Publié le 11 Mars 2018

A la recherche du cénotaphe d'Ernest Doudart de Lagrée - 2/2.

Après des recherches documentaires infructueuses et renseignements pris auprès des autorités de Dongchuan, qui constitue aujourd’hui l’un des arrondissements de la ville de Kunming, force fut de constater qu’aucune pagode du nom de « Kuang Wang Miao » ou du nom de « Gong Wang Miao » n’existait ni ne semblait avoir existé en ce lieu. Or dans le Voyage d’exploration en Indo-Chine publié sous la direction de Francis Garnier, il n’est question que de Dongchuan, ce qui semblait nous conduire à une impasse. Mais en remontant le temps, on apprend que la circonscription administrative de Dongchuan Fu – ce terme Fu () désignant une « préfecture supérieure » – fut détachée du Sichuan en 1726 pour être rattachée à la province du Yunnan. Elle regroupait alors les territoires des localités de Dongchuan, Huize () et Qiaojia (巧家). Ainsi, lorsqu’il est question de Dongchuan ou Dongchuan Fu dans les citations qui précèdent, cette appellation ne désigne pas uniquement l’actuelle localité de Dongchuan, mais plutôt la préfecture de Dongchuan dans son ensemble ou son chef-lieu. Il en résulte que la localité de Dongchuan, indiquée comme l’une des étapes du trajet suivi par la Commission d’exploration du Mékong sur la carte du Voyage d’Exploration en Indo-Chine publié par Léon Garnier, n’est pas forcément l’actuelle localité de Dongchuan…

Elargissant ainsi le champ de nos recherches à la préfecture historique de Dongchuan aujourd’hui disparue, nous découvrons qu’il existe à Huize une pagode dédiée au dieu de la mine appelée « Gong Wang Miao » (硔王庙), sachant que le caractère d’utilisation rare en chinois peut se prononcer Hong ou Gong et signifie mine ou minerai. De plus, aucune autre pagode appartenant à la corporation des mineurs n’était mentionnée dans les sources que nous avons consultées sur la préfecture de Dongchuan, très renommée par le passé pour ses nombreuses mines de cuivre et pour la fabrication de pièces de monnaies.

Mais ni nos recherches documentaires ni les renseignements pris auprès des autorités locales n’aboutirent à une quelconque trace du passage de Doudart de Lagrée dans ces contrées. Elles nous permirent toutefois d’entrer avec relation avec le président de l’Association de recherche sur l’histoire et la culture de Huize et de ses habitants, M. Bian Boze (卞伯), auteur d’un livre sur l’histoire de Huize dont le titre pourrait se traduire « Voyage culturel à Huize – Charme des vestiges de la ville historique ». Dans cet ouvrage, nous trouvons confirmation qu’il existe bien à Huize une pagode dédiée au dieu de la mine portant le nom de « Gong Wang Miao » (硔王庙). Les habitants du cru préférèrent cette appellation à celle de « Kuang Wang Miao (矿王庙) » pour des questions de superstition, car un autre caractère Kuang (), dont la prononciation est identique à celle du caractère Kuang () signifiant « mine », peut avoir le sens plutôt négatif de « désert, vide » ou bien de « délaisser, négliger, laisser à l’abandon, oisif, négligent » ou bien encore de « loin, distant, éloigné », ce qui pourrait laisser croire à une pagode dédiée au dieu du vide ou de la négligence… Cette pagode était située dans l’enceinte de l’ancien Bureau de fabrication des pièces de monnaies, à l’emplacement duquel se trouve aujourd’hui une usine de fabrication de matériel de soudage.

Fort de toutes ces informations, il ne nous restait plus qu’à nous rendre sur place, ce qui fut fait le 2 octobre 2017. M. Bian Boze nous guida jusqu’à l’usine de l’entreprise de fabrication de matériel de soudure Yunnan Jufeng Electric Welding Machine Co. Ltd., située dans la rue Lingbi (灵壁). Sur la colonne de droite du portail d’entrée figure le nom de l’entreprise. Sur celle de gauche, un panneau de bois délavé indique Baoyun Zhuqian Ju (宝云铸钱局), le Bureau de fabrication des pièces de monnaies. A l’intérieur de l’enceinte de l’usine, à gauche de la porte d’entrée se trouve un bâtiment rénové de la pagode du dieu de la mine, où le culte semble n’être exercé qu’en de rares occasions. L’arbre sacré devant ce temple, la vieille maison qui l’avoisine, les murs de ce temple auraient-ils été témoins du passage de Doudart de Lagrée ? Même si nous n’avons pas trouvé de traces du cénotaphe que ses compagnons de route avaient élevé à sa mémoire, nous quittons les lieux heureux de cette visite à Huize et de cette rencontre avec M. Bian Boze, avec la quasi-certitude du bien-fondé de nos hypothèses.

 

De nouvelles recherches bibliographiques vinrent finalement estomper l’infime doute qui subsistait encore dans notre esprit en nous apportant la preuve que Huize est bien la Dongchuan indiquée par Francis Garnier et ses compagnons comme lieu de décès de Doudart de Lagrée dans le Voyage d’Exploration en Indo-Chine. Dans sa thèse de doctorat intitulée Landscape practices and representations in eighteenth-century Dongchuan Southwest China et soutenue en 2012 à l’université de Leyde aux Pays-Bas, Huang Fei indique clairement, preuves à l’appui, que l’actuelle Huize est bien la Dongchuan historique où il y avait un temple dédié au dieu de la mine, corroborant ainsi nos hypothèses quant au lieu de décès de Doudart de Lagrée.

En conclusion de notre voyage d’exploration littéraire, historique et géographique à la recherche du cénotaphe d’Ernest Doudart de Lagrée, si nous n’en avons plus trouvé de trace écrite après 1908, nous avons localisé à Huize dans la province du Yunnan le temple dans l’enceinte duquel il fut élevé par les membres de la Commission d’exploration du Mékong en 1868. En cette année du 150e anniversaire de sa mort, nous formons le vœu que la mémoire du capitaine de frégate Ernest Doudart de Lagrée puisse un jour être honorée comme il se doit en ces lieux où ce grand explorateur rendit son dernier soupir.

Yvon Velot

 

Sources

  • GARNIER, Francis (1873). Voyage d’exploration en Indo-Chine effectué pendant les années 1866, 1867 et 1868 par une commission française dirigée par le capitaine de frégate Doudart de Lagrée et publié par les ordres du Ministère de la Marine sous la direction de M. le lieutenant de vaisseau Francis Garnier, Paris, Librairie Hachette et Cie (deux tomes et deux atlas).
  • GARNIER, Léon (1885). Voyage d’exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de Lagrée, Paris, Librairie Hachette et Cie.
  • DE CARNE, Louis (1872). Voyage en Indo-Chine et dans l’Empire chinois, Paris, E. Dentu, Editeur.
  • VIAL, Paulin (non mentionné comme auteur) (1892). Doudart de Lagrée : Opuscule sur sa vie et ses œuvres par le secrétaire du Comité dauphinois pour l’érection de sa statue, Grenoble, Imprimerie Breynat & Cie.
  • Chambre de Commerce de Lyon (1892). La mission lyonnaise d’exploration commerciale en Chine 1895-1897, Lyon, A. Rey et Cie, Imprimeurs-Editeurs.
  • Chambre de Commerce de Lyon (1892). La mission lyonnaise d’exploration commerciale en Chine 1895-1897, Lyon, A. Rey et Cie, Imprimeurs-Editeurs, p. 72-73.
  • BIAN Boze (卞伯), 2014. Huize Wenhua Zhi Lü – Gucheng Yiyun 泽文化之旅——古城遗韵, Kunming, Yunnan University Press.
  • Association Ricci du grand dictionnaire français de la langue chinoise, 2014. Dictionnaire Ricci chinois-français, Beijing, The Commercial Press.
  • Yunnan Jufeng Electric Welding Machine Co. Ltd : 云南炬锋电焊机有限公司, Yunnan Jufeng Dianhanji Youxian Gongsi en pinyin.
  • HUANG, Fei, 2012. Landscape practices and representations in eighteenth-century Dongchuan Southwest China, Leiden, Leiden University (thèse de doctorat).

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 11 Mars 2018

A la recherche du cénotaphe d'Ernest Doudart de Lagrée - 1/2.

Cet article a été écrit par Yvon Velot, membre du Souvenir Français de Chine, présidé par notre ami le Délégué général Claude R. Jaeck.

 

Une exploration.

Le 12 mars 1868, le capitaine de frégate Ernest Doudart de Lagrée, chef de la Commission d’exploration du Mékong, mourait d’épuisement et de maladie dans la province du Yunnan au sud-ouest de la Chine. A l’approche du 150e anniversaire de son décès, une nouvelle mission d’exploration s’imposait, celle de retrouver le lieu où ce grand explorateur rendit son dernier soupir et où fut élevé un cénotaphe à sa mémoire par ses compagnons d’infortune.

Cette nouvelle mission d’exploration est avant tout littéraire. Elle commence avec le livre Voyage d’exploration en Indo-Chine effectué pendant les années 1866, 1867 et 1868 par une commission française dirigée par le capitaine de frégate Doudart de Lagrée et publié par les ordres du Ministère de la Marine sous la direction de M. le lieutenant de vaisseau Francis Garnier, publié en 1873, année où Francis Garnier fut tué près de Hanoï.

 

Dans la préface de cet ouvrage, ce dernier, qui était le numéro deux de la Commission d’exploration du Mékong, évoque la mémoire de Doudart de Lagrée en des termes fort élogieux : « C’est à la sagesse et à l’énergie de son chef, M. la capitaine de frégate Doudart de Lagrée, que la Commission française d’exploration a dû de réussir dans la tâche difficile qu’on lui avait confiée. Il a payé de sa vie la gloire de cette entreprise : elle lui appartient tout entière ».

Né le 31 mars 1823 à Saint-Vincent de Mercuze dans l’Isère, sorti de Polytechnique en 1845, Ernest Doudart de Lagrée fut nommé capitaine de frégate le 2 décembre 1864. C’est début 1866 qu’il accepta de prendre la direction de la Commission d’exploration du Mékong pour un voyage qui allait lui être fatal. Cette commission était composée, outre Ernest Doudart de Lagrée, de Francis Garnier, lieutenant de  vaisseau, Louis Delaporte, enseigne de vaisseau (qui se fera connaître plus tard par ses découvertes à Angkor), Eugène Joubert, médecin et géologue, Clovis Thorel, médecin et botaniste, Louis de Carné, attaché au Ministère des Affaires étrangères, de deux interprètes, le Français Séguin et le Cambodgien Alexis Om, du sergent d’infanterie de marine Charbonnier, secrétaire en chef de l’expédition, d’un soldat d’infanterie de marine, de deux matelots français, de deux matelots tagals, d’un sergent et de six miliciens annamites composant l’escorte.

 

L’expédition.

Le récit de cette expédition a été relaté entre 1871 et 1873 dans la revue Le Tour du Monde en plusieurs articles qui firent l’objet d’une compilation par Léon Garnier en 1885 sous le titre Voyage d’exploration en Indo-Chine effectué par une commission française présidée par le capitaine de frégate Doudart de Lagrée.

On y apprend qu’au moment de la mort de Doudart de Lagrée, Francis Garnier était parti du côté de Dali en quête des sources du Mékong et que c’est par un courrier du docteur Joubert qu’il apprit le décès de son chef. Le récit que fait Francis Garnier de la situation à laquelle il fut alors confronté en tant que nouveau chef de la Commission d’exploration du Mékong, suite au décès de son compagnon de route, nous apporte des éléments d’information fort intéressants :

« Le 2 avril, le courrier que j’avais expédié à Tong-tchoue revint à Mong-kou porteur d’une lettre de M. Joubert. Le docteur m’informait que M. de Lagrée avait succombé le 12 mars, à l’affection chronique du foie dont il souffrait depuis longtemps. M. Joubert lui avait fait élever un petit monument dans un jardin attenant à une pagode située en dehors et au sud-ouest de l’enceinte de la ville […]. Si la mort d’un chef justement respecté cause toujours une douloureuse impression, comment peindre les regrets que l’on éprouve lorsque ce chef a partagé avec vous deux années de dangers et de souffrances, allégeant pour vous les unes, bravant avec vous les autres, et que, dans cette intimité de chaque heure, au respect qu’il inspirait est venu s’ajouter un sentiment plus affectueux […] ! La situation précaire du pays, l’absence de tout missionnaire ou de tout chrétien pouvant veiller à l’entretien du tombeau ou le protéger contre une profanation, me faisaient craindre en effet qu’au bout de quelques années il n’en restât plus de vestiges […]. Je ne voulus pas courir les chances d’une violation de sépulture, fâcheuse pour le pavillon, douloureuse pour une si chère mémoire. Je résolus d’exhumer le corps et de le faire porter à Siu-tcheou fou […].

Le 5 avril la petite expédition assista en armes à l’exhumation du corps de son chef ; le tombeau élevé par les soins de M. Joubert fut transformé en cénotaphe et une inscription en français mentionna le triste événement dont ce monument devait conserver le souvenir. Le 7 avril, nous quittâmes Tong-chouen pour effectuer définitivement notre retour. Nous étions à bout de forces […]. Le 8 mai, le cercueil de M. de Lagrée arriva à Siu-tcheou fou et fut immédiatement placé dans l’une de nos jonques. Le lendemain, nous fîmes nos adieux aux dignes missionnaires de Siu-tcheou fou ; le P. Leguilcher, qui depuis plus de deux mois partageait nos fatigues, fut le dernier à se séparer de la Commission […]. Le 13 mai, nous débarquâmes à Tchong-kin fou […]. Pendant que les chrétiens de Tchong-kin s’occupaient de nous procurer une grande jonque, qui pût remplacer celles qui nous avaient amenés et nous conduire jusqu’à Han-keou, j’expédiai à Shang-hai par courrier spécial un rapport adressé au gouverneur de la Cochinchine, l’informant de la mort de M. de Lagrée, des principaux incidents qui avaient signalé notre voyage à Ta-ly et de notre prochain retour.

Le 19 juin, nous quittâmes Shanghai sur le paquebot des Messageries le Dupleix ; nous arrivâmes à Saigon le 29. M. le contre-amiral Ohier, gouverneur de la Cochinchine française, n’avait reçu que l’avant-veille le rapport dans lequel je lui annonçais la mort de M. de Lagrée. Cette perte fut vivement ressentie dans la colonie, où le souvenir des services et des éminentes qualités de cet officier vivait dans toutes les mémoires. Des honneurs extraordinaires furent rendus à son cercueil, qui fut inhumé dans le cimetière de Saigon. Un petit monument y rappelle aujourd’hui la mémoire de cet homme de bien, de ce vaillant soldat de la France. Si quelque chose peut consoler les siens, c’est la pensée qu’il est mort au champ d’honneur le plus enviable ; celui de la science et de la civilisation. »

En 1872, le père de Louis de Carné, autre membre de la commission d’exploration du Mékong décédé prématurément en 1871 des suites d’une maladie contractée au cours de l’expédition, publia le récit du voyage rédigé par son fils sous le titre Voyage en Indo-Chine et dans l’Empire chinois par Louis de Carné. Ce dernier faisait partie de la troupe qui avait suivi Francis Garnier dans son expédition vers Dali pendant que Doudart de Lagrée agonisait dans une pagode de Dongchuan. Sa description de l’arrivée des membres de la Commission d’exploration du Mékong à Dongchuan, après quelques semaines de repos à Yunnan-fou, nous donne des informations précises sur le cadre dans lequel Doudart de Lagrée vécut les derniers moments de son existence :

« Il faisait nuit close quand nous arrivâmes à Tong-Tchouan. Un mandarin nous attendait pour nous conduire dans une pagode élégante où les mille détails fantaisistes d’une ornementation surabondante étaient prodigués sur les portes, les plafonds, les colonnes. Des dragons, des monstres de toute espèce, ailés, ventrus, rampants, sortaient du bois profondément fouillé, mêlant leurs têtes dorées et leurs langues rouges aux guirlandes de fleurs et aux essaims d’oiseaux. Là encore nous recherchons, de préférence aux vastes pièces, les petits cabinets et les étroits réduits où l’air s’échauffe et où les curieux ne peuvent pénétrer. Nous établissons notre camp dans un grenier qui eut un escalier jadis, où l’on monte aujourd’hui par une échelle, et où, après voir fait coller du papier aux fenêtres, nous allons habiter pêle-mêle avec le vieux mobilier de la pagode, dieux ébauchés ou hors de service, ressource précieuse, car tout cela est sec, et le froid rend le feu nécessaire […].

M. de Lagrée était mort, le 12 mars 1868, d’une maladie de foie dont il souffrait depuis plus de soixante jours. Celui d’entre nous qui avait eu au plus haut degré l’amitié et la confiance de notre chef, le docteur Joubert, vint à notre rencontre. Miné lui-même par la fièvre et par le chagrin, il était encore sous l’impression des pénibles devoirs qu’il venait d’accomplir, l’autopsie et l’inhumation du cadavre […]. Quand nous avions voulu, dans une forêt du Laos, ouvrir la tombe d’Henri Mouhot pour y constater la présence de ses restes, on s’y était opposé comme un sacrilège. En Chine, il nous été possible au contraire d’exhumer le corps du commandant de Lagrée sans heurter les préjugés et sans contrevenir aux usages […].

A la place où celui-ci avait reposé quelques jours, dans le jardin d’une pagode, MM. Joubert et Delaporte ont élevé de leurs mains une pyramide en pierres qui rappellera aux Européens, lorsqu’ils visiteront ces lieux, le souvenir de l’un des plus longs voyages qui aient été faits en Asie, et le nom du Français mort avant de recueillir les fruits d’un succès qu’il avait assuré. Nous trouvons facilement un entrepreneur chinois qui se charge de transporter la bière jusqu’à Souitcheou-fou et nous quittons nous-mêmes Tong-Tchouan dans la journée du 7 avril 1868. »

En 1892, le Comité dauphinois pour l’érection d’un monument à la mémoire de Doudart de Lagrée à Grenoble publia un petit livret sous le titre :  Doudart de Lagrée : Opuscule sur sa vie et ses œuvres par le secrétaire du Comité dauphinois pour l’érection de sa statue. Dans l’introduction de cet ouvrage, l’auteur annonce sa volonté de présenter Doudart de Lagrée, « marin, diplomate, archéologue, explorateur ». Son récit relatant la fin du voyage pour Doudart de Lagrée, après quelques jours de repos dans la capitale du Yunnan, apporte quelques précisions intéressantes sur les circonstances de son décès et les évènements qui lui ont fait suite :

« Dix jours de marche séparaient la commission de Tong-Tchouen sur un affluent du Fleuve bleu, qu’elle atteignit le 18 janvier 1868. Mais cette marche de dix jours fut la plus cruelle. Il fallut traverser d’immenses steppes de 2000 mètres d’altitude, où le froid, la fatigue, les privations épuisèrent ce qui restait de force à ces martyrs du patriotisme. Après avoir fait, non sans peine, le 20 janvier, la visite d’usage au gouverneur du lieu et dicté le 28 ses instructions à Garnier qu’il envoyait faire une dernière excursion à Tali, à la recherche des sources du Mé-Kong, Doudart de Lagrée s’alita pour ne plus se relever. De Lagrée envisageait sa position avec calme. Le R. P. Fenouil, des Missions étrangères, qu’il avait vu en passant à Yun-Nan, avisé par le docteur Joubert, accourut en toute hâte. On crut à un rétablissement, c’était une illusion. Ce fut la dernière.

Quelques jours après, en effet, entouré du docteur Joubert, de son ordonnance Mouëllo et de quelques hommes de l’escorte, Doudart de Lagrée, sans faiblesse, en pleine connaissance de lui-même, rendit le dernier soupir en parlant avec amour de la tâche qu’il lui avait été donné d’accomplir, de la France, du beau Dauphiné qu’il ne devait plus revoir. Son cœur fut embaumé et renfermé par les soins du docteur Joubert dans une boite en fer blanc que le docteur fut obligé de confectionner lui-même, la superstition des ouvriers chinois leur interdisant d’y mettre la main. Il fut rapporté à la famille et déposé dans le caveau des Doudart de Lagrée à St-Vincent-de-Mercuze. Son corps descendit le Yang-Tse-Kiang avec ses compagnons de voyage et arriva à Saïgon, où je venais de débarquer moi-même depuis quelques mois, et où j’assistai à son inhumation qui se fit en grande pompe au frais du trésor colonial. »

Poursuivant notre voyage d’exploration littéraire avec le rapport publié en 1898 par la Chambre de Commerce de Lyon sous le titre La mission lyonnaise d’exploration commerciale en Chine 1895-1897, nous y constatons tout d’abord une erreur de date sur la gravure du cénotaphe de Doudart de Lagrée qui indique son décès le 1er mars au lieu du 12 mars 1868. Mais nous y trouvons aussi de nouvelles informations utiles pour notre enquête :

« Si la préfecture de Tong-chouan est relativement peu importante au point de vue commercial, elle a droit à notre souvenir à un autre titre. C’est dans ses murs qu’est mort le chef de l’exploration du Haut-Mé-kong, notre illustre devancier Doudart de Lagrée. Le samedi 18 janvier, nous allâmes faire un pieux pèlerinage à son mausolée. Il s’élève en dehors des murs de la ville, dans la cour intérieure de la pagode Kouang-ouang, à l’endroit où reposa son corps, avant que Francis Garnier et ses hardis compagnons pussent le transporter à Soui-fou et de là à Chang-hai par le Yang-tse. Deux pierres superposées servent de socle à une autre pierre rectangulaire portant une inscription […].

Un bonze nous prête un pinceau et de l’encre de chine avec lesquels nous repassons l’inscription un peu effacée par le temps. Après avoir photographié le monument, nous nous retirons vivement impressionnés et allons rendre visite au P. Maire, missionnaire ; il nous reçoit avec d’autant plus de cordialité que nous sommes les seuls Français qu’il ait vus depuis longtemps. »

Enfin, une douzaine d’années après la Mission lyonnaise, la revue « Le Tour du Monde » a publié entre 1908 et 1909 une série d’articles d’Emile Labarthe relatant son voyage en Chine sous le titre « Dans les provinces du fond de la Chine ». Dans la publication du 5 décembre 1908 qui couvre son trajet « De Yun-Nan-Sen à Tong-Tchouan-Fou », il évoque le souvenir de Doudart de Lagrée en des termes particulièrement émouvant et respectueux :

« Avant de quitter Tong-Tchouan, j’ai à accomplir un pèlerinage patriotique au monument de Doudart de Lagrée, mort dans une pagode voisine de la ville […]. La pagode où je me rends est une masure délabrée, sans aucun intérêt. Le monument de Doudart de Lagrée est derrière dans un petit enclos où les bonzes cultivent des légumes. C’est une pyramide en pierre très simple, qui repose sur un socle. Des inscriptions cachées sous la mousse indiquent les dates de la naissance et de la mort du grand explorateur français. C’est tout. Et en vérité, pouvais-je m’attendre à autre chose ? Le jeune bonze qui me conduit ne peut me donner aucun détail. Il n’y a plus qu’à partir. Tout à coup il m’arrête et me fait signe de le suivre. Nous montons quelques marches et nous arrivons dans une sorte de grenier ; il me montre une encoignure obscure où je distingue confusément un lit chinois composé de quelques planches et garni de bottes de paille… C’est là qu’il est mort !…

Je reste saisi de surprise et d’émotion. Sans doute le cadre n’a pas changé depuis trente-cinq ans de cela ! Des sacs de riz traînaient à terre comme aujourd’hui. Ces gros madriers, ces cuves, ces baquets, ces bancs de bois n’ont pas bougé de place. C’est autour de ces petites tables que les bonzes venaient fumer leur pipe d’opium durant son agonie. Et ces bêtes de cauchemar qui habitaient les ruines et les affreuses prisons : chauves-souris grandes comme des vampires, araignées monstrueuses, rats, lézards, corbeaux qui font entendre aux alentours leurs lugubres croassements, toute cette horrible vie animale était là sans doute quand l’un des plus nobles fils de France allait exhaler son âme de héros et de martyr !

Mes yeux ne peuvent se détacher du misérable grabat. Et dans ce lieu d’exil et d’épouvante, j’évoque maintenant la scène douloureuse. Emouvante vision que la plume ne peut rendre ! Il faudrait pour la faire apparaître dans sa tragique grandeur le pinceau d’un Rembrandt ou le ciseau d’un Michel-Ange. Et devant l’œuvre du génie qui fait revivre cette fin poignante et sublime du fondateur de notre Empire d’Extrême-Orient, le plus beau et le plus riche de l’Asie, devant cette sainte image, je voudrais voir s’incliner la foule, comme je le fais, dans ce temple bouddhique où j’accomplis, moi aussi un acte de piété et de religion : la Religion du Souvenir. »

Les citations qui précèdent nous montrent combien les contemporains de Doudart de Lagrée et nombre d’explorateurs qui lui ont succédé en Asie le portaient en estime et tenaient particulièrement à honorer sa mémoire. Mais elles nous apportent aussi des informations qui, une fois compilées et recoupées, devraient nous faire parvenir, au terme de notre voyage historique et littéraire, jusqu’au lieu de décès d’Ernest Doudart de Lagrée dans le Yunnan.

Dans le Voyage d’exploration en Indo-Chine publié sous la direction de Francis Garnier, il est mentionné que le capitaine de frégate Ernest Doudart de Lagrée est mort dans une pagode appartenant à la corporation des mineurs, située en dehors et au sud-ouest de l’enceinte de la ville de Dongchuan, appelée « Kong ouan miao ». Si l’on actualise cette transcription en pinyin, on peut l’écrire « Gong Wang Miao », ce qui n’a pas de sens évident au premier abord. Mais si l’on prend en compte le fait que cette pagode appartient à la corporation des mineurs, et qu’elle est qualifiée de « pagode Kouang-ouang » dans le récit de La mission lyonnaise d’exploration commerciale en Chine 1895-1897, on aboutit à la transcription en pinyin « Kuang Wang Miao » (矿王庙), qui signifie pagode du dieu de la mine.

A la recherche du cénotaphe d'Ernest Doudart de Lagrée - 1/2.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale

Publié le 4 Mars 2018

La bataille de Verdun, vue par le Kronprinz.

Verdun. Un bilan.

 

Verdun fut une bataille de position, avec des pertes considérables pour un territoire conquis nul. Après 10 mois d’atroce souffrance pour les deux camps, la bataille coûta aux Français 378.000 hommes (62.000 tués, plus de 101.000 disparus et plus de 251.000 blessés, souvent invalides) et aux Allemands 337.000.

 

53 millions d’obus furent tirés dont près d’un quart n’explosèrent pas. Le 21 février 1916, les Allemands tirèrent près de 2 millions d’obus. Ce chiffre rapporté aux dimensions du champ de bataille, donne 6 obus par mètre carré ! Ainsi, la célèbre Cote 304, dont le nom vient de son altitude, ne fait plus que 297 mètres de hauteur après la bataille et le Mort-Homme a perdu 10 mètres !

 

Du fait du résultat militaire nul, cette bataille ramenée à l’échelle du conflit n’eut pas de conséquences fondamentales. Considérée par certains comme un symbole de futilité, la construction mythologique française d’après-guerre, à travers les cérémonies officielles, les défilés militaires, l’historiographie ou la littérature en a fait l’incarnation du sacrifice consenti pour la victoire.

 

Le Kronprinz.

 

Guillaume de Hohenzollern, en allemand Wilhem von Hoenzollern, est né à potsdam le 6 mai 1882 et est mort à Hechingen le 20 juillet 1951. Il fut le dernier Kronprinz, prince héritier royal prussien et impérial allemand.

 

Fils de l’empereur Guillaume II et de la princesse Augusta-Victoria de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Augustenbourg, Guillaume épouse le 6 juin 1905 à Berlin, Cécilie de Mecklembourg-Schwerin (1886-1954), fille du grand-duc Frédéric-François III de Mecklembourg-Schwerin et d’Anastasia Mikhaïlovna de Russie.

 

Pendant la bataille de Verdun, il était à la tête de la Ve armée allemande, justement placée sur ce secteur.

 

La bataille de Verdun, décrite par le Kronprinz.

 

Le texte original du Kronprinz est assez long et détaille par le menu la bataille de Verdun. Précis, sobre en précisions stratégiques, c’est aussi un recueil de considérations générales sur la guerre. Il a été publié par le journal L’Illustration le 22 décembre 1928. Voici la conclusion de ce texte.

 

 

« Verdun a-t-il été le tournant décisif de la guerre ? Je réponds : non !

 

Verdun nous a coûté cher, très cher. Je ne parle pas seulement ici de nos pertes en hommes ou en matériel. Il y en eut d’autres non moins irréparables. Une gigantesque entreprise sur laquelle nous comptions terminer victorieusement la guerre fut réduite à néant malgré notre extrême ténacité et un emploi des forces pour ainsi dire illimité. Davantage : l’offensive contre Verdun eut pour résultat d’ôter pour bien longtemps à l’armée allemande, de la façon la plus dangereuse, sa puissance offensive. Elle épuisa nos effectifs sans possibilité de combler leurs vides. Chaque division qui avait combattu dans l’enfer de Verdun se trouva si lourdement éprouvée qu’un répit considérable lui devenait nécessaire avant de pouvoir être engagée de nouveau.

 

Malgré cela, Verdun n’a pas été le tournant décisif de la guerre. Les Alliés se trompent en le considérant comme tel. Si l’on compare le tracé de nos fronts sur le théâtre occidental et sur le théâtre oriental, au commencement et à la fin de l’année 1916, on se rend compte qu’il ne s’était pas sensiblement modifié, en dépit de l’offensive du Broussilof, en dépit de Verdun, en dépit de la bataille de la Somme. Tout en soutenant la bataille sur tous ces fronts, nous avions défait la Roumanie.

 

Bien que Verdun nous ait beaucoup coûté, il nous a aussi rapporté. Après tout, la victoire n’est pas le facteur essentiel de l’histoire, mais l’héroïsme de l’homme qui se laisse briser plutôt que de plier. C’est pour la gloire des héros qui ont combattu à Verdun, pénétrés de cet esprit, que j’ai fait mon récit. C’était à mes yeux un devoir envers ma patrie et envers les combattants de l’Allemagne. Il se peut que je me sois laissé aller à des digressions sur le caractère général de la guerre. Ce que j’ai dit à ce sujet sera peut-être approuvé par quelques-uns de mes lecteurs et déplaira à d’autres.

 

Mais les plus scrupuleux remettront sans doute à plus tard leur jugement définitif. Je ne serai plus là pour le connaître ou je n’en connaîtrais qu’une partie. Néanmoins, je suis convaincu qu’il existe entre tous ceux qui ont combattu héroïquement une sorte de communion universelle qui les anime d’un même esprit de camaraderie fraternelle, même lorsqu’ils ont été opposés face à face sur les champs de bataille.

 

C’est pour eux que j’ai écrit ce récit de la bataille de Verdun. »

 

KRONPRINZ GUILLAUME.

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Extraits de la revue l’Illustration.

 

 

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Publié le 11 Février 2018

Officiers de spahis marocains.

Officiers de spahis marocains.

Le 1er régiment de spahis marocains.

Le 1er régiment de spahis marocains (1er RSM) était une unité appartenant à l’Armée d’Afrique, qui dépendait de l’armée française. Ce régiment s’illustre particulièrement au cours de la Première Guerre mondiale, au sein de l’Armée française d’Orient, en Macédoine, en Albanie et en Serbie, où il obtient cinq citations à l’ordre de l’Armée, deux ordres serbes, un ordre roumain et un ordre marocain ainsi que la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire. Il participe à l’une des dernières charges de la cavalerie française pour la prise de la capitale de Macédoine, Uskub en 1918.

Le 1er RSM intervient également pendant la campagne du Levant (1920-1927), au Liban et Syrie, où il reçoit la fourragère aux couleurs du ruban de Croix de guerre des Théâtres d’Opérations Extérieurs.

Le 1er RSM est le régiment le plus décoré de l’armée française. Son étendard est le seul des emblèmes des unités de cavalerie à être décoré de la fourragère aux couleurs de la Médaille militaire.

 

De la conférence d’Algésiras à l’indépendance.

En 1906, la Conférence d’Algésiras place le Maroc sous contrôle international et accorde à la France des droits spéciaux. Ces droits sont néanmoins contestés par l’Allemagne de Guillaume II, qui convoite l’Empire chérifien et se heurte aux appétits français : ce sont les affaires marocaines de la crise de Tanger et du coup d’Agadir en 1905 puis en 1911 : à Tanger le Kaiser vient prononcer un discours orienté contre la France, tandis qu’à Agadir la marine impériale allemande est sur le point de débarquer des troupes, ce qui provoque l’émoi dans toute l’Europe.

A la suite du traité conclu entre la France et le Maroc le 30 mars 1912, pour l’organisation du Protectorat française dans l’Empire chérifien, le Nord et le Rio de Oro sont attribués à l’Espagne, tandis que les régions centrales avec leurs villes principales et la côte atlantique où se situent les grands ports reviennent à la France.

Dans le système de protectorat, le sultan et le makhzen traditionnel sont maintenus, mais le pouvoir appartient en réalité au résident général et au haut-commissaire, qui représentent respectivement la puissance de tutelle française à Rabat et espagnole à Tétouan. La ville de Tanger constitue une zone internationale gouvernée par une commission où siègent les Etats-Unis et les pays européens possédant des intérêts dans l’Empire chérifien. Ce système est contesté par le mouvement national marocain à partir des années 1930, et surtout à l’issue de la Deuxième Guerre mondiale. Par ailleurs, l’ensemble du territoire marocain n’est soumis aux puissances coloniales qu’à l’issue d’une longue guerre de conquête, dite « pacification du Maroc », qui s’échelonne de 1907 à 1934. De 1921 à 1926 ; la guerre du Rif, menée par Abdelkrim El Khattabi contre l’Espagne et la France connaît un retentissement international.

En 1943, après le débarquement des forces américaines en Afrique du Nord, Casablanca abrite une grande conférence alliée qui décide d’obtenir la reddition inconditionnelle de l’Axe Rome-Berlin-Tokyo et d’ouvrir de nouveaux fronts en Europe occidentale pour soulager l’Union soviétique de la pression militaire nazie.

Mais dans la même temps, les nationalistes marocains reprennent de l’audace et fondent le parti de l'Istiqlal (indépendance en arabe) ; l’affaiblissement de la France avec l’occupation allemande donne des espoirs de liberté. En 1943, le président américain Franklin D. Roosevelt fait même la promesse d’une complète indépendance au sultan Mohammed V, une fois le conflit terminé. La France s’entête encore après la Seconde Guerre Mondiale : les révoltes à Tanger, Fès ou Rabat contre le protectorat ne sont pas comprises.

En 1950, Paris pousse le pacha de Marrakech, Thami El Glaoui à se révolter contre le sultan pour le renverser et mettre à sa place le chérif Mohammed ben Arafa, un vieillard. Mohammed V résiste à la transformation du Maroc en simple colonie, fait« la grève des sceaux » en 1951, et demande en novembre 1952, lors de son discours du Trône, l’émancipation immédiate de son pays. El Glaoui, toujours soutenu par la France et avec l’aide d’une vingtaine de caïds, signe une pétition de dénonciation agitant la possibilité d’une guerre civile.

Prenant prétexte des révoltes, le gouvernement français dépose le sultan en août 1953 et l'exile en Corse avec sa famille. Paris met sur le trône Mohammed ben Arafa, mais en agissant ainsi ne fait que laisser grandir dans les esprits marocains le prestige du sultan déchu.

Les attentats contre la présence française se multiplient : attentats contre ben Arafa, déraillement d'un train, bombe au Marché Central de Casablanca... Les répressions et les arrestations menées par l’armée française sont de plus en plus nombreuses.

Le Maroc accède officiellement à l’indépendance le 2 mars 1956, après les sursauts d’une lutte de plus en plus rude entre les autorités coloniales et le mouvement national. Pour autant, les régiments de l’armée française ne quitte pas immédiatement le sol marocain. Cela se fera, unité par unité, et en accord avec le roi Mohamed V.

 

André Lemoine.

André Lemoine est né dans le département du Nord, à Aulnoy, en 1933. Il fait son service militaire. Isséen au moment de son incorporation, il est versé au 1er régiment de spahis marocains. 2e classe puis spahis de 1ère classe, il passe ensuite brigadier puis brigadier-chef. Quinze jours après l’annonce de l’indépendance du Maroc, André Lemoine meurt, accidentellement, à l’occasion d’une opération du maintien de l’ordre. Il est déclaré « Mort pour la France ». Il fait partie de ces Français morts dans le cadre des « combats du Maroc ».

 

 

 

Sources :

  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Archives du Souvenir Français des Hauts-de-Seine.
  • Photographie issue du site www.spahis.fr

 

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Algérie

Publié le 3 Février 2018

8 mai 2009 : Robert Choffé, à droite, vient de recevoir la médaille militaire. A gauche, Christian Poujols, président de la 46e Section de l’UNC.

8 mai 2009 : Robert Choffé, à droite, vient de recevoir la médaille militaire. A gauche, Christian Poujols, président de la 46e Section de l’UNC.

Isséen depuis toujours, Robert Choffé est un ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale.

Il a y quelques années, Robert Choffé nous déclarait : « Pour moi, l’engagement était naturel. De métier, j’étais mouleur – fondeur. En 1944, je rentre dans les FFI (Forces Françaises de l’Intérieur). On nous faisait coucher dans le sous-sol de l’école Paul Bert. En septembre 1944, nous sommes regroupés au Petit Séminaire d’Issy, et nous devenons des Francs Tireurs Partisans (FTP). Je signe, comme tous mes camarades, un engagement pour la « durée de la guerre ». Je suis alors affecté à l’Etat-major et je deviens orienteur au 32e régiment d’artillerie divisionnaire. Mon nouveau métier consiste à participer au déminage de zones et ensuite à calculer nos positions – nous faisons ce que nous appelons un cheminement calculé – dans le but de mettre en place des tripodes pour donner des coordonnées – longitudes et des latitudes – qui permettront à l’artillerie de maximiser ses tirs. De plus, je donnais des coups de main aux observateurs ; ces missions consistaient à s’infiltrer, de préférence la nuit, dans les lignes ennemies. C’est dans ce contexte, que nous avons débarqué sur l’île d’Oléron, dans le cadre de l’Opération Jupiter ».

Les îles de Ré et d’Oléron, comme toute la côte, sont rapidement occupées par les Allemands, dès 1940. La Wehrmacht bâtit ce qui deviendra le Mur de l’Atlantique : 1.000 blockhaus, 1.300 pièces d’artillerie, des mines partout, sur les plages, les chemins, les prairies environnantes et un rideau de barbelés réputé infranchissable. En 1944, alors que l’avance alliée est réelle, au-delà de la Normandie, Hitler donne l’ordre aux secteurs fortifiés de la côte de résister. Ainsi, et jusqu’à la fin de la guerre, subsisteront des poches de résistance allemande à Dunkerque, Lorient, Saint-Nazaire et tout le secteur de La Rochelle (englobant les îles et Royan). La Résistance française n’est pas inactive et fournit des renseignements qui seront capitaux aux troupes de l’Opération Jupiter d’avril 1945.

 

Robert Choffé : « Avant le débarquement, les artilleurs ont pilonné les fortifications allemandes des îles, grâce aux renseignements que mes camarades et moi donnions. D’ailleurs, nous avions vu juste parce, entre les canons et les ouvrages ennemis, il y avait plusieurs kilomètres, et nous avons mis dans le mille ! J’étais d’ailleurs meilleur pour cela que pour le combat : dans la barge qui nous emmenait sur Oléron, il y avait tellement de vagues que mon fusil est passé par-dessus bord ! ».

 

A la fin, en mai 1945, après des combats parfois d’une grande intensité, les négociateurs de l’Opération Jupiter, dont le capitaine de frégate Meyer, obtiennent la reddition des îles, comme de toute la « poche de Royan ».

 

Robert Choffé : « Avant même la fin de l’opération, en avril 1945, j’ai fait quelques temps de classe à Saint-Loup sur Thouré puis, au sein de la 1ère Armée, Rhin et Danube – chère à de Lattre de Tassigny – je suis envoyé en Allemagne pour participer au déminage et à la destruction des bunkers de la ligne Siegfried. Plus d’une fois nos gars ont laissé leur vie dans des champs de mines. Je me souviens en particulier de mon lieutenant, Bonnet, qui est mort alors qu’il transportait des explosifs et des bouteilles d’oxygène dans sa chenillette. Le feu a pris dans le moteur et l’explosion a été terrible. »

 

Le 24 avril 1945, le général d’armée de Lattre de Tassigny fait paraître l’Ordre du Jour n°8 : « En un mois de campagne vous avez traversé la Lauter, forcé la ligne Siegfried et pris pied sur la terre allemande ; puis, franchissant le Rhin de vive force, élargissant avec ténacité les têtes de pont de Spire et de Germersheim, vous avez écrasé la résistance d’un ennemie désespérément accroché à son sol et conquis d’une traite deux capitales, Karlsruhe et Stuttgart, le Pays de Bade et Wurtemberg ; enfin, débouchant sur le Danube, le traversant aussitôt, vous avez voulu, renouvelant la victoire de la Grande Armée, que flottent nos couleurs sur Ulm.

 

Combattants de la Première Armée Française, fidèles à l’appel de notre chef, le général de Gaulle, vous avez retrouvé la tradition de la Grandeur française, celle des soldats de Turenne, des Volontaires de la Révolution et des Grognards de Napoléon. »

 

Le 6 mai 1945, le brigadier Choffé, du 32e régiment d’artillerie de la 10e division d’infanterie de la Première Armée est cité à l’ordre du régiment : « Brigadier à l’équipe d’orientation du groupe, a participé au déminage de plusieurs positions de batterie avec un sang-froid et une compétence remarquable. A toujours été volontaire pour les missions les plus périlleuses en particulier à la pointe de Vallières et dans l’île d’Oléron. La présente citation donne droit au port de la Croix de Guerre avec Etoile de Bronze ».

 

Puis le 9 mai 1945, le général de Lattre de Tassigny fait publier l’Ordre du Jour n°9 : « Le jour de la Victoire est arrivé.

A Berlin, j’ai la fierté de signer au nom de la France, en votre nom, l’acte solennel de capitulation de l’Allemagne.

 

Dignes de la confiance de notre chef suprême, le général de Gaulle, Libérateur de notre pays, vous avez par vos efforts, votre ferveur, votre héroïsme, rendu à la Patrie son rang et sa grandeur.

 

Fraternellement unis aux soldats de la Résistance, côte à côte avec nos camarades alliés, vous avez taillé en pièces l’ennemi partout où vous l’avez rencontré.

 

Vos drapeaux flottent au cœur de l’Allemagne.

 

Vos Victoires marquent les étapes de la Résurrection française. De toute mon âme, je vous dis ma gratitude. Vous avez droit à la fierté de vous-mêmes comme à celle de vos exploits.

 

Gardons pieusement la mémoire de nos Morts. Généreux compagnons tombés au Champ d’Honneur, ils ont rejoint dans le sacrifice et la gloire, pour la Rédemption de la France, nos fusillés et nos martyrs.

 

Célébrons votre Victoire : Victoire de Mai, Victoire radieuse de printemps qui redonne à la France la Jeunesse, la Force et l’Espoir. SOLDATS VAINQUEURS, vos enfants apprendront la nouvelle épopée que vous doit la Patrie ».

 

Robert Choffé : « Après, j’ai fait l’Ecole des Sous-officiers, en Allemagne, jusqu’en septembre 1945. J’ai même participé sur les Champs Elysées au premier défilé de la Victoire. Puis, pour un certain nombre de raisons personnelles, et parce que j’avais déjà vu pas mal d’horreurs, j’ai quitté l’armée, je suis redevenu un civil et je suis entré chez Renault à Boulogne-Billancourt. Et j’ai oublié ce que j’avais fait ; je n’ai, par contre, j’avais effacé de ma mémoire les images des camarades, leur courage, et parfois leur vie sacrifiée ».

 

Robert Choffé est chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur, Croix de Guerre 1939-45, titulaire de la médaille militaire, médaillé des combattants volontaires.

 

 

 

Sources :

 

  • Entretiens Robert Choffé, de 2008 à 2018.
  • Documents Archives personnelles de Robert Choffé.
  • Photographie Copyright Souvenir Français Issy-Vanves.

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Publié le 16 Janvier 2018

Les disparus de la Grande guerre.

Joseph Baud.

Joseph Baud est né le 15 novembre 1882. Isséen, classe 1902, il porte le matricule 4413 au recrutement du 1er Bureau de la Seine (département d’alors). En 1914, il est affecté au 91e régiment d’infanterie, dont le casernement est à Mézières (département des Ardennes). Le 91 est une unité de la 7e brigade d’infanterie, de la 4e division et du 2e corps d’armée des armées françaises de l’Est.

En 1914, le 91e participe à la bataille des frontières, en Belgique, puis aux combats d’Houdrigny et de Rolbelmont. Un temps, il semble que les armées françaises puissent prendre le dessus sur les Allemands. Mais l’euphorie est de courte durée… Bientôt sonne l’heure de la retraite, qui va être intelligemment menée par les généraux Joffre et Castelnau. L’épilogue de cette première phase étant la Première bataille de la Marne.

Le 24 octobre 1914, dans les combats de Saint-Hubert, dans la Marne, Joseph Baud est porté disparu. Il a vraisemblablement été tué (mais il y eut aussi des déserteurs dont plus personne n’a entendu parler et même après la fin de la guerre, un peu comme dans le roman Un long dimanche de fiançailles écrit par Sébastien Japrisot, en 1991 aux éditions Denöel). Rappelons qu’une bataille, ce sont des milliers de morts et blessés en quelques jours… Morts et blessés qu’il faut évacuer, qu’il faut transporter et disperser dans les hôpitaux militaires. Alors, les disparus… Ce n’est pas forcément la priorité des régiments. Cela va le devenir de l’Etat-major de l’Armée française.

Trois ans après la fin de la Première Guerre mondiale, le tribunal du département de la Seine porte le jugement « Joseph Baud est considéré comme disparu » et est déclaré « Mort pour la France ». Le mois suivant, le jugement est transmis à la mairie d’Issy-les-Moulineaux. Joseph Baud est l’un des 350.000 (!!) soldats portés disparus ou faisant partie des « inconnus » dont les fosses communes sont présentes dans toutes les nécropoles nationales et autres cimetières militaires.

 

« La recherche des disparus ».

Dès les premières batailles, compte tenu du nombre de tués et de soldats qui ne « rentrent » pas se pose la question des disparus. Les militaires se mettent en recherche de ces soldats portés disparus, et ce dès 1915. Il s’agit de montrer que la France n’oublie aucun de « ses enfants » et, surtout, que tout disparu est recherché pour justement éviter… les disparitions hâtives ou désertions !

Ce ne sont pas les seuls.

D’abord les familles se mettent en quête de leurs disparus pendant et après la guerre. Il n’est que de voir le film remarquable de Bertrand Tavernier intitulé La Vie et rien d’autre. L’Etat cherche à jouer un rôle de facilitateur, en s’appuyant à la fois sur le bureau des renseignements du ministère de la Guerre et sur l’Agence des prisonniers de guerre de la Croix-Rouge française.

Le bureau de renseignements aux familles, rattaché au cabinet du ministre de la Guerre, a pour mission principale de rechercher les disparus. Il centralise tous les renseignements relatifs aux soldats blessés, malades, captifs, morts ou disparus. Ensuite, il transmet ces informations aux dépôts des unités, lesquelles doivent aviser officiellement la personne désignée par chaque soldat pour recevoir de ses nouvelles et répondre aux demandes des familles.

Mais à Lyon, une initiative privée complémentaire voir le jour avec l’Association française pour la recherche des disparus. Bientôt, elle édite un journal intitulé La recherche des disparus. Placée sous le haut patronage de la Société de secours aux blessés militaires et rattachée à l’Agence des prisonniers de guerre de la Croix-Rouge française, l’association s’est fixée deux missions : la recherche des disparus, sans concurrencer les circuits officiels et la facilitation des retrouvailles. Elle édite un journal qui publie des listes de personnes internées, hospitalisées, réfugiées, rapatriées de Suisse mais aussi des noms de personnes voulant se signaler. On y trouve également des petites annonces ainsi que des listes de camps de prisonniers français en Allemagne et, ce qui est plus rare, dans l’Empire ottoman.

Entre février 1915 et décembre 1917, 73 numéros de La recherche des disparus vont paraître. Selon les renseignements pris auprès de la Mission du Centenaire, cela représente plus de 50.000 noms de militaires et de civils.

Aujourd’hui encore, des initiatives ici et là sont prises (Conseil départemental des Yvelines, initiatives d’établissements scolaires, initiative de Jean-Michel Gilot : « 1.000 jours pour 1.325.290 poilus ». Initiative qui consiste à indexer les renseignements des fiches militaires publiées sur le site « Mémoire des Hommes »).

 

 

Sources :

  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Site de la mission du Centenaire.
  • Site des unités et régiments « Chtimiste ».

 

Les disparus de la Grande guerre.

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Publié le 11 Janvier 2018

Les combats de Rocquencourt.

Les combats de Rocquencourt.

Contexte.

 

Nous sommes dans la deuxième quinzaine du mois de juin 1815. L’Empereur vient de perdre la bataille de Waterloo, victime d’erreurs de jugement, du retard de Grouchy, de la folle cavalcade de Ney, de l’acharnement des Anglais, du renversement d’alliance des Belges…

 

Napoléon 1er revient à Paris. Le 22 juin – une semaine après cette défaite – il abdique pour la seconde fois après Fontainebleau un an auparavant. Il se réfugie à La Malmaison, pensant à Joséphine, disparue en ces lieux le 29 mai 1814. « Je m’offre en sacrifice à la haine des ennemis de la France. (…) Je proclame mon fils, sous le nom de Napoléon II, empereur des Français » écrit-il. Mais son repos n’est que de courte durée. Les soldats prussiens de Blücher sont annoncés aux portes de Paris, en contournant la capitale par l’ouest. Napoléon part, dans une discrète calèche, pour Fouras puis l’île d’Aix.

 

La situation n’est pas claire pour autant. Louis XVIII n’est pas encore de retour, pour la deuxième fois... L’un des derniers ordres de l’Empereur consiste à nommer le maréchal Davout chef des armées. Ce dernier, ministre de la Guerre depuis mars 1815, est craint de tous. Il est le seul des maréchaux à n’avoir jamais connu la défaite. Enfermé pendant des mois avec ses soldats dans la ville de Hambourg, l’année précédente, il ne se rendra que sur ordre direct de Louis XVIII (première Restauration) et les coalisés laisseront les Français quitter la ville sans combattre. Dans les rangs des armées, qu’elles soient françaises, autrichiennes, anglaises ou prussiennes, la seule évocation du nom de Davout suffit à faire trembler !

 

L’armée française prête au combat.

 

L’armée française est réunie sous les murs de Paris. Elle est commandée par le général Rémi-Joseph Exelmans. Il a été de nombreuses campagnes de l’Empire et est devenu général après Eylau en 1809. Fait prisonnier par les Britanniques en Espagne, il s’évade et revient en France en 1812. C’est un chef respecté.

 

Blücher n’a rencontré que peu de résistance. Confiant, au milieu de dizaines de milliers de soldats, il s’est installé au château de Saint-Germain-en-Laye. Les Prussiens semblent sûrs de leur fait et se répandent dans la contrée, vivant sur l’habitant. Un contingent fort de 6.000 fantassins s’approche de Paris.

 

Davout donne l’ordre à Exelmans de se rendre au devant des hommes de Blücher, avec un corps de 15.000 hommes d’infanterie, sous le commandement du général Vichery. L’idée consiste à se rendre en direction de Saint-Germain par le pont de Neuilly. Mais Davout se ravise et donne un contrordre. Seules les troupes d’Exelmans vont combattre. Elles quittent leur bivouac en formant trois colonnes et coupent la retraite des Prussiens qui s’étaient avancés jusque dans les faubourgs de Versailles. Une colonne du 44e régiment d’infanterie de ligne marche sur Rocquencourt tandis qu’une seconde s’approche de Fontenay-le-Fleury, en contournant Versailles par le sud-ouest. Les troupes prussiennes sont encerclées. Deux divisions de dragons impériaux marchent quant à elles droit sur Versailles et Vélizy.

 

A Vélizy, les soldats des colonels Faudoas et Simonneau se précipitent sur les cavaliers prussiens. Ces derniers sont fusillés à bout portant. Une panique indescriptible s’empare  de la cavalerie prussienne. Elle cherche à sortir de la nasse et se dirige vers Rocquencourt et Le Chesnay où d’autres soldats français les attendent. Dans le plus grand désordre, les ennemis reprennent la direction de Saint-Germain. Mais les combats se poursuivent, dans la forêt de Meudon, dans le Bas-Meudon et dans les faubourgs d’Issy.

 

Les Prussiennes finissent par tous se replier. Le général Exelmans profite de son avantage. Il fait continuer le mouvement de sa cavalerie vers Saint-Germain. Mais vers Louveciennes, près de Marly-le-Roi il rencontre un corps d’infanterie prussien considérable. Plutôt que de chercher l’affrontement sur un terrain peu propre aux mouvements de cavalerie, car très boisé, il juge prudent de faire retraite. Il revient sur Montrouge. Les Prussiens analysent la manœuvre et viennent s’établir sur Sèvres, qu’ils dévastent.

 

Dans cette bataille, les Prussiens ont perdu près de 1.000 de leurs 1.500 hussards et de nombreux fantassins. Les Français n’ont laissé que peu d’hommes sur le champ de bataille.

 

Le Second traité de Paris.

 

Le Second traité de Paris est signé. La France s’en retourne aux frontières de 1791, avec la perte de la Sarre, de Landau en Rhénanie et de la Savoie. Et commence la seconde Restauration.

 

Le 6 juillet, selon les écrits de Chateaubriand dans Mémoires d’Outre-tombe : « Le soir, vers les neuf heures, j'allai faire ma cour au roi. Sa Majesté était logée dans les bâtiments de l'abbaye ; on avait toutes les peines du monde à empêcher les petites filles de la Légion d'Honneur de crier : Vive Napoléon ! J'entrai d'abord dans l'église ; un pan de mur attenant au cloître était tombé ; l'antique abbatial n'était éclairé que d'une lampe. Je fis ma prière à l'entrée du caveau où j'avais vu descendre Louis XVI : plein de crainte sur l'avenir, je ne sais si j'ai jamais eu le cœur noyé d'une tristesse plus profonde et plus religieuse. Ensuite je me rendis chez Sa Majesté : introduit dans une des chambres qui précédaient celle du roi, je ne trouvai personne ; je m'assis dans un coin et j'attendis. Tout à coup une porte s'ouvre ; entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l'évêque apostat fut caution du serment. »

 

A Versailles, Issy et dans quelques autres villages, les Prussiens vont rester jusqu’au mois d’octobre 1815, date à laquelle ils seront remplacés par des Anglais, qui eux-mêmes partiront au mois de décembre suivant.

 

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédies Wikipédia, Larousse et Britannica.
  • Site Internet de la ville d’Issy-les-Moulineaux : www.issy.com
  • Site de l’association Historim : www.historim.fr
  • Pierre Charrier, Le maréchal Davout, Nouveau Monde, 2005.
  • Jean-Baptiste Vachée et Henri Bonnal, Etude du caractère militaire du maréchal Davout, Ed. Berger-Levrault, 1907.
  • Alain Pigeard, Dictionnaire des batailles de Napoléon, Tallandier.
La plaque commémorative à Rocquencourt.

La plaque commémorative à Rocquencourt.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #Issy d'antan

Publié le 4 Janvier 2018

Opération Lamantin, par le général Michel Forget.

Un beau matin d'octobre 1977, à l'issue d'une prise d'armes, j'apprends que je suis nommé chef d'une opération à dominante aérienne top secrète en Mauritanie. On m'explique que ce pays était au bord de l'effondrement sous les coups du Polisario, à savoir ces rebelles chassés du Rio de Oro et réfugiés en Algérie dans la région de Tindouf, d'où ils lançaient des colonnes de véhicules fortement armés contre le train évacuant, à mille kilomètres de là, le minerais de fer de Zouerate vers le port de Nouadibouh, en Mauritanie.

 

La mission était simple. Il ne s'agissait pas d'éliminer le Polisario mais d'obliger celui-ci à renoncer à son mode d'action dont les effets sur l'économie de la Mauritanie étaient désastreux. Pour cela, il fallait intercepter et réaliser trois ou quatre frappes aériennes contre ces raids pour enlever à ces perturbateurs toute envie de poursuivre leur action. Il s'agissait de conduire des actions « coups de poing », brèves, efficaces et ce en engageant des moyens aériens peu nombreux mais puissants.

 

Lamantin – car tel a été son nom – fut une opération modeste : une poignée de Jaguar (au maximum 10) de la Force Aérienne Tactique projetés depuis la métropole à Dakar ; une poignée de Breguet Atlantic (au maximum 5), appareils de surveillance maritime de l'Aéronavale déjà en place depuis plusieurs mois chargés de surveiller la voie ferrée et quelques avions de transport tactique Transall. Par delà ce caractère modeste, Lamantin, opération purement aérienne, présentait des traits originaux qui en ont fait une grande première dans l'histoire de notre aviation.

 

Pour  la première fois en effet devaient être engagés en opération RÉELLE, c'est à dire avec ouverture du feu, des avions de combat à très grand rayon d'action ayant recours au ravitaillement en vol. Dans l'aviation tactique, certes, le ravitaillement en vol était pratiqué – sur une petite échelle – depuis les années 60, sur quelques F100 d'abord puis sur Jaguar dont un seul escadron avait en 1977 cette aptitude. Jusqu'ici, le ravitaillement en vol n'avait été utilisé que dans le cadre  de raids vers certains pays d'Afrique pour des missions de simple présence. Lamantin donnait l'occasion de montrer que l'aviation tactique avait le « bras long » et pouvait frapper à très basse altitude des objectifs à plus de 1.200 km des bases de départ avec retour direct sur celles-ci.

 

Pour la première fois, l'opération se caractérisait par la dispersion considérable de ses centres de décisions : Paris où l'ouverture du feu, avant chaque engagement, devait être donnée par le Président de la République en personne ; à 3.000 km de là, Nouakchott, où se trouvait mon PC et à 400 km plus au sud, Dakar où était implanté mon adjoint « air » avec la flotte aérienne. Aujourd'hui, une telle dispersion n'épate plus personne. À l'époque, ce n'était pas le cas.

 

Lamantin : opération modeste certes mais pas simple. Nous étions en effet pauvres en moyens de renseignement, ne disposant  d'aucun moyen nous permettant d'intercepter les colonnes du Polisario AVANT qu'elle n'attaque le train. Nous n'avions ni appareil de reconnaissance à très long rayon d'action, ni appareil adapté à la détection électronique d'objectifs au sol, ni drones, ni GPS, et surtout aucune possibilité de recueil de renseignements humains, par absence totale de troupes déployées sur ce théâtre, en dehors d'une zone étroite autour de la voie ferrée. Et je pense que même si nous avions eu de tels moyens, le résultat aurait été le même : vu la distance et la nature de l'espace à surveiller – plus de 1000 kilomètres d'un désert sans une route, sans un passage obligé, sans un douar – c'était chercher une aiguille dans une botte de foin.

 

On s'en est sorti en nous appuyant sur le renseignement de contact. C'est dire qu'il nous fallait attendre que le Polisario attaque le train pour que nous puissions agir. À partir de ce moment là en effet, l'adversaire était parfaitement repéré et à notre portée. Le Breguet Atlantic en mission de surveillance de la voie ferrée (600 kilomètres entre Zouerate et Nouadibouh!) se précipitait sur les lieux de l'attaque et ne quittait plus visuellement la colonne jusqu'à l'arrivée des Jaguar dont il facilitait la rejointe. Simultanément, tous les acteurs de l'opération devaient être avertis : moi même à Nouakchott, le Président de la République à Paris, les autorités de Mauritanie et du Sénégal, mon adjoint air avec ses Jaguar à Dakar. Dès qu'une attaque était signalée, je donnais l'ordre de faire décoller a priori les Jaguar, sans attendre le feu vert de l'Élysée sachant que les Jaguar avaient près de 800 kilomètres à parcourir avant d'atteindre la zone de la VF ce qui nous donnait le temps de solliciter – et en principe d'obtenir – l'autorisation d'ouvrir le feu. Moi même je montais immédiatement à bord du Transall dont je disposais à Nouakchott afin de me rendre sur les lieux, à environ 400 kilomètres de là, afin d'avoir le contact direct avec tous les appareils, afin de juger de la situation et de prendre en  toute connaissance de cause les décisions qui s'imposeraient.

 

C'était appliquer le principe du PC Volant. Cette façon d'opérer s'était imposée du fait de la faiblesse, à l'époque, de nos moyens de transmissions, certes diversifiés (HF-BLU, herziens, réseaux sénégalais) mais peu adaptés aux liaisons à très grande distance, surtout avec Paris. La nécessité de disposer de satellites de télécommunications, inexistants à l'époque en France mais indispensables dans le cadre de toute stratégie d'action extérieure, a été l'une des grandes leçons de cette opération.

 

Par delà ces difficultés, Lamantin fut un succès. Trois actions « coup de poing » en décembre 1977, conduites à plus de 1.200 kilomètres de Dakar, où deux colonnes du Polisario perdirent la moitié de leurs véhicules (45 sûrs)… sous les attaques des Jaguar à très basse altitude, à très grande vitesse (plus de 500 nœuds – 900 kilomètres/heure) et aux canons de 30mm ont contraint le Polisario à renoncer à son mode d'action. Il devait récidiver deux fois en mai 78, où ses colonnes furent traitées de la même façon et avec le même résultat. En 1979, Polisario et Mauritanie concluaient un cessez le feu, sanctionnant ainsi le succès de nos forces aériennes... et la sauvegarde de la Mauritanie.

 

Ce succès devait faire du bruit. Bien de nos amis de l'armée de terre eurent des sueurs froides, craignant de se voire ravir la vedette en Afrique, craintes pourtant vaines (nous étions à quelques mois de l'affaire de Kolwezi !). Que ces craintes soient fondées ou pas, il n'en restait pas moins que Lamantin avait montré le rôle majeur que nos forces aériennes modernes, aéronavales comprises, seraient désormais appelées à jouer dans  le cadre de notre stratégie d’action extérieure, marquée par ce que l'on appelle aujourd'hui les « opex », opérations plus amples, plus complexes aussi, au caractère interarmées plus marqué, mais opérations où nos forces aériennes – notamment nos chasseurs – ont fait depuis des années et font encore aujourd'hui un travail remarquable – Afghanistan, Libye, Mali, Moyen-Orient – toutes opérations où s'illustrent nos jeunes aviateurs auxquels, en tant qu'ancien, je tiens à rendre ici un vibrant hommage.

 

 

 

Général Michel FORGET

Ancien commandant de l'opération « Lamantin » - 1977

Ancien commandant  de la force Aérienne tactique (1979-1983)

 

Les photographies ci-dessous montrent les éléments suivants :

  • Photo 1 : à bord du Breguet Atlantic.
  • Photo 2 : le général Forget à bord de son PC volant.
  • Photo 3 : Jaguar au parking Ouakam (à noter le réservoir central de 1.200 l).
  • Photo 4 : ravitaillement en vol. Les missions comportaient trois ravitaillements en vol.
  • Photo 5 : après l’attaque d’un jaguar : véhicule pulvérisé (il est équipé d’une mitrailleuse antiaérienne sur trépied).
  • Photo 6 : après l’attaque d’un Jaguar (canons de 30 mm). On notera sur la plage arrière du véhicule : 1 bitube de 20 mm anti-aérien ; 1 monotube de 20 mm anti-aérien ; 2 bidons de 200 litres de carburant.
Opération Lamantin, par le général Michel Forget.
Opération Lamantin, par le général Michel Forget.
Opération Lamantin, par le général Michel Forget.
Opération Lamantin, par le général Michel Forget.
Opération Lamantin, par le général Michel Forget.
Opération Lamantin, par le général Michel Forget.

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Publié le 20 Décembre 2017

Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.

Le dimanche 3 décembre 2017 s’est déroulée l’assemblée générale du Comité du Souvenir Français d’Issy-les-Moulineaux et Vanves.

 

Etaient présents :

 

  • Madame Christine Helary-Olivier, maire adjoint en charge des affaires militaires.
  • Madame le colonel Marie-Françoise Goloubtzoff, maire-adjoint de Vanves.
  • Monsieur le lieutenant-colonel Claude Guy, Délégué général de l’association pour les Hauts-de-Seine.
  • Monsieur le général Michel Forget, président d’honneur du comité.
  • Monsieur le général Jean-Claude Ichac, président honoraire du comité.
  • Monsieur Michel Rossignol, président de l’ACPG.
  • Monsieur André Rabartin, président de l’UNDIVG.
  • Monsieur Jacques Tchirbachian, président de l’ANACRA.
  • Monsieur Jacques Landois, président de la section de Vanves du Souvenir Français et l’ensemble des adhérents du comité d’Issy-Vanves et leurs amis.

 

L’assemblée générale a commencé par un rappel de nos disparus : le général Roland Glavany et Jacques Vignaud, ainsi que le commander Tesich. A cette occasionne minute de silence a été observée.

 

La lecture du rapport financier a été faite par Fabien Lavaud, trésorier. Le détail sera envoyé aux adhérents.

 

La lecture du rapport d’activités a été réalisée par Frédéric Rignault, président. Au cours de l’année écoulée (du 1er octobre 2016 au 30 septembre 2017), le Comité a participé à toutes les cérémonies patriotiques. De plus : le 9 juin une commémoration a eu lieu au cimetière d’Issy (avec le général Forget et Claude Guy) à la mémoire de deux héros du Normandie-Niemen enterrés dans la commune : Albert Mirlesse et Yves Mahé ; le 14 septembre le général Forget a donné une conférence sur cette escadrille Normandie-Niemen.

 

Le Comité a également mené des travaux de restauration de la tombe de Wladimir Rygaloff, qui avait été vandalisée.

 

Bien entendu, les 30, 31 octobre et 1er novembre, le Comité a réalisé la quête annuelle (nous gérons aussi les quêtes du Bleuet de Franc ele 8 mai et le 11 novembre).

 

Enfin, Madame Goloubtzoff a présenté les actions réalisées sur la commune de Vanves. L’une d’elles consistant à impliquer des élèves dans la rénovation de certaines tombes de Morts pour la France.

 

Là encore, le détail sera envoyé aux adhérents.

 

Concernant les travaux de mémoire, il a été rappelé le livre sorti il y a quelques années et publié aux Editions Atlante (Alain Bétry), relatif aux témoignages d’anciens combattants (29 d’entre eux étant isséens).

 

En fin d’assemblée générale, après les prises de parole du général Ichac, du général Forget, de Claude Guy et de Christine Helary-Olivier, des médailles du Souvenir Français ont été remises :

 

  • Médaille de bronze pour Paul Richard.
  • Médaille d’argent pour André Rabartin.
  • Médaille d’argent pour Robert Dubot, ancien de la 2e DB et de la 1ère Armée.

 

Par la suite les participants ont eu le plaisir de partager les verres et les assiettes de l’amitié, grâce à un exceptionnel buffet préparé par Jacques Tchibarchian, Michel et Joëlle Villenfin et toute leur équipe.

 

Retrouvez ci-dessous les photographies prises lors de cette assemblée générale.

 

Le Comité en profite également pour souhaiter un joyeux Noël et présenter ses meilleurs vœux pour 2018 à l’ensemble de ses adhérents et aux lecteurs de son site internet !

 

 

 

CDT (RC) Frédéric Rignault

Président du Comité

Délégué général adjoint.

Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
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Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.
Assemblée générale 2017 - Bonnes fêtes.

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Publié le 16 Décembre 2017

L'église Saint-Joseph de Shanghai.

L'église Saint-Joseph de Shanghai.

L’histoire des premières années de la Concession française de Shanghai est digne d’un grand roman d’aventures. Elle est faite d’une poignée d’individus qui eurent le courage d’affronter des conditions particulièrement difficiles : celle d’un terrain marécageux et insalubre, situé à l’étroit entre les hauts murs d’une ville chinoise indifférente et la sourde hostilité de la Concession anglaise dont elle était séparée par un petit canal.

 

Il n’était alors pas rare que les maladies fassent des ravages dans les rangs de ces véritables aventuriers. Tel est le cas de Blanche Schmidt, fille cadette du premier Consul de France à Shanghai, dont la trace de la mort poignante est encore visible aujourd’hui.

Charles de Montigny.

Charles de Montigny.

Blanche, fille de Charles de Montigny, premier Consul de France à Shanghai

 

Blanche n’est qu’une enfant quand elle débarque à Shanghai le 25 janvier 1848 : elle a 8 ans. Sa sœur aînée, Nina, n’en a quant à elle que 12.

 

Première famille française « expatriée » de l’histoire de Shanghai, elles accompagnent avec leur mère (elle-même accompagnée de sa mère et de sa sœur), leur père diplomate, Charles de Montigny, qui a été envoyé en Chine par le roi Louis-Philippe afin d’exécuter le Traité de Whampoa (signé en 1844). Il a pour mandat d’ouvrir le premier consulat de France à Shanghai et d’y établir une Concession française – à l’image de ce que les Anglais et les Américains, ont déjà fait.

 

La mission est semée d’embûche, les conditions difficiles. La famille vit alors dans une petite habitation, « précaire et misérable » faite de bois et de torchis, régulièrement inondée par les crues du Huangpu. Le domestique de la famille, Pierre Breton, y meurt de dysenterie le 4 novembre 1848 (ce qui fait de lui le premier Français laïc à mourir à Shanghai).

 

Dominique Rémi, initiateur de la Concession française de Shanghai

 

Durant ces premiers mois particulièrement difficiles, Charles de Montigny se lie au tout premier commerçant français qui souhaite s’établir à Shanghai : un certain Dominique Rémi, négociant en vins et spiritueux, et importateur d’horloges. Sa demande d’acquisition d’un terrain offre au Consul le prétexte pour réclamer aux autorités chinoises l’établissement d’une Concession : « Par l’article 22 du traité de paix et de commerce entre la France et la Chine, il est dit que tout Français arrivant dans un des cinq ports ouverts au commerce pourra louer ou affermer des terrains […]. Le Consul demande en conséquence […] que soit fixé un quartier pour les concessions à faire aux Français à Changhai » tel est le contenu de la lettre adressée par le diplomate aux autorités de Shanghai en août 1848.

 

Après de longues et âpres négociations, un accord est finalement arraché : le 6 avril 1849 nait la Concession française de Shanghai.

 

Edouard Schmidt, neveu de Dominique Rémi

 

En 1856, Edouard Schmidt, neveu de Dominique Rémi, rejoint son oncle à Shanghai et devient son associé : l’entreprise Rémi devient alors Rémi Schmidt et Cie. Edouard en prend la direction à Shanghai (quand son oncle est absent, ce qui est très fréquent).

 

Dans les pas de Rémi et profitant des facilités offertes par la Concession, des maisons françaises de commerce vont alors lentement s’établir dans l’enclave française : elles seront neuf en 1862. Cette année-là, la population du territoire s’élèvera à une centaine de personnes, dont neuf femmes seulement !

 

Union des familles de Montigny et Rémi-Schmidt

 

Les familles de Montigny et Rémi-Schmidt vont, dans ce contexte, s’unir de façon très officielle : le 17 juillet 1861 lors d’une unique cérémonie célébrée dans le VIIIème arrondissement de Paris, Nina, la fille ainée des Montigny prend pour époux Dominique Rémi et, Blanche, la fille cadette, épouse Edouard Schmidt. Double mariage, mêmes témoins, mêmes familles. Les intérêts politiques s’unissent avec les intérêts économiques : vive la Concession française de Shanghai !

 

Fin tragique

 

Les jeunes époux Schmidt regagnent Shanghai dès avril 1862. Mais le bonheur des premiers mois de mariage sera de courte durée : le 29 août 1862, Blanche succombe au choléra, maladie qui faisait alors des ravages dans la population étrangère. Elle avait 22 ans.

 

Le Consul Edan, successeur de Charles de Montigny, aura la lourde tâche d’annoncer la nouvelle aux parents. « Une chambre de la maison Schmidt a été transformée en une chapelle ardente où nous avons fait transférer le cercueil jusqu’à qu’il pût être déposé dans une des chapelles de la nouvelle église » écrit-il dans une lettre datée du 3 septembre.

 

Eglise Saint-Joseph

 

La « nouvelle église » mentionnée par le Consul Edan est l’Eglise Saint-Joseph du Yangkingpang. Première église catholique de la Concession française, elle fut pendant les décennies qui suivirent (jusque dans les années 40) l’église des hauts dignitaires français : le Consul et sa famille y disposaient au premier rang de places réservées.

 

Saint-Joseph s’élève encore aujourd’hui à à peine 300m du Huangpu, au croisement de Sichuan Nan Lu (alors Rue Cousin-Montauban) et Jinling Dong Lu (alors Rue du Consulat). Construite entre 1859 et 1862, au temps du Consul Edan, elle remplaçait alors une première église en bois.

La sépulture de Blanche Schmidt.

La chapelle du Souvenir

 

En 1862, Blanche y sera inhumée, dans une « chapelle qui se trouve à gauche, près de l’entrée, en face des fonts baptismaux, et construite entièrement en dalles et blocs de granit. »

 

La petite chapelle « à gauche, près de l’entrée » existe encore. Son portique est décoré d’un vitrail portant une ancre de marine.

 

Au-dessus du vitrail, incrustée dans le mur et perdue dans la pénombre, a survécu une plaque en latin (très probablement d’origine) qui reprend le même contenu : une dédicace d’une mère endeuillée à sa fille partie trop tôt. A la lumière d’une torche, on peut y lire : MATRI DOLOROSA / IN MEMORIAM / BLANCHAE MARIA SCHMIDT / NATAE DE MONTIGNY / 1862. Ce qu’on peut traduire ainsi : Douleurs d’une mère / En mémoire de / Blanche Marie Schmidt / née de Montigny / 1862.

 

La sépulture de Blanche Schmidt, née de Montigny

 

Un court entretien avec le curé actuel et une consultation de sites internet chinois (une recherche sur le net français ou anglais n’ayant rien donné) nous laissent penser qu’il s’agit bien du lieu de la sépulture de Blanche Schmidt, née de Montigny.

 

Celui-ci a survécu aux vicissitudes de l’histoire : en 1966 les gardes rouges n’ont pas dû remarquer la plaque en latin, qu’ils auraient alors selon toute vraisemblance réduite en miettes (comme cela s’est produit dans d’autres lieux de culte, la religion étant alors assimilée à une superstition féodale qu’il fallait éradiquer de la Chine maoïste). Ils n’ont également pas compris qu’il s’agissait d’un lieu de sépulture, puisque rien ne l’indique, si ce n’est les vagues messages sur le vitrail et sur la plaque en latin qu’il leur aurait fallu apercevoir et traduire.

 

Le corps de Blanche de Montigny repose donc très probablement encore sous les dalles de la chapelle achevée en 1862. A Shanghai au début de l’ère des Concessions, il n’était alors pas rare que l’aventure s’achève en tragédie…

 

 

 

 

Sources :

 

  • Souvenir Français de Chine et d’Asie – Délégué général : Claude R. Jaeck.
  • Site internet du Souvenir Français de Chine : www.souvenir-francais-asie.com
  • Texte David Maurizot.
  • Histoire de la Concession française de Changhai, Ch. B. Maybon et Jean Fredet, Plon, 1929.

 

La sépulture de Blanche Schmidt.

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Rédigé par Souvenir Français Issy

Publié dans #La Coloniale