennes tactiques pendant quatre années (1979-1983) et a commandé la première opération extérieure où ont été conduits des raids aériens à très longue distance et de longue durée par des appareils aptes au ravitaillement en vol, inaugurant ainsi un style d’intervention aérienne qui deviendra par la suite la règle. Depuis qu’il a quitté le service actif (1983), il se consacre à des études sur la Défense et a écrit plusieurs ouvrages sur ce thème.

 

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Parler de « guerre », c’est évoquer les grands conflits qui ont marqué notre histoire – guerre de 70, la Grande Guerre, le Deuxième Conflit Mondial, l’Indochine, l’Algérie, pour nous limiter aux conflits dont les traces sont encore visibles sur notre sol ou dont beaucoup de ceux qui y ont participé sont encore de ce monde. Depuis l’Algérie on peut même ajouter les multiples interventions conduites par nos armées au Moyen-Orient (guerre du Golfe) dans les Balkans, en Afghanistan et plus récemment encore en Libye et au Mali.

 

De toutes ces guerres, il en est une qui n’est plus mentionnée, une guerre qui a pourtant duré quarante années, mobilisant des centaines de milliers d’hommes, des masses de chars, de pièces d’artillerie, d’avions et de navires, une guerre dont l’Europe occidentale, France comprise, était l’enjeu, à savoir la « guerre froide »… Et cette guerre, en plus, nous l’avons gagnée !

 

Pour le public, cette guerre, il est vrai, n’en était pas une. Pas de batailles sanglantes, pas de vastes offensives, pas de destructions d’infrastructures, pas de pertes – apparemment – pas plus de militaires que de civils. L’image de la guerre dite « froide » est restée celle d’un face à face de deux immenses armées apparemment figées dans leur position d’attente par crainte, si l’une d’elles bougeait, de déclencher la catastrophe. Bref, le souvenir que l’on en garde reste le plus souvent celui d’une période où, militairement, il ne se passait rien. C’était là une pure illusion. Pendant ces quarante années en effet, les stratégies appliquées n’ont pas cessé d’être modifiées en fonction de l’évolution du rapport des forces en présence, des performances des armements et équipements et surtout de la nature des armes déployées, conventionnelles d’abord puis nucléaires. Les risques de frappes dévastatrices de ces dernières ont rapidement imposé des capacités de riposte violente et immédiate afin que l’adversaire prenne conscience de la réalité de la catastrophe qu’il provoquerait s’il se lançait dans l’aventure – et de la nécessité pour lui qu’il renonce. Cela impliquait un degré de mise en alerte et de préparation des forces exceptionnellement élevé et jamais connu jusqu’ici dans l’histoire militaire, donc aussi un niveau d’entraînement ne souffrant aucune lacune et une disponibilité des moyens maintenue elle aussi, en permanence, à un niveau très élevé. Un tel degré de préparation était contrôlé aux différents niveaux de commandement depuis le sommet de l’Otan jusqu’aux unités opérationnelles en passant par les commandements régionaux Otan et les commandements nationaux, stratégiques et tactiques. Cela se traduisait non seulement par des manœuvres de cadres ou sur le terrain, manœuvres prévues à l’avance, mais aussi et surtout par de multiples exercices dits de réaction d’un réalisme très poussé et déclenchés sans aucun préavis.

 

Un tel schéma s’appliquait certes aux trois armées et tout particulièrement aux forces aériennes, celles auxquelles je limiterai mon propos en m’appuyant sur ma propre expérience et sur certains épisodes vécus au sein de ces forces. Le degré de préparation et les capacités de réaction des forces aériennes ont été en effet les éléments majeurs sur lesquels ont reposé les différentes stratégies pendant toute la durée de la guerre froide. Cela est normal dans la mesure où ce sont les vecteurs les plus rapides qui sont les premiers engagés, en défensive comme en offensive. Ces quarante années de guerre froide ont été marquées, pour ces forces, par un entraînement journalier intense au sein de chaque unité afin que les équipages maîtrisent leurs appareils et les techniques de vol adaptées à leurs missions (combat aérien pour les uns, attaque d’objectifs au sol et navigation à très basse altitude et grande vitesse pour les autres). Le tout était couronné par une cascade d’exercices destinés à tester les capacités de réaction des unités ainsi que leur degré de préparation opérationnel et technique. Dans les unités aériennes, hier comme aujourd’hui, les missions d’entraînement, quelle qu’en soit la nature, sont toujours des missions réelles où les risques rencontrés par les équipages sont, en bien des points, les mêmes que ceux rencontrés dans des opérations de guerre : risques de défaillance humaine (mauvaise appréciation de la situation, erreur de pilotage), risques techniques (pannes en vol), et surtout risques météo. Dans l’ambiance de « veillée d’armes » caractéristique de la guerre froide, l’intensité de l’entraînement aérien et le réalisme poussé des exercices se sont traduits par des accidents, donc des pertes importantes d’équipages, notamment dans l’aviation de chasse où le nombre de pilotes perdus devrait se situer entre cent cinquante et deux cents… ! Il faudra bien un jour en dresser la liste afin de pouvoir inscrire leurs noms sur une stèle ou un monument rappelant qu’ils sont « morts en service aérien commandé » certes mais morts aussi pour assurer la défense de notre continent.

 

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Dans les toutes premières années de la guerre froide, entre 1950 et 1955, l’organisation militaire de l’Alliance Atlantique – l’Otan – dans laquelle nos forces furent d’emblée intégrées a défini une stratégie de défense basée exclusivement sur l’engagement de forces classiques. Il s’agissait, en cas d’attaque des forces soviétiques, de mener des combats retardateurs jusqu’au Rhin en attendant le retour des forces américaines. C’était en quelque sorte une résurgence des opérations de la Deuxième Guerre Mondiale. Une telle stratégie nécessitait des moyens énormes, près de cent divisions au total et de l’ordre de 10.000 avions de combat, soit, pour la seule armée de l’air, 900 avions de combat et un effectif de 150.000 hommes. Un tel développement se révéla rapidement insupportable sur le plan financier et dut  être fortement réduit. Néanmoins, ces cinq années furent marquées en France par une expansion spectaculaire de notre aviation de combat qui passera de l’ordre de 220 appareils en 1950, parmi lesquels encore quelques appareils à hélice datant de la fin de la guerre à près de 700 appareils à réaction, tous modernes, en 1957. Cette expansion fut accompagnée d’un plan de recrutement massif – lequel se révélera rapidement excessif – de pilotes destinés à être formés tant dans nos propres écoles que dans celles des Etats-Unis et du Canada. A l’absorption de la masse des jeunes pilotes sortant d’école et au réentraînement sur avions à réaction des pilotes de retour d’Indochine s’ajoutèrent les contraintes dues aux changements répétés de matériels compte-tenu de l’évolution rapide de la technique. Ainsi certaines escadres ont changé trois fois de types d’avions entre 1950 et 1955, c’est à dire en cinq ans (Vampire, F 84G, F84F pour les unes, Vampire, Ouragan, Mystère IVA pour les autres). On comprend que dans ces conditions, la priorité absolue ait été donnée à la prise en mains par les pilotes et le personnel de soutien technique de ces nouveaux types d’avions. Ce fut une période d’activité aérienne intense, où l’entraînement de base dominait largement, avec un accent mis sur l’entraînement au combat aérien. Les exercices d’ensemble, à dominante offensive ou de défense aérienne  étaient peu nombreux à cette époque où les plans d’opérations de l’Otan n’avaient pas encore cette rigueur qui les caractérisera par la suite. Cette période a été surtout celle du « défrichage » d’un nouveau domaine aérien, celui de l’aviation de combat à réaction, ce qui s’est traduit par un taux d‘accident très élevé, vingt fois supérieur à ce qu’il est aujourd’hui et par la perte d’un nombre important de pilotes. La guerre, décidément, n’était pas déjà aussi froide qu’on ne le croit communément aujourd’hui encore.

 

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Dès le milieu des années 50, les choses allaient changer. Les alliés furent rapidement conduits, pour des raisons tant financières que politiques et stratégiques, à renoncer à leur stratégie initiale coûteuse et d’une efficacité nulle dès lors que les Soviétiques commencèrent à doter leurs forces d’armes nucléaires dites « tactiques », c’est à dire capables de frapper les forces alliées, dont les nôtres. C’est ainsi qu’à peine achevée la réalisation en Europe occidentale d’une centaine de plates-formes aéronautiques – dont 45 sur notre propre territoire – dotées d’une piste de 2.400 mètres et de trois « marguerites » capables de recevoir une escadre de 75 appareils, la menace nucléaire nous contraignait à définir des plans de desserrement nouveaux. Un tel regroupement de moyens sur une même plate-forme adapté à une stratégie de guerre conventionnelle constituait en effet un objectif de choix pour l’adversaire, une seule frappe nucléaire étant capable d’anéantir d’un coup une escadre entière. Diverses solutions, dont certaines originales, furent envisagées. C’est ainsi que le commandement de notre aviation tactique ordonnait en 1954 le desserrement, en cas d’alerte, de tous les moyens et de toutes les unités – avions compris – stationnés sur une même plate-forme sur des sites à plus de 7 kilomètres du centre de cette dernière. Et d’établir en conséquence, dans chaque unité des plans ambitieux dont la réalisation posait des problèmes considérables de transmissions, de transport, de commandement… et de délais. Quant aux avions d’armes, il n’était pas possible qu’ils se desserrent par leurs propres moyens, compte-tenu de l’absence de routes et de chemins de roulement utilisables par des « jets ». D’où l’idée de réaliser des « chariots porte-avions » tractés et équipés d’un système de levage hydraulique et de pneus basse pression capables ainsi d’emprunter routes et chemins pour disperser les appareils. L’idée était intéressante. Sa réalisation se révéla périlleuse sinon impossible, compte-tenu des délais qu’impliquait un tel système. Quelques chariots furent néanmoins réalisés. Ils eurent leur heure de gloire. Tout visiteur de marque sur la base où ils furent expérimentés avait droit en effet à une démonstration de hissage d’un avion sur son chariot. Une équipe bien rodée de mécaniciens était mise en place. Un chariot était avancé. Un appareil était amené au moteur au pied du chariot puis hissé dessus par un treuil. Un tracteur emmenait majestueusement le total en empruntant l’une des routes d’accès à la base. Dès qu’il n’était plus en vue du visiteur, il ramenait discrètement l’ensemble dans une des alvéoles du terrain… Face au risque nucléaire, la solution finalement adoptée fut de ne laisser sur chaque terrain qu’une seule unité élémentaire de combat – un escadron – l’autre ou les deux autres étant déployés par leurs propres moyens, avec leurs soutiens, chacun sur une plate-forme, le nombre considérable de ces dernières permettant une telle manœuvre. Ce système fut complété beaucoup plus tard – vers les années 70 – par la réalisation sur chaque terrain d’abris-avions bétonnés, appelés « hangarettes » capables de résister à une attaque nucléaire.

 

L’apparition des premières armes nucléaires tactiques chez les Soviétiques eut surtout pour conséquence d’amener l’Otan à définir une nouvelle stratégie, celle dite de la « riposte massive », riposte, sous-entendu, nucléaire. Si les Soviétiques commençaient à disposer effectivement d’armes nucléaires capables d’atteindre les forces alliées déployées en Europe occidentale, ils ne disposaient pas encore de vecteurs à longue portée capables d’atteindre le territoire des Etats-Unis alors que l’inverse était depuis longtemps une réalité. Les bombardiers du Strategic Air Command étaient en effet  déployés dans le monde tout autour de l’URSS (Angleterre, Turquie, Iran, Japon, Maroc, Portugal). Les Américains étaient ainsi en mesure de menacer les Soviétiques d’une frappe nucléaire dévastatrice si ces derniers se lançaient dans l’aventure en Europe, sans risque de frappe en retour pour eux mêmes. Cette menace devait de fait s’exercer en deux temps, d’abord celle d’une vaste frappe nucléaire tactique dirigée contre les forces soviétiques déployées en Europe et conduite, pour une majeure partie, par les chasseurs-bombardiers de l’Otan, ensuite celle d’une frappe au cœur de l’URSS conduite par l’aviation US, si les Soviétiques poursuivaient leur offensive. Cette stratégie dite de « riposte massive » présentait un double avantage. D’une part, elle exigeait un volume de forces aussi bien terrestres qu’aériennes beaucoup plus modeste que dans le cas précédent ; d’autre part et surtout elle conduisait non plus à une défense en profondeur jusqu’au Rhin mais à une défense « de l’avant » sanctuarisant le territoire de la République Fédérale d’Allemagne au même titre que les territoires des autres pays de l’Otan, dont la France. Ceci permettait de faire concourir cette même RFA à la défense collective en la réarmant et en l’admettant dans l’Otan (mai 1955).

 

Sur le plan aérien, la stratégie de riposte massive eut pour conséquence une transformation profonde et de la posture, dès le temps de paix, des forces aériennes, et des conditions d’exécution des missions, donc également des conditions d’entraînement. L’ensemble  des bases aériennes et de leurs unités devaient être prêtes à tout moment à réagir dans les délais les plus brefs, chiffrés en heures, sinon en minutes, en cas de préavis d’attaque adverse. Les escadrons et centres de contrôle de la défense aérienne devaient assurer une alerte 24 heures sur 24 dès le temps de paix avec un nombre réduit d’appareils, nombre qui, en cas de préavis d’attaque, s’étendait à l’ensemble des moyens de chaque unité de défense. Quant aux escadrons tactiques à vocation offensive, dont le rôle était déterminant dans le cadre de la nouvelle stratégie, ils devaient être capables de participer  au plan de frappe initial, nucléaire et classique, prévu en riposte immédiate à toute attaque soviétique. Pour cela, était alloué dès le temps de paix à chacun de ces escadrons un certain nombre d’objectifs à attaquer par avion isolé pour les unités nucléaires (les plus importantes) et par patrouilles pour les unités dotées d’armements classiques. Les missions devaient être effectuées à très basse altitude et à très grande vitesse, selon des itinéraires précis fixés dans les plans d’opérations.

 

Un réalisme poussé devait être la marque de l’entraînement des forces aériennes. Il se traduisait par le déclenchement d’exercices dits de « réaction » caractérisés le plus souvent par la mise en posture opérationnelle de l’ensemble des bases aériennes concernées et par un contrôle serré de l’exécution des missions défensives et surtout offensives prévues dans les plans. Ces exercices pouvaient être déclenchés à différents niveaux, celui de l’Otan ou celui du commandement national intégré dans l’Otan, à savoir le 1er commandement aérien tactique français (1er Catac). En France, l’exercice de réaction qui a laissé le plus fort souvenir dans l’histoire de l’aviation de combat est celui qui fut conçu en 1957 précisément par le 1er Catac, à savoir l’exercice baptisé du doux nom de « Rebecca ». Cet exercice est resté très en vogue jusque dans les premières années 1960, époque où les forces françaises étaient encore intégrées dans l’Otan et où elles le furent à un point tel à partir de 1962 que les deux escadres de chasse du 1er Catac stationnées en RFA furent dotées de l’arme nucléaire tactique américaine et  incluses dans le plan de frappe « nucléaire » de l’Otan… et cela à peine quatre ans avant que la France ne quitte cette Organisation!

 

Déclenché sans aucun préavis, de préférence au beau milieu de la nuit, week-end et jours fériés non exclus, un « Rebecca » entraînait systématiquement le plan de ramassage général de chaque base relevant du 1er Catac. Dans les cités occupées en majorité par des militaires, le signal de branle-bas de combat était donné par des voitures sillonnant les quartiers sirènes hurlantes, ce que les populations locales environnantes appréciaient modérément. En quelques heures, le personnel avait ainsi rejoint sa Base. Les avions, dont la disponibilité était poussée au maximum, étaient mis immédiatement en alerte dans la configuration prévue par les plans d’opérations. L’exercice pouvait comporter l’ordre de déploiement de certains escadrons sur des terrains extérieurs. La montée en puissance était chronométrée et les données transmises sans délais à l’état-major du Catac… pour débriefing ultérieur ! Rebecca se prolongeait par divers exercices donnant lieu à des décollages réels, de jour ou de nuit. Pouvait être ainsi déclenché le décollage massif « en survie » de tous les appareils, dans l’hypothèse d’une attaque nucléaire adverse imminente. Tous les avions prenaient alors l’air, quelles que soient leurs missions du temps de guerre et se plaçaient en attente à la verticale de points désignés dans les plans et ce, en attendant la suite des évènements. Rebecca se terminait presque toujours par un ordre général d’engagement dans le cadre des plans de frappe prévus. Les escadres de défense aérienne se partageaient la couverture de l’ensemble de la zone du 1er Catac. Quant aux escadres offensives – reconnaissance comprise – chacune de leurs patrouilles – ou chaque avion isolé pour ceux dotés de l’arme nucléaire tactique – connaissait parfaitement non seulement son objectif réel mais aussi l’itinéraire retenu par le commandement pour l’atteindre, le timing et les consommations de carburant aux différentes étapes de la navigation. Pendant Rebecca, les missions offensives réellement exécutées étaient dites « équivalentes ». Elles étaient elles aussi planifiées à l’avance et chaque chef de patrouille devait être capable de réciter par cœur, comme pour les missions réelles, toutes les données de sa mission. Le commandement du 1er Catac, lors des évaluations des unités, voire pendant Rebecca même, n’hésitait pas à faire plancher des pilotes pour vérifier ce point. La durée et le profil de chaque mission « équivalente » correspondaient très exactement à ceux de la mission du plan réel d’opération. La seule différence était que les objectifs étaient fort heureusement situés à cent quatre vingt de grés des objectifs réels ! Cela signifiait qu’un Rebecca, dans sa phase finale, se traduisait le plus souvent par l’envoi dans les airs de plus de deux cents appareils soumis aux contraintes météo, techniques, voire humaines réelles que l’on devine. Il n’est pas étonnant qu’un tel réalisme dans l’entraînement se soit traduit par des pertes – réelles malheureusement elles-aussi – lors de Rebecca déclenchés par des conditions météo médiocres tandis que les aléas techniques étaient parfois sévères. Le bilan pouvait alors se traduire par la perte de plusieurs appareils… et celle de plusieurs pilotes. Ce fut le prix à payer de cette « guerre froide ».

 

Pendant cette période, si la guerre était encore froide, l’ambiance, elle, était fort chaude, une ambiance entretenue par tous ces exercices de réaction où chacun était prêt et déterminé à en découdre. La période ne manqua pas non plus d’être marquée par quelques épisodes plus ou moins savoureux restés dans les mémoires.

 

Ainsi, lors du déclenchement en pleine nuit d’une alerte (fictive) correspondant à une menace imminente d’attaque contre l’Otan, le code transmis au personnel avait été, par suite d’une erreur, celui d’une alerte « réelle ». L’un des pilotes réveillé ainsi en sursaut bondissait sur sa moto, sans prendre le temps de revêtir son battle-dress, c’est à dire  encore en pyjama, pour rallier sa Base aérienne à une vitesse dépassant très largement les limites autorisées (histoire vraie).

 

L’ambiance était chaude et l’on jouait même parfois avec le feu. Ce fut le cas un beau jour de 1957 où, devant le doute émis par le commandement aérien tactique français sur l’efficacité de la défense aérienne au dessus de sa zone, une patrouille de chasseurs-bombardiers F84F, envoyée en mission à très basse altitude à l’est de Munich, prenait le cap retour, donc le cap ouest en montant à haute altitude, son système d’identification « ami/ennemi » (IFF) étant coupé, histoire de voir la réaction. L’apparition de quatre plots non identifiés fonçant cap à l’ouest à haute altitude et grande vitesse provoqua de fait le branle-bas de combat dans le secteur concerné de la défense aérienne. La patrouille en alerte dans le secteur – deux « F86 Sabre » canadiens – recevait l’ordre  de « hot scramble » c’est à dire de décollage immédiat pour une interception réelle, armement branché (doigt sur la gâchette). Les F84F étaient rapidement interceptés, reconnus mais accompagnés en patrouille serrée par les « Sabre » canadiens jusqu’au toucher des roues des F84F sur leur terrain situé au sud de Fribourg. Le test était satisfaisant. On jugea prudent de ne pas recommencer l’expérience.

 

Provoquer l’adversaire faisait également partie du « jeu ». En 1962, un exercice original au nom imagé - « Piegeac » – consistait à montrer aux aviateurs d’en face que nous disposions d’un matériel à hautes performances… supérieures aux leurs. C’était l’époque où les premiers Mirage IIIC, intercepteurs supersonique de la classe Mach 2, venaient d’être mis en service. L’exercice consistait à envoyer un Mirage IIIC en navigation à très haute altitude (50.000 pieds soit 15.000 mètres) et à vitesse hautement supersonique (Mach 1,5) sur un itinéraire qui longeait la frontière tchèque, depuis Passau, sur le Danube, au sud, jusqu’à la hauteur du saillant de Thuringe, un peu à l’est de Bayreuth, au nord. La mission s’effectuait évidemment sous contrôle radar (très) serré des stations de détection alliées. Au moindre écart, ne serait-ce que de quelques demi-degrés, vers l’est, le contrôleur de service intimait fermement la correction de cap qui s’imposait afin d’éviter tout incident. On sentait chez ces contrôleurs une certaine nervosité tandis que le pilote du Mirage pouvait contempler les trainées laissées par les chasseurs adverses en montée vers la zone du rideau de fer… Piegeac eut la vie courte, les alliés jugeant plus prudent d’interdire tout survol, même sous contrôle radar, dans une large zone longeant le rideau de fer, zone dite « d’identification » ou « ADIZ » (Air Defense Identification Zone).

 

Au milieu des années 60, nouveau bouleversement avec l’adoption par l’Otan d’une nouvelle stratégie – la troisième depuis la création de l’Organisation – à savoir celle de la « riposte graduée », laquelle ne devait pas changer fondamentalement jusqu’à la fin de la guerre froide. A partir des années 60 en effet, il devenait évident pour les USA que devant les efforts entrepris par les Soviétiques dans le domaine des missiles et des sous-marins, ces derniers ne tarderaient pas à être capables de frapper directement les Etats-Unis depuis leur territoire. L’équilibre de la terreur basé sur  une « destruction mutuelle assurée » était ainsi en voie de s’instaurer. Plus question dans ces conditions pour  les Américains – donc pour l’Otan – de riposte nucléaire massive en réponse aux premières actions offensives de l’adversaire en Europe. La riposte serait graduée, c’est à dire adaptée à chaque fois à la nature de l’attaque. Officiellement adoptée en 1967, cette stratégie ouvrait largement le champ des modes d’action et des types d’armement envisageables, nucléaires… et classiques. Vers la fin des années 70, les alliés en venaient même à concevoir une phase de combats « classiques » d’une certaine durée. Et d’envisager notamment, avant un recours au nucléaire, une riposte  marquée par une offensive aérienne visant à couper le gros des forces assaillantes de leurs arrières et à livrer ces dernières ainsi affaiblies  à la contre-offensive des forces terrestres alliées. Pour les forces aériennes de l’Otan, une telle  stratégie impliquait un volume de moyens plus important qu’auparavant ainsi qu’un éventail beaucoup plus large de missions et  d’armements. Les dispositifs aériens devenaient beaucoup plus étoffés et devaient être capables d’agir aussi bien en appui des forces terrestres que dans la profondeur du théâtre. La nouvelle  stratégie était sans doute hasardeuse dans la mesure où elle supposait que l’adversaire n’utiliserait pas d’emblée ses armes nucléaires. Elle traduisait en tout cas le souci de nos alliés  de disposer d’une plus grande marge de manoeuvre avant d’en arriver à l’affrontement nucléaire, un souci partagé sans aucun doute par l’adversaire, même s’il s’est toujours refusé de l’admettre.

 

Cette stratégie de la riposte graduée, la France la récusa parce que jugée non dissuasive et risquant de transformer l’Europe en champ de bataille. Notre pays venait d’ailleurs de définir sa propre stratégie de dissuasion nucléaire et réalisait progressivement les systèmes d’armes adaptés : développement à partir de 1964 de la première composante de ses forces nucléaires stratégiques, la force Mirage IVA, en attendant les missiles sol-sol et les sous-marins; développement, à partir de 1973, des systèmes d’armes nucléaires tactiques, aériens et sol-sol, dirigés contre les forces adverses. Une telle stratégie se traduisait par un resserrement du dispositif de nos forces, terrestres et aériennes, sur nos frontières, donc par un déploiement en arrière du dispositif de l’Otan. Le rôle de nos forces de manœuvre terrestres était essentiellement de faire barrage à l’adversaire, si ce dernier avait forcé le barrage de l’Otan, et de le forcer à hausser la mise de telle sorte qu’il dévoile la gravité de son but stratégique, augmentant par là même, pour lui, le risque d’une riposte nucléaire de notre part. Cela signifie que notre dissuasion était basée sur un couplage très serré entre l’engagement de notre corps de bataille, la menace d’une frappe nucléaire tactique contre les forces assaillantes – frappe unique – rapprochant elle même la menace de la frappe stratégique au cœur de l’union Soviétique. La stratégie de la France en s’apparentant ainsi à celle d’une riposte massive tournait le dos à la riposte graduée. Dans ces conditions, le maintien de l’intégration de nos forces dans l’Otan devenait impossible, d’où – autre bouleversement – notre départ de l’Organisation en 1966 ! Mais si la France quittait l’Otan, elle n’en restait pas moins dans l’Alliance. C’est dire que dans l’hypothèse où elle déciderait de s’engager à côté de ses alliés lors d’une crise en Europe – hypothèse la plus probable – ses forces lutteraient à côté de celles des alliés… mais en respectant les contraintes propres à sa stratégie de dissuasion. Pour nos forces terrestres, celles-ci seraient ainsi amenées à jouer un rôle de réserve – on dit de « deuxième échelon » – derrière le dispositif terrestre allié. Leur engagement ne serait possible qu’au cas où il y aurait rupture de la défense terrestre otanienne.

 

Pour nos forces aériennes, les choses se sont présentées d’une façon quelque peu différente. Plus d’Otan, donc plus d’armes nucléaires tactiques américaines, plus de plan de frappe immédiate, donc plus de Rebecca ! Notre dispositif aérien  était certes recentré, lui aussi, sur le territoire national, le PC du commandement aérien tactique et les deux escadres dotées jusqu’ici d’ANT américaines quittant le territoire de la RFA pour être repliées en France. Cela ne modifiait en rien, dans le cadre de notre stratégie de dissuasion, le haut degré de réaction et de préparation exigé jusqu’ici de l’ensemble de nos forces.

 

La planification des raids restait une donnée fondamentale mais limitée aux frappes prévues pour nos unités aériennes à capacité nucléaire, qu’il s’agisse des unités stratégiques de Mirage IVA, en alerte permanente 24heures/24 depuis le milieu des années 1960 ou qu’il s’agisse des cinq escadrons tactiques dotés, vers le milieu des années 70, de l’ANT nationale. Toutes ces unités étaient soumises périodiquement à des exercices de réaction déclenchés sans préavis et se terminant le plus souvent par l’exécution réelle de leurs missions « équivalentes »  comme au bon vieux temps de la riposte massive.

 

Quant à nos forces aériennes « non nucléaires », défensives et offensives, elles se devaient d’être engagées immédiatement, quelle que soit la nature de la crise, dès lors que la France aurait décidé de se joindre aux alliés. Pour les unités de défense aérienne, c’était là une évidence, l’adversaire n’ayant aucune raison de se priver de toute action au dessus de notre territoire. Pour les unités aériennes tactiques non nucléaires à vocation offensive, elles n’allaient pas rester sagement dans leurs « hangarettes » au risque de s’y faire détruire, en attendant que nos forces terrestres soient « au contact », dans l’hypothèse (éventuelle) d’une rupture du dispositif allié en face d’elles. Elles auraient au contraire à s’engager tout de suite à côté de leurs homologues alliés pour des frappes avec des armements conventionnels. C’était dans la logique de notre solidarité avec nos alliés, dans la logique de notre dissuasion en montrant ainsi notre volonté de résister à l’agression et dans la logique enfin de toute stratégie aérienne. Pour ces unités là, il n’était pas question de planifier à l’avance, dès le temps de paix, leurs missions puisque celles-ci  ne pouvaient être déclenchées qu’en fonction de la situation réelle sur le terrain. Afin de répondre à l’hypothèse alliée d’engagements en classique d’une certaine durée, nos unités aériennes non nucléaires furent ainsi amenées à adopter un entraînement calqué sur celui des forces aériennes alliées : entraînement intensif au combat aérien pour les unités de défense aérienne ; pour les unités tactiques, entraînement aux missions de pénétration avec des dispositifs lourds composés d’avions d’attaque, d’escorte, de guerre électronique, de reconnaissance. Les armements, pour les missions offensives, allaient évoluer comme ceux des appareils alliés, avec un souci accru de sûreté et d’efficacité unitaire, compte-tenu de la modernisation des moyens de défense adverses. D’où la diversification des armements air-sol afin de leur assurer une meilleure adaptation à la nature de leurs objectifs ; d’où également le développement des armes air-sol guidées, très précises et tirées « de loin » (en stand-off), armes dont on entendra beaucoup parler pendant la Guerre du Golfe. Vers la fin des années 70, on allait même jusqu’à faire participer nos unités aériennes aux exercices « Red Flag », exercices interalliés d’une durée de plusieurs semaines, d’un réalisme poussé, se déroulant aux USA sur les immenses champs de manœuvres de l’USAF au Nevada. En métropole, à la même période, ces mêmes unités participaient également à de grandes manoeuvres aéroterrestres nationales en terrain libre comportant le déploiement dans la nature de plusieurs divisions de notre armée de terre.

 

Que ce soit aux USA, en métropole ou en Europe avec les alliés, l’activité aérienne de notre aviation de combat augmenta encore d’intensité, une activité conduite dans un environnement opérationnel de plus en plus complexe incluant le durcissement, le camouflage et le desserrement des installations ainsi que la protection NBC et la défense anti-aérienne des bases. La contrepartie a été, au cours des années 70 et 80, des pertes importantes surtout en matériel. Les pertes en équipages, grâce aux améliorations apportées aux équipements de sécurité, furent heureusement plus limitées, même s’il y eut, ici et là, de sérieux coups durs. C’est ainsi qu’en 1982, un escadron de chasse perdit dans la même semaine trois pilotes et trois appareils dont deux par suite d’une collision à très haute altitude et très grande vitesse… sans parler des accidents survenus lors de vols à très basse altitude exécutés dans des conditions météo parfois très médiocres. Paradoxalement, au fur et à mesure que l’on se rapprochait de la fin de la guerre froide, une fin que personne ne voyait venir, le climat opérationnel devenait de plus en plus sévère et le degré de préparation des forces en général et des forces aériennes en particulier de plus en plus élevé et ce, jusqu’à la chute du mur.

 

* * * *

 

Ce court rappel de ce que fut la guerre froide, vu en tout cas du côté des forces aériennes montre que, contrairement aux idées les plus communément admises, ces quarante années de veillée d’armes ont été particulièrement agitées, exigeant de la part aussi bien des états-majors que des exécutants une adaptation permanente à des situations en constante évolution. Stratégies, organisations, déploiements et conditions d’emploi des forces, équipements et armements n’ont pas cessé d’être modifiés. Encore faudrait-il ajouter à ce tableau les actions de nos forces aériennes dans le cadre de notre stratégie d’action extérieure, devenue dès le milieu des années 70 un sous-produit de la guerre froide dans la mesure où il s’agissait de contrer les avancées inquiétantes de la stratégie indirecte soviétique sur la planète. Pendant ces quarante années de guerre froide, par delà les bouleversements des stratégies et des moyens mis en œuvre, nous sommes restés les yeux fixés surtout sur la ligne sombre des Monts de Bohème, prêts à en découdre immédiatement si l’adversaire faisait mine de se lancer dans l’aventure. Cette ligne, nous avons pu finalement la franchir en touristes à partir des années 90, ce qui nous a fait mesurer l’ampleur du succès de nos armes puisque nous  et nos alliés avons su épargner à l’Europe, des deux côtés du rideau de fer, une catastrophe sans précédent en retenant le bras armé de notre redoutable adversaire par nos capacités dissuasives. Ce résultat, au sein des forces aériennes, a été certes chèrement acquis mais il montre que le sacrifice de nos camarades qui ne sont pas rentrés de mission n’a pas été vain.

 

 

 

Général Michel FORGET – mai 2013

 

 

1987 : le président russe Gorbatchev et le président américain Ronald Reagan signent en Islande des accords de diminution des armes stratégiques. L’heure n’est plus à la militarisation de l’Europe.

     Reagan and Gorbachev signing[1]

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Publié le 1 Juin 2013

 

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Le général de Gaulle à Alger – Juin 1958.

 

Les débuts de la guerre d’Algérie.

 

Dans notre histoire contemporaine, le mois de mai 1958 revêt une importance particulière. Cela fait près de trois ans et demi que la France doit faire face à ce que l’on appelle à l’époque les « événements d’Algérie » et qui se traduisent par des « opérations de maintien de l’ordre ». Depuis 1999, nous parlons de guerre.

 

En novembre 1954, il en est tout autre. A la tribune de l’Assemblée nationale, le président du Conseil, Pierre Mendès-France déclare : « À la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse. Qu'on n'attende de nous aucun ménagement à l'égard de la sédition, aucun compromis avec elle. On ne transige pas lorsqu'il s'agit de défendre la paix intérieure de la Nation et l'intégrité de la République. Les départements d'Algérie font partie de la République, ils sont français depuis longtemps. Jamais la France, jamais aucun parlement, jamais aucun gouvernement ne cédera sur ce principe fondamental. L'Algérie, c'est la France et non un pays étranger que nous protégeons. »

 

En 1955, l’état d’urgence est décrété et les premiers contingents de militaires appelés sont envoyés en Algérie. Les massacres, de part et d’autre, bien souvent dans des proportions sans aucune commune mesure, sont fréquents.

 

En 1956, les combats – les escarmouches, guérilla ou encore coups de force – se déroulent maintenant partout aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Il ne s’agit pas d’emplois de forces conséquentes à proprement parler mais d’accrochages allant de quelques individus à plusieurs centaines. Il s’agit également d’attentats. La guerre d’Algérie n’est pas la situation d’une armée en ligne contre une autre. Pour la Métropole, l’appel au contingent est systématique et les débarquements de soldats se multiplient. Le pouvoir confie le commandement militaire à un général chevronné, ayant fait ses preuves aussi bien à la fin de la Seconde Guerre mondiale qu’en Indochine : Raoul Salan.

 

1957 est marquée par la reprise en mains des villes. Se déroule, entre autres, la bataille d’Alger à partir du mois de janvier, sous les ordres du général Salan. Elle se solde par une victoire complète de l’Armée française, au prix, parfois, et comme dans tous les conflits, d’atrocités certaines. Mais, d’un point de vue diplomatique et politique, la France est montrée du doigt et perd peu à peu pied face à une population musulmane qui n’est pas acquise à sa cause. Il convient d’ajouter une opinion mondiale qui condamne cette guerre qui aux yeux de bon nombre d’observateurs n’est devenue qu’une « guerre de décolonisation » ou une émancipation du peuple algérien.

 

 

Edmond Vernay.

 

Edmond Vernay est appelé à faire son service militaire le premier jour de septembre 1956. Il intègre le CIT 156 de Toul, puis est muté à Metz au CCR 220. « J’obéissais aux ordres du capitaine Mien. Quelqu’un de formidable. Il ne se cachait pas pour nous dire que nous partirions bientôt pour l’Algérie. Mais j’étais d’accord. C’était pour moi l’occasion de servir mon pays. Et puis quelque part, je rendais hommage au papa de celle qui allait devenir mon épouse trois ans plus tard à Issy-les-Moulineaux. Oui, celui qui aurait dû être mon beau-père, n’avait pas survécu à l’offensive allemande de mai 1940. Et on avait dit que les soldats s’étaient enfuis… Tant d’hommes massacrés pour entendre cela quelques années plus tard !

 

En novembre 1957, notre unité débarquait à Alger et prenait ses positions à Baba Hassen, dans l’actuelle banlieue sud-ouest d’Alger. Notre compagnie était chargée du pilotage des convois, de la circulation et de la protection des personnes. Cela passait par des contrôles d’identité presque à chaque carrefour, en ville, mais aussi dans les villages qu’on appelait des douars. Les fouilles : il fallait en faire aussi, et nous n’étions pas très rassurés. Il ne se trouvait pas une chambrée où on ne racontait pas des aventures avec des femmes qui cachaient des bombes sous leurs vêtements !

 

Les fellaghas : notre hantise… Je ne peux oublier la mort de mon copain Louis Waechter, originaire de Wissembourg. C’était le 11 décembre 1957. Nous effectuions un ratissage dans un village. Les fouilles avaient commencé. Louis faisait face à un jeune garçon. Ce dernier n’hésita guère plus d’une seconde : il sortit de sa djellaba un fusil et abattit Louis d’une cartouche de chevrotine. Ce fut terrible. Pas facile de s’en remettre. De penser à la famille.

 

Une autre facette de notre activité consistait à partir souvent en opérations pour piloter, guider ou accompagner des unités combattantes comme le 1er REP (régiment étranger parachutiste) ou la 10ème DP (division parachutiste). Ainsi, je découvris les gorges fameuses (depuis 1956) de Palestro, les villes d’Aumale ou de Sidi-Aïssa.

 

Et puis, il y eut le général de Gaulle à Alger en juin 1958. Et là, ce fut du délire ! ».

 

 

Mai 1958.

 

Au début du mois de mai 1958, l’histoire s’accélère. Le gouvernement de Félix Gaillard vient de chuter. Pendant quelques semaines, c’est l’incertitude, alors que les combats ont repris. Le 10 mai 1958, Alain de Sérigny, directeur du journal l’Echo d’Alger, lance un appel au général de Gaulle. Le même jour, le ministre-résident Robert Lacoste quitte l’Algérie. Le plus haut représentant de la Métropole vient de disparaître.

 

Le lendemain, des soldats français sont attaqués et massacrés. Pierre Pflimlin est pressenti pour former le nouveau gouvernement, alors que chacun sait sa volonté de négocier une sortie de crise en Algérie. A Alger, les « Pieds-Noirs » – près d’un million de métropolitains installés souvent depuis plusieurs générations – manifestent. Le général Massu qui s’est vu remettre par Félix Gaillard les pleins pouvoirs, civils et militaires, demande aux députés de surseoir à l’élection de Pierre Pflimlin, et fait parvenir à Paris un télégramme : « Exigeons création à Paris d’un gouvernement de salut public, seul capable de conserver l’Algérie partie intégrante de la Métropole ».

 

Les députés refusent cette intrusion militaire dans le pouvoir législatif et exécutif et votent pour Pflimlin. Le lendemain, le même général Massu recommence et publie une conjuration au général de Gaulle : « Le comité de salut public supplie le général de Gaulle de bien vouloir rompre le silence en vue de la constitution d'un gouvernement de salut public qui seul peut sauver l'Algérie de l'abandon».

 

Le 15 mai 1958, le général Raoul Salan, toujours commandant de l'armée en Algérie, prononce, sur proposition du gaulliste Léon Delbecque, qui se trouve à ses côtés : «Vive la France, vive l'Algérie française, vive le général de Gaulle !». C’est un triomphe. Alors, depuis se retraite de Colombey-les-Deux-Eglises, Charles de Gaulle fait savoir qu’il est prêt à « assumer les pouvoirs de la République ». Le président de la République René Coty demande à l’Armée française en Algérie d’obéir à la République, de ne pas écouter Massu et Salan, et de rentrer dans le rang. Il n’est pas entendu.

 

Puis, le 27 mai, alors que la Corse a déjà décidé de former un Comité de Salut Public et de soutenir les insurgés d’Alger, le général de Gaulle fait indiquer : « J’ai entamé hier le processus régulier nécessaire à l’établissement d’un gouvernement républicain. » L’opposition – Pierre Mendès-France, François Mitterrand, Jacques Duclos, Edouard Daladier – crie au scandale et au coup d’Etat.

 

Le 1er juin, René Coty fait publier le communiqué suivant : il fait appel au «plus illustre des Français... Celui qui, aux heures les plus sombres de notre histoire, fut notre chef pour la reconquête de la liberté et qui, ayant réalisé autour de lui l'unanimité nationale, refusa la dictature pour établir la République».

 

Charles de Gaulle forme immédiatement un gouvernement d’union nationale, où figurent des représentants de partis politiques aussi bien de gauche que de droite, avec pour mission de régler les affaires en Algérie et de mettre au point une nouvelle constitution. Il fait à Alger le premier voyage de sa présidence du Conseil (le 4 juin 1958) et prononce le désormais fameux : « Je vous ai compris ! ».

 

Edmond Vernay : « Nous étions sur le tracé de la navette entre la Maison blanche (l’aéroport) et la place du Forum au cœur d’Alger. Nous l’avons vu passer. Lui, le grand chef. Le Chef de la France libre. Le libérateur du pays. Incroyable. Je peux vous dire que mon cœur a battu la chamade pendant un moment ! C’était du délire total. Une foule immense. Je n’avais jamais vu cela. Et partout étaient agités des drapeaux français. Les gens hurlaient. Les femmes criaient, comme hystériques. Le sauveur était là et il allait régler tous les problèmes. Contenir cette foule fut l’un des choses les plus difficiles de ma vie. Je crus qu’on n’y arriverait jamais. Notre chef, le capitaine Prestat, semblait tenir bon. Dans mon fort intérieur, je me disais qu’un fou furieux aurait pu faire ce jour-là des dégâts incommensurables.

 

Je les vois. Le général et son escorte descendent de voiture pour se rendre au Forum. Il apparaît au balcon du bâtiment du Gouvernement général. Il n’est pas seul. Des militaires l’encadrent. Il commence : « Je vous ai compris ! Je sais ce qui s’est passé ici. Je vois ce que vous avez voulu faire. Je vois que la route que vous avez ouverte en Algérie, c’est celle de la rénovation et de la fraternité ».

 

Nous aussi nous avions tous compris ce jour-là. Pour certains, c’était la paix, pour d’autres la réaffirmation de l’Algérie française. Avec le temps, je me dis que les Algériens ont aussi compris ce jour fameux que leur espoir d’une Algérie indépendante avait peut-être commencé le 4 juin 1958 ! ».

 

La constitution de la Vème République est approuvée par référendum (79,2 % pour le « oui ») le 28 septembre 1958 et le 21 décembre de la même année, le général de Gaulle est élu, par un cortège électoral, premier président de la toute nouvelle république.

 

Trois ans et demi plus tard, l’Algérie est indépendante. Comme l’a écrit l’historien Benjamin Stora, « le général de Gaulle croit d’abord aux nations. C’était bien le destin de l’Algérie de devenir indépendante. De Gaulle a voulu négocier en position de force avec le FLN ; il a peut-être cherché à associer le destin de la France à celui de l’Algérie. Mais la fin de l’histoire était écrite dès le début du conflit ».

 

Edmond Vernay : « Pour moi la guerre était finie depuis longtemps. J’étais installé en région parisienne. Je travaillais au bureau d’études de Renault, à Rueil-Malmaison. Une petite fille vient bientôt faire la joie de notre famille. Mais voilà, un verre de rosé, une odeur de merguez ou une belle journée ensoleillée et je me retrouvais là-bas avec le souvenir des camarades. Ceux qui étaient rentrés, comme moi. Et ceux que nous avions laissé ».

 

 

 

Sources :

 

Georges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003.

Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.

Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.

Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.

Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.

Entretiens Edmond Vernay, novembre 2012.

http://imagesdeclaude-charly.blogspot.fr

http://ccr226.skyrock.com

 

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 19 Mai 2013

 

Taiwan Keelung - 8

 

A la fin des années 1870, les relations franco-chinoises se tendent. Présente en Cochinchine depuis 1863, par la volonté de l’amiral de La Grandière et Chasseloup-Laubat, le ministre de la Marine de Napoléon III, la France se heurte à l’Empire du Milieu dans sa tentative de pénétration au Tonkin.

 

La Chine considère, en effet, l’empire d’Annam (qui inclut le Tonkin) comme un royaume vassal, indispensable élément de son glacis protecteur. Malgré le traité franco-annamite, signé à Saigon en 1874, qui impose la rupture des liens entre Hué et Pékin, l’Empire du Milieu ne se résout pas à la perte de ce territoire. Or, pour l’Amiral Courbet, commandant l’escadre d’Extrême-Orient, en dépit de l’opposition de Jules Ferry, la conquête du Tonkin (et la lutte contre les Pavillons Noirs) passe, au préalable, par une offensive contre la Chine. L’incident de Bac-le, en juin 1884, précipite les deux pays dans la guerre. C’est la troisième guerre franco-chinoise.

 

Courbet choisit d’affronter son adversaire sur la rivière Min. La flotte du Fujian se trouve donc confrontée à son modèle. Le 23 août, l’amiral français déclenche les hostilités. En 40 minutes, l’escadre chinoise, de conception française, est anéantie et l’arsenal de Fou-Tcheou en ruines (chantier naval de Ma-Wei, œuvre du Français Prosper Giquel). Dans les mois qui suivent, la flotte française organise le blocus du Yang-Tseu-Kiang, par où s’effectuent les exportations de riz par cabotage à destination de la Chine du Nord, tandis que 4.000 hommes occupent Formose (Taiwan) et les Iles Pescadores.

 

Prenant acte des succès simultanés des Français au Tonkin, la Chine, par le traité de Tien-Tsin (Tianjin) renonce à ses droits sur le Tonkin et sur l’Annam, qui deviennent protectorats français. Le traité de paix définitif signé à Tien-Tsin le 9 juin 1885, met donc fin à la guerre franco-chinoise. Le 11 juin à 22h30, l’Amiral Courbet, Commandant en chef de l’escadre de l’Extrême-Orient, rend son dernier soupir à bord du Bayard en rade de Makung, aux Iles Pescadores, à la suite de maladies. L’évacuation de Formose suivra rapidement.

 

Dans un télégramme adressé à la Marine, l’amiral Lespes rend compte de l’évacuation de Keelung (Nord de l’ile de Formose) après une visite courtoise au général chinois et de «l’engagement pris de respecter le cimetière». L’escadre sera dispersée et les différents navires rejoindront le Tonkin, la France, le Pacifique ou le Levant, tandis que la dépouille du vainqueur de Fou Tcheou sera ramenée en France pour des funérailles nationales célébrées aux Invalides le 28 août. L’inhumation de l’amiral a lieu le 1er septembre à Abbeville, sa terre natale.

 

L’évacuation des Pescadores accomplie, tous ces hommes repartis vers d’autres horizons laissent derrière eux près de 700 camarades morts pendant ces deux années d’occupation de Formose: 120 sont morts sur le champ de bataille, 150 ont succombé à leurs blessures et les autres ont été victimes de la maladie. Ils sont enterrés dans deux cimetières militaires français, l’un a Keelung (Formose), l’autre a Makung (Pescadores), lesquels, sur décision du Gouvernement français, sont construits et aménages par le Génie entre juin et juillet 1885, en mémoire de l’amiral Courbet et de ses hommes morts au combat.

 

Les bâtiments de guerre français qui visitent ces pays, le Villars en 1889, l’Inconstant en 1891, le Forfait en 1895, le Friant en 1901 et le Bruix en 1907, font procéder aux réparations et aux travaux nécessaires. C’est en 1909 que le terrain actuel du cimetière de Keelung est utilisé pour réunir les dépouilles des soldats morts au Nord de Formose. Cette parcelle de terrain, la parcelle no.2-1, d’une superficie de 0,1630 hectares, se situe à Tchong Pan Teou, dans le district Tchong Tcheng de Keelung.

 

Le 14 avril 1947, M. Bayens, consul général de France à Shanghai, informe le Ministère des Affaires étrangères que le cimetière de Keelung se trouve dans un état de délabrement complet (Archives diplomatiques françaises). En raison du caractère d’urgence de la remise en état de ce cimetière, il fait exécuter des travaux pour un montant de 100 dollars américains qui est remboursé par le ministère de la Marine. En 1953, le ministère des Affaires étrangères de la République de Chine et les autorités françaises là-bas conviennent de transférer au cimetière français de Keelung, les restes de deux officiers français morts au combat, à bord du navire commandant Pimodan.

 

Chaque année, à la faveur du 11 novembre, les personnels de l’Institut français, accompagnés de représentants de la communauté française se recueillent sur les tombes du cimetière français de Keelung, observent une minute de silence et déposent des gerbes.

 

 

Claude R. Jaeck

Délégué général du Souvenir Français pour la Chine et l’Asie.

 

Retrouvez les clichés du cimetière français de Keelung dans l’album consacré aux « Carrés militaires Monde ».

 

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Publié le 18 Mai 2013

 

Taiwan Keelung - 6

Au cimetière français de Keelung à Taiwan (copyright « Souvenir Français – Délégation de Chine et d’Asie »).

 

 

Ce n'est qu'à partir du XIXe siècle que les fosses communes firent place aux sépultures individuelles. Le cimetière de Sidi-Feruch aménagé en juillet 1830 à la suite du débarquement français en Algérie en est la première illustration. Aux États-Unis, à partir de 1861, le ministère de la guerre procéda au recensement, à l'identification et à l'inhumation individuelle des soldats tués. En Europe, l'ampleur des pertes de la guerre de Crimée (1853-1856) ne permit pas d’identifier individuellement les morts et on déposa les soldats dans de grandes tombes communes. Cependant, dans le cimetière français de Sébastopol, ils furent regroupés par unité et, dans le cimetière britannique des plaques furent apposées pour chaque unité ainsi que pour chaque bâtiment de la marine ayant subi des pertes. Le traité de Paris de 1856, qui met fin à cette guerre, prévoit la préservation des cimetières en Crimée.

 Le traité de Francfort du 10 mai 1871, par lequel les gouvernements français et allemand s'engagent réciproquement à entretenir les tombes de guerre sur leurs territoires respectifs, traduit la volonté des États de prendre en charge à titre permanent la préservation des sépultures. Une loi allemande de 1872 et une loi française de 1873 organisent pour la première fois l'aménagement des sépultures de guerre et garantissent leur entretien. Des dispositions sont prises pour, dans la mesure du possible, regrouper les morts selon leur nationalité et leur religion. L'ossuaire de Champigny près de Paris ou celui de Bazeilles près de Sedan sont des exemples de cette nouvelle marque de respect envers les soldats tombés au champ d’honneur.

 Avec la guerre de 1914-1918, les belligérants développèrent des pratiques d'inhumation plus soucieuses de l'individualité du soldat, qui porte désormais une plaque d'identité permettant de l'identifier. Dès le début du conflit, le principe de la tombe individuelle, que les Anglais érigèrent depuis la guerre des Boers (1899-1902), fut repris par les Allemands. Elle était surmontée d'un emblème indiquant l'identité du défunt et sa confession. Les sépultures communes étaient réservées aux restes mortels qui ne pouvaient être identifiés ou dissociés comme c’est le cas, par exemple, d’un groupe tué par un même obus. En revanche, la fosse commune restait la norme pour les Français. Cette pratique officielle, en retard sur les mœurs de la société, fut rapidement contestée par les soldats eux-mêmes, qui prirent l'habitude d'inhumer leurs camarades dans des tombes individuelles.

 Une loi de décembre 1915 entérina ce fait : la sépulture devint individuelle et permanente et son entretien fut confié à l'État à perpétuité. À l'issue de la guerre, les différents pays alliés procédèrent au regroupement des sépultures dispersées, à la recherche des corps sur les champs de bataille, à l'aménagement des cimetières de guerre et, pour certains, à la restitution des corps aux familles. En vertu des principes adoptés après 1870, la France prit en charge les tombes des soldats allemands inhumés sur son territoire. Chaque pays a aménagé ses cimetières selon ses propres conceptions architecturales et paysagères et y a édifié des monuments commémoratifs propices à l'organisation de cérémonies du souvenir. Les mêmes dispositions furent appliquées à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Devenus ensuite symbole de la reconnaissance de la patrie à ses soldats et lieu de pèlerinage, ils se transforment progressivement en lieux de mémoire et d’histoire grâce à l’installation de panneaux d’information, voire de salles de musée.

 Ce patrimoine mémoriel est constitué de 265 nécropoles nationales, de 2 000 carrés militaires communaux et de quelque 2 000 cimetières français situés dans 78 pays étrangers. Le ministère de la défense et des anciens combattants est responsable de leur conservation et il veille également, en application des conventions internationales, à la pérennité des sépultures militaires étrangères en France. Enfin, dans cette œuvre, il est aidé par le Souvenir Français et ses délégations à l’étranger.

 Ainsi nous vous proposons de retrouvez cette nouvelle rubrique de carrés militaires français du bout du monde sur www.souvenir-francais-92.org et sur www.souvenirfrancais-issy.com avec un album de photographies qui sera alimenté au fur et à mesure des articles à venir.

 

Source : Ministère de La Défense – DMPA/SGA.

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Publié le 3 Mai 2013

Le dernier cavalier.

Thierry Rousseau, président de l’amicale du 1er RHP a indiqué il y a peu la disparition de l’adjudant-chef Rivier, dans sa 101ème année, qui était l’un des derniers cavaliers de l’armée française à avoir fait la guerre à cheval !

 

L’adjudant-chef Alphonse Rivier était né le 26 septembre 1912. Il avait été au régiment à partir de 1931 et avait fait sa carrière au 1er régiment de hussards et l’avait terminée au 2ème régiment de hussards à Orléans.

 

En 1940, le 1er régiment de hussards et le 8ème régiment de chasseurs faisaient partie de la 1ère Brigade de cavalerie à cheval. Le 1er avait pour mission, pendant la Seconde Guerre mondiale, la couverture d’un corps d’armée. Il participa à la bataille des Ardennes françaises et des Ardennes belges.

 

Du 14 au 25 mai 1940, au cours des derniers combats sur le canal des Ardennes, le Mont Dieu, Stonne et Tanay, la 1ère brigade de cavalerie brisa l’armée allemande et obtint une citation à l’ordre de l’Armée accordée par le général Weygand le 22 novembre 1940 ainsi rédigée : «Régiment aux magnifiques traditions qui, sous le commandement du chef d’escadron Crapon, a fait preuve des plus belles qualités militaires en assurant, du 9 au 23 juin 1940, malgré un ennemi mordant, disposant de moyens puissants, la couverture d’un corps d’armée. En dépit d’effectifs réduits, a contre-attaqué avec plein succès les 9 et 10 juin, faisant de nombreux prisonniers et s’emparant d’un important matériel. A su, sans défaillance, bien qu’ayant subi de lourdes pertes, en imposer à l’ennemi grâce à son moral élevé et son esprit de sacrifice. Cette citation comporte l’attribution de la Croix de guerre avec palme ».

 

Après 1945, les Allemands avouèrent que la 1ère brigade de cavalerie leur avait mis 10 000 hommes hors de combat (prisonniers, blessés ou tués). D’ailleurs, ils l’appelaient «Les Diables Rouges» (die roten Teufel en Allemand).

 

L’adjudant-chef Alphonse Rivier a été rappelé à Dieu le 24 avril 2013, dans sa 101ème année. Depuis des années, il vivait en maison de retraite, à Saint-Hilaire-Saint-Florent, non loin de Saumur.

 

Son fils, Alain, fait hussard d’honneur à Tarbes en 1981, a reçu pour mission de déposer les bottes, la cravache et les étriers de son père au musée des Hussards de Tarbes.

 

Décorations de l’adjudant-chef Alphonse Rivier :

 

- Médaille militaire (décret du 25 octobre 1950).

- Médaille de reconnaissance de la Nation (Guerre 1939-1945).

- Croix du combattant.

- Médaille commémorative (Combats du 14 au 25 mai 1940) Mont Dieu - Tannay - Stonne.

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Publié le 29 Avril 2013

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Comme chaque année, le Comité du Souvenir Français participera aux cérémonies destinées à célébrer l’anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945 :

 

- Mardi 7 mai à 18h00, salle multimédia, hôtel de ville : conférence donnée par le capitaine de vaisseau Guy Crissin : « Les Batailles des Volontaires Français en Corée ». Nous vous invitons vivement à vous rendre à cette conférence (entrée libre) : la guerre de Corée est un conflit dont on parle très peu (se reporter à notre article paru il y a quelques mois) et qui pourra vous éclairer sur les événements actuels.

 

 

- Dimanche 8 mai

  • – 8h00 : rassemblement sur le parc de stationnement du CNET et départ en car.
  • – 8h30 : messe en l’église Notre Dame des Pauvres, 27, boulevard Gallieni.
  • – 9h15 : fleurissement de la stèle du maréchal Juin.
  • – 9h35 : place du 8 mai 1945 : dépôt de gerbes au buste du général de Gaulle ; lecture du message de Kader Arif, secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens Combattants
  • – 9h50 : cortège en direction de la place du maréchal de Lattre de Tassigny.
  • – 10h00 : square Bonaventure Leca. Dépôt de gerbes au buste du général Leclerc.
  • – 10h05 : dépôt de gerbes à la plaque « Veuves et orphelins victimes de guerre ».
  • – 10h15 : monument aux morts de la ville ; dépôt de gerbes et discours de Monsieur André Santini.
  • – 10h40 : rue du général Leclerc. Défilé de troupes appartenant au Régiment de Marche du Tchad.

 

 

Comme d’habitude, le Souvenir Français se chargera de la quête au profit du Bleuet de France. Soyez généreux !

 

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Publié le 30 Mars 2013

 

 

Soldats du 4ème zouaves.

 

 Le 4ème zouaves.

 

La dénomination de zouave vient du berbère zwava, qui est le nom d’une tribu kabyle. Entièrement composés de métropolitains, les régiments de zouaves se couvrent de gloire partout où ils combattent. Leur réputation commence avec l’arrivée des Français en Algérie en 1830 : les Kabyles fournissaient des soldats aux Turcs sous la régence d’Alger ; avec la domination de la France, ils fourniront le Royaume puis la République. Ces unités sont également remarquables par l’exigence ultime de leur discipline ; d’où l’expression « faire le zouave » : un zouave est capable de tout faire, sur un simple commandement.

 

En 1914, le 4ème zouaves (RZ) est fort de sept bataillons. Alors que les 1er et 2ème bataillons sont en pleine campagne au Maroc, et que le 5ème bataillon est cantonné à Rosny-sous-Bois, près de Paris, les 3ème, 4ème et 6ème bataillons sont stationnés dans leurs quartiers et Bizerte et de Tunis.

 

Prosper Honoré Verpillat nait le 29 juillet 1874 à Paris. La capitale se remet peu à peu du siège de l’armée prussienne de 1870-1871. D’ailleurs, les travaux d’une nouvelle enceinte fortifiée sont votés par le gouvernement. Il grandit dans le culte de la revanche vis-à-vis de cet empire allemand qui a mis à genoux la France glorieuse et éternelle. Ses parents, qui se sont installés à Issy-les-Moulineaux, se sacrifient pour que le jeune garçon puisse passer des concours et tenter les grandes écoles. A l’âge de 20 ans, Verpillat entre à l’Ecole militaire de Saint-Cyr. Il choisit, comme un grand nombre de ses camarades, l’Armée d’Afrique, qui a le double avantage d’offrir de l’aventure aux jeunes gens galvanisés par les articles de l’hebdomadaire L’Illustration, et des conditions financières et d’avancement plus avantageuses.

 

La déclaration de guerre.

 

Un zouave a raconté a posteriori la mobilisation du 4èm en Tunisie et la sa guerre de 14-18: « Le 1er août 1914, à 17 heures, les quartiers de Tunis et de Bizerte furent consignés. L’ordre de mobilisation venait d’être affiché. On le communiqua aux troupes et les zouaves déjà prêts à sortir en ville débouclèrent leur ceinturon avec le plus grand calme, raccrochèrent leur baïonnette et remirent leur bourgeron comme un soir ordinaire de piquet. Dès le 4 septembre, toutes les dispositions ayant été prises, les inspections faites, le 3ème bataillon s’embarque à Bizerte et le 4ème à Tunis. En exécution du plan de mobilisation, ils rejoignent en France, au fort de Rosny-sous-Bois, les 5ème et 11ème bataillons pour former le 4ème régiment de zouaves sous le commandement du colonel Pichon. Salué par les camarades qui demeurent en Tunisie, acclamés avec enthousiasme, ils reçoivent à leur départ des marques répétées de confiance de la Colonie, déjà fière de leur passé et de leur belle attitude.

 

Les bataillons sont transportés à Alger en chemin de fer, et c’est à Alger que l’on doit prendre la mer. Le 9, le départ d’Alger sera plus solennel encore. La présence d’une composée de trois cuirassiers fera plus imposante la levée d’ancre et les honneurs rendus au Drapeau sur la place du Gouvernement. Le 10 et le 11, c’est la pleine mer. On vogue tous feux éteints. Au matin du 12, la côte de France est abordée à Sète. Les zouaves débarquent, s’égaillent dans la ville, où ils sont fêtés, comblés et entourés jusqu’au soir. C’est par le train qu’ils rejoignent Rosny. Les journées des 14 et 15 sont passées à recevoir les réservistes, déjà organisés, équipés et répartis au fort de Rosny. Le 16 au matin, le 4ème régiment de marche de zouaves se trouve réuni dans la gare de Bercy, après avoir fait à pied, au milieu des acclamations, le trajet de Romainville-Bercy.

 

La musique joue, le drapeau flotte, les fleurs voltigent, panachent les selles des chevaux, les fusils des hommes. Paris croit à la promptitude de la victoire et les zouaves rayonnants sous le rouge des chéchias, campés dans la blancheur de leurs sarouels, répondent avec crânerie aux vœux de la foule ».

 

A Tarciennes.

 

Au départ, sous la direction du colonel Pichon, unité de la 38ème division d’infanterie, le 4ème zouaves comprend : le 3ème bataillon du commandant Ballivet, le 4ème avec le commandant Daugan ; le 5ème avec le commandant Bézu et le 11ème avec le commandant Eychenne.

 

Le régiment reçoit son baptême du feu à l’occasion de la bataille de Charleroi. Cette bataille réside dans la rencontre entre la IIème armée allemande, du général von Bülow, qui progresse à travers la Belgique, face à la Vème armée française du général Lanrezac, qui tente justement d’éviter l’encerclement par l’ouest de l’ensemble des armées alliées.

 

Le 23 août 1914, situé dans le village de Tarciennes, le 4ème s’apprête à livrer le combat : « L’ordre de se porter en avant arriva à minuit et l’on partit à 2 heures. On dépassa l’artillerie en position d’attente. Les quatre bataillons marchaient de formation largement ouverte. On allait voir l’ennemi, se mesurer, et certainement le vaincre ». Mais le régiment est vite débordé à la fois par la puissance de l’artillerie ennemie et par des troupes, beaucoup plus nombreuses, qui les contournent par la gauche. Avec leurs uniformes rouges, bleus et blancs, les zouaves font des cibles parfaites pour les grenadiers prussiens : ce n’est plus la guerre mais un tir de fête foraine !

 

Il n’y a qu’une solution possible : retraiter, et si possible en bon ordre pour permettre à la Vème armée de Lanzerac de se reformer. Le 5 septembre, le régiment se trouve à quelques kilomètres de Provins, dans le sud du département de la Seine-et-Marne. Des centaines de kilomètres ont été parcourus en une dizaine de jours, « pas un instant les zouaves n’avaient cru la partie perdue. Soutenus par leurs officiers qui se dépensèrent brillamment au cours de la retraite, ils se laissaient dire que le recul préparait l’attaque et les chefs qui leur parlaient ainsi avaient leur confiance ».

 

Reprise de l’offensive.

 

Il n’est pas possible pour l’Armée française de reculer plus loin (« Vous n’irez pas plus loin » est-il écrit sur bon nombre de monuments de la Première bataille de la Marne). Au matin du 7 septembre 1914, le 4ème repart en avant et refait les étapes dans l’autre sens. Il participe au mouvement général de reconquête initiée par le général Joffre et bien aidé dans son œuvre par le général Gallieni qui envoie plus de 6.000 hommes depuis Paris à quatre (ou plus) dans des taxis !

 

Le terrain perdu quelques jours auparavant est repris sans trop d’effort : alors tous ces morts pour rien ? En fait, les Allemands n’ont pas respecté l’ordre initial qui consistait à fondre sur Paris, et il leur manque 120.000 hommes restés en Belgique pour prendre la place forte d’Anvers. Le 13, ils se replient finalement sur la ligne qu’ils avaient préparée avant l’offensive et ils y installent des casemates et des abris imprenables.

 

« La bataille s’engage. Elle est dure. Le 14 au soir, la division se trouve en flèche par rapport aux autres éléments de l’armée. Il faut attendre. Le 15, l’ennemi affirme sa résolution d’arrêt par un violent tir d’artillerie. Le 16, notre mouvement continue. Tandis que la 38ème division se porte sur Craonne, la 12ème compagnie du 4ème zouaves avance sur Ailles, le 11ème bataillon va aider les Anglais à Cerny et le commandant Daugan reçoit l’ordre d’attaquer Vauclerc avec son bataillon, la 9ème compagnie et des éléments du 12ème d’infanterie. La lutte se stabilise autour de la ferme d’Hurtebise. Lutte terrible : nous attaquons et nous sommes attaqués. Nos fantassins sont mis à rude épreuve. Ils en ressortent aguerris, grandis, plus confiants en eux-mêmes et dans leurs chefs, dont trois – le capitaine Rajer, le capitaine Gavory, le sous-lieutenant Parison – trouvèrent là une mort héroïque ».

 

Repli sur l’Yser.

 

A l’issue de la bataille de la Marne, les belligérants tentent de se contourner par le flanc. C’est ce qui restera dans l’histoire sous le nom de « Course à la mer » : partant de la Champagne et de la Picardie, les Alliés et les Allemands vont tenter à plusieurs reprises de percer les lignes afin de se prendre à revers. Toutes les tentatives resteront des échecs et cette course prendra fin à la mer du Nord. La bataille de l’Yser est l’une de ces tentatives.

 

Le 15 octobre 1914, après avoir perdu Anvers, les restes de l’Armée belge se réfugient sur Gand. Mais la situation devient vite intenable face à des ennemis beaucoup plus forts. Un ordre est donné : « Le ligne de l’Yser constitue notre dernière ligne de défense en Belgique et sa conservation est nécessaire pour le développement du plan général des opérations. Cette ligne sera donc tenue à tout prix ». La 38ème DI fait partie du dispositif. Au 4ème RZ : « Ces jours monotones et tristes d’octobre sont marqués cependant par une détente de trois jours à Révillon. On a aussi appris à compter avec un ennemi terrible : la boue ! Les hommes savent maintenant l’énergie qu’il faut déployer pour lutter contre la pluie, qui envahie les tranchées, les transforme en cloaques, en ruisseaux et en marécages glacés. L’arrivée des effets de drap, en permettant de remplacer la tenue de toile en guenilles a bien apporté quelques conforts mais les larges culottes rouges, qui s’alourdissent d’eau et de vase, restent peu pratiques ».

 

Des bataillons du 4ème sont maintenant portés sur Ypres pour retrouver des divisions d’infanterie et des troupes coloniales. Les combats contre les troupes du Reich reprennent. Intervient là un épisode resté dans les mémoires comme « la mort héroïque d’Assas » : alors qu’une colonne allemande se porte à l’attaque d’un pont défendu par les troupes françaises, elle pousse au-devant d’elle quelques prisonniers. Ce sont des zouaves. Les soldats cessent le tir : il n’est pas question de mettre en joue des camarades qui se replient. Mais les zouaves se mettent à hurler : « Mais tirez donc, nom de Dieu, ce sont les Boches qui arrivent ! ». La fusillade reprend. Des zouaves se sont sacrifiés pour que reste intacte le pont et leur honneur…

 

Au 4ème RZ : « Les zouaves, sous la conduite habile de leur chef, répondent avec le plus grand empressement à tous les appels et combattent avec la plus grande bravoure. Le 11 novembre, après un bombardement d’une violence inouïe, les colonnes allemandes culbutent la première ligne anglaise. La 15ème compagnie qui était en première ligne est submergée. Le capitaine Chevrier rassemble la trentaine d’hommes qui lui restent et défend le terrain pied à pied. La situation est encore une fois critique. Le commandant Bonnery, appuyé par le capitaine Verpillat ordonne une contre-attaque : les compagnies Helbert, Grambouland et les débris de la compagnie Chevrier s’élancent à la baïonnette avec une énergie telle que l’ennemi, non seulement est arrêté, mais recule jusqu’à son front de départ. Les Boches n’ont pas passé cette fois encore. Le zouave Paquet, le capitaine Verpillat, l’adjudant Arsant, le caporal Spkiling se font remarquer entre tous. Ils se battent comme des lions. Le premier n’hésite pas à faire des prisonniers. Après la mort de son capitaine, l’adjudant, quoique blessé, garde avec énergie le commandement de sa section et le caporal reste le seul gradé dans la sienne ».

 

Dans le Journal de Marche du 4ème zouaves, la mort du capitaine Verpillat ne fait qu’une ligne…

 

Par la suite, le 4ème participe aux batailles d’Ypres, de Verdun (Douaumont, la Côte 304, Louvement, les Chambrettes), de l’Aisne en 1917 et d’Orvillers-Sorel l’année suivante. En quatre années de guerre, le 4ème zouaves va perdre près de 10.000 hommes de rang, sous-officiers et officiers.

 

Verpillat Prosper

 

 

Sources :

 

-         Journal de Marche du 4ème zouaves.

-         Historique du 4ème zouaves, anonyme, numérisé par Jérôme Charraud.

-         Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

-          André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

-         Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

-         Les troupes coloniales dans la Grande Guerre – L’Armée d’Afrique, par Léon Rodier.

-         L’Armée d’Afrique, Historama, n° 10, 1970.

-         Histoire de l’Armée française en Afrique, par Anthony Clayton, Ed. Albin Michel, 1994.

-         L’Armée d’Afrique, 1830-1962, par Robert Huré, 1830-1962, ED. Lavauzelle, 1977.

 

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Publié le 15 Février 2013

 

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Légionnaires en renfort à Lao Kay (Tonkin – Copyright : www.photo-memory.eu )

 

Capitaine de Borelli, officier de la Légion : « A mes hommes qui sont morts, et particulièrement à la mémoire de Tiebald Streibler, qui m’a donné sa vie le 3 mars 1885 ».

 

 

Mes compagnons, c’est moi ; mes bonnes gens de guerre,

C’est votre Chef d’hier qui vient parler ici

De ce qu’on ne sait pas, ou que l’on ne sait guère ;

Mes Morts, je vous salue et je vous dis : Merci.

 

Il serait temps qu’en France on se prît de vergogne

A connaître aussi mal la vieille Légion

De qui, pour l’avoir vue à sa rude besogne

J’ai la très grande amour et la religion.

 

Or, écoutez ceci : « Déserteurs ! Mercenaires ! »

« Ramassis d’Etrangers sans honneur et sans foi ! »

C’est de vous qu’il s’agit, de vous, Légionnaires !

Ayez-en le cœur net, et demandez pourquoi ?

 

Sans honneur ? Ah ! passons ! Et sans foi ? Qu’est-ce à dire,

Que fallait-il de plus et qu’aurait-on voulu ?

N’avez-vous pas tenu, tenu jusqu’au martyre,

La parole donnée et le marché conclu ?

 

Mercenaires ? sans doute : il faut manger pour vivre ;

Déserteurs ? Est-ce à nous de faire ce procès ?

Etrangers ? Soit. Après ? Selon quel nouveau livre

Le maréchal de Saxe était-il donc Français ?

 

Et quand donc les Français voudront-ils bien entendre

Que la guerre se fait dent pour dent, œil pour œil

Et que des Etrangers qui sont morts, à tout prendre,

Chaque fois, en mourant, leur épargnaient un deuil.

 

Aussi bien c’est assez d’inutile colère,

Vous n’avez pas besoin d’être tant défendus ;

Voici le Fleuve Rouge et la Rivière Claire

Et je parle à vous seuls de vous que j’ai perdus !

 

Jamais garde de Roi, d’Empereur, d’Autocrate,

De Pape ou de Sultan, jamais nul Régiment

Chamarré d’or, drapé d’azur ou d’écarlate,

N’allez d’un air plus mâle et plus superbement.

 

Vous aviez des bras forts et des tailles bien prises,

Qui faisaient mieux valoir vos hardes en lambeaux ;

Et je rajeunissais à voir vos barbes grises,

Et je tressaillais d’aise à vous trouver si beaux.

 

Votre allure était simple et jamais théâtrale ;

Mais, le moment venu, ce qu’il eût fallu voir,

C’était votre façon hautaine et magistrale

D’aborder le « Céleste » ou de le recevoir.

 

On fait des songes fous, parfois, quand on chemine,

Et je me surprenais en moi-même à penser,

Devant ce style à part et cette grand mine

Par où nous pourrions bien ne pas pouvoir passer ?

 

J’étais si sûr de vous ! Et puis, s’il faut tout dire,

Nous nous étions compris : aussi de temps en temps,

Quand je vous regardais vous aviez un sourire,

Et moi je souriais de vous sentir contents.

 

Vous aimiez, troupe rude et sans pédanterie,

Les hommes de plein air et non les professeurs ;

Et l’on mettait, mon Dieu, de la coquetterie

A faire de son mieux, vous sachant connaisseurs.

 

Mais vous disiez alors : « La chose nous regarde,

Nous nous passerons bien d’exemples superflus ;

Ordonnez seulement, et prenez un peu garde,

On vous attend … et nous on ne nous attend plus ! »

 

Et je voyais glisser sous votre front austère

Comme un clin d’œil ami doucement aiguisé,

Car vous aviez souvent épié le mystère

D’une lettre relue ou d’un portait baisé.

 

N’ayant à vous ni nom, ni foyer, ni Patrie

Rien où mettre l’orgueil de votre sang versé,

Humble renoncement, pure chevalerie,

C’était dans votre chef que vous l’aviez placé.

 

Anonymes héros, nonchalants d’espérance,

Vous vouliez, n’est-ce pas, qu’à l’heure du retour,

Quand il mettrait le pied sur la terre de France,

Ayant un brin de gloire, il eût un peu d’amour.

 

Quant à savoir si tout s’est passé de la sorte,

Et si vous n’êtes pas restés pour rien là-bas,

Si vous n’êtes pas morts pour une chose morte,

O mes pauvres amis, ne le demandez pas !

 

Dormez dans la grandeur de votre sacrifice,

Dormez que nul regret ne vienne vous hanter ;

Dormez dans cette paix large et libératrice

Où ma pensée en deuil ira vous visiter !

 

Je sais où retrouver, à la suprême étape

Tous ceux dont la grande herbe a bu le sang vermeil,

Et tous ceux qu’ont engloutis les pièges de la sape,

Et tous ceux qu’ont dévorés la fièvre et le soleil ;

 

Et ma pitié fidèle, au souvenir unie,

Va du vieux Wunderli qui tomba le premier

Et suivant une longue et rouge litanie

Jusqu’à toi, mon Streibler, qu’on tua le dernier !

 

D’ici je vous revois, rangés à fleur de terre

Dans la fosse hâtive où je vous ai laissés,

Rigides, revêtus de vos habits de guerre

Et d’étranges linceuls faits de roseaux tressés.

 

Les survivants ont dit – et j’ai servi de prêtre !

L’adieu du camarade à votre corps meurtri ;

Certain geste fut fait bien gauchement peut-être,

Pourtant je ne crois pas que personne en ait ri !

 

Mais quelqu’un vous prenait dans sa gloire étoilée

Et vous montrait d’en haut ceux qui priaient en bas,

Quand je disais pour tous, d’une voix étranglée,

Le Pater et l’Ave – que tous ne savaient pas !

 

Compagnons, j’ai voulu vous parler de ces choses,

Et dire en quatre mots pourquoi je vous aimais :

Lorsque l’oubli se creuse au long des tombes closes,

Je veillerai du moins et n’oublierai jamais.

 

Si parfois, dans la jungle où le tigre vous frôle

Et que n’ébranle plus le recul du canon,

Il vous semble qu’un doigt se pose à votre épaule,

Si vous croyez entendre appeler votre nom.

 

Soldats qui reposez sous la terre lointaine,

Et dont le sang me laisse des remords,

Dites-vous simplement : « C’est notre Capitaine

Qui se souvient se nous … et qui compte ses Morts. »

 

 

 

 

Poème du capitaine de Borelli, officier de la Légion. Avec l’aimable autorisation de la Délégation du Souvenir Français de Chine.

 

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 19 Janvier 2013

 800px-Attaque d Alger par la mer 29 Juin 1830 par Theodore

La prise d’Alger en 1830 (par Théodore Duguin).

 

 

Au carré militaire d’Issy-les-Moulineaux sont enterrés plusieurs tirailleurs, un spahi, des zouaves... Et en cherchant bien, on pourrait y trouver aussi un goumier ! Il ne s’agit pas d’un inventaire à la Prévert, mais de soldats, morts pour la France, qui combattaient au sein de l’Armée d’Afrique.

 

Une armée composée de trois groupes distincts.

 

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Le général Youssouf.

 

Au 19ème siècle, alors que la France connait l’apogée de son empire colonial, nos forces armées sont composées de trois grands ensembles : les régiments et les armes de la France métropolitaine, les troupes coloniales et l’Armée d’Afrique.

Les troupes coloniales sont formées d’unités militaires stationnées dans les colonies, basées sur des soldats locaux (et un encadrement bien souvent de Métropole) chargées d’assurer la défense des territoires d’outre-mer, autres que l’Afrique du Nord.

L’Armée d’Afrique regroupe donc justement ces mêmes troupes mais sur les territoires du Maghreb. Elle dépend d’un seul état-major général. Une autre distinction est d’importance : les régiments de l’Armée d’Afrique sont très majoritairement composés d’Européens (du moins les régiments de zouaves et de chasseurs d’Afrique). Son origine remonte aux sources même de la colonisation en Afrique du Nord : le général de Bourmont débarque en Algérie en 1830 à la tête d’un corps expéditionnaire qui bientôt prendra ce nom d’Armée d’Afrique. Après l’Algérie, viendront les territoires (puis protectorats) de la Tunisie et du Maroc.

 

Unités.

 

·         La Légion étrangère : la Légion Etrangère, fondée en 1831 pour rassembler dans un même corps tous les étrangers des différents régiments de l’Armée française, établit son quartier-général à Sidi-Bel-Abbès, en Algérie. Jusqu’en 1962, date de l’indépendance du pays, les régiments de la Légion, stationnés en Afrique du Nord, font partie de l’Armée d’Afrique.

 

·         Les zouaves : la dénomination de zouave vient du berbère zwava, qui est le nom d’une tribu kabyle. Entièrement composés de métropolitains, les régiments de zouaves se couvrent de gloire partout où ils combattent. Leur réputation commence avec l’arrivée des Français en Algérie en 1830 : les Kabyles fournissaient des soldats aux Turcs sous la régence d’Alger ; avec la domination de la France, ils fourniront le Royaume puis la République. Ces unités étaient également remarquables par l’exigence ultime de leur discipline ; d’où l’expression « faire le zouave » : un zouave est capable de tout faire, sur un simple commandement.

 

·         Les tirailleurs algériens : aussi appelés Turcos, les régiments de tirailleurs avaient un recrutement principalement local (à l’époque on dit indigène). Présents sur tous les fronts entre 1842 et 1964, ils se distinguent par leur bravoure : pendant le premier conflit mondial, les 14 régiments de tirailleurs obtiennent 55 citations à l’ordre de l’armée !

 

·         Les chasseurs d’Afrique : après la conquête de l’Algérie, en 1830, le chef d’escadron Marey-Monge et le cavalier Youssouf créent des régiments de chasseurs à cheval, qui prendront rapidement la dénomination de chasseurs d’Afrique.

 

·         Les compagnies méharistes sahariennes : il s’agissait d’unités de l’Armée française, dont le rôle consistait à contrôler et gérer le Sahara français. Equipées en dromadaires, elles sont les sentinelles du désert. Pendant des années, ces compagnies vont protéger les habitants et les commerçants – caravanes – des pillages de tribus insoumises. Elles se chargent également de répertorier, de cartographier et de pacifier ces territoires.

 

·         Les goums : les goumiers marocains étaient des soldats relevant de tabors (bataillons), et de goums (compagnies), alors unités d’infanterie légère de l’Armée d’Afrique. Formés de marocains, encadrés de métropolitains, les goumiers s’illustrent entre 1910 et 1955, date de l’indépendance du pays. Sous le commandement du général Guillaume, les goumiers sont invincibles, obtenant, entre 1942 et 1945, 17 citations à l’ordre de l’armée.

 

·         Les bataillons d’infanterie légère d’Afrique (BILA) : généralement connus sous le nom de Bat’ d’Af, ces unités font aussi partie de l’Armée d’Afrique (qui elle-même dépendit jusqu’en 1962 de l’Armée de Terre). En 1840, ils se rendent célèbres à la bataille de Mazagran.

 

·         Les spahis : ce terme, d’origine turque (sibahis), veut dire : soldat. A l’origine, ce sont des cavaliers fournis par des tribus plus ou moins inféodées à l’Empire ottoman. Lors des batailles, ils se payent sur le terrain, en pillant allègrement. Le grand Youssouf en fait des cavaliers d’élite.

 

 

Au cœur de tous les conflits.

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Le chef d’escadron Marey-Monge.

 

Les régiments de l’Armée d’Afrique sont parmi les plus décorés de l’Armée française. Ils sont au cœur de la colonisation d’Afrique du Nord et de l’Afrique noire : Afrique Occidentale Française et Afrique Equatoriale Française. Compte tenu de leur tenue au feu, elles sont également envoyées dans les expéditions lointaines : en Crimée en 1856, en Italie trois années plus tard, au Mexique (ou la Légion étrangère connaîtra le combat fameux de Camerone) en 1861. Bien entendu, l’Armée d’Afrique participera au conflit franco-prussien de 1870-1871.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, elle enverra plus de 300.000 hommes. Ses unités sont de toutes les batailles. Le général, puis ministre de la Guerre, Adolphe Messimy, dira : « Je laisse à ceux qui me liront le soin de réfléchir à ce qu’auraient été les événements, si Gallieni sur l’Ourcq et Foch aux marais de Saint-Gond, n’avaient pas eu à leur disposition ces troupes d’élite, plein d’élan et fraîches, s’ils auraient pu remporter de justesse les deux succès qui décideront du sort de la bataille décisive et de la France ». A la fin du conflit, plus de 60.000 « Africains » ne reviendront pas…

 

Vingt-deux ans plus tard, les troupes de l’Armée d’Afrique prennent part au second conflit mondial. Présent pendant la Campagne de France, les régiments sont surtout sollicités dans le cadre du Corps expéditionnaire Français en Italie (bataille de Monte-Cassino). En août 1944, sous le commandement du général de Lattre de Tassigny, l’Armée d’Afrique débarque en Provence et n’arrête sa progression victorieuse qu’en Allemagne, une fois le Reich allemand définitivement à terre.

 

Collectionnant prestige, citations et décorations, voici l’exemple du 8ème régiment de zouaves, recevant la Légion d’honneur :

«Régiment superbe d'héroïsme et de vaillance qui, pendant quatre ans de guerre, sans jamais faiblir, a dressé devant l'envahisseur la foi sacrée d'une troupe qui sait mourir pour la défense de son sol. Entré le 28 août 1914 en contact de l'ennemi, ils manœuvrent en retraite sans faiblir jusqu'au 8 septembre ou les zouaves s'arrêtent et font face. Au château de Mondement et dans les marais de Saint-Gond, ils battent la garde prussienne. Beaux de dévouement, de courage et de sacrifice, ils dressent, dans la boue de Belgique, à Boesinghe et à Nieuport, le mur inébranlable de leurs poitrines. Le 9 mai, le 16 juin et le 25 septembre 1915, sous les ordres du lieutenant-colonel Modelon, ils se lancent à l'attaque de la crête de Vimy et de la butte de Souain. Le 9 juillet 1916, ils se sacrifient et meurent sur les fils de fer de Barleux. Puis, sous les ordres de lieutenant-colonel Lagarde, ils s'emparent, le 17 avril 1917, du Mont-Sans-Nom, réputé imprenable. Le 20 août, ils éloignent à jamais le Boche de Verdun, la citadelle inviolée. L'année 1918 les trouve prêt encore à toutes les audaces et à tous les sacrifices; le 26 avril, ils attaquent Villers-Bretonneux et barrent la route d'Amiens. Les 29 et 30 mai, alors que menaçant et terrible monte le flot ennemi, ils accourent, se sacrifient héroïquement pour défendre la route de Soissons à Paris. Ils sont encore debout, le 18 juillet, pour pousser de l'avant et chasser l'ennemi de Chaudun et de Charantigny. Et c'est en vain que, du 28 août au 15 septembre, l'ennemi essayera de s'accrocher aux falaises de l'Aisne, de tenir Neuville-sur-Margival et le ravin de Vauxaillon, la fougue impétueuse de ceux qui, par sept fois déjà, les ont vaincus, commencera leur défaite. »

 

Décret du 5 juillet 1919 portant attribution de la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur au Drapeau du 8e RMZ - Le Président de la République

 

 300px-7e RTA est son drapeau en 1917

Drapeau du 7ème RTA en 1917.

 

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Pierre Miquel : Les poilus d’Orient, Fayard, 1998 ; La poudrière d’Orient, Fayard 2004 ; Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002 ; Les Enfants de la Patrie, Fayard, 2002.

- Les troupes coloniales dans la Grande Guerre – L’Armée d’Afrique, par Léon Rodier.

- L’Armée d’Afrique, Historama, n° 10, 1970.

- Histoire de l’Armée française en Afrique, par Anthony Clayton, Ed. Albin Michel, 1994.

- L’Armée d’Afrique, 1830-1962, par Robert Huré, 1830-1962, ED. Lavauzelle, 1977.

 

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