Publié le 25 Octobre 2014

Journal d'un poilu - 2/5 - En état de guerre.

Journal du caporal Eugène Chaulin (104e RI).

 Août 1914 :

  Samedi 1er : ordre de mobilisation générale.

 Lundi 3 : départ pour la mobilisation. 2e jour : Déclaration de guerre de l’Allemagne à la France.

 Mardi 4 : visite et habillement.

 Mercredi 5 : exercices divers de service en campagne.

 Jeudi 6 : même chose.

 Vendredi 7 : marche de la compagnie pour réunion du bataillon à Châtillon – pluie battante.

 Samedi 8 : à 2 heures, embarquement à Vaugirard. Passage et arrêt à Meaux à 9h30. Passage et arrêt à Reims à 15h00. Arrivée à Verdun dimanche matin à 1 heure. Stationnement à Belleville à 2 km de Verdun. On couche dans une grange.

 Dimanche 9 : repos à Belleville. Le matin, avec un camarade, on déjeune d’une boîte de langouste et d’une bouteille de vin gris à 0 franc 80.

 Lundi 10 : départ à 2 heures du matin. Direction de la frontière – marche pénible et longue dans les côtes de la Meuse du côté de Ornes par Bras. Bivouac vers 9h00 du matin, dans un verger garni de prunes dont on mange les prunes. Le 104 est mis en réserve près de Gremilly. On achète des œufs et un peu de vin.

 9h00 du soir. Changement de position. On distribue un supplément de cartouches. Bivouac dans un champ d’avoine où l’on arrive fort en sueur. Garde tranchée. Je couche dans le champ d’avoine. Le matin, je suis réveillé par le froid, la rosée nous mouillant tous nos vêtements.

 Mardi 11 : garde dans tranchées occupées la veille. Il fait très chaud, le soleil est brûlant. On établit des abris avec des feuillages pour avoir de l’ombre. On couche dans les tranchées. On se repose assez bien, on n’a pas trop froid.

 Mercredi 12 : on quitte les tranchées dès le matin pour aller occuper une ferme. Après, nous avons exploré le terrain. Là, un camarade achète du beurre. Dispositions pour la surveillance. Pendant 6 heures, de 2h00 à 8h00, je suis en patrouille fixe au milieu d’un immense champ d’avoine à surveiller la lisière d’un bois. Le soleil est brûlant, la place peu agréable.

 Jeudi 13 : alerte dans la nuit (une section tire des coups de fusils dans un bois sur un ennemi imaginaire). Départ vers 2h30 pour aller occuper une autre ferme où l’on bivouaque (on couche dehors sur la terre) et où l’on cantonne après avoir établi les postes de surveillance. Journée de complet repos. Le soir, pendant 2h, de 8 à 10, poste pour garder la compagnie.

 Vendredi 14 août 1914 : la compagnie reste à occuper la ferme. Ma section est de piquet. Vers 11h00, groupement du bataillon à 200 m dans un champ. Repas. Départ, on repasse par la ferme occupée le 12 août (changement de direction causé par la présence de l’ennemi dans une ferme qu’on avait occupée). Reconnaissance d’un bois. Vers 10h du soir, groupement en bivouac de tout le régiment au Haut.

 Le 104 doit être en réserve, et une grande bataille doit se dessiner, ayant pour but d’anéantir le corps d’Allemands coupé par le général d’Amade.

 Samedi 15 : réveil causé par le froid. Suivi de concentration présentant un fond marécageux. Non loin de l’endroit, se trouve la tombe d’un soldat du 130e, blessé dernièrement et mort à la suite de ses blessures.

 Le 104e reste en réserve. Je vois Duval et Petron. On entend le canon au loin. Fusillade sur un aéroplane allemand. Gauthier vient me voir et m’apporte des lettres.

 Après la soupe du matin, on transporte le bivouac dans un petit bois contigu après avoir aménagé de petites cabanes garnies de roseaux. Il y a eu distribution d’eau de vie à cause du mauvais temps. Vers 6h du soir, une pluie intense commence, qui dure une grande partie de la nuit. Mais nous n’avons été guère mouillés. Les capotes étaient à peine traversées.

 Dimanche 16 : le matin nous conservons nos cantonnements (les hommes se réunissent autour des feux pour sécher leurs effets. Eau mauvaise à boire, elle est puisée dans un étang). A midi 30, départ pour aller occuper une ferme à 2km environ afin de se trouver logés à l’abri dans les granges et les hangars. Temps nuageux et pluvieux. Nuit tranquille. Nous sommes très tassés. Les jambes des uns dans les jambes des autres. On repose cependant.

 Lundi 17 : à 5h30, départ pour la direction de Romagne-sur-Cotes, lieu où nous arrivons vers 9h. Tout le long du parcours, on remarque les abattis de bois, les tranchées, les barrages. On passe dans un lieu où il y a eu sans doute une bataille à cause des traces de vêtements et d’obus. Dans la matinée, on entend le canon à différentes reprises. Toute la brigade est réunie, je trouve des camarades du 103 (Lebouc), des infirmiers (Tourmart), un médecin-major (Delivet).

 A noter, la bataille du 10 août à Mangiennes où le 130e régiment d’infanterie (deux bataillons, Mayenne et Domfront) a subi une perte importante. D’une compagnie, il ne reste qu’un officier et un soldat. Malgré tout, les Allemands reculent parce qu’ils sont repoussés par le 26 d’artillerie qui arrive au secours du 130 dont le départ est dû à une manœuvre risquée.

 A noter, la cherté et la rareté des vivres. On ne trouve rien, ni sucre, ni chocolat, ni vin. Le vin se vend 2 francs 25 le litre et on ne peut même pas en avoir. Cela vient de ce que beaucoup de troupes ont passé avant nous.

 Mardi 18 : à 5h30, départ pour la direction de Rupt, après avoir dépassé Damvillers et Dambras – marche longue de plus de 25 km (environ), route sinueuse, beaucoup de côtes longues et abruptes, chemin très boueux et de mauvaise odeur. On arrive tard à Rupt (environ 1 h). On s’installe dans une remise. La marche a été longue et pénible, chaleur intense. Beaucoup d’hommes sont exténués et tombent sur la route. J’ai fait installer des feuillées. J’ai vu un chargeur allemand avec ses balles, ainsi qu’un ceinturon et un biscuit extérieurement petit, à peine gros comme un morceau de sucre (ces trophées viennent du combat de Mangiennes). Nuit tranquille, on repose dans une grange.

 Notes : beaucoup de noms de cette région portent le nom de Rupt (Rupt-sur-Othain, Betrupt). Ce nom de Rupt doit signifier rivière ou vallée. Beaucoup de noms terminent en « Dun » : Verdun, Audun.

 Un ami m’a acheté 6 morceaux de sucre pour 2 sous. Nous sommes dans de petits pays de peu d’importance et mal ravitaillés. Heureusement que l’ordinaire nous suffit.

 Mercredi 19 : 8h30. A 4 camarades, nous allons chez une brave femme boiteuse qui nous sert à chacun un demi-bol de café avec un verre d’eau de vie, le tout pour 30 centimes. Elle nous vend 1 sou les 5 morceaux de sucre. Je conserve ma part d’eau de vie dans une bouteille à alcool de menthe que me cède un camarade.

 Notes : dans chaque endroit, beaucoup de camarades achètent poules, canards, lapins, à des prix différents. Je n’achète rien pour la bonne raison que c’est difficile et long de préparer toutes ces victuailles et que d’autre part, nous ne manquons pas de viande.

 Vers 11h, rassemblement de la compagnie. Nous partons nous installer aux avant-postes placés à environ 4 km au nord de Rupt-sur-Othain. Notre escouade est installée en petit poste au milieu d’un champ d’avoine, sous l’ardeur des rayons d’un brûlant soleil d’août. Nous voyons un aéroplane allemand.

 Le soir, on nous apporte à manger, mais on ne nous apporte ni pain ni viande. Nous passons la nuit abrités pas quelques gerbes d’orge. Nous dormons peu car il faut veiller en étant assez proche de l’ennemi. La nuit est très fraîche et nous n’avons pas trop chaud, surtout aux pieds. Malgré tout, la nuit se passe tranquillement.

  Aspects du pays :

 Physique : grandes étendues de terrains en plaine ou en coteau. Des côtes. Des mamelons. Des bois. Rappelle plutôt la Beauce que la Normandie, du moins dans notre région. De petites forêts. Routes boueuses – ravinées – Terrain calcaire (coquelicots – bleuets). Pas de haies.

 Dans l’Oise : grandes plaines cultivées surtout en blé et en betteraves. Rappelle beaucoup la Beauce mais avec un aspect moins rigide. Les bourgs sont plus coquets et plus riches.

 Politique : peu de gros villages. Fermes isolées et de grande étendue. Dans les villages, ce ne sont pas des maisons de commune mais de grosses fermes réunies.

 Economique : pays agricole. Grandes cultures de blé, avoine, orge. Prairies artificielles, luzerne, trèfle. Culture en grand. Dans chaque ferme toutes les machines agricoles modernes (moissonneuses, râteaux, faucheuses, …). On emploie le bœuf dans les travaux champêtres. Les vaches sont noires et blanches. Culture des pruniers dont les prunes servent à faire une eau de vie utilisée dans le pays.

 Habitation : constructions en pierres assez solides. A remarquer la toiture très plate. Couverture en tuiles (les tuiles sont ovales et s’emboitent les unes dans les autres). Les charrettes et les chariots sont à quatre roues, ils diffèrent beaucoup des voitures employées en Normandie. Les maisons sont vieilles, elles datent de 1820 environ (la date y figure).

 Mœurs : les femmes portent de gros souliers pour aller travailler dans les champs. L’hygiène est peu observée dans les bourgs, tous les tas de fumiers se trouvent installés devant les portes.

 Langage : les habitants ont un accent spécial, ils parlent en donnant l’impression qu’ils serrent les dents. Ils ne brillent pas par leur propreté. Ils sont en général d’un accueil peu sympathique.

 Belgique : suite naturelle du pays environnant. Villages plus concentrés, plus propres. Les gens parlent un français analogue à celui des départements frontières. A noter les poteaux indicateurs sur les routes ayant plusieurs bras et les plaques bien plus claires et plus lisibles que les nôtres (genre métro).

 Départements visités : Meuse, Meurthe-et-Moselle, Belgique, Ardennes, Marne, Oise, Aisne.

  

Etat de guerre : d’abord dans les champs, des tranchées recouvertes suivant les lieux (de blé, d’avoine, d’herbe). Puis les rouleaux de fil de fer déroulés le long des haies pour présenter un obstacle à la cavalerie ou des réseaux de fil de fer attachés de piquet en piquet dans le même but.

 Les barrages des routes, des chemins, des abords des villages avec voitures, machines agricoles, arbres, terre, pierres, etc. – afin de retarder l’arrivée des ennemis et permettre aux troupes d’organiser le combat. Les abattis de bois et de taillis à hauteur de genoux pour servir de piège à la cavalerie ennemie et servir de couvert à l’infanterie. Les routes sont abimées par le passage réitéré des troupes de toutes armes. Dans beaucoup d’endroits, les gens quittent leurs fermes, emmenant leur bétail et leur mobilier de peur de l’invasion ennemie. On coupe les fils de fer. On traverse les champs en pleine culture, on y creuse des tranchées.

 Beaucoup de soldats de régiments divers se conduisent en pirates et pillent les fermes où ils cantonnent (prennent les légumes du jardin, les fruits des arbres, le bois, les poules…). Les villages où ont lieu des combats sont complètement saccagés. Ils sont incendiés. Tous les boulets et beaucoup de balles arrivent sur les maisons. Le soir, on aperçoit, au loin des lueurs, ce sont des villages incendiés.

 Les rails de chemin de fer sont enlevés. Les pays se vident et c’est un spectacle malheureux que de voir tous ces habitants s’enfuir avec leur matériel, leur bétail et leurs biens. Les vieux, les jeunes, tous se sauvent de village en village avec une mine effarée. Tout le long de la route, on trouve des cadavres de chevaux épuisés de fatigue et abandonnés. Près de Sainte-Menehould, dans les champs, on voit des quantités de tripailles de bœufs et de vaches qui ont dû être tués pour le ravitaillement de la troupe. Le long de la ligne de chemin de fer, nous croisons des trains de la Croix Rouge qui vont chercher des blessés. Les voitures sont aménagées avec des lits pour le transport des blessés.

 Jeudi 20 août : dès 4h30, nous sommes debout. Quelques temps après, nous voyons arriver du pain et un casse-croûte. Le soleil nous réchauffe et nous sommes bien. Nous épluchons des petits pois trouvés au milieu du champ d’avoine. Nous supportons jusqu’à 12h30 les ardeurs du soleil. A cette heure, nous sommes remplacés par une autre compagnie et nous rentrons à Rupt.

 Il faut aller tout préparer pour passer une revue. Vivres de réserves, chaussures, cartouches (188). Toute notre soirée est ainsi occupée en vue de cette revue d’un commandant. Je reçois deux lettres en arrivant de notre garde. Après la revue, repas et coucher dans une grange où je me repose bien.

 Vendredi 21 : le réveil est donné à 4h, mais seulement vers 6h nous quittons Rupt-sur-Othain pour la direction de la Belgique pour Grand Failly. Petit Failly, Villette, Charency, c’est à quelques kilomètres de cette dernière localité que nous entrons en Belgique où la démarcation de frontière est donnée par la lisière d’un bois et d’un chemin.

 Il est environ 1h de l’après-midi. Près de la frontière, se trouve une maison où l’on vend du tabac, des allumettes à des prix très faibles. Près de Charency, au bord d’un champ d’avoine, on a vu un uhlan tué quelques instants auparavant. Dans une rencontre entre une patrouille de hussards et de uhlans, deux hussards, deux frères dont l’un est officier, ont été tués. A partir de 1h, nous reconnaissons un bois, dans lequel nous restons jusque vers 5 heures. Notre compagnie est en réserve pendant que le 1er bataillon du 104e RI et du 103e RI se mettent aux prises avec l’ennemi. On entend le canon et la fusillade une bonne partie de la journée et tard encore vers le soir.

 Un orage vers 16h30 avec une pluie intense arrête un instant le combat. Nous profitons de l’accalmie pour sortir du bois et venir se former sur la route. Nous attendons alors pour se rendre à notre commandement. Le canon tonne toujours au lointain. Une partie du 14e hussards (NDLR : commandé par le chef d’escadron de Hautecloque) défile devant nous et l’on remarque un casque de uhlan, des lances, et un cheval du 19e uhlan – deux hussards ont été blessés et un cheval tué.

 Nous sommes bien reçus. Un peu après Charency, on nous donne un litre de grenadine. Une fois reformés sur la route, deux dames nous distribuent du café et du lait. Nous arrivons vers 8h du soir au cantonnement à Ruette. Les gens sont très affables, ils nous donnent à profusion du café, mais ils n’ont pas beaucoup de provisions car les Allemands leur ont empêché le ravitaillement. Nous sommes très tassés, nous sommes obligés de dormir accroupis. A cause de la fatigue, on dort cependant surtout que nos nuits sont brèves.

 Samedi 22 : réveil et départ dès 4h. Toute la division au complet avec toutes les armes. C’est le 4e corps d’armée qui marche en Belgique vers l’ennemi. Itinéraire : Ruette – deux petits pays et arrivée au village de Gilzar où doit se livrer la bataille. Au premier village précédent, on distribue des cartouches et les outils sont accrochés au ceinturon. A peine arrivé au village d’Ethe (Belgique) qu’un échange de quelques coups de fusils a lieu. On arrive alors à la gare et l’on continue vers la ligne de chemin de fer. On trouve alors deux uhlans et cheval tués, on rencontre un soldat du 103e blessé. Les balles sifflent, notre section gravit le talus et va prendre position près des rails.

 Les Allemands sont installés sur l’autre côté. Notre commandant tombe aux premières balles. La fusillade dure un long moment des deux côtés. L’artillerie rentre en ligne et le canon tonne des deux côtés. A ce moment, l’ordre est donné de se replier sur le village pour laisser le champ libre à l’artillerie. On dégringole le talus sous les balles, on saute par-dessus les fils de fer. On traverse routes, fossés, gare et l’on suit quelque temps une ligne de chemin de fer, on côtoie une rivière, on traverse des champs et enfin on se retrouve dans le village. Une partie de la compagnie va occuper une crête, les autres se réfugient vers une aciérie. Après quelques temps, on quitte cette position et le capitaine nous installe à l’abri d’une barge de fagots. Nous restons là. Les canons bombardent toujours et la fusillade a lieu par moment.

 Enfin, à 8h, l’ordre de retraite est donné. Tous les hommes sont dispersés, il y en a de tous les régiments et toutes les compagnies. Sur une largeur de plus de 100 mètres, on ne rencontre que chevaux tués, voitures cassées, blessés qui geignent et appellent au secours. Tout le monde fuit sans ordre et avec hâte malgré l’état de fatigue physique et morale. Nous arrivons au cantonnement de la ville de Ruette à 10h30, nous reposons un peu, mais de peur de surprises de l’ennemi, nous quittons ce lieu dès minuit et nous reprenons le chemin de la frontière.

 Nous franchissons cette dernière et après une marche de plusieurs kilomètres nous arrivons au petit jour à Charency. Nous couchons comme nous pouvons dans les maisons. Avec Petron et quelques autres, nous couchons dans une pièce, sur un parquet. Nous sommes tellement harassés que nous dormons tout de même. C’est une grande journée de bataille qui m’a vivement impressionné. Deux villages ont été incendiés.

Défense de tranchée par des soldats français (© www.sambre-marne-yser.be )

Défense de tranchée par des soldats français (© www.sambre-marne-yser.be )

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Publié le 22 Octobre 2014

Le caporal Eugène Chaulin du 104e (© Famille Keraudren).

Le caporal Eugène Chaulin du 104e (© Famille Keraudren).

 

Présentation.

 Le colonel Pierre Keraudren a longtemps été membre du conseil d’administration du Souvenir Français. Il y exerçait le rôle de secrétaire général adjoint. Il a bien voulu nous confier une archive familiale. Il s’agit d’un journal du grand-père de son épouse, le caporal Eugène Henri Jean Chaulin, mort à 25 ans, le 29 septembre 1914 à l’hôpital militaire de Brest, des suites de blessures reçues aux combats de Canny-sur-Matz, le 22 septembre. A la déclaration de guerre, Eugène Chaulin faisait partie de la 12e compagnie du 104e RI, portait le matricule 4796 au corps, le 46 au recrutement à Argentan et était de la classe 1909.

 Madame Keraudren : « Ma grand-mère, âgée de 91 ans, est décédée en 1980. Depuis 1914, elle avait toujours fait fleurir la tombe d’Eugène au cimetière de Saint-Martin-des-Landes en Normandie. Maman a fait de même jusqu’en 1996, et depuis c’est moi, qui chaque année fait déposer des fleurs sur la tombe de ce jeune papa mort pour la France à 25 ans.

 Après le départ de ma mère, j’ai éprouvé le devoir et le désir de faire revivre celui dont on n’avait jamais parlé. De recopier ses notes au crayon, presque effacées. Le souvenir était presque envahissant, en pensant à cet homme disparu que maman n’avait jamais connu. »

 Eugène Chaulin était né le 27 août 1889, fils de Jean Chaulin et de Joséphine Bisson, époux de Mademoiselle Gabrielle Barraud et papa de la petite Jeanine, née le 19 août 1913. Il exerçait la profession d’instituteur.

 Le 104.

 Le 104e régiment d’infanterie est un vieux régiment, créé sous la Royauté, en 1779. Il a pour nom à l’origine « Royal Deux Ponts ». Au cours de la révolution française, il sert à Jemmapes et participe à la victoire contre l’Autriche. Puis il est utilisé au moment des guerres napoléoniennes. Sur son drapeau sont inscrites les batailles suivantes : Gênes en 1800 ; Splügen, la même année ; Mayence en 1814 ; l’Ourcq en 1914 ; Reims et Arnes en 1918.

 Dissous puis récréé en 1854 à partir du 29e régiment d’infanterie légère, ses quartiers sont établis à Paris et à Argentan au début de la Première Guerre mondiale. Son état-major est alors le suivant : colonel Drouot, chef de corps ; lieutenant-colonel Rochefrette en chef de corps adjoint ; capitaine Ruef, major du régiment ; lieutenant Soyeux, en charge des détails ; lieutenant Gacon en charge de l’approvisionnement ; sous-lieutenant Denoux, en charge du service téléphonique ; médecin-major Trassagnac ; lieutenant Gillet, prote drapeau ; chef de musique Vivet ; lieutenant Poigny, commandant la 1e section de mitrailleuses ; lieutenant Thoreau, commandant la 2e section ; lieutenant Guedes, commandant la 2e section. Trois bataillons composent également le 104 : le premier, bataillon d’état-major avec quatre compagnies, sous les ordres du chef de bataillon Forcinal ; le deuxième, sous les ordres du commandant Henry et le 3e sous ceux du commandant Levin, avec quatre compagnies, les 9e, 10e, 11e et 12e , cette dernière étant sous les ordres du capitaine Vinter.

 Eugène Chaulin est dans cette 12e compagnie.

 Au cours de la Première Guerre mondiale, le 104 va participer aux combats en Belgique, à la bataille de la Marne, sur la Somme, le tout en 1914 ; l’année suivante, il est en Champagne, puis à Verdun en 1916. En 1917, il est sur les hauts de la Meuse puis à nouveau sur Verdun ; en 1918, il bataille au mont Kemmel, dans les Flandres, sur la montagne de Reims, dans la Marne et enfin sur Mourmelon-le-Grand (rivière de l’Arnes).

 Au cours de ces cinq années de guerre, le 104e RI va perdre 84 officiers et plus de 2.700 hommes, dont 411 disparus.

 Le 104 est un régiment de la 14e brigade d’infanterie, 7e division d’infanterie (général de Trentinian), 4e corps d’armée (général Boëlle), IIIe armée (général Ruffey – qui sera limogé le 30 août 1914).

 Le général de Trentinian sera révoqué après la bataille d’Ethe, en Belgique, en 1914. Militaire de talent et reconnu pour ses états de guerre, principalement dans les colonies (Tonkin, puis Sénégal, Soudan, Sahel et enfin Madagascar), il publiera un mémoire expliquant les différents combats d’Ethe, dont il est l’un des rares vainqueurs. Plus tard, à la tête des 103 et 104, il sauvera le gain de la bataille de la Marne avec les fameux taxis de la Marne. Le général de Trentinian, dreyfusard (ceci explique peut-être aussi pour partie cela), sera réhabilité par le général Gallieni, qui lui remettra le grade de Grand-croix de la Légion d’honneur, puis par un rapport mais qui ne sera publié qu’en 1923 (par le commandant Grasset – Rapport sur la Bataille d’Ethe).

  

Sources :

 - Renseignements et archives familiales de Monsieur le colonel Pierre Keraudren et Madame.

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Site internet www.chtimiste.com sur l’historique des régiments.

- Site Internet : www.sambre-marne-yser.be

- Journal de Marche du 104e RI.

Le général Edgard de Trentinian (© Mr J de Trentinian et www.sambre-marne-yser.be )

Le général Edgard de Trentinian (© Mr J de Trentinian et www.sambre-marne-yser.be )

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Publié le 12 Octobre 2014

 

Macedoine Skopje 1

 

Cimetière militaire français de Skopje (Uskub).

  

1 – La guerre en Orient.

 

Ouvrir un second front.

Qui se souvient que des soldats français ont fait la Première Guerre mondiale dans les Balkans, et que celle-ci a d’ailleurs duré jusqu’en 1919 ?

 A la fin de l’année 1914, la situation semble inextricable. Après les offensives et les longs mouvements de conquête et de retraite de l’automne, les Alliés, comme les armées des Empires centraux, se sont enterrés dans des tranchées. Au cours de cette première année de guerre les pertes sont déjà phénoménales. L’Autriche a vu mourir plus de 500.000 de ses soldats.

 Winston Churchill, alors Premier lord de l’Amirauté (ministre de la Marine britannique), défend l’idée de l’ouverture d’un second front en Europe, et du côté des Balkans. Dans un triple objectif : ravitailler l’Armée russe via la mer Noire ; contourner les Empires centraux ; occuper Constantinople, capitale d’un Empire ottoman, considéré comme le « grand malade » du continent et par ailleurs allié de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie.

 

Gallipoli.

 Une expédition maritime est proposée et envoyée. Sans grand succès. La présence de mines, de côtes fortifiées (donc difficiles à bombarder) et de nombreux sous-marins allemands ne facilitant pas les manœuvres ! Une nouvelle expédition est menée. Elle est terrestre et consiste en l’envoi d’un premier contingent de 75.000 soldats anglo-français (auxquels il convient d’ajouter des unités australiennes et néo-zélandaises) sur la presqu’île de Gallipoli, à l’entrée du détroit des Dardanelles. C’est une catastrophe : les soldats sont littéralement hachés par l’artillerie ottomane, sous le commandement du général allemand Liman von Sanders. Un second débarquement se déroule quelques semaines plus tard pour renforcer un dispositif déjà à bout de forces. Il ne fait qu’ajouter des morts. Les anglo-français doivent abandonner les lieux. Leur chef, le général Gouraud, vient de quitter le front, amputé du bras droit. Les Alliés réussissent néanmoins à sauver environ 100.000 hommes et les faire débarquer à Salonique, en Grèce, pays alors neutre, quoique soupçonné de docilité vis-à-vis de l’Autriche.

 Là, les soldats n’ont pas le temps de se refaire une santé. Le corps expéditionnaire devient l’Armée d’Orient et tente de faire la jonction avec les restes de l’Armée serbe qui vient de traverser la Macédoine, du nord au sud. La Serbie connait au début de la guerre quelques victoires, avec notamment la reprise de la ville de Belgrade, mais les défaites s’accumulent par la suite. De plus, la Bulgarie entre dans le conflit aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. L’expédition française pour porter secours aux troupes serbes s’avère vite être un échec et le retour vers Salonique se déroule à la fois dans des conditions climatiques détestables et sous le feu des armées des Empires centraux, qui multiplient les combats avec les unités de l’arrière-garde alliée.

 

 Le camp de Salonique.

 Salonique devient alors un immense camp militaire retranché, sous la menace permanente des armées allemandes, austro-hongroises et bulgares. L’Armée grecque s’est interposée entre les deux et tente d’éviter le pire. Au sommet de l’Etat grec les dissensions entre le Premier ministre, Vénizelos, partisan de la Triple-Entente (France, Russie, Empire britannique) et le roi Constantin 1er, pro Empires centraux, sont plus vives que jamais. Et les soldats alliés enfermés ne peuvent qu’attendre les ordres. Pour combattre la dysenterie, la malaria, le paludisme, la malnutrition et le scorbut, ils collaborent à l’assèchement des marais et se mettent à cultiver la terre. Une partie du camp se transforme en un immense potager. D’où la réplique, sarcastique, de Georges Clemenceau : « les jardiniers de Salonique ».

 De leurs côtés, les états-majors s’affèrent pour mettre en place des unités dignes de ce nom. Le général français Maurice Sarrail tente un équilibre : ne pas déplaire aux Grecs, qui sont toujours neutres, faire attention aux espions allemands, bulgares ; faire régner l’ordre entre les troupes françaises, serbes, anglaises, australiennes, néo-zélandaises, italiennes, sans oublier les contingents indiens et africains.

 En 1916, sollicitée des deux côtés, la Roumanie entre en guerre finalement en se rapprochant des Alliés. Dans le même temps, le général Sarrail voit les Grecs dégarnir les postes qui sont sensés protéger les Alliés. Il décide de sorties : les Serbes attaquent les premiers et reprennent aux Bulgares les monts menaçant la plaine de Salonique. De leur côté, les Français entrent en Macédoine et fixent les troupes germano-bulgares. L’aide des Roumains est de courte durée : à la fin de l’année 1916, le pays est entièrement envahi par les puissances centrales. Tout au long de l’année suivante, quelques combats sporadiques opposent les deux camps.

 

L’offensive victorieuse de 1918.

 Il faut attendre 1918 pour que l’offensive majeure se déroule. Au cours de 1917, le général Adolphe Guillaumat s’est ingénié à remonter le moral des troupes, à les entretenir et surtout à les soigner. Les épidémies sont enfin endiguées. Le général contribue aussi fortement à l’implantation d’un état-major interallié, suffisamment solide et intelligent pour ne froisser aucun des pays contributeurs, tout en permettant des décisions rapides et efficaces. De plus, les Grecs finissent par s’engager dans le conflit aux côtés des Alliés. Le camp de Salonique n’est plus retranché ! Le temps de la reconquête est arrivé.

 En juin 1918, rappelé à Paris par le nouveau Président du Conseil, Georges Clemenceau, le général Guillaumat est remplacé par le général Louis Franchet d’Espérey, qui peut enfin mettre en œuvre la globalité du plan élaboré par son prédécesseur. Le 15 septembre 1918, avec l’accord des gouvernements anglais et italiens, Franchet d’Espérey lance les armées alliées à la reconquête des Balkans. A l’est, les soldats anglais et grecs attaquent en direction de la Bulgarie (vallée du Vardar). Au centre, les Français et les Serbes, progressent rapidement et s’emparent de l’ensemble de leurs objectifs. L’un des épisodes les plus fameux de cette offensive reste la dernière charge de cavalerie de l’Armée française : sous le commandement du général Jouinot-Gambetta, la brigade à cheval des chasseurs d’Afrique réussit un raid de plus de 70 km à travers les montagnes, à plus de 2.000 mètres d’altitude. Le 29 septembre, les cavaliers prennent par surprise Usküb, la capitale de la Macédoine. Le soir même, les Bulgares sont acculés à signer un armistice.

 Pendant ce temps, Franchet d’Espérey continue sa marche en avant et se dirige maintenant vers Bucarest, capitale de la Roumanie. Mais l’objectif est bien l’entrée en Autriche-Hongrie. L’armistice général du 11 novembre 1918 met un terme à la reconquête des Alliés, qui se retrouvent à ce moment-là bien plus proches des Empires centraux que leurs homologues de l’ouest.

  

2 – Les cimetières militaires de Macédoine.

 

La Macédoine, indépendante depuis 1991 avec l’éclatement de la fédération yougoslave, a sur son sol deux cimetières militaires français principaux (il existe çà et là, dans des villages, des monuments à la mémoire de soldats français tombés en ces lieux).

 

Le cimetière militaire de Skopje (Uskub).

 Skopje est la capitale de la République de Macédoine. 700.000 personnes y habitent, c’est-à-dire environ un tiers de la population totale de ce pays de 25.713 km². Au cœur de la vallée du Vardar, qui se jette dans la mer Egée, Skopje est située à mi-chemin entre Athènes et Belgrade. 

 Il y a quelques années, une mission du Sénat français s’est déplacée en République de Macédoine afin de contrôler l’état du cimetière de Skopje et de Bitola. Sur Skopje, il était ainsi remarqué : « Le cimetière est installé sur un coteau. Il est arboré et parseméde rosiers et de buis entre les tombes. Le monument aux morts, édifié sur la hauteur, domine vers l'autre versant le fleuve Vardar qui arrose la capitale. Un obélisque, à la mémoire des inconnus morts pour la France, y est érigé sur l'un des deux ossuaires. Le petit musée, contenant des souvenirs du front d'Orient et des commémorations et visites à la nécropole, a été restauré par les militaires. Dans son ensemble la nécropole est bien entretenue ». 

 Chaque année, au 11 novembre, des cérémonies sont organisées par l’Ambassade de France. Le cimetière militaire de Skopje contient les restes de 960 officiers, sous-officiers et soldats de l’Armée d’Orient, ainsi que deux ossuaires, regroupant chacun environ 5.000 corps.

 

 

Le cimetière militaire de Bitola (Monastir).

 

Bitola est une ville du sud-ouest de la Macédoine, à environ 15 kilomètres de la frontière grecque. Peuplée de plus de 100.000 personnes, Bitola est un important centre administratif, industriel et commercial. Deuxième ville du pays derrière Skopje, Bitola est connue pour son université. Située dans la plaine de Pélagonie, Bitola est sur la route qui mène de la mer Egée au cœur de l’Europe centrale.

 Le cimetière militaire français de Bitola regroupe les restes de 6.262 corps et deux ossuaires contenant 5.000 corps chacun. Un vaste monument est situé au centre du cimetière, sur lequel est inscrit : « A la gloire de l’Armée d’Orient ». Des soldats, sous-officiers et officiers des unités suivantes se trouvent parmi les sépultures : 17e division d’infanterie coloniale (DIC) avec la 33e brigade d’infanterie coloniale (BIC), et les régiments d’infanterie coloniale 54e et 56e RIC ; la 21e BIC avec le 35e et le 44e RIC.

 Extrait du rapport de la mission du Sénat français : « Le déplacement au cimetière de Bitola (ex Monastir), le deuxième jour, s'est effectué en compagnie de MM. Fabrice Duda et Pierre Rannou. La nécropole est située à trois kilomètres à l'Est de la ville, à proximité des cimetières yougoslaves et anglais. Quatre employés saisonniers l'assistent pour l'entretien de cette vaste nécropole qui contient les tombes de 6.262 corps et deux ossuaires de 5.000 corps chacun.

Les militaires de la KFOR ont effectué des travaux de renforcement des fondations du monument-ossuaire. En effet, le socle en pierre s'était affaissé au fil des années et cette situation mettait en péril l'ensemble de l'édifice.

Une pièce musée est aménagée là aussi dans la maison du gardien. Enfin, si des cérémonies commémoratives se déroulent tous les 11 novembre dans les deux cimetières de Skopje et de Bitola, les cimetières militaires français et allemand de Bitola ont vu se dérouler le 26 novembre 2006 la première cérémonie commune depuis la fin de la première guerre mondiale. Le président de l'Assemblée et deux ministres de Macédoine, une représentation de l'Union européenne, les ambassadeurs d'Allemagne et de France, ainsi que les représentants militaires d'autres ambassades présents ont ainsi ouvert une voie nouvelle vers la mémoire partagée et la paix en Europe ». 

 

Retrouvez les photographies relatives aux cimetières militaires français en Macédoine dans l’album intitulé « Carrés Militaires Monde ».

 

 

 Macedoine Bitola 3

 Cimetière militaire de Bitola (Monastir).

 

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Pierre Miquel : Les poilus d’Orient, Fayard, 1998 ; La poudrière d’Orient, Fayard 2004 ; Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002 ; Les Enfants de la Patrie, Fayard, 2002.

- Pierre Gosa : Franchet d’Espérey, Nouvelles Editions Latines, 1999.

- Jacques Ancel : Les travaux et les jours de l’Armée d’Orient, Paris, 1921.

- Site internet www.chtimiste.com sur l’historique des régiments.

- Journal de Marche du 1er Régiment de Marche d’Afrique

- Journal de Marche du Corps Expéditionnaire d’Orient

- Documents de l’ambassade de France en république de Macédoine

- Rapport de la mission du Sénat de la République française.

 

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Publié le 2 Octobre 2014

 

 

L’adjudant-chef Dejvid Nikolic du 1er régiment étranger de génie (1er REG) de Laudun (Gard), est mort pour la France le 14 juillet 2014, suite à l’attaque de son véhicule blindé par un véhicule suicide, au Mali.

 

Né le 16 mai 1969, de nationalité yougoslave, il a servi la France durant plus de 25 ans. Il s’est engagé au titre de la Légion étrangère en 1988 à l’âge de 19 ans. A l’issue de son instruction, au 2e régiment étranger d’infanterie (2e REI), stationné à Nîmes, il suit, en 1991, la formation générale élémentaire (FGE) où il obtient d’excellents résultats et se révèle un jeune gradé d’encadrement de grande valeur. En 1994, il est affecté au 1er régiment étranger (1er RE) d’Aubagne où il est promu au grade de caporal-chef le 1er août 1996, puis sergent le 1er septembre 1996. En 1998, il rejoint le 1er régiment étranger de génie (1er REG) à Laudun-l’Ardoise, régiment qu’il ne quittera plus. Il se révèle être un chef de groupe et un sous-officier adjoint humble et efficace. Son exemplarité et ses qualités en font un modèle à suivre et son excellente manière de servir lui permet de gravir rapidement les échelons : il est promu sergent-chef en 2000 puis adjudant en 2004. A l’issue de son temps de chef de section, il est affecté au groupe d’intervention NEDEX (neutralisation – enlèvement – destruction – des explosifs) qu’il rejoint en 2005. Il est promu adjudant-chef en 2009.

 

Sous-officier expérimenté, il avait effectué plusieurs missions extérieures : au Tchad en 2000, à Djibouti en 2002 et 2008, en Nouvelle-Calédonie en 2009, en Afghanistan (2005-2006-2010) en ex-Yougoslavie (2007), au Liban (2012-2013). Il était projeté au Mali depuis le 23 avril en qualité de chef de groupe EOD. L’adjudant-chef Nikolic était titulaire de la médaille d’or de la défense nationale et de la médaille outre-mer agrafes Liban, Afghanistan et Tchad. Promu au grade de Major à titre posthume, le chef d’état-major de l’armée de terre, le général d’armée Bertrand Ract Madoux, lui a rendu les honneurs militaires lors d’une cérémonie intime aux Invalides. Ses frères d’arme et le ministre de la Défense lui ont rendu hommage au 1er REG avant de l’inhumer au carré de la Légion étrangère du cimetière du Coudoulet. Il était chargé de famille.

 

 

 

(Extrait de Terre Info Magazine – N° 257 Septembre 2014).

 

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Publié le 3 Septembre 2014

 

2014-08-31, Issy

 

Discours de Paul Subrini, vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine, 1er maire-adjoint d’Issy-les-Moulineaux.

 

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

 C'était il n'y a pas si longtemps, 70 ans. Nous déambulons aujourd'hui innocemment sans craindre de croiser, au détour d'une rue, une milice menaçante, d'être arrêté arbitrairement, d'être pris au milieu de tirs désordonnés. Nous nous promenons le soir sans guetter l'heure du couvre-feu, et le jour nous ne patientons pas avec angoisse dans d'interminables files d'attente, espérant obtenir quelques denrées avec nos tickets de rationnement.

 Cette époque est révolue, et nous souhaitons qu'elle ne revienne jamais. Mais il n'y a pas si longtemps, 70 ans, à peine la durée d'une vie humaine, voilà quel était le quotidien des Français, des Isséennes et des Isséens. En profitant spontanément de la plénitude de notre liberté, nous en viendrions presque à oublier qu'elle est fragile, qu'elle se perd aussi bien qu'elle se gagne.

 Souvenons-nous qu'à partir de 1940 et durant quatre années, l'Occupation nazie a instauré le règne de la peur et de la tyrannie. Chaque jour, les agents de ce régime infâme - soldats, miliciens, forces collaborationnistes remplissaient leur tâche avec une méticulosité diabolique : arrestations, tortures, exécutions sommaires, spoliations, déportations, et même, à l'insu de tous, l'extermination massive de millions d'hommes et de femmes.

 Tant bien que mal, la population faisait son possible pour continuer à vivre dans ce climat de terreur générale, attendant des jours meilleurs, priant pour une aide qui tardait à venir. Bien sûr, des citoyens courageux se sont engagés dans la Résistance et ont créé des réseaux efficaces pour harceler et déstabiliser l'ennemi. Sans produire d'actions décisives, ils permettaient néanmoins d'entretenir la flamme d'une certaine France, celle qui ne se résignait pas, celle qui ne voulait pas abdiquer et mourir.

 À Issy-les-Moulineaux, vous le savez Mesdames et Messieurs, deux groupes de résistance se sont organisés à partir de 1942 : le Mouvement de Libération Nationale, qui avait fixé son quartier général clandestin au cœur même de la Mairie ; et le groupe Francs-Tireurs et Partisans Boisredon, localisé à l'Hôpital Corentin-Celton.

 Faisant honneur à leur patrie, déterminés à préserver avec leurs faibles moyens ses idéaux humanistes, ces Résistants ont agi dans l'ombre et sous la menace permanente de représailles, attendant l'élan libérateur qui devait venir d'au-delà des mers. Et il est venu, enfin, ce souffle de renouveau et d'espoir, grâce au général de Gaulle et aux unités coloniales restées fidèles à la République, grâce à l'Angleterre martyrisée et grâce aux États-Unis d'Amérique, déterminés à mobiliser leur puissance pour faire barrage aux ténèbres du nazisme. À partir de juin 1944, les forces alliées déferlent sur nos côtes, de Normandie puis, quelques semaines plus tard, de Provence. Faisant cause commune avec les populations opprimées, se mettant au service de la démocratie et de la liberté, ces soldats libèrent un à un chaque village, chaque quartier, chaque maison.

 Cette année, nous commémorons le 70ème anniversaire de cette Libération et c'est le cœur empli de gratitude et d'émotion que nous rendons une fois encore hommage à ces héros. Nous ravivons dans nos mémoires les épisodes de ce moment historique important. Dans les jours qui suivent le débarquement, la panique gagne les forces d'Occupation, les troupes refluent vers I'Est.  Le bruit arrive bientôt à Paris que la délivrance est proche, l'espoir renaît, la fièvre saisit la population. Gendarmes, fonctionnaires, ouvriers, s'insurgent, la grève générale est déclarée le 18 août ! À partir du 19 août, I ‘hôtel de Ville d'Issy-les-Moulineaux est officiellement occupé par la Résistance, elle qui y avait déjà installé son quartier général clandestin depuis longtemps.

 Des barricades s'élèvent les jours suivants, rue Renan, rue Chénier, boulevard Rodin...pour contrecarrer la retraite des troupes nazies. Le 23 août, en fin de journée, les premiers éléments de la 2e Division blindée du général Leclerc pénètrent sur le territoire de la ville, la liberté est recouvrée. Il faudra attendre encore plusieurs mois avant que les combats ne cessent, que l'Allemagne nazie et tous ses partenaires belliqueux ne capitulent sans conditions. Encore beaucoup de morts, beaucoup de souffrance, mais lors de cet été 44, Paris et sa banlieue revivent. C'est ce retour de la liberté que nous célébrons aujourd'hui, cette liberté qui ne doit plus jamais disparaître, que nous savourons chaque jour, sans oublier à qui nous la devons.

 II ne tient qu'à nous de la sauvegarder, d'être dignes des sacrifices endurés par les Libérateurs, de veiller à ce que le règne de la haine et de la peur ne connaisse pas de gloire nouvelle. 70 ans, cela semble beaucoup à l'échelle de nos vies fragiles, mais c'est une fraction de seconde dans l'histoire d'un peuple.

 Au nom de la Ville d'Issy-les-Moulineaux, je remercie toutes celles et tous ceux, soldats, résistants et simples citoyens, qui participèrent à notre libération. Nous n'oublions pas leur sacrifice et leur engagement.

 

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Publié le 27 Août 2014

 

Chapelle That Khe 3

La Chapelle de That Khê… aujourd’hui.

 

En décembre 2013, le Comité du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux avait publié l’article du colonel Jean-Luc Martin sur la difficulté du Devoir de Mémoire sur les lieux où se déroula la bataille de la RC4. Il attirait également notre attention sur l’état actuel de la Chapelle de That Khé, où furent déposés les corps de nombreux de nos compatriotes, morts au cours de ces jours sanglants pour notre armée.

 Cet article avait été auparavant publié sur le site du Souvenir Français d’Asie, dirigé remarquablement par Monsieur Claude R. Jaeck, ainsi que sur le site de l’association ANAPI.

 L’association Vietnam Espérance, sous la direction de Thierry Servot-Viguier cherche des financements pour restaurer ce lieu. Vous pouvez contacter l’association dont les coordonnées sont les suivantes :

 

  • Vietnam Espérance – 19, rue Jeanne d’Arc 69000 LYON
  • Email : vietnam-esperance@neuf.fr
  • Thierry Servot-Viguier – 2 bât B Chemin Vert 69160 TASSIN LA DEMI-LUNE
  • Chèque à l’ordre l’association.

 

Extrait de l’article du Colonel (er) Jean Luc Martin :

 « Force est donc de constater que le seul témoin encore visible de cette période sombre est la chapelle de That Khê qui elle, en revanche, a su résister au passage du temps… mais aussi à l’action des hommes comme l’attestent les multiples impacts qui constellent les murs extérieurs de cet édifice, stigmates de la guerre sino-vietnamienne de 1979… Me gardant bien de refaire l’historique du drame de la RC 4 que chacun d’entre nous connaît, je souhaiterais quand même rappeler qu’à l’issue du repli français avorté de Cao Bang, marqué par l’anéantissement des colonnes Lepage et Charton, nombre de nos soldats blessés ont été provisoirement hébergés en ce lieu, transformé pour la circonstance en infirmerie de fortune… avant de partir pour l’oubli derrière le rideau de bambou… Que l’on ait ou pas l’âme religieuse, il n’en demeure pas moins que pénétrer dans ce bâtiment revient à faire un saut dans le passé car tout ou presque y est resté dans l’état d’autrefois… Que ce soient l’autel, les bancs des fidèles, les gravures aux murs… tout ou presque est d’époque… un peu comme si le temps s’était arrêté en ce lieu où beaucoup de nos soldats se sont éteints ou ont agonisé en attendant une hypothétique évacuation aérienne vers Hanoï…

 Compte tenu de l’impossibilité d’élever un monument à la mémoire de tous ceux, comme l’a écrit le docteur Serge Desbois , « dont la vie s’est arrêtée, un jour de l’automne 1950, sur les bords de la Route coloniale n° 4 », pourquoi ne pas saisir dans ces conditions l’opportunité de réhabiliter cette chapelle, véritable « cheval de Troie » du devoir de mémoire… Un projet de réhabilitation existe actuellement, relayé notamment par monsieur Thierry Servot-Viguier que l’on peut consulter sur internet ».

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine

Publié le 21 Août 2014

70e anniversaire de la Libération de la ville.

Le Comité du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux participera aux cérémonies communales destinées à célébrer l’anniversaire de la Libération de la ville, le dimanche 31 août 2014 :

 – 9h15 : rassemblement sur le parc de stationnement du CNET et départ en car.

 – 9h30 : place « Groupe Manouchian » - Dépôt de gerbes au buste éponyme.

 – 9h45 : parc de la Résistance ZAC Sainte-Lucie – Dépôt de gerbes à la stèle commémorative.

 – 10h05 : angle pont Jean Moulin / avenue Jean Monnet – Dépôt de gerbes au buste de Jean Moulin, premier Président du Conseil National de la Résistance.

 – 10h25 : place du 8 mai 1945 – Dépôt de gerbes au buste du général de Gaulle, chef de la France libre.

 – 10h40 : square Bonaventure Leca – Dépôt de gerbes au buste du général Leclerc.

 – 10h45 : square Bonaventure Leca – Fleurissement du monument aux morts – Allocutions de Monsieur Jean Quillard, président départemental des ACV et de Monsieur André Santini, ancien ministre, député-maire.

 – 11h15 : vin d’honneur dans le salon Elysée de l’Hôtel de Ville.

 

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Publié le 8 Juillet 2014

  Epaves

 

(Montage photos – Copyright : Jean de Saint-Victor de Saint-Blancard)

 

Un voyage cela peut commencer par la lecture d’un roman britannique « Le treizième conte » publié en 2006 de Diane Setterfield dont voici un extrait : « La surface de mon esprit était parfaitement calme. Mais sous la surface une houle montait des profondeurs, un courant sous-marin qui agitait les eaux. Pendant des années une épave avait reposé dans les grands fonds. Un vaisseau chargé d’une cargaison d’ossements. Mais maintenant, il bougeait. Je l’avais dérangé, j’avais provoqué une turbulence qui faisait monter des nuages de sable du fond de la mer. Les grains tourbillonnaient follement dans l’eau sombre et troublées. »

 Lectrices, lecteurs savez-vous qu’après une « fortune de mer », une nouvelle vie peut commencer pour une épave ? Plus ou moins rapidement selon les conditions du milieu marin, une faune, une flore vont apparaître, se densifier sur le site du naufrage. Crustacés qui prennent le dessus sur la pollution, abondance du zooplancton, lentement les coraux, la flore, sont observés. Les poissons peuvent croître à l’abri de prédateurs en trouvant des lieux propices au brassage de flux et de reflux pour des pontes.

 Un nouveau cycle, un nouveau spot de plongée dont la réputation reste dépendante de notre émotion par rapport à l’histoire parfois tragique du naufrage et au développement observé  de la nouvelle vie… Belle victoire sur la mort...

 Au-delà des charmes du berceau pharaonique de notre civilisation nos regards se fixeront sur les ocres du désert qui se mélangent près des côtes  aux bleus de la mer rouge. Que l’Egypte est belle avec des milliers de secrets, de trésors, magnifique cadeau offert aux regards de celles et ceux qui aiment photographier sur terre comme sous l’eau.

 Oui la mer rouge continue de nous  attirer comme un aimant.

 J’ai décidé de vous faire tremper vos palmes et votre imaginaire  avec un partage de mes images sur deux épaves célèbres en mer rouge dans le golfe de Gubal en Egypte à quelques heures de navigation d’Hurghada mais proches l’une de l’autre.

 Allez n’ayez pas peur de plonger sur une première épave : « Le Thistlegorm ». Un cargo anglais battant pavillon de sa très gracieuse Majesté de 128 mètres de long et de 17,5 mètres de large chargé de matériel militaire destiné aux troupes britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale qui remontait la mer rouge. Hélas dans la nuit du 6 octobre 1941 il se trouvait en position d’attente d’une autorisation d’emprunter le canal de Suez. Il fut bombardé au mouillage par des avions allemands Heinkel 111. Deux bombes atteignirent la quatrième cale causant son explosion et le navire anglais sombra en moins de trente minutes entraînant dans la mort neuf membres de l’équipage. En 1956, l’équipe Cousteau naviguant sur la Calypso parvint à retrouver l’épave et à remonter la cloche du « Thistlegorm» en laissant en l’état sa cargaison militaire. Caisses de munitions, obus, fusils, bottes, motos BSA, jeeps, camions, équipements radio, wagons, locomotive…

 Un inventaire à la Prévert de matériel militaire qui semble  impossible à dresser…

 Depuis 1993 l’épave redécouverte est devenue un spot de plongée incontournable réservé aux plongeurs(ses) confirmé(e)s « autonomes » dans l’espace lointain attentifs aux conditions de plongée qui peuvent être rendues délicates par de forts  courants… Il appartient aux nombreux visiteurs de cet étrange musée sous-marin de regarder sans toucher ( !) des objets engloutis à jamais en visitant prudemment les deux niveaux de cales et le pont sans se tromper de mouillage pour remonter et effectuer les paliers de décompression.

 « La Rosalie Moler »

 La même nuit les aviateurs allemands aperçurent un autre cargo anglais au mouillage. Les bombardiers Heinkel 111 revinrent dans le chenal au nord de l’île de Tawilla à l’ouest de la Grande Gubal et purent couler la « Rosalie Moler » cargo de 108 mètres de long, construit en 1910 à Glasgow chargé de 4680 tonnes du meilleur charbon visant à ravitailler la marine royale britannique. La « Rosalie Moler » devait rejoindre  Alexandrie mais le cargo a été bombardé  au mouillage exactement comme le « Thistlegorm ». La grande dame est accessible en plongée pours  être visitée entre 35 mètres (pont) et 50 mètres (quille).

 Les poissons sont abondants autour des  superstructures bien conservées.

 Compte tenu de la profondeur, de la visibilité qui peut être réduite, de courants violents…les plongeurs(ses) expérimenté(e)s doivent rester  très attentifs aux conditions météo. Les épaves nourrissent l’inspiration des photographes, elles alimentent plus d’un rêve d’un(e) plongeur(se) qui mène à la réalité. Merci à mon épouse Marie de m’avoir à nouveau accompagné sous l’eau en mai 2014 pour explorer ces deux très belles épaves en mer rouge.

 

Jean de Saint-Victor de Saint-Blancard

 

Davantage d’images en surfant sur www.subphotos.com

Cliquez sur « Galeries » puis sur « Mer Rouge »

 

Pour organiser votre voyage  « sur-mesure » : Atlantides Plongée

www.atlantides-plongee.com

Sur place : Centre de plongée Alyses Plongée à Hurghada en Egypte.

www.alysesplongee.com

 

A lire à bord au lever ou avant une plongée de nuit…

Sonnet de Charles Baudelaire – « Les Epaves » (1866) - « Le Coucher de soleil romantique » (Extrait) :

 

Que le soleil est beau quand tout frais il se livre.

Comme une explosion nous lançant  son bonjour !

Bienheureux celui-là qui peut avec amour

Saluer son coucher plus glorieux qu’un rêve !

 

 

 

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Publié le 23 Mai 2014

 

Geneviève Lebrell - 1

 

Les obsèques de Geneviève Lebrell, en l’église Saint-Etienne d’Issy-les-Moulineaux, le 15 mai 2014 (cliché alain Bétry)

 

 Geneviève Lebrell s’est éteinte en ce mois de mai 2014. En l’église Saint-Etienne, le 15 mai, seuls les dix premiers rangs étaient occupés, les orgues et l’Ave-Maria de Charles Gounod lui ont rendu hommage. Son cercueil était recouvert du drapeau tricolore.

 En 1943, elle a 23 ans quand elle entre en résistance. Sous le pseudo « Hulotte », et en tant qu’agent P 1, Geneviève accomplit de nombreuses missions et participe à des émissions et des liaisons radio au Réseau Alliance. C’est dans le cadre de cette activité, que son émetteur est localisé par les Allemands ; en juillet 1944, elle est arrêtée par la Gestapo. Incarcérée à Fresnes, elle est déportée au camp de concentration de Ravensbrück. La chance fait que le 8 mai 1945, elle est libérée par les Alliés.

 Alliance fut l’un des réseaux les plus actifs de renseignement de la Résistance dépendant de l’Intelligence Service britannique (IS 1) sur le territoire français. Pour faciliter les communications, la plupart des pseudonymes étaient des noms d’animaux. Marie-Madeleine Fourcade, une Résistante célèbre, « Hérisson » était chef de réseau. Alliance compte 438 morts et 1 000 arrestations, dans ses rangs. Le plus important réseau fut le réseau de La Confrérie Notre-Dame, créé en 1940 par Rémy, haute personnalité de la France libre, mouvement du général de Gaulle.

 En 1996, Geneviève Lebrell avait été élevée au grade de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur.

 

 

 Geneviève Lebrell-2

  Geneviève Lebrell, alias « Hulotte ».

  Alain Bétry

 (www.historim.fr)

 

 

 

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Publié le 4 Mai 2014

 

 Fréjus 2014 040

  Le mémorial de Fréjus.

 Le mémorial.

 

En 1986, la ville de Fréjus se propose d'accueillir le « Mémorial des guerres en Indochine » sur le site de l'ancien camp militaire Gallieni, où avaient notamment séjourné des tirailleurs indochinois pendant la Grande guerre (au sein du Centre de Transit des Troupes Indigènes Coloniales), et où figurait déjà un premier monument commémoratif des guerres d'Indochine élevé en 1983.

 Après acceptation, le mémorial est inauguré le 16 février 1993 par Monsieur François Mitterrand, président de la République française. Œuvre de l'architecte Bernard Desmoulin, implanté sur un terrain de 23.403 m2, le mémorial comprend tout d’abord un premier monument, placé sur une esplanade, qui permet les prises d’armes et les commémorations. En contrebas, s'inscrivant dans une circulation périphérique de 110 m de diamètre, le mémorial, en forme de cercle, reprend le thème du périple et symbolise à la fois l'enceinte militaire héritière du cercle spirituel des tribus.

 Des rangs d’alvéoles ont reçu les ossements des 17.188 militaires identifiés et rapatriés depuis le Vietnam entre les mois d'octobre 1986 et d'octobre 1987. S’y ajoutent 62 corps de militaires provenant de la nécropole de la ville de Lyunes où ils avaient été inhumés antérieurement à 1975. Les corps reposant dans la nécropole de Fréjus sont ceux de militaires « Morts pour la France » décédés soit entre 1940 et 1945, soit, majoritairement, entre 1946 et 1954.

 Par ailleurs, dans la crypte du mémorial, les restes mortels des 3.152 victimes inconnues reposent dans un ossuaire.

 À titre exceptionnel – les cimetières nationaux étant légalement réservés aux seuls militaires « Morts pour la France » en temps de guerre – 3.515 civils, dont 25 non identifiés, ont également été inhumés sur le site, dans un columbarium édifié sous la partie nord-ouest de la circulation périphérique. En outre, un mur du souvenir a été érigé sur lequel sont gravés les noms de près de 34 000 morts des guerres d'Indochine dont les corps ne reposent pas à Fréjus.

 Enfin, un jardin du souvenir permet à celles et ceux qui en font la demande, de recevoir leurs cendres. C’est là que l’urne contenant les cendres du général Bigeard a été placée le 20 novembre 2012.

 Le mémorial est contigu à une pagode bouddhiste, la pagode bouddhique de Hông Hien, qui se trouvait elle-aussi à l’époque au sein du camp Gallieni. Sous l’impulsion du colonel Lame et du capitaine Delayen, sa construction fut décidée en 1917, avec une main d’œuvre fournie par les tirailleurs indochinois présents dans le camp.

 Tombée en désuétude après la Seconde Guerre mondiale, la pagode fut remise à neuf par des réfugiés vietnamiens après 1954. Aujourd’hui encore faisant partie des traditions des troupes de marine, la pagode est l’un des hauts lieux de culte bouddhique en France et en Europe.

 

Le 8 juin.

 

Fréjus 2014 050 

 Giacomo Signoroni (au centre, sans béret) et des camarades légionnaires, tous anciens d’Indochine.

 

Instituée par le décret n° 2005-547 du 26 mai 2005, le 8 juin est une journée d'hommage qui correspond au jour du transfert à la nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette, de la dépouille du Soldat Inconnu d'Indochine, le 8 juin 1980.

 Le 8 juin 2005, pour la première fois, partout en France, fut célébrée la journée nationale d'hommage aux morts pour la France en Indochine. Au cours de la cérémonie officielle célébrée dans la Cour d'Honneur des Invalides, Madame Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, prononça le discours suivant :

 « Il y a 51 ans, les armes se taisaient en Indochine.

 Ce silence clôturait un siècle d'épopée française en Extrême-Orient. Il mettait un terme douloureux à une guerre de huit ans commencée au lendemain de la cruelle occupation japonaise.

 Loin de leurs foyers, sur des terrains inhospitaliers, face à un adversaire insaisissable, valeureux et sans cesse mieux armé, les combattants du corps expéditionnaire français ont lutté inlassablement, avec une foi, une ardeur, un courage et un dévouement qui forcent l'admiration et imposent le respect. Leur sacrifice fut immense. Leur tribut fut celui de la souffrance, du sang, et de la mort. De 1945 à 1954, près de 100 000 soldats de l'Union française sont tombés en Indochine. Plus de 76 000 ont été blessés. 40 000 ont été fait prisonniers. Parmi eux, 30 000 ne sont jamais revenus. L'éclat de leur bravoure, le panache de leur engagement ne rencontreront trop souvent, en métropole, que l'indifférence ou l'hostilité de leurs concitoyens. Tous ces combattants ont lutté, ont souffert, sont morts, avec, sans doute, le sentiment amer de l'abandon, la blessure ultime de l'ingratitude.

 Ne les oublions pas.

 Parachutistes, légionnaires, coloniaux, tirailleurs, métropolitains, gendarmes, marins, aviateurs, médecins et infirmières : ils venaient de France, d'Europe, d'Afrique du Nord ou d'Afrique noire. Leurs frères d'armes vietnamiens se battaient pour leur terre, pour leur liberté, par fidélité. Ils étaient jeunes. Ils sont morts au détour d'une piste, dans la boue d'une rizière, dans un camp de prisonniers.

 Aujourd'hui, pour la première fois, la Nation rend officiellement un hommage solennel à nos combattants d'Indochine.

 La France n'oublie pas.

 À cette occasion, nous nous recueillons devant la dépouille d'un de ces combattants. Il est tombé là-bas, il y a plus de 50 ans, quelque part au bord de la Nam Youn, dans la plaine de Diên Biên Phù, ultime théâtre de ce drame dont la grandeur nous dépasse. À travers lui, c'est à l'ensemble de ses camarades que nous rendons hommage. Que les combats de nos soldats en Indochine puissent rester gravés à jamais dans la mémoire du peuple français. Leurs actions héroïques étaient l'aboutissement d'une certaine conception du monde, dont les principes ont pour nom liberté, justice et démocratie.

 Aujourd'hui, dans ces pays, après de longues années de nouvelles souffrances, la guerre appartient désormais à l'Histoire. De nouvelles pages de paix, de coopération et d'amitié ont été écrites et s'écriront encore. Dans un monde incertain, où la paix n'est jamais acquise, que le souvenir des exploits de nos combattants, que la force des valeurs qu'ils ont illustrées, nous aident à rester debout, en hommes libres, vigilants et déterminés.

 Honneur aux combattants d'Indochine ! ».

 

Commémoration du 26 avril 2014.

 

 

 Fréjus 2014 012

Giacomo et Vincenza Signoroni.

 

Nous pouvons peut-être reprocher au Gouvernement d’avoir modifié la date de la commémoration des combats et des morts en Indochine pour 2014 en raison d’agendas surchargés. Initialement prévue le 8 juin, celle-ci a été avancée au 29 avril, car les célébrations du 70e anniversaire du Débarquement en Normandie (6 juin) se dérouleront sur plusieurs jours. Mais, nous ne pouvons pas reprocher à ce même gouvernement d’avoir occulté les 60 ans de la bataille de Diên Biên Phù et de la fin de la guerre en Indochine.

 Ainsi, le samedi 26 avril 2014, à l’initiative du ministère de la Défense et du secrétariat d’Etat à la Mémoire et aux Anciens combattants, un avion de la République était affrété depuis Paris pour emmener les anciens d’Indochine, et leurs accompagnants, au Mémorial de Fréjus.

 Plusieurs associations avaient donc prévenu leurs adhérents : le Souvenir Français, l’ANAI (Association Nationale des Amis de l’Indochine), l’Union Nationale des Parachutistes, les associations nationales et locales de la Légion étrangère, les associations des anciens de la Coloniale, ceux des Supplétifs indochinois, ceux de Diên Biên Phù…

 Pour le Comité d’Issy-les-Moulineaux du Souvenir, j’eus l’insigne honneur d’accompagner notre héros de l’Indochine, 13 fois cités, l’ancien adjudant-chef de la 13e demi-brigade de la Légion étrangère, Giacomo Signoroni et son épouse Vincenza.

 Des grandes figures des dernières guerres étaient également présentes : Fred Moore, chancelier de l’Ordre de la Libération, le colonel Luciani, le capitaine Bonelli, le lieutenant Gusic, le sergent Heinrich Bauer, le général Chabanne, colonel Boissinot…

 La journée commença par un accueil aux Invalides suivi du transport dans les cars du Ministère de la Défense jusqu’au pavillon d’Honneur de Roissy, où nous attendaient des représentants de l’armée de l’Air et un Airbus A310 de la République française. Décollage pour Hyères-Toulon – avec un déjeuner à bord – puis transport en cars, escortés par les motards de la Police nationale jusqu’à Fréjus. Arriva le secrétaire d’Etat, en charge de la Mémoire et des Anciens combattants, Kader Arif, qui prononça un discours remarquable vis-à-vis des anciens d’Indochine, qui ne furent pas toujours récompensés – c’est le moins qu’on puisse dire – du sang versé pour la République.

 S’en suivit des dépôts de gerbes par les autorités et les associations, aussi bien devant le mémorial, qu’au pied du Mur des Souvenirs ou encore auprès de la stèle où reposent les cendres du général Bigeard.

 Le retour fut chargé d’émotions et de souvenirs racontant des drames, des anecdotes à pleurer de rire, des faits d’armes éclatants, ou déroutants, mais tous emprunts d’une nostalgie et d’un mal indicible qu’on appelle le « mal jaune ».

 Ils sont nombreux, comme Bigeard, à avoir laissé là-bas : « la moitié de leur cœur et une grande part – sinon la plus belle – de leur vie »…

 

Fréjus 2014 072 

 

Un parachutiste devant la stèle du général Bigeard.

 

Retrouvez toutes les photographies (plus de 70 clichés) de cette journée du samedi 26 avril à Fréjus, dans l'album intitulé "2014-04-26, Fréjus".

 

CDT (RC) Frédéric RIGNAULT

 Président du Comité d’Issy

Délégué général adjoint des Hauts-de-Seine

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Indochine